Warning : Du sang, de la violence, du sang, des morts... ai-je mentionné qu'il y aurait du sang ? En plus de celui versé pour écrire ce chapitre bien entendu.

Chapitre 12 : L'ordre des choses

« - C'est pas ta faute, lui répéta Mandy pour au moins la troisième fois depuis qu'elle l'avait récupéré, tu pouvais pas prévoir. Mais maintenant tu comptes faire quoi ? »

Sa question était légitime et Mickey savait qu'il devait agir vite. Le problème c'est qu'il n'était pas vraiment sûr de savoir comment. A l'heure actuelle il fallait qu'il se remette les idées en place. Il fallait qu'il sorte du brouillard dans lequel il se sentait depuis qu'il avait quitté Ian.

§

Mandy allait revenir le chercher. Elle allait revenir et l'aider à se sortir de cette situation de merde. Il tituba, avançant en direction de son point de rendez-vous. Il avançait sans vraiment être conscient de ses mouvements. Son corps connaissait le chemin, il était comme sur pilote automatique. Il sentait ses jambes flageolantes, plusieurs fois il dût s'arrêter pour se retenir à une barrière. La tête lui tournait et il fallait qu'il gère avec ses vertiges et sa vue trouble. Il lui fallut quelques minutes avant de s'apercevoir que des larmes roulaient le long de ses joues. Il les laissa sécher là sans prendre la peine de les essuyer. Il fallait qu'il garde en tête de continuer d'avancer, jusqu'à retrouver Mandy. C'est tout ce qui comptait pour le moment.

Quelques pas de plus. Tourner encore deux, trois rues. Ignorer les regards des rares passants qui croisaient sa route. Il puisait dans ses dernières forces pour parvenir à continuer. Il tourna de nouveau dans une rue déserte, il était nerveusement exténué et il lui suffit de trébucher sur une simple racine d'arbre pour se briser. Pendant quelques minutes, il resta assis à même le sol en s'appuyant sur l'arbre et craqua. Il s'effondra, laissant libre court à ses larmes et frappant son poing avec violence contre l'écorce. Sa peau était déchirée, sa main était pleine de sang mais il ne sentait pas la douleur. Il était trop submergé par l'impuissance, par son incapacité d'avoir pu sortir Ian de là avec lui. Il l'avait abandonné, il n'avait pas pu le protéger et maintenant c'était l'homme qui nourrissait toutes ses peurs qui avait mis la main sur le jeune Gallagher.

Sa tête tournait trop et surtout trop vite. Trop d'événements venaient de se produire en un temps trop court et sa tête allait exploser. Il arrêta de frapper l'arbre, incapable de bouger sa main dont le muscle s'était tétanisé. La panique l'envahit : il se sentait incapable d'émettre le moindre geste, comme s'il n'était plus maître de son corps. Il avait l'impression de se voir, de ressentir mais de ne plus faire parti physiquement du monde qui l'entouraient. Il était submergé et pour la première fois depuis des années, il ne savait plus quoi faire. Il ne savait pas s'il aurait la force de se relever. Il ne savait même plus s'il en avait l'envie.

Sans savoir comment, ni pourquoi, il sentit des mains se poser sur lui. Il entendit une voix douce lui parler et le rassurer mais il était incapable de se concentrer sur cette personne. Une douleur dans la poitrine l'oppressait et tout ce qu'il voulait c'était se réveiller de ce cauchemar, car il fallait que cela en soit un. Il le fallait.

§

Il ne souvenait pas comment il avait réussi à trouver Mandy et à rentrer au loft. Il savait juste qu'il avait encore une fois déconnecté de la réalité et qu'à présent sa sœur le regardait avec inquiétude. Elle soupira et se leva du canapé pour revenir presque immédiatement avec un verre d'eau et une boite de pilules :

« - Prends un cachet Mickey. T'as l'air de faire une sorte de crise et on a besoin que tu te reprennes. C'est pas ta faute et j'ai besoin de retrouver mon frère. S'il te plaît. »

D'une main incertaine, il accepta ce que lui tendait Mandy. Il lui fallut se reprendre pour ingérer son médicament, avec l'impression de n'être plus capable de rien. Mandy avait peut être raison : il faisait simplement une crise. C'était simplement médicale et ce comprimé allait tout régler. Comme par magie il serait capable de réfléchir et d'agir comme avant. Avant ce bordel. Il ferma les yeux : ses paupières étaient trop lourdes pour lutter et il devait se concentrer.

Il perdit de nouveau la notion du temps. Tout ce qu'il entendait depuis le canapé était le murmure d'une conversation entre ce qui semblait être les voix de Mandy et Iggy. Seuls des bribes de l'échange arrivaient à capter son attention :

« - J'ai appelé Lana, elle m'a juré n'avoir rien à voir là dedans. Elle m'a même dit que si on avait besoin de quoique ce soit de pas hésiter à lui demander. »

« - J'ai peur que revoir papa est déclenché un truc chez lui. Vu son état ça m'étonnerait même pas. »

« - Il a pas arrêté de marmonner un truc à propos du fric qu'il a piqué à Papa. Tu crois que c'est pour ça qu'il a gardé Ian? Un échange ? »

« - Essaye de lui parler toi. J'essaye depuis tout à l'heure mais j'ai l'impression qu'il m'entends pas. »

« - Il respire encore ? Tu crois qu'on devrait appeler un médecin ? […] Pas Joe, il nous tuerait. »

Les voix se turent. Des objets étaient déplacés. Des bruits de pas se rapprochaient de lui. Les coussins du canapé bougèrent sous le poids de la personne venu s'asseoir à coté de lui. Une main se posa sur son bras, le secouant légèrement pour attirer son attention. Il voulait ouvrir les yeux, il voulait redevenir le Mickey fonctionnel sur qui comptait sa famille. La personne qui parvenait toujours à trouver une solution. La personne qui n'échouait pas. Or il avait peur quand ouvrant les yeux, la réalité lui rappelle que ce n'était pas le cas. Il avait peur de ne pas voir Ian assis près de lui, ou dans la cuisine en train de plaisanter avec Mandy. Il avait peur de faire face à son échec.

« - Mickey, murmura Iggy, frangin réveille toi. Aller, me refais pas ce coup là. Une fois ça m'a suffit et t'avais promis. Ouvres tes putain de yeux mec et bouges toi. On a besoin que tu nous dise où est Ian pour aller le chercher. On a besoin que tu viennes avec nous. Aller mec !

- Je peux pas, répondit Mickey d'une voix qui se brisa, je peux tuer des démons mais là...

- Là c'est juste un humain Mike. Ok c'est notre père mais t'es pas tout seul là dedans. On va t'aider avec Mandy mais il faut que tu te reprenne. On a besoin du Mickey exorciste qui fout des tannées aux méchants pas du Mickey... pas comme ça.

- Iggy, souffla Mickey en ouvrant finalement les yeux, j'ai passé ma vie à le fuir.

- Alors fuis. Laisse Gallagher.

- T'es sérieux ? Demanda le jeune frère dont la réaction d'Iggy avait réveillé quelque chose en lui. Tu sais qu'il va le tuer ? Ou pire, que les sbires d'Azazel vont le trouver ?

- Et ? Qu'est ce qu'on lui doit à ce type ? On le connaissait pas jusqu'à ce que Mandy le croise 'par hasard'. Depuis qu'il est là, on enchaîne les merdes alors je dis : laisse le tomber.

- Tu te fou de moi ?! S'exclama Mickey en se redressant. Tu sais que si on fait ça il est mort et on sera forcément les prochains. Tu veux vraiment prendre le risque de voir l'Enfer s'ouvrir ?

- Non, répondit calmement son frère aîné. Toi non plus, je le sais mais t'avais besoin qu'on te le rappelle. T'avais besoin qu'on te secoue et - je sais pas pourquoi – apparemment Gallagher à la capacité d'aussi bien t'anéantir que de te booster.

- Tu devrais arrêter de traîner avec Lana : tu finis par parler comme elle...

- Je vois pas le mal. Elle déchire. Je suis sûre qu'elle te dirait même de faire tourner tes neurones : il doit bien avoir une solution pour le sortir de là avant que d'autres personnes indésirables se ramènent. Alors te fais pas prier ! »

Et juste comme ça le déclic ce fit. Il lui avait fallut d'entendre son frère prononcer ces mots pour trouver une solution. Une solution qu'il avait été trop stupide, têtue ou égocentrique – il optait plus pour un mélange des trois mais c'était un détail – pour envisager. C'était pourtant tellement évident qu'il se sentait soudainement idiot de son apitoiement sur lui même et se retrouva avec une nouvelle énergie. Un véritable ascenseur émotionnel.

Il se releva soudainement, prenant au dépourvue Iggy et Mandy qui avait décidé de les rejoindre. Il s'affaira à travers la pièce à retrouver ce qu'il cherchait sous les yeux de ses frères et sœurs perplexes. Il jeta au sol les vêtements et autres objets indésirables avant de mettre enfin la main sur le jean qu'il cherchait : celui qu'Ian portait la veille. Il fourra ses mains dans les poches à la recherche du papier dont lui avait parlé ce dernier et le trouva dans une des poches arrière. Il le déplia, lut l'adresse notée et s'attarda sur le symbole dessiné. Il jeta un œil à ses mains et appuya sur les jointures pour refaire couler un peu de sang. Sans aucun remord, il utilisa sa main ensanglantée pour tracer le symbole sur l'un des murs du loft.

Iggy avait raison de parler de prière : il était temps que Mickey mette son ego de côté et fasse la chose la plus raisonnable pour Ian. Il acheva le dessin sur le mur en lâchant dans un souffle le nom de l'ange qu'il sermonnait : « Gabriel. »

§

Plusieurs minutes s'écoulèrent sans que rien ne se produise et Mickey eut l'extrême sensation de passer pour un parfait idiot avec ce qu'il venait de faire. Le ton qu'employa Mandy pour s'adresser à lui ne fit que confirmer cette impression :

« - C'est sensé faire quoi à part saloper notre mur ?

- C'est sensé être un symbole énochien pour appeler un ange mais soit j'ai foiré le truc, soit on s'est foutu de notre gueule avec la marchandise, maugréa Mickey en étudiant de nouveau le symbole pour vérifier où il aurait pu faire erreur.

- Tu veux vraiment faire venir un ange... »

Mandy n'eut pas l'occasion de terminer sa phrase qu'une lumière éblouissante envahit la pièce. Mickey plissa les yeux, mettant sa main propre en visière pour tenter de voir ce qu'il se passait. Il cligna des paupières dans une tentative désespérée d'apercevoir l'arrivée de l'ange. Petit à petit le flash de lumière disparu, permettant au jeune homme de mieux voir et de réaliser que l'ange était devant lui. A sa plus grande surprise, il constata également que son frère et sa sœur avait disparu ou plutôt qu'il avait disparu, comme transporté à un autre endroit. Il observa son environnement cherchant un indice de sa localisation mais la pièce était sobrement décoré. Vide de fioritures, une table trônait au milieu avec des chaises autour dont l'une était occupé par Gabriel dont l'enveloppe corporelle était toujours celle du prêtre. Mickey fronça les sourcils, ne comprenant pas pourquoi l'ange l'avait transporté ici :

« - On est où là ?

- Un endroit sécurisé : les démons commencent à s'en prendre aux nôtres. Assis toi.

- On aurait pu faire ça chez moi, marmonna Mickey en obtempérant.

- Tu voulais me parler ? Demanda Gabriel sans interlude.

- Ouai, je... je voudrais reparler de cette histoire de lance, soupira le jeune homme. En fait je voudrais savoir si – et je dis bien si – j'accepte d'aller cherche cette lance est ce que vous seriez prêt à me rendre un service en compensation ?

- Ça ne marche pas comme ça. Ian le sait.

- Justement, c'est ça le truc : Ian est pas vraiment dans la capacité de tenir la quelconque promesse qu'il a pu vous faire et j'ai besoin d'un coup de pouce pour le sortir de là. J'ai besoin que vous régliez un problème.

- Ça ne marche pas comme ça, répéta l'ange.

- J'en ai rien à foutre de comment marche les choses. Le fait est que mon psychopathe de père retient Ian en otage pour un truc que j'ai fait et que si on ne fait rien, il va lui coller une balle dans la tête.

- Sa vie n'est pas en danger. Pas réellement.

- Pardon ? Vous avez capté le moment où je parle d'une balle dans la tête quand même ? Genre mortellement dans la tête ?

- Il peut expérimenter la mort mais il est trop précieux pour la réalisation de la prophétie pour que Lucifer n'intervienne pas. Il le ramènera même à la vie avant nous s'il le peut. Autant de fois que nécessaire.

- Ce qui le rend d'autant plus vulnérable. Les démons peuvent lui mettre la main dessus, il est seul là. On doit aller le chercher avant que ce soit trop tard.

- Il n'est pas notre priorité, répondit calmement l'ange.

- Vous êtes sérieux là, putain ? Je croyais que c'était le putain d'héritier, l'élu ou je sais pas quoi !

- Il l'est mais pas pour nous. Il est l'élu du mal. Tout ce qu'on pourrait faire s'il advenait à lui arriver quelque chose, c'est faire en sorte de mettre la main sur son âme en premier et de la placer en lieu saint, hors d'atteinte. Son âme est désirée par le mal mais elle n'est dû à aucun des deux camps, il s'agirait d'une course contre la montre pour l'obtenir. Alors que si tu retournes le sauver, c'est toi qui perdra la vie et ça nous ne pouvons le permettre. Tu sais qu'on ne pourra pas sauver ton âme, la tienne est due. Ta vie nous ai trop précieuse et nous sommes prêt à sacrifier Ian pour garder toutes nos chances.

- Ma vie... Ma vie vous ai importante ? Balbutia Mickey incrédule. Vous étiez où il y a cinq ans, si ma vie a tant d'importance pour vous ?

- Chaque chose devait se produire telle qu'elle s'est produite. C'était l'ordre des choses. Tu connais la prophétie.

- J'emmerde cette putain prophétie et je vous emmerde. Je vous ai proposé d'aller chercher votre lance, de réparer votre connerie, contre juste un putain de coup de main pour aider Ian mais apparemment c'est trop compliqué.

- Mickey...

- Non, le coupa le jeune homme, j'en ai rien à foutre que vous soyez super puissant ou quoi, que deviez suivre un plan de merde. Si je suis si important c'est plutôt à vous d'être dans mes bonnes grâce, non ? Parce qu'imaginons qu'il m'arrive un truc... tout tombe à l'eau. Alors vous allez vous d'emmerder, vous bouger le cul mais il est hors de question qu'on laisse crever Ian, compris ?

- Je suis un soldat, j'obéis aux ordres mais pas les tiens. Je n'ai pas le droit d'aider Ian, il n'est pas mon problème car il n'est pas ma mission.

- Il est le mien. Alors avec ou sans votre aide je vais retourner le chercher. Rien à foutre si je dois retourner là-bas tout seul et tout faire par moi même. »

Il recula sa chaise et se leva, cherchant d'un regard une sortie à emprunter et fut frustré de ne pas en voir. Il croisa les bras sur son torse, agacé :

« - Maintenant renvoyez moi chez moi. J'ai plus rien à foutre ici. Renvoyez moi, insista-t-il en voyant l'ange ouvrir la bouche. Tout de suite.

- Tu t'entêtes dans l'erreur, tenta de le raisonner Gabriel, et si tu continues sur ce chemin je serai dans l'obligation de te garder pour ta propre sécurité.

- Ma sécurité, mon cul. Vous savez de quoi je suis capable et je suis prêt à le refaire même si ça veut dire mettre tout le monde dans la merde.

- Tu ne le feras pas. Tu ne sacrifierais pas tant de personnes pour en sauver une seule. Tu es quelqu'un de raisonnable.

- La seule chose que je sais pour sûr c'est qu'on ne laisse personne derrière. Je ne ferai rien, c'est vrai, car vous allez vous mettre dans le crâne qu'entre sauver tout le monde ou personne : le choix est vite fait. »

Mickey patienta, le cœur battant et le regard déterminé. Il allait trop loin, jouait avec le feu et le savait. Il le savait et il ne pouvait pas s'en empêcher. C'était plus fort que lui : une force presque magnétique le poussait à continuer sur cette voie malgré tout, même si les bribes de raison en lui confirmaient que l'ange disait juste et que son entêtement était dangereux. La seule pensée cohérente qui restait gravée dans son esprit était Ian : il devait retrouver Ian. Gabriel l'observa attentivement, comme s'il le jaugeait. Comme s'il sondait son âme et l'évaluait. Il avait l'étrange sensation qu'il tentait de lire ses pensées. Peut être était-ce le cas, il était incapable de dire quel pouvoir possédaient ces créatures et ce qu'ils pouvaient vraiment faire. Peu importait, il ne céderait pas et Gabriel sembla assimiler ce fait. Il fronça les sourcils avant de se décider à répondre :

« - Tu ne peux pas lutter contre l'ordre des choses, Mickey. Tu es prévenu. » déclara-t-il avant de claquer des doigts. Mickey eut à peine le temps de battre des paupières qu'il était de nouveau dans le loft face à Mandy et Iggy.

§

Son cœur tambourinait dans sa poitrine tandis qu'il grimpait les marches menant au perron qu'il avait quitté le matin même. Leur plan était bancal. C'était une vraie mission suicide. C'était une accumulation d'idées débiles mais c'était la seule chose qu'ils avaient réussi à mettre sur pieds aussi rapidement après le brainstorming intense qu'il avait eu avec Mandy et Iggy. Il n'était pas sûr de comment cette histoire allait se terminer mais il fallait qu'il se lance. Il soupira et remonta la bretelle du sac que lui avait donné Mandy en sortant de la voiture. Il passa rapidement la main dans son dos pour se rassurer une énième fois de la présence de son arme dont le métal lui glaçait la peau malgré la chaleur extérieur.

Pour la première fois depuis bien longtemps il se sentit trembler face à la mission qui l'attendait. Pour la première fois depuis bien longtemps il allait devoir véritablement tenir tête à son père. Il lui faudrait un bon paquet de chance pour s'assurer qu'ils ressortent de là en un seul morceau. Plus il y pensait, plus ce plan lui paraissait foireux au plus au point. Si lui même n'y croyait pas alors comme allait-il pouvoir faire avaler quoique ce soit à son paternel ? Il soupira de nouveau, cherchant le courage là où il le put, et frappa résolument à la porte. On s'agita derrière la porte et Mickey put entendre des bruits sourds de coups avant qu'on ne vienne finalement lui ouvrir. Nik, dont le visage commençait à trahir les coups que lui avait asséné Ian ce matin, jeta un œil par dessus son épaule pour vérifier qu'il était seul. Son attention se porta ensuite sur le sac que tenait Mickey :

« - T'as tout ce que ton père t'a demandé ?

- Ian va bien ? Questionna le jeune Milkovich en guise de réponse.

- Il est vivant. Pour le moment. » se contenta de dire Nikolaï.

Il se dégagea de l'encadrement de la porte, invitant Mickey à rentrer d'un mouvement de revolver. Mickey suivit le mouvement et pénétra dans la maison. Il entendit qu'on l'intimait de s'arrêter mais il n'en eut pas besoin : il aperçu Ian sur le canapé et se stoppa de lui même au milieu de l'entrée. Il sentit des mains se poser sur lui et se figea, se retenant de lutter. Il sentit l'arme dans son dos lui être retirée et malgré cela tout son attention restait sur le jeune homme à quelques mètres de lui. Il ignorait ce qui c'était produit durant son absence mais voir le visage tuméfié d'Ian était une preuve que son père n'avait pas pu s'empêcher de jouer les durs. L'état d'Ian était pire que ce matin même s'il restait encore moins amoché que Mickey lui même. Son regard fut détourné par les pas de Terry qui s'approcha et Mickey constata que si son père avait levé la main sur Ian, ce dernier ne s'était pas entièrement laissé faire et avait du rendre un bon nombre de coup également. Ignorant son arcade encore saignante, le patriarche Milkovich s'approcha de son fils une arme à la main :

« - Alors ? Demanda-t-il à son ami.

- Juste un flingue, répondit Nik en montrant l'arme, il est clean.

- Montre le fric, gamin.

- En voilà une partie, déclara Mickey en faisant tomber le sac de son épaule, t'auras l'autre une fois que t'auras laissé partir Ian.

- C'est pas une négociation. Je suis pas là pour faire un compromis.

- Je sais très bien que dès l'instant où t'auras ce que tu veux, tu nous mettras une balle entre les yeux à tous les deux. Il est pas dans l'histoire, il sort et je passe un coup de fils à Mandy pour qu'elle jette le reste. »

Mickey crut voir le regard de son père s'adoucir quand il mentionna le nom de sa sœur. Ce fut si bref qu'il crut même l'avoir imaginé. Le fait que son père prenne son temps pour lui répondre montrait que penser à sa fille le faisait réfléchir. Mandy avait toujours eu une place spéciale pour Terry, Mickey le savait. Malgré les horreurs qu'il lui avait infligées, elle était la seule à avoir cet impact sur lui. Peut être parce que c'était la plus jeune, peut être parce que c'était sa seule fille. Le fait est que seule Mandy avait ce pouvoir et cela donna une idée à Mickey :

« - Je pourrais même lui demander de rentrer si tu veux la voir.

- Partir avec toi a montré très clairement ce que pense ta sœur. Ton baratin ne marchera pas, c'est moi qui t'es appris ce que tu sais.

- Je sais que j'ai dû la convaincre de venir, qu'elle déteste la vie que tu lui as infligé mais pas son père. Ce qui est étrange. Je vois vraiment pas ce qu'elle voit. » Mickey se tut quelques secondes, fixant son père avec toute l'assurance que son état et la situation lui permettaient, avant d'ajouter :

« - Alors ?

- Montre l'argent.

- Terry, t'es pas sérieux ? Le gamin va te la faire à l'envers.

- Laisse moi faire Nik et toi ouvre le sac ! » Répéta Terry.

Mickey n'objecta pas et se baissa prudemment pour récupérer le sac. Il évalua rapidement la position des deux hommes par rapport à lui et la direction de leurs armes. Si Terry avait momentanément abaissé la sienne, celle de Nikolaï restait pointée sur son dos. Il ramassa le sac et resta accroupi pour l'ouvrir. Il stabilisa sa respiration pour se concentrer correctement. L'envie de lever les yeux et de vérifier l'état d'Ian se fit ressentir mais il se força à la repousser : son père deviendrait suspicieux s'il mettait trop de temps à s'exécuter. Il ouvrit lentement la fermeture, profitant de l'occasion pour commencer à glisser sa main à l'intérieur. Il entrebâilla l'ouverture pour montrer les quelques liasses de billets que Mandy était parvenue à lui dégoter Dieu seul sait comment.

Terry s'approcha pour en vérifier le contenu et Mickey sut que c'était sa seule chance. Il sorti l'arme qu'il avait caché dans le sac et frappa violemment son père avec la crosse. Celui-ci recula sous le choc et la surprise mais Mickey ne perdit pas de temps à constater les dommages. Il pivota rapidement pour tirer sur Nik qui venait de faire feu. Par chance la balle effleura son bras ce qui lui permit de tirer et toucher l'autre homme à l'épaule. La douleur fut si violente qu'il en lâcha son arme. Mickey se précipita pour l'écarter d'un mouvement du pieds. Il releva son arme et, voyant le regard haineux de Nik, n'hésita qu'un quart de secondes avant d'ouvrir le feu en visant la poitrine cette fois ci. Il se retourna vivement, espérant avoir été assez rapide, et constata avec effroi qu'Ian n'était plus sur le canapé mais avait pris l'initiative de détourner l'attention de son père. Leurs mouvements étaient trop rapide pour que Mickey ose tirer sans prendre le risque de blesser Ian par accident. Il décida alors de charger aveuglement son père pour lui faire lâcher l'autre jeune homme. Terry évita in extremis son attaque, l'envoyant valser dans le décor. Mickey ne perdit pas une seconde, se ressaisissant le plus vite possible. De nouveau sur ses deux pieds, il remarqua qu'Ian avait été projeté sur le mur à côté de lui et que Terry avait retrouvé son arme.

Sans réfléchir il s'élança entre les deux hommes. Au même moment où une détonation retentit. Pendant une seconde son cœur arrêta de battre et il arrêta de respirer. Pendant une seconde il sentit la chaleur de la balle lui brûler la peau. Pendant cette seconde il su que tout était fini, qu'il avait perdu et que c'était ce simple bout de métal qui allait mettre un terme à sa vie.

C'était comme si le temps s'était suspendu, comme si tout autour de lui s'était figé. Il baissa les yeux et vit la balle, qui avait commencé à endommager sa peau, être suspendue dans les airs. Il releva le regard vers son père et découvrit avec stupéfaction Gabriel qui se tenait à sa place. Celui-ci fit un pas et délogea la balle de son emplacement d'un mouvement de la main. Était il en train de rêver ? Était il déjà mort et les restes de son inconscient lui envoyaient une dernière image réconfortante ? Pourtant Ian était toujours derrière lui, il sentait toujours la chaleur de la balle dans sa poitrine et l'ange semblait être bien là. Il le regardait d'un air sévère avant de finalement s'adresser à lui :

« - Je t'avais prévenu Mickey. Tu n'aura pas d'autres secondes chances. »

Il cligna des yeux et la réalité retrouva son cours normal. Gabriel avait disparu et Terry était de nouveau devant lui. Son regard trahissait la surprise de voir son fils debout malgré le coup qu'il venait de tirer. Avec une énergie dont il ignorait son corps encore capable, Mickey attrapa le premier objet lourd qui lui passa sous la main et se précipita pour prendre son père à revers. Avec la force que l'adrénaline lui procurait il abattit l'objet – qu'il réalisa être la même batte avec laquelle son père l'avait battu le matin même – derrière sa tête. Terry s'écroula sous le choc soudain, face contre terre. Sans lui laisser le moindre répit, Mickey lui sauta dessus et continua d'abattre la batte sur son crane. Le bruit d'os se brisant résonna dans la maison. Le sang lui gicla à la figure mais Mickey continua encore et encore. Avec une ferveur démesurée il continua de frapper le corps à présent inerte de son père. Son crane n'avait plus rien d'un crâne, c'était une forme rouge immonde. Mickey entendit quelqu'un l'appeler mais il ne parvenait pas à s'arrêter : il devait être sûr que Terry ne se relèverait pas. Il ne devait plus se relever, jamais. Mickey frappa encore et encore, le sang du corps recouvrant son visage et ses vêtements, des morceaux d'os volant avec la batte. Ses coups étaient hystériques, comme si toutes ces années à contenir sa souffrance venait d'être relâchées. Comme si après tout ce temps, Mickey mettait enfin à terre le seul démon qu'il voulait vraiment voir disparaître.

Le seul son persistant à ses oreilles était le bruit sourd du bois contre la chair, faisant un bruit de succion morbide. Il fallut la poigne ferme de mains sur ses poignets pour qu'il stoppe enfin. Il releva la tête du corps et croisa le regard d'Ian. Il vit ses yeux faire des allers-retours entre lui et son père, l'inquiétude gagnant ses traits. Il suivit le regard d'Ian sur la forme immobile sous son corps et lâcha subitement la batte quand la réalité le frappa de plein fouet et qu'il prit conscience que la peur gagnait aussi les yeux d'Ian. Pourtant il était incapable de bouger, tout son corps était comme transformé en plomb et il n'arrivait pas à se détacher du massacre qu'il venait de faire. Il fallut l'insistance d'Ian pour finalement parvenir à le remettre debout :

« - C'est fini, le rassura-t-il en l'aidant à se relever, c'est fini. On devrait mettre les voiles. A défaut de démons, je pense que les coups de feu vont attirer les flics. »

Mickey hocha la tête, ayant perdu la capacité de former une phrase. Il s'appuya sur l'épaule d'Ian pour se maintenir debout, drainé de toute force. L'espace d'un instant la pièce parut tournée et il se sentit perdre l'équilibre. Si ce n'était pas pour le soutien et la main ferme qu'Ian lui procurait, ses jambes auraient totalement cessées de jouer leur rôle mais Ian le tenait. Il resserrait son étreinte autour du jeune Milkovich malgré son propre état :

« - C'est bon Mickey, je te tiens, murmura-t-il en essuyant comme il le pouvait un peu du sang que Mickey avait sur le visage : Tout va bien. Je suis là. »

§

Du sang. Beaucoup de sang. Tellement de sang. Trop de sang et la majeur partie n'était pas le sien. Ian ne savait pas si cette pensée devait l'effarer ou le réconforter. A la place il se contenta de se concentrer sur sa tâche et de continuer à nettoyer Mickey du sang qui commençait à sécher sur sa peau.

Mandy était venue les récupérer à la planque de Terry. Elle l'avait aidé à mettre son frère dans la voiture puis à nettoyer rapidement les traces de leur passage dans la maison. Elle passa un coup de téléphone rapide pendant lequel elle s'éloigna légèrement ce qui empêcha Ian d'entendre sa conversation. Une fois son portable raccroché, elle le rassura qu'elle assurait juste leurs arrières pour que l'on s'occupe de ce qu'ils n'avaient pas pu cacher. Elle n'avait pas besoin d'être plus précise, Ian savait qu'elle parlait des corps et des mares de sang dans lesquelles ils baignaient.

Ils rejoignirent Mickey qui n'avait pas bougé d'un pouce. Il semblait conscient mais comme dans une transe. Il semblait lucide et la minute d'après totalement absent. Ian garda un œil sur lui tout le trajet jusqu'au loft, inquiet. Il l'aida de nouveau lorsqu'ils arrivèrent, le soutenant quand il marchait. Mickey semblait agir par automatisme plus que par volonté. Il se laissa guider à l'intérieur et ne dit rien quand, une fois installé dans la salle de bain, sa sœur commença à le déshabiller de ses vêtements souillés. Ian le maintenait toujours tandis que Mandy œuvrait en silence. Lorsqu'il fut en caleçon, elle se figea et soupira, visiblement mal à l'aise. Ian suivit son regard et remarqua la source de son malaise : il était clair que le sang avait intégralement recouvert Mickey et qu'il allait falloir le déshabiller complètement. Ce n'était pas forcément la situation idéale pour Mandy, il prit alors sur lui de le faire à sa place :

« - Je m'en occupe, dit il calmement, va lui chercher des fringues pendant que je le douche et laisse les devant la porte. Si tu peux aussi m'en ramener, je ferai mieux de me changer aussi.

- D'accord, obtempéra Mandy sans difficulté avant d'ajouter en quittant la pièce : Merci. »

Ian lui sourit et elle referma la porte derrière elle. Il soupira et s'attela à la tâche. Il déposa le jeune Milkovich contre le mur, le retenant d'une main, et finit de le dévêtir de l'autre. Il parvint à son objectif non sans quelques difficultés et entraîna Mickey jusqu'à la baignoire. Par chance ce dernier coopéra - avec un regard étonné - ce qui lui facilita la tâche. Assis au sol, Mickey observait ses mains. Le dégoût était visible sur ses traits : il se mit alors à frotter frénétiquement ses mains. Frotter encore et encore avec vigueur dans l'espoir de faire disparaître le sang séché par magie. Ian lui attrapa les mains et le stoppa :

« - Du calme, on va s'en occuper. Ça marchera mieux avec de l'eau et du savon. »

Mickey le fixa et Ian se résigna à actionner le robinet lui même. Il humidifia le corps de Mickey, commençant à légèrement frotter le plus gros du sang. Les mouvements étant peu aisé, Ian recevait la moitié de l'eau sur lui et décida de faire une pause dans la toilette de Mickey pour se débarrasser de ses propres vêtements sales et humides. En boxer, il reprit là où il en était et savonna le corps musclé et meurtri de son compagnon. Il hésita sur les zones où la peau était endommagée mais finit par s'en occuper avec toute la délicatesse dont il était capable. Il rinça le tout et refit sortir Mickey de la baignoire : sa peau était enfin propre, nette de toute goutte de sang excepté celle qui s'échappait encore un peu de ses blessures les plus récentes. Ian pensa chaque blessure avec soin et méthode avant de rhabiller Mickey du tee-shirt et boxer que Mandy avait laissé devant la porte pour lui. Il attrapa le gant sur le bord du lavabo et se nettoya rapidement à son tour pour soigner ses propres blessures.

Mickey resta là, assis sur le bord de la baignoire sans rien dire, à fixer le reflet d'Ian dans le miroir.A le regarder réparer les dommages que son père avait fait sur son corps. Par sa faute. Tandis qu'Ian passait un tee-shirt propre, les mots sortirent de sa bouche sans qu'il ne cherche à les retenir :

« - Je suis désolé.

- Pour quoi ?" Demanda Ian sincèrement étonné.

Mickey baissa les yeux sur le tas de linge sale sans rien dire puis entreprit de se lever par lui même. Il perdit légèrement l'équilibre et tenta de se rattraper au mur. Ian intervint, passant son bras autour de sa taille pour le soutenir. Ensemble, ils allèrent jusqu'à la chambre de Mickey que son frère avait libéré pour lui. Ian mit le jeune homme sous les draps, s'assurant qu'il soit bien installé.

« - La journée a été intense, vu ton état tu devrais te reposer. On gérera avec Mandy quoi faire demain. » dit doucement Ian, la main sur l'épaule de Mickey se voulant rassurante.

Il se redressa, prêt à laisser Mickey dormir quand ce dernier attrapa sa main, le prenant par surprise :

« - Reste, murmura celui-ci

- Je compte pas partir. J'ai demandé à Mandy de mettre le matelas dans ta chambre, indiqua-t-il d'un mouvement de tête, je pense que c'est plus prudent de vérifier que tu continu de respirer dans ton sommeil.

- Reste. » répéta Mickey dans un murmure, la prise de sa main étonnamment ferme vu son état.

Ian l'observa silencieusement et il comprit. Il comprit que malgré l'habitude des démons, des coups et de la souffrance, aujourd'hui avait été une épreuve pour Mickey. Il comprit le besoin de se raccrocher à quelque chose, à quelqu'un. De ne simplement pas être seul après ce qu'il venait de se produire, après ce qu'il venait de faire. Ian comprit que Mickey ne l'admettrai jamais mais qu'à cet instant il était faible et qu'il avait besoin d'aide. Ian comprit pour avoir lui même déjà ressenti tout cela. Il hocha alors la tête et après que Mickey l'eut lâché, il alla se glisser sous les draps derrière lui. Sans aucune hésitation, il passa son bras autour de la taille de Mickey pour lui assurer sa présence. Celui-ci prit son bras et en resserra l'étreinte, collant d'avantage son corps à celui d'Ian par la même occasion. Ian ne dit rien quand il se rapprocha. Il ne fit également aucun commentaire quand il sentit sa respiration s'accélérer et son corps trembler. Ni quand il l'entendit étouffer un sanglot. Il se contenta d'être : d'être là, d'être un support, du réconfort. Il se contenta de laisser Mickey baisser sa garde dans la silence de la chambre sans aucun jugement, aucun reproche et de simplement lui montrer que quelqu'un pouvait être là pour être fort à sa place quand il le fallait. Que quelqu'un pouvait être là pour lui quand il en avait besoin. Après aujourd'hui, Mickey avait définitivement l'air d'en avoir besoin.


Note : Mickey ne fut pas le seul coincé avec Gabriel durant ce chapitre, dur cas de syndrome de la page blanche qui a retardé la publication. Je m'en excuse et espère que le récit sera tout de même resté fluide ! N'hésitez pas à laisser votre avis. Toute critique est bonne à prendre et me permet de travailler l'histoire encore mieux ! Je vous dis au prochain chapitre ! XO.