Chapitre 13 : Rose et Jack

Il ne savait pas l'heure qu'il était, ni combien de temps il avait dormi mais la lumière filtrant à travers les rideaux restés entre ouvert jusqu'à son visage lui indiquait que le jour commençait à se lever. Il faisait encore frais dans la chambre mais Mickey savoura la douce chaleur émanant du corps collé au sien. La respiration lente et régulière dans sa nuque lui procurait de légers frissons mais il se surprit à garder les yeux fermés, savourant la sensation. Pendant quelques secondes il se sentit bien, apaisé. Ce ne fut que lorsqu'il voulut ouvrir les yeux et constata que sa paupière était encore un peu gonflée que les événements de la veille lui revinrent en mémoire. Il se retourna le plus délicatement possible, tâchant de ne pas trop bouger le bras d'Ian autour de sa taille et de ne pas le réveiller. Face à lui, Mickey ouvrit un peu mieux les yeux et l'observa : malgré les blessures apparentes ses traits étaient sereins. Ian dormait d'un sommeil paisible dont Mickey n'arrivait pas à en détacher les yeux. Il resta ainsi de longues minutes, silencieux, à le regarder quand Ian le surpris en murmurant :

« - Tu devrais pas fixer les gens quand il dorme, ça pourrait paraître flippant. »

Un léger sourire se dessina sur ses lèvres et ses paupières battirent, chassant le sommeil. Ouvrant complément les yeux, il fixa Mickey à son tour.

« - Je te fixe pas, je fais l'état des lieux de ta sale gueule, répondit Mickey en se retenant de sourire.

- Alors c'est que tu t'es pas vu mon grand. » dit Ian en baillant et jetant un œil sur le réveil derrière lui, il ajouta : « 'Tain. T'as pas autre chose à faire à si tôt ?

- Sûrement mais j'avais pas franchement le courage de me lever tout de suite.

- De toute façon je pensais plus à dormir, le médecin te prescrit du repos.

- Le médecin ?

- Tu restes au lit, ordre du docteur Ian Gallagher, répondit-il avec un sourire au coin des lèvres. Je t'ai dis qu'on gérerait avec Mandy et on va le faire.

- Ian...

- Y a pas de Ian qui tienne, répliqua-t-il en retenant un bâillement, c'est ma façon de te dire : merci. »

Mickey le regarda en fronçant les sourcils, ne comprenant pas de quoi Ian pouvait le remercier. Rien de ce qu'il pouvait se souvenir ne le méritait. Il l'avait entraîné dans un guet à pan, l'avait laissé être pris en otage et l'avait même laissé être le témoin de son écart. Non, Mickey ne voyait aucune raison d'être remercié. Laissant inconsciemment ses doigts dessiner des cercles dans le dos de Mickey, Ian l'observa réfléchir quelques secondes avant de céder et de s'expliquer :

« - Tu n'étais pas obligé de revenir. Tu... Tu aurais pu en profiter pour échapper à ton père. Tu as pris un gros risque inutile.

- Arrêtes.

- Si, insista-t-il, je... Je sais pas comment, pourquoi, qu'est ce que... que... Je l'ai vu. Il a tiré. Tu étais là. T'aurais dû... Et puis d'un coup... J'ai pas compris mais j'étais trop heureux que tu n'es rien que j'ai pas plus réfléchis mais hier soir en nettoyant tes blessures, elle était là. La marque de l'impact sur ta peau. L'endroit où la balle aurait dû passer, j'ai nettoyé le sang autour. Alors... Tu l'as fait ? T'as passé un accord avec Gabriel ? J'ai retourné ça dans tous les sens et c'est la seule option que j'ai trouvée.

- C'est pas ce que tu crois, soupira Mickey

- Vraiment ? Alors tu n'as pas passé de marché avec des créatures que – pour une raison que j'ignore et qui ne me regarde sûrement pas – tu sembles détester ? Ce n'est pas un ange qui a empêché cette balle de te tuer? »

Mickey détourna la tête, refusant de répondre à ses questions. Il tenta de se libérer de son étreinte mais la prise d'Ian resta ferme autour de sa taille. Du mieux qu'il le put, le jeune Gallagher remonta son autre main jusqu'au visage de Mickey pour le forcer à le regarder de nouveau. Sa lèvre inférieure mordillée, Mickey restait obstinément muet. Impulsivement, Ian passa son pouce sur la lèvre de Mickey pour la libérer. Conscient de la tendresse de son geste, il choisit délibérément d'ignorer le nœud qui se formait dans sa poitrine pour continuer la conversation qu'il voulait avoir avec l'autre jeune homme :

« - Je cherche pas à faire des reproches ou que tu me dises tout, tout de suite. Je voudrais juste... je veux juste être sûr que peu importe ce que tu as fait, tu ne l'as pas fait à cause de moi. Je veux pas que ça soit par ma faute...

- Écoute, j'avais un plan, le coupa Mickey, tout était prévu, ça aurait dû se passer sans accroc mais... ça a pas été le cas. J'avais un plan mais tout est parti de travers et j'ai pas envie d'en parler. En fait, j'ai franchement pas envie de parler tout court pour le moment. Si tu vois ce que je veux dire. »

Les yeux d'Ian s'agrandirent légèrement, surpris. Pendant une seconde il pensa avoir mal compris les attentions de Mickey mais en voyant un timide sourire apparaître aux coins de ses lèvres, Ian su qu'il ne se faisait pas d'idées. Alors que cela semblait humainement impossible, Mickey colla d'avantage son corps contre le sien. Roulant inconsciemment des hanches par la même occasion. Ian se figea, électrisé par la sensation. Il brûlait à ce contact mais toutes connections au niveau de son cerveau furent court-circuitées. Toute pensée quitta son esprit mais à aucun moment son regard ne quitta celui de Mickey. Face à son manque de réaction, Mickey sembla vouloir faire marche arrière et c'est ce qui le fit réagir. Il garda Mickey contre lui, le faisant basculé en arrière pour être sur lui. A partir de cet instant, chacun de ces gestes était instinctif, presque animal. Ses lèvres se posèrent fiévreusement sur la peau de Mickey. Il embrassa consciencieusement chaque centimètre carré de sa mâchoire, descendant lentement jusque dans son cou. Langoureusement, il remonta du bout de la langue jusqu'à son oreille. Mordillant son lobe, sa conscience reprit le contrôle le temps de s'assurer qu'ils souhaitaient tous les deux ce qui allaient se produire.

« - T'es sûr ? Murmura-t-il dans un souffle au creux de son oreille.

- Ta gueule » répliqua Mickey en enfonçant ses doigts sur ses hanches.

Tout devint alors primaire : leurs hanches qui roulaient en rythme, leurs mains qui exploraient le corps de l'autre. Leurs lèvres savouraient la peau de l'autre, cheminant le long de chaque muscle, chaque courbe. Après lui avoir retiré son tee-shirt, Ian descendit du bout des lèvres le long du torse de Mickey, le drap recouvrant de plus en plus son corps jusqu'à ce qu'il atteigne ses hanches et disparaisse totalement sous les couvertures. Mickey empoigna les cheveux d'Ian, retenant de son mieux les gémissements qui menaçaient de traverser ses lèvres. Ses soupirs de plaisir étaient une douce mélodie aux oreilles d'Ian. Plus il les entendait, plus il cherchait à arracher d'autres sons de plaisir à Mickey : un autre soupir, un gémissement, un cri. Il voulait tout. Il voulait apprendre à connaître Mickey sous toutes les coutures. Il voulait connaître chaque son, chaque mouvement que pouvait produire son corps.

Lentement il fit glisser ses mains le long du corps de Mickey et le déplaça assez pour se glisser convenablement entre ses jambes. Embrassant la peau juste au dessus de son caleçon, il descendit petit à petit le sous vêtement. Sa bouche suivant le même mouvement, il arriva rapidement entre les cuisses de Mickey. Il savoura le moment, caressant du bout du nez l'intérieur de sa cuisse et mordillant légèrement à l'occasion. Toute cette exploration, cette découverte le faisait frissonner de plaisir. Entendre Mickey gémir son prénom et le presser de passer à l'action n'aider en rien ses ardeurs. C'était exactement comme l'un de ses rêves mais cette fois-ci, tout était réel. La chaleur entre eux, la friction des corps, le goût de Mickey quand il le prit en bouche. Tout était vrai et démultiplié. Il avait beau avoir déjà passé cette étape avec Mickey dans la salle de bain, cette fois-ci semblait différente. Peut être parce que ses mains s'activaient à préparer l'autre homme. Peut être parce que Mickey froissait les draps, attrapait tout ce qui lui passait sous la main pour tenter de contenir son plaisir mais faisait aussi tout pour presser Ian à aller plus vite.

« Encore. Continue. Vas y. Oh oui. Putain. Encore. Accélère. Plus fort. Oh oui. Merde. Encore. Encore. Juste là. T'arrête pas. Oui. Ian. Putain. C'est bon. ». Leurs murmures, leurs gémissements se mêlaient aux légers craquements du lit qui tentait de suivre leurs luxurieux mouvements. L'un dans l'autre, leurs corps semblaient être naturellement synchrones. A chaque coup de hanche d'Ian, Mickey répondait parfaitement en venant fusionner leurs corps. Il s'agrippa aux épaules d'Ian comme s'il venait de découvrir que sa vie en dépendait et enlaça ses jambes autour de son corps pour plus de stabilité. Continuant ses va et vient, Ian tourna la tête pour déposer de torrides baisers le long de la mâchoire de Mickey, remontant lentement mais sûrement jusqu'à ses lèvres. Il les avait presque atteintes et s'apprêtait à embrasser passionnément Mickey quand ce dernier l'évita au dernier moment. Ian se sentit frustré par ce geste mais le sentiment fut de courte durée dès lors qu'il sentit Mickey sous lui frappé par son orgasme. Il se crispa et enfonça ses ongles dans la chair, marquant la peau d'Ian. Il ne fallut pas très longtemps à Ian pour suivre le même chemin avant de s'effondrer sur Mickey. Ils restèrent ainsi un moment : complètement transpirant, stabilisant aussi bien leur respiration que les battements de leurs cœurs. L'un et l'autre resta immobile, profitant de la quiétude du matin et de la compagnie de l'autre sans un mot.

§

Ian referma la porte de la chambre derrière lui. Il remit correctement en place son tee shirt et ramena ses cheveux encore humides en arrière. Il alla silencieusement jusqu'au comptoir de la cuisine et fut surpris de voir Mandy déjà debout et s'affairer à faire le petit déjeuner. Il s'installa sans rien dire sur un siège et l'observa. A son grand étonnement, Mandy avait du l'entendre arriver car elle ne se retourna pas pour le saluer :

« - Alors enfin debout ? Je fais des pancakes, t'en veux ?

- Hé ! Euh... pourquoi pas.

- Tu dois avoir faim après tout ça. » répondit elle en jetant un simple regard par dessus son épaule et Ian se figea : « T'as rien mangé depuis hier.

- Oh, souffla-t-il, oui enfin j'avais pas trop d'appétit hier soir.

- Ça se comprend. »

Elle se retourna avec une assiette en main, elle attrapa des couverts au passage et déposa aimablement le tout devant lui. Elle l'étudia un moment en silence puis jeta un coup d'œil en direction de la chambre de son frère avant de lui demander :

« - Mickey est encore couché ?

- Il.. euh.. non. Il est sous la douche.

- Encore ? Il en a déjà pris une hier soir, dit elle innocemment.

- Non, enfin si. C'est euh.. il se sentait courbaturé. Il s'est dit que ça devrait le détendre. » mentit-il du mieux qu'il le put. Il avait toujours été mauvais pour improviser un mensonge mais espérait que celui-là serait assez crédible pour que Mandy ne dise rien.

« - Tu m'étonne, marmonna-t-elle en retournant vers les fourneaux.

- Quoi ?

- Rien, minauda-t-elle toujours de dos.

- Si, insista Ian, t'as l'air de vouloir dire quelque chose. »

Elle se retourna soudainement, spatule en main et le regard plus dur que ce a quoi il s'attendait. Elle le jaugea, mâchoire serrée. Elle finit par se rapprocher de lui, croisant les bras sur sa poitrine d'un geste défensif. Ian se demanda quelle était la cause de cette soudaine attitude : qu'est ce qu'il avait bien put faire ou qu'est ce qu'il s'était passé pour que Mandy soit dans cet état dès le matin. Comment avait-il pu mal agir envers elle depuis hier soir ? Cela semblait peu probable. Il en déduisit qu'un accroc avait dû se produire dans ses plans pour nettoyer l'écart de la veille. Dans son silence obstiné – qui lui rappela fortement Mickey l'espace d'une seconde – il céda et la pressa :

« - Quoi ? Dis moi.

- Tu crois que c'était malin ? Que c'était le moment ?

- De... hein ? Demanda-t-il complètement confus.

- Je sais pas ce qu'il t'es passé par la tête ou ce qu'il a pu dire mais il est pas en état. Physiquement et mentalement. Comment t'as pu penser que c'était une bonne idée ?

- Mais de quoi.. » commença-t-il avant de s'interrompre en réalisant de quoi parlait Mandy. Elle savait. D'une façon ou d'une autre ils n'avaient pas été si discret qu'ils l'avaient crus. Il rougit face à la réalisation. Il baissa les yeux : « C'est pas ce que tu crois.

- Me prend pas pour une idiote : Mickey est généralement le premier debout. Certes, vu son état de hier, c'est compréhensible qu'il est besoin de rester couché mais quand tu veux vérifier que ton frère respire toujours, qu'à la place tu entends le lit craqué et des gémissements : pas besoin d'ouvrir la porte pour savoir ce qu'il se passe.

- Et en quoi ça te regarde ? »

La question de Mickey les prit par surprise. Aucun d'eux ne l'avait entendu sortir de salle de bain et encore moins s'approcher de la cuisine. Il vint se placer à côté d'Ian, s'accoudant au comptoir et attendit la réponse de Mandy.

« - En quoi ça me regarde? Sérieusement ? Questionna-t-elle incrédule. Excuse moi de m'inquiéter pour toi. Excuse moi de penser que...

- Que tu as besoin de me materner parce que j'ai merdé ? T'as pas besoin Mandy. Ça va.

- T'en avais pas l'air hier. Tu devrais pas...

- Prendre mon pied ? La coupa-t-il, parce que appelons un chat, un chat. J'avais envie de baiser. Point. Je fais encore ce que je veux, non ? Je suis grand. Alors détends toi et files moi une assiette s'il te plaît. »

Elle roula des yeux, exaspérée par la réaction de son frère. Alors, oui, peut être qu'elle dramatisait. Peut être qu'elle couvait Mickey plus que de raison mais, merde, il fallait bien que quelqu'un le fasse vu qu'il n'avait pas l'air de vouloir prendre soin de lui. Elle soupira, jeta la spatule qu'elle avait en main dans l'évier :

« - Ben écoutes, t'es grand. Tu fais ce que tu veux, répliqua-t-elle amère, moi je vais chercher Iggy. On doit retourner régler – d'une façon totalement non maternelle – ton bordel.

- Mandy...

- Non, dit-elle en levant la main pour intimer le silence, t'as raison. Au temps pour moi. Les pancakes sont là, d'emmerde toi. J'ai rien dit. Bousille toi la santé. Baise avec qui tu veux. Quand tu veux. Ça me regarde pas, c'est vrai mais je te jure que s'il t'arrive quoique ce soit, t'aura plus à craindre pour la fin du monde : je te jure que je m'occuperai de ton cas moi même ! »

Sur ces mots elle quitta la cuisine d'un pas rapide, ne laissant le temps à aucun des deux garçons d'émettre un seul commentaire. Ian observa Mickey du coin de l'œil, qui s'appliqua à ne pas lui accorder la moindre attention et à se servir son petit déjeuner qu'il attaqua directement. Sentant le regard insistant d'Ian sur lui, il capitula et posa sa fourchette :

« - Quoi ?

- Elle a peut être pas tord.

- Commence pas toi aussi, marmonna Mickey en se remettant à manger.

- Même si c'était super sympa, c'était peut être pas l'idée la plus brillante...

- Quel mot t'as pas compris dans « commence pas toi aussi » ? Le « pas » ? Écoute mec, ça va. Fin de l'histoire. A part si tu veux remettre ça... mais va falloir être rapide j'ai des trucs à faire.

- Euh... pardon ? J'ai cru avoir été clair : tu dois rester tranquille.

- Tes actions sont un peu en contradiction avec tes paroles mais bon. Puis tu comptes faire quoi ? M'attacher au lit ? Ça serait tentant, répondit-il un sourire au coin des lèvres.

- T'es nul. Sérieux Mickey.

- C'est bon. Je dois juste régler cette affaire avec Ramirez que j'ai commencé. J'ai le fric à filer à Joe aussi. Oh ! Et j'ai l'ascension de Lucifer à arrêter mais, juré, je plie ça et je retourne me coucher. »

Ian leva les yeux face à la nonchalance de Mickey vis à vis de sa situation. Il comprit un peu mieux la réaction de Mandy : si son frère agissait toujours de cette façon, pas étonnant qu'elle finisse par directement s'énerver sans chercher à le résonner d'avantage. Croyant en avoir fini, Mickey reprit son repas, dévorant à pleine bouche ce que sa sœur avait cuisiné. Ian soupira mais ne se résigna pas. Il essaya de rapidement évaluer la situation et de trouver un plan B.

« - Je m'en charge, finit il par dire ce qui stoppa Mickey en plein mouvement. Je vais amener l'argent à Joe mais tu lâches Ramirez. Mandy s'occupe peut être des corps mais ça serait stupide d'attirer l'attention des flics avec une petite revanche de quartier.

- Une petite revanche...

- Ton père aurait finit par vous retrouver, le coupa Ian, et avoues que t'aurai fais pareil que lui.

- Ok, concéda Mickey, je lâche l'affaire. Pour le moment. Par contre tu vas pas voir Joe.

- Pourquoi pas ? Demanda Ian surpris.

- Parce que, d'un, c'est pas ton problème. De deux, tu as - des fois - la discrétion d'une otarie qui copule.

- Merci ? Je crois que je vais pas chercher à comprendre tes comparaisons.

- De trois, j'ai besoin de toi et pour ce qu'on va faire, il faudrait mieux qu'on reste ici. »

§

« - Concentre toi.

- Je suis concentré, marmonna Ian.

- Concentre toi, répéta Mickey

- J'essaie !

- Même si j'ai un doute, c'est déjà plus probable. Vide ton esprit du superflu et focalise toi sur le sort s'il te plaît.

- Ça serait pas plus simple de demander à Lip ? Soupira le jeune homme qui sentait un mal de tête flirtait dangereusement dans les environs.

- Tu tiens à ce que je me foute devant Azazel pour déclencher ton pouvoir ? Je te rappelle que c'est le seul truc qui marche pour le moment. A moins, bien sûr, que t'es trouvé une technique dans ton coin. Alors ? Une révélation ?

- Non, soupira Ian, mais je vois pas pourquoi j'arriverai mieux à faire ça que le sort pour parler à Lip.

- Parce que ça, répondit Mickey en indiquant le matériel devant eux, c'est moins dangereux si jamais ça dérape.

- Tu veux plutôt dire si jamais je me plante ?

- Je veux dire que j'ai pas à surveiller un démon possédant ton frère pendant que j'essaye de t'aider à utiliser tes pouvoirs. Je suis peut être multi-tâche mais pour le coup, je préfère me concentrer sur un seul truc. Alors si tu pouvais toi aussi te concentrer et faire ce putain de sort. »

Ian leva les yeux au ciel. Il avait l'impression de se faire réprimander comme s'il avait de nouveau six ans. Il tenta de se détendre, de soulager la tension qui commençait à s'accumuler dans son dos à force d'être assis à même le sol depuis un long moment. Il rassembla les ingrédients comme le lui avait montré Mickey et inspira profondément. Il fit tout son possible pour se focaliser sur la tâche qu'il devait accomplir, fermant les yeux afin de trouver l'état d'esprit qui le possédait à chaque fois qu'il sentait ses pouvoirs remonter à la surface. Il murmura l'incantation, en s'appliquant sur la prononciation pour ne pas que Mickey le reprenne une nouvelle fois, et effectua la gestuelle qu'il répétait pour la dixième fois au moins. Lorsqu'il rouvrit les yeux, Mickey fronçait toujours les sourcils et rien n'avait changé. Dépité, il essuya ses mains sur son jean, prêt à rendre les armes.

« - C'est bon ça sert à rien. J'en suis pas capable.

- Encore une fois, ordonna Mickey d'un ton sec.

- Tu vois bien que ça fonctionne pas...

- C'est à peine plus compliqué que l'incantation de base. Même moi je pourrai le faire.

- Je t'en prie, vas y ! Ça me reposera, capitula Ian.

- Si j'avais tes capacités, je prendrais le relais, avoua Mickey, mais je les ai pas. Tu peux le faire. Il faut juste que tu...

- Je jure que si tu dis encore une fois qu'il faut que je me concentre, je vais commettre un meurtre, le coupa-t-il.

- J'allais dire qu'il faut juste que tu trouve le déclic mais peut être qu'il faut te mettre dans des conditions meurtrières. Tu veux qu'on essaie ?

- Ah, ah. Très drôle. Je vois même pas pourquoi on perd notre temps avec ça, maugréa-t-il.

- On perd pas notre temps et on fait ça parce qu'il faut qu'on en sache plus sur le rituel. Je te l'ai déjà dit : pour que Lucifer puisse accomplir son passage, il faut remplir certains critères. Grâce à ton frangin, on a une grande idée du comment. Des ingrédients, si on veut simplifier. Il faut aussi un lieu et un moment particulier. C'est là que tu rentre en action avec ce sort de localisation.

- Ça serait pas plus simple de localiser le lieu directement ? Parce que, c'est là que tu me perds, je vois pas en quoi chercher des personnes possédées va nous aider.

- Parce qu'un sort aussi simple n'existe pas, soupira Mickey, du coup on part du principe que comme ils ont besoin d'âmes possédées pour le rituel, ils doivent bien les stocker – à défaut de meilleur terme – quelque part. En localisant les différents endroits où on trouve des démons, on trouvera peut être une sorte de schéma qui indique le lieu. C'est approximatif mais c'est ce qu'on a de mieux et, j'avoue que c'est pas si simple parce qu'on fait une localisation générale et pas quelqu'un en particulier.

- Et que je gère pas même si c'était un sort basique, ajouta Ian en boudant.

- Hé, l'interpella Mickey en posant une main rassurante sur son genou, tu peux et tu vas le faire. Tu as confiance en moi ? »

Ian posa sa main par dessus celle de Mickey et hocha la tête. C'était la pure vérité, il lui faisait confiance. Il lui confiait sa vie et à aucun moment il n'avait réfléchi à deux fois avant de prendre cette décision. Mickey retourna sa main, l'enlaçant à celle d'Ian par la même occasion. Il plaça son autre main par dessus, l'enveloppant complètement. Ian le laissa faire sans rien dire, profitant simplement de la vague de chaleur qui l'envahissait à ce simple geste. Le regard de Mickey était encré sur lui et sans jamais détourner les yeux, il reprit la parole :

« - On va le refaire une dernière fois. Je vais garder cette main et tu utilisera le contact entre nous pour puiser mon énergie. Ça devrait t'aider.

- Comment...

- Tu le feras, le coupa-t-il avant qu'il ne puisse finir sa question, inconsciemment tu le feras naturellement. Ne te préoccupe pas de ça. Reprends la poudre de ton autre main, ferme les yeux, respire calmement et concentre toi uniquement sur le son de ma voix. Quand tu le sentiras, tu lâchera juste la poudre comme tout à l'heure.

- Et l'incantation ?

- Ma voix, uniquement. Je m'occupe du reste. Tu ne dis rien, tu ressens. C'est ton objectif, d'accord ? »

Ian hocha une nouvelle fois la tête et s'exécuta. Il rassembla une poignée de poudre brune dans sa main libre, la serrant d'une main qui commençait à être moite. Il ferma les yeux et tenta de calmement stabiliser sa respiration, par de profondes inspirations. Pendant quelques secondes, ils restèrent dans le silence. Ian était certain de la présence de Mickey uniquement par la sensation de ses mains sur la sienne. Il sentit alors les doigts de l'autre homme bouger, caressant du bout des doigts sa peau. Il frissonna à la sensation mais ne dit rien. Il obéit et se concentra sur ce qu'il ressentait. Son cœur avait beau battre à toute vitesse à cause de l'excitation naissante, lorsque la voix de Mickey s'éleva de nouveau il se sentit apaisé. Mickey compta lentement, l'aidant à caler sa respiration et à se relaxer. La douceur de ses mains contribuait à l'apaiser. Il avait la sensation d'être dans une bulle de confort. Un bien être apaisant comme il avait pu le ressentir le matin même quand son corps était collé à celui de Mickey. Ian se remémora le sentiment, ce n'était pas aussi fort mais c'était là, c'était Mickey. C'était sa voix, ses mains sur son corps. C'était son souffle synchrone à son propre souffle, lui procurant de délicieux picotements le long de la colonne vertébrale. Il sentit sa main légèrement trembler entre celles de Mickey mais ne s'en formalisa pas. Il écoutait Mickey, dévorant chaque son avidement. Il aurait pu l'écouter pendant des heures. Il pourrait être avec Mickey pendant des heures. Peu importe pourquoi, tant qu'ils étaient dans la même pièce. Sa présence était rassurante, chaleureuse – malgré son caractère bourru – et ce dès l'instant où ils s'étaient rencontrés. Dès ce moment précis une partie d'Ian avait su, dès ce moment tout c'était amplifié.

Peu à peu la voix de Mickey se fondit, passant en arrière plan. Il n'entendait plus les mots distinctement mais elle était toujours là, lui parvenant toujours. Ses mains étaient toujours là mais la sensation était différente : comme une présence électrisante. Il n'arrivait pas à mettre clairement le doigt dessus mais c'était à la fois comme si Mickey n'était plus là et comme s'il avait possession du corps d'Ian. Il sentit une onde le traverser. Chaud, froid, apaisant, grisant. Ses émotions étaient bouleversées et il sentait sa concentration faiblir. Il se força à garder en tête ce qu'il devait faire, pourquoi il devait écouter Mickey. Il fut totalement pris au dépourvu par cette rafale de sensation qui venait de tous les sens. Il avait l'impression d'être assailli de tous les côtés. Il serra fort les yeux décider à ne pas abandonner mais c'était plus fort que lui. Sa poitrine l'oppressait, il sentit sa respiration de nouveau s'accélérer. Ses mains étaient de plus en plus moites et sa peau le brûlait. Ce fut plus fort que lui, il céda : ouvrant les yeux d'un coup, il lâcha brutalement la poudre qu'il tenait. Celle-ci s'étala sur la carte que Mickey avait installé au sol, entre eux. Une légère fumée se dégagea, obstruant sa vue pendant quelques secondes avant que l'air soit de nouveau limpide.

Son attention fut ramené à la réalité lorsque Mickey relâcha enfin sa main et se pencha sur la carte. D'un mouvement fluide d'un revers de la main, il écarta la poudre que venait de faire tomber Ian. Ceci révéla alors différents endroits où le papier avait été brûlé, à des points précis. Mickey étudiait attentivement les multiples traces laissées et les yeux d'Ian s'agrandirent : cela avait-il vraiment fonctionné ? Avait-il vraiment réussi ?

« - Est ce que, commença-t-il hésitant.

- Oui, répondit Mickey en relevant les yeux sur lui, tu l'as fait. Chaque point où la carte a été brûlée indique la présence d'esprits possédés.

- Comment on peut être sûr ?

- C'est une première donc le risque que ça soit approximatif est grand mais, dit-il en indiquant un point précis sur la carte, le fait que le loft soit marqué montre que tu peux le faire. Que tu l'as fait. Maintenant il faut juste essayer de trouver un indice sur le lieu dans ce bazar.

- Il y en a beaucoup, marmonna Ian en étudiant la carte à son tour.

- Le prix de l'ascension de Lucifer.

- On dirait qu'ils sont plus nombreux dans ce coin, indiqua Ian, tu crois qu'ils se rassemblent là ?

- C'est soit ça, soit c'est un démon d'une grande puissance. Azazel a laissé une marque importante, fit remarquer Mickey, je dirais que le mieux pour en être sûr serait d'aller voir ce qu'il se trame là bas.

- Si c'est un piège ? Si jamais on se jette dans la gueule du loup ?

- « On » ne risque rien. J'irai là bas seul.

- Tu ne vas pas aller là-bas par toi même ! Pas dans ton...

- Si tu me parles de mon état, je te fais bouffer tes dents.

- Tu sais que j'ai raison. On se prépare, on met un plan au point. Je reste un peu en retrait si c'est vraiment ce que tu veux mais tu pars pas seul. »

Son ton était ferme et son regard déterminé. Mandy disait souvent de Mickey qu'il était têtu mais il devait admettre que sur ce terrain, Ian lui faisait sérieusement compétition. Il savait en voyant sa mâchoire serrée qu'il ne pourrait pas le faire changer d'avis. Ian avait prit une décision et peut importe ce que Mickey dirait, il resterait sur son idée. Tout comme il le ferait s'il était à sa place. Alors Mickey capitula.

« - Ok, soupira-t-il. Ce que je te propose c'est que tu remette la main sur l'adresse que t'as filé Gabriel. On va récupérer l'arme que ces abrutis ont perdu et dont dépend plus ou moins ta vie puis après on s'occupe de ça ?

- Tu crois que c'est pour bientôt ? Demanda timidement Ian.

- Tu ressens quelque chose de différent ? S'inquiéta Mickey.

- Non, non, le rassura immédiatement Ian, enfin rien de différent à ce sujet. » ajouta-t-il en baissant les yeux.

Mickey fronça les sourcils confus avant d'ouvrir de grands yeux quand le sens des paroles d'Ian le frappa. C'était une des rares fois dans sa vie où il se sentit rougir et fut soulagé que l'autre homme évite son regard. Il ouvrit et ferma la bouche, incapable de former le moindre mot cohérent. Ceci attira l'attention du jeune Gallagher qui sentit un léger sourire s'étirer sur ses lèvres. Mickey sentait ses joues en feu et inspira un bon coup, décidé à couper court à cette situation stupide.

« - Bref de toute façon peut importe le moment, la lance est nécessaire. On en revient à ce que je disais : va chercher l'adresse de Gabriel qu'on voit tout ça.

- C'est juste le dernier endroit où ils l'ont vu, répondit Ian en reprenant son sérieux, pas sûr qu'elle y soit encore.

- Il faut bien partir de quelque part. Aller va chercher ça pendant que je récupère le portable pour demander à notre ami Google où ça se situe. »

§

Il faisait nuit noire depuis une bonne heure quand la porte d'entrée du loft s'ouvrit. Mandy se glissa sur la pointe des pieds dans l'appartement mais fut surprise par son frère. Installé dos à elle au comptoir de la cuisine, elle l'entendait jurer d'où elle était. Elle s'approcha discrètement, passant la tête par dessus son épaule pour voir ce qui attisait sa colère : « Qu'est ce que tu fais ? » Demanda-t-elle. Concentré sur ses recherches, Mickey n'avait pas entendu que quelqu'un s'était approché de lui et sursauta sur son siège quand il entendit la voix de Mandy près de son oreille.

« - Putain Mandy tu veux me filer une crise cardiaque ?!

- Merde ! S'exclama t elle les yeux écarquillés. Désolé j'avais pas...

- C'est bon. Relaxe. C'est juste une façon de dire. Bon Dieu, Mandy, c'est une expression.

- Ouai et ben, dit elle en lui donnant un coup de poing dans l'épaule, il y a pleins d'autres expressions que tu pourrais utiliser abruti. Alors ? Qu'est ce que tu fais ?

- J'essaie de trouver cette putain de lance du Destin.

- J'ai vu ton message comme quoi l'adresse était une impasse.

- Littéralement.

- Comment ça ?

- L'adresse. C'était littéralement une impasse : une rue avec un mur au bout. Aucun passage, aucun signe quelconque. J'ai même pas vu un reste de rune quelques part qui expliquerait qu'un passage serait caché, lui expliqua Mickey. J'ai pensé à un autre truc : y a eu beaucoup de travaux dans Chicago ces dernières années et peut être que l'impasse était pas comme ça avant. Genre, on a vraiment raté un truc. Du coup j'essaie d'aller sur le putain site de la ville pour voir les plans mais ce que je veux est réservé aux administrateurs. Faudrait que je sois un putain de fonctionnaire pour y avoir accès... ou que je sois un meilleur hacker.

- Fais voir. » Répondit simplement Mandy en lui prenant l'ordinateur des mains sans attendre sa réponse.

Elle pianota rapidement quelques touches sous l'œil sceptique de son frère. Elle fronça les sourcils sous la concentration. Mickey allait ouvrir la bouche, prêt à faire un commentaire, quand elle tourna de nouveau l'écran dans sa direction. Il ouvrit de grands yeux lorsqu'il constata qu'elle avait ouvert la section du site sur laquelle il s'acharnait depuis bientôt une heure. Devant son air ahuri, elle répondit simplement en haussant les épaules :

« - Ben quoi ? Je m'ennuie quand tu m'oblige à rester dans la voiture. Faut bien que je passe le temps !

- Je m'en plains pas, assura Mickey en rapportant son attention sur l'ordinateur. Ça m'arrange au contraire.

- De rien, répondit-elle avant de commencer à tourner les talons.

- Au fait, commença Mickey le nez toujours sur son écran, comment ça se fait que tu rentre si tard ? Tout s'est bien passé ?

- Oui pas de soucis. Je réglais les derniers détails, c'était un peu plus long que prévus.

- Et ça va nous compter combien ?

- Rien, dit elle un léger sourire aux lèvres, je me suis arrangée avec Manny.

- Qu'est ce que t'as fait ? Questionna Mickey en relevant soudain la tête vers sa sœur : ça m'étonnerait qu'il se mette à faire disparaître des corps gratos.

- Rien que tu n'aurais pas fait t'inquiètes pas ! »

Il l'étudia un instant sans rien dire. En l'observant plus attentivement, il perçut les signes : sa tenue était plus négligée, ses cheveux moins disciplinés, elle sentait un mélange de sueur et de... sexe. Il soupira :

« - Me dis pas que t'as fait ça ? T'étais pas obligé. On aurait trouvé un moyen.

- Hé ! On est une équipe. T'aurais fait la même chose si Manny avait eu un faible pour toi.

- On parle de Manny... T'as couché avec...

- C'était pas si horrible qu'on pourrait le croire. C'était même plutôt sympa en fait, avoua-t-elle face au visage écœuré de son frère, fais pas cette tête. J'ai déjà eu pire et puis t'es pas le seul a avoir envie de... relâcher la pression. Au moins comme ça – et grâce à Lana qui nous a passé l'argent qu'elle devait vous donner à toi et Ian pour le job – on a pu passer avec Iggy filer l'argent à Joe.

- Doux Jésus. T'as d'autres nouvelles comme ça ?

- Il faisait la gueule de nous voir mais au moins il nous foutra la paix maintenant. De rien.

- J'ai sérieusement l'impression que je viens de te prostituer, marmonna-t-il en passant une main sur son visage.

- Ne t'en fais pas : je n'ai pas fait une seule chose pour laquelle je n'étais pas consentante.

- Je sais pas si ça me rassure d'entendre ça, Mandy.

- Oh, aller. Tu sais qu'on est une seule équipe même si on se crie après. On est un peu Rose et Jack version frère et sœur : tu sautes, je saute.

- Faut vraiment que t'arrêtes avec tes références de gonzesse, répliqua Mickey en levant les yeux au ciel.

- N'empêche, tu les comprends. » Le taquina-t-elle. Elle se rapprocha de lui et posa affectueusement sa main sur son bras : « Blague à part, tu sais que c'est vrai quand même ?! »

Il ne répondit pas et se contenta de la regarder avec un léger sourire aux lèvres. Il posa sa main libre sur celle de sa sœur et la serra légèrement : il n'avait pas besoin de formuler quoique ce soit à voix haute, cela lui suffisait pour comprendre que le sentiment était réciproque. Elle lui murmura bonne nuit, déposant un furtif baiser sur sa joue et fila dans sa chambre avant qu'il ne puisse protester. Il secoua la tête : décidément cette fille était pleines de ressources et avait la débrouillardise d'une vraie Milkovich. Sa petite sœur avait bien grandi. Il se mordit la lèvres inférieur, tentant de focaliser son esprit sur ce qu'il devait – et ce, grâce au piratage de Mandy – encore faire plutôt que sur ce que celle-ci venait de lui avouer. Imaginer sa sœur rembourser en nature leurs dettes n'étaient pas quelque chose de très reluisant. Il se força à se focaliser sur ses recherches, parcourant les divers onglets maintenant à sa disposition. Différents plans s'affichèrent à l'écran et il étudiait minutieusement chacun d'eux quand une voix le fit de nouveau sursauter :

« - Alors ça avance ? Le questionna Ian.

- Putain Gallagher ! Je vais finir par vous foutre une cloche dans cette baraque.

- On est sur les nerfs ? Je te croyais un super ninja à l'affût de tout ce qu'il se passe autour de lui, plaisanta-t-il.

- Va chier. T'as vu trop de films mec, répliqua Mickey en levant les yeux au ciel, t'as glandé quelque chose de ton côté depuis tout à l'heure, au moins ?

- Euh... J'ai essayé, marmonna Ian en baissant la tête pour cacher son malaise, mais faut croire que je suis pas très doué tout seul...

- Traduction : t'as rien de nouveau.» Conclut-il en passant une main fatiguée sur sa nuque endoloris. « Espérons qu'on aura plus de chances avec les plans de la ville. Apparemment le quartier était différent mais faudrait que je me penche d'avantage sur le truc, ajouta-t-il en étouffant un bâillement.

- Ou alors, commença Ian en se rapprochant de Mickey et en venant poser ses mains sur sa taille, tu pourrais aller au lit ça fait des heures que t'as les yeux fixés sur cet ordi.

- Faut que je finisse ça, j'aurai le temps de dormir quand je serai mort.

- Très réjouissant comme projet, soupira Ian dans son oreille, il faut vraiment que j'essaie de te convaincre ? » Ajouta-t-il en commençant à déposer des baisers dans le creux du cou de l'autre homme.

Mickey réagit instinctivement à ce geste. Il se retournant brusquement, se détachant de l'emprise de Ian. Il jeta un rapide coup d'œil en direction de la chambre de Mandy avant de rapporter son attention sur Ian, légèrement irrité :

« - Tu fou quoi là ?

- Je te l'ai dit, j'essaie de te convaincre d'aller au lit.

- Non, je veux dire, balbutia Mickey en indiquant vaguement son cou, t'as besoin de jouer au pédé ?

- J'ai besoin de... Pas croyable..., s'offusqua Ian, c'est vrai qu'il y a rien de gay dans le fait de coucher avec un autre gars.

- Tu vois ce que je veux dire.

- Non, Mickey, je vois pas. Excuse moi mais quand j'apprécie quelqu'un j'ai envie de lui montrer et pas quand le pistonnant au lit. Je sais pas quel lavage de cerveau t'as eu dans ton enfance mais, juré, pas besoin d'être une brute ou de jouer des muscles tout le temps pour prouver qu'on est un bonhomme. Sur ce, j'ai compris : finis ton truc, moi je vais me coucher.

- Attend ! » l'appela Mickey en le rattrapant par le coude. Le forçant à se tourner de nouveau vers lui.

Ian leva un sourcil interrogateur, attendant que Mickey se décide à reprendre la parole. Honnêtement, malgré tout sa volonté, il avait parfois du mal à suivre ce type. Comment pouvait-il à la fois être aussi sûr de lui sur ce qu'il aime, sur sa sexualité et à la fois refoulé autant le fait d'être proche de quelqu'un ? D'accord, d'après ce qu'il savait, la vie de Mickey ne l'avait pas vraiment poussé à laisser les gens être proche de lui mais tout de même. C'était comme si à chaque fois qu'Ian ouvrait une fenêtre sur qui était vraiment Mickey Milkovich, ce dernier trouvait un moyen de construire un nouveau rempart derrière lequel se cacher. Cela pouvait être éreintant et ce soir, Ian n'avait pas la force ou le courage de creuser la question. Il attendit, voyant Mickey jeter des regards nerveux autour de lui avant de finalement tirer un peu plus sur son bras pour le rapprocher.

Il fallut une demi seconde à Ian pour réaliser ce qu'il se passait : une main toujours sur son bras tandis que l'autre avait trouvé la direction de sa nuque, Mickey avait fait disparaître l'espace entre eux totalement en venant apposer ses lèvres sur les siennes. C'était surréaliste et jusqu'à la dernière seconde, Mickey n'était même pas sûr de lui, de ce qu'il faisait. Sa décision avait été impulsive et pourtant, prit dans l'action, semblait prendre tout son sens. La surprise passée, Mickey sentit Ian passait ses bras autour de sa taille et lui rendre son baiser. Si le départ était timide, leur échange finit par être profond, fougueux. Comme si l'un et l'autre finissait par avouer que cela faisait des jours, des semaines, qu'il rêvait de faire cela.

Mickey recula de la mince distance qui le séparer de son siège, entraînant Ian avec lui. Il s'assit de nouveau, laissant Ian se glisser entre ses cuisses. Son autre main monta rejoindre la première autour du cou d'Ian, pressant leurs corps d'avantages l'un contre l'autre ce qui arracha un léger gémissement à Ian. Lentement ses jambes passèrent derrière celles du jeune Gallagher, laissant glisser son pied le long de son mollet dans de lents va et vient. Leurs hanches commencèrent à rouler quand une toux forcée les surpris, les faisant se séparer aussi vite que tout avait commencé.

« - Pitié ne faîtes pas à ça où je mange, c'est tout ce que je demande, pria Mandy en faisant une grimace.

- Je croyais que t'étais aller te coucher, marmonna Mickey mal à l'aise.

- J'avais un petit creux... mais étrangement, c'est passé, expliqua-t-elle en commençant à marcher à reculons, je vais donc retourner dans ma chambre et ne plus en sortir. Et pitié, je le répète mais pas la table à manger ou la cuisine ! »

Elle disparu encore une fois en laissant les deux garçons seuls dans la pièce de nouveau silencieuse. Mickey cacha son visage dans ses mains cherchant tant bien que mal à retenir un rire nerveux. Lui qui avait toujours voulu éviter ce genre de situation c'était jeté la tête la première dedans et à son grand étonnement se surprit à ne pas le regretter plus que cela. C'était plaisant, comme si l'espace de quelques minutes tout disparaissait. Comme s'il n'existait plus rien à part Ian, ses lèvres, son corps. Il retira ses mains de son visage, un léger sourire aux lèvres, et vit Ian l'observait soucieux. Comme s'il avait peur de sa réaction. Mickey lui sourit alors franchement et, sans un mot, se leva. Il se dirigea vers sa chambre en prenant soin d'attraper Ian sur le chemin et de l'entraîner avec lui.

§

Il étouffa un grognement en mordant dans un oreiller, sentant une vague de plaisir tétaniser tous ses membres. Il eut l'impression qu'uniquement quelques secondes s'étaient écoulé quand il sentit Ian se retirait et se laissait tomber sur le matelas à côté de lui. Il se retourna, sentant les draps collés à sa peau en sueur mais n'en avait que faire, son attention était entièrement sur Ian. Ses yeux étaient clos mais son sourire reflétait l'extase que ressentait également Mickey. Il détaillait le jeu d'ombres et de lumière que les lampadaires de la rue créaient sur la peau d'Ian quand celui-ci murmura :

« - Si ça doit arriver, je veux que ça soit comme ça.

- De quoi tu parles ? Demanda Mickey en se redressant le temps d'attraper son paquet de cigarette pour en allumer une.

- Mourir. Si mon cœur doit arrêter de battre, je veux que ça soit parce que j'ai trop pris mon pied.

- T'es trop con mec, répondit Mickey en lui soufflant sa fumée au visage avant de ré-appuyer sa tête sur la tête de lit.

- Quoi un gars peut bien rêver ! Répliqua Ian en ouvrant les yeux et en lui adressant un clin d'œil : on meurt qu'une fois, on devrait pouvoir choisir.

- Pas faux.

- Tu compte répondre le minimum syndical ?

- En effet.

- Alors ça te détends pas assez pour avoir envie de parler ?

- Apparemment, non.

- Pourtant, dit Ian en se tournant pour venir placer son menton sur le torse de Mickey, j'ai le souvenir que ce matin tu m'as dis qu'on parlerait... plus tard.

- C'est comme quand tu dis à une fille que tu l'aimes bien : c'est juste pour finir au lit avec.

- Vraiment ? Insista Ian avec une moue boudeuse et en dessinant du bout des doigts les muscles de son torse.

- Ian, soupira Mickey, on a pas tous le luxe de pouvoir exprimer ce qu'on ressent toutes les deux minutes. Des fois... des fois c'est plus facile de rien dire.

- Parce que c'est trop dur à entendre ?

- Parce que c'est difficile à raconter sans le revivre. »

Mickey déglutit, fuyant le regard d'Ian tandis qu'il tirait sur les dernières lattes de sa cigarette. Ce n'était pas un mensonge : une partie de lui était prêt à parler, à raconter à Ian son histoire mais l'idée de ressasser le passé, de revivre tout ça en le racontant lui fichait une peur bleue. D'une façon ou d'une autre, Ian dut le ressentir car il embrassa délicatement sa peau, remontant jusque dans son cou. Pendant une brève seconde, il s'arrêta et Mickey se figea mais Ian ne dit rien et recommença à déposer de légers baisers en direction de sa mâchoire, puis de ses lèvres. Mickey le laissa faire, savourant la sensation de ses lèvres sur les siennes, de sa langue explorant sa bouche. Aussi délicatement qu'il avait commençait, Ian mit fin à ce baiser et se recula légèrement, permettant à Mickey de retrouver son souffle.

« - C'était pour quoi ça ?

- Tu sais que les gens ne font pas toujours les choses parce qu'elles attendent quelque chose.

- J'étais pourtant sûr que t'étais des quartiers sud...

- Gné, moque toi mais si c'est vraiment ta philosophie...

- Ok, concéda Mickey, t'as le droit à une question. Une seule pour ce soir.

- Hum..., considéra Ian, ça vient d'où ?

- Je sais que j'ai dis qu'une question mais il va falloir que tu sois plus spécifique, répondit Mickey

- Ça, dit-il en désignant d'un mouvement de tête et du bout du doigt le cou de Mickey.

- Tu sais choisir tes questions, marmonna Mickey, t'es sûr de vouloir gaspiller ta question sur l'histoire d'une vieille cicatrice ?

- Non. Pas vraiment. Ce que je veux savoir c'est pourquoi cette cicatrice que tu as dans le cou ressemble exactement à la cicatrice que laisse une blessure par balle. »


Note : Laborieux. C'est le mot approprié pour décrire l'écriture/publication de ce chapitre. Hormis un manque de temps personnel (faire, défaire des cartons, peindre des murs, bricoler avec du plâtre et tout demande plus de temps que j'avais prévu...) j'avoue que je suis une nulle complète en ce qui concerne l'écriture des scènes de sexe. J'avais un gros blocage et voilà ce que j'ai réussi à sortir. Ce chapitre paraît un peu "mou" dans la généralité de l'histoire mais je voulais prendre le temps d'approfondir un peu les relations entre les personnages ! Et super bonus si vous trouvez les différentes références (citations) que j'ai glissé dans ce chapitre ;)