Chapitre 14 : Les cercles de l'Enfer

Il aurait dû le savoir. A force de le côtoyer, Mickey aurait dû savoir que c'était le genre de chose qu'Ian demanderait. C'était certain qu'il l'avait remarqué - d'où son arrêt lors de ses baisers - et qu'il avait pu identifié de quoi il s'agissait. Mickey avait naïvement espéré qu'il n'aborderait pas le sujet, pas immédiatement. C'était comme croire au père Noël. Mickey attrapa une autre cigarette et l'alluma pour se donner une certaine contenance. Cela n'échappa pas à Ian qui le laissa faire. Lui laissa le temps de répondre à son rythme, conscient qu'il touchait un point sensible. Mickey tira sur sa cigarette, tournant la tête pour souffler sa fumée loin du visage d'Ian, avant de finalement répondre :

« - C'est une longue histoire.

- Je m'en serai douté. Si c'était juste une anecdote du type : je nettoyais une arme et le coup est parti tout seul, on aurait déjà fini cette conversation. » commenta Ian. Voyant le visage renfrogné de Mickey, il reprit d'une voix douce : « Si c'est difficile pour toi, prends ton temps.

- C'est que, c'est pas uniquement mon histoire... et que c'est pas forcément à moi de raconter tout ça.

- Mandy ? Demanda Ian par déduction et Mickey hocha la tête.

- J'ai déjà pas eu les couilles de lui dire tout ce qu'il s'est produit pendant sa possession...

- Ça te ferait peut être du bien d'en parler, proposa Ian et voyant le regard septique de Mickey ajouta : c'est ce que j'ai entendu dire. Bon, j'avoue que là c'est ma curiosité qui trouve toutes les excuses possibles pour mieux te connaître. Un peu plus de connaître ? Juré, je suis super fort quand il s'agit d'écouter. C'est mon truc. On me dit toujours : Ian comment tu fais pour être si cool, arriver à m'écouter parler.. que veux tu ? Je suis monsieur cool ! »

En l'écoutant parler Mickey fit de son mieux pour être attentif mais il avait l'impression d'assister à un sketch. Pinçant les lèvres et mettant la main sur sa bouche pour tenter de se retenir de rire, Mickey céda en voyant l'expression totalement sérieuse d'Ian. Son rire rempli pendant quelques secondes la pièce, faisant taire Ian qui le regarder surpris par sa réaction.

« - Ben quoi ?

- Toi ? Commença Mickey en reprenant son sérieux, toi t'es monsieur cool ? Et moi je suis Gandhi peut être ?

- Tu es le changement que tu veux voir dans le monde ?

- Hein ?

- Ben oui : Gandhi, le changement... ? Non ? C'est une citation super connue...

- Ouai mais non. T'es trop cool pour moi, se moqua Mickey.

- Va chier, j'essaie juste d'élever le niveau culturel moi !

- Mais je t'en prie...

- Comme ça tu espère que j'oublie de quoi on parlait peut être ? » Questionna Ian et dont l'expression de Mickey suffit comme réponse. Bougeant pour prendre une position confortable à côté de Mickey, Ian reprit le fil de sa conversation : « Nous disions donc : cette cicatrice.

- Tu lâcheras pas l'affaire ?

- Je pourrais faire que ça vaille le coup que tu me raconte l'histoire, négocia-t-il.

- Ah oui ? Et t'as quoi en tête ?

- Rien de précis pour le moment mais j'ai des pistes... Marché conclus ? »

Mickey sut qu'il devait rendre les armes : ce gamin ne lâcherait pas l'affaire. Pas si facilement. Peut être qu'il avait aussi raison au final ? Peut être avait-il besoin d'en parler ? Peut être cela lui ferait il du bien d'évacuer toute cette histoire ? D'avoir l'avis de quelqu'un d'extérieur ? Quelqu'un qui avait appris à connaître les Milkovich mais qui n'en était pas un.

Être un Milkovich c'était devoir encaisser les coups, compter uniquement sur soi. On lui a toujours appris à profiter des autres et à ne défendre, s'il le fallait, que sa famille. C'était être un homme, jouer des muscles, savoir monter et démonter une arme les yeux fermés. C'était être dans l'action mais ne pas s'attarder à s'épancher sur ses sentiments. Être un Milkovich c'était constamment devoir trouver l'équilibre entre jouer le mâle alpha de le meute et être un loup solitaire. C'était épuisant. Mickey était épuisé par la vie et par la façade qu'il avait mis en place dès son plus jeune âge. Petit à petit il l'avait abaissé : quand il a réalisé qu'il n'échapperait pas aux démons et que c'était sa vraie nature de devoir se battre contre eux. Le moment où il avait le plus baissé son masque de Milkovich c'était en s'avouant à lui même que non, ce n'était pas uniquement parce qu'elle n'était pas attirante qu'il n'arrivait pas à coucher avec Angie Zago mais c'était surtout parce que c'était une fille et que c'est ce point là qui ne l'attirait pas.

A partir de là, qu'est ce qu'il risquait de baisser une dernière fois la garde avec Ian ? Il l'avait pris avec lui, il avait vécu avec lui, il avait couché avec lui. Ian méritait de savoir qui il était et ce qu'il avait vécu. Il était honnête de lui raconter son histoire, celle de Mandy. Mine de rien, c'est ce qui le décida à accepter de dévoiler leur histoire : pas la promesse coquine d'Ian – bien que tentante – mais le déclic dans sa volonté de s'ouvrir. Il inspira profondément, et Ian en profita pour s'installer encore plus confortablement, la tête sur son torse. Mickey passa son bras autour d'Ian, cherchant un point d'ancrage mais s'appliqua à éviter son regard.

« - Ok, souffla-t-il, ça va être long parce que pour te faire un tableau plus juste il faut commencer par te faire un topo de quand j'étais jeune.

- C'est vrai qu'avec ton grand âge, ça va durer des heures, taquina Ian.

- Tu me laisses parler ou tu comptes passer la nuit à me charrier ? Demanda Mickey en baissant enfin les yeux sur lui.

- Pardon. Je t'écoutes.

- Je disais donc : comme tu le sais, c'était plutôt la merde quand j'étais petit. Je sentais, des fois je voyais ou rêvais, la présence des démons. Ma mère disait qu'il faut être quelqu'un de fort pour avoir ce genre de capacités et que je devais prendre soin des autres. La belle affaire avec Terry comme père. Quand on te rappelle sans cesse que t'es un moins que rien qui fait que se plaindre comme une gonzesse, ben tu finis par le penser. La mort de ma mère a pas aider. J'avais personne pour essayer de calmer le tempérament de mon père alors j'ai fait comme j'ai pu pour survivre. J'ai grandi en repoussant mes capacités. J'ai utilisé ce que j'avais à porter de main grâce au paternel et pendant longtemps j'ai plus ou moins réussi. Rhum, cock, whisky, exta, vodka, beuh... tout ce qui passait et qui pouvait me faire déconnecter de la réalité je l'ai pris. Dis comme ça, je passe pour un junkie alcoolo mais j'étais fonctionnel. Relativement. Un jour je suis rentré au petit matin d'une beuverie et j'ai croisé Mandy. Enfin ça ressemblait à Mandy mais c'était pas Mandy. Si ça a un certain sens pour toi.

- J'ai eu le même sentiment avec Lip, l'interrompit Ian.

- Exact mais comme j'étais bien imbibé. J'ai pas spécifiquement poussé plus la question à ce moment là. Je l'ai vu et elle est parti, sans un mot. Il y avait cette puanteur. Cette odeur si forte on aurait dit que quelqu'un avait laissé un carton complet d'œufs pourrir. C'était, c'était le souffre qu'avait laissé sa possession mais ça, je le savais pas à ce moment là. Alors j'ai titubé dans la maison, pour chercher l'origine de l'odeur. J'ai fait presque toutes les pièces sans rien trouver puis je suis allé dans sa chambre. Et là... là l'odeur m'a frappé c'était comme se prendre un direct dans la face. Sauf qu'il n'y avait pas que ça. J'avais tellement la nausée entre l'odeur et l'alcool que je l'ai pas vu immédiatement mais il était là, au sol derrière son lit. Juste ses pieds dépassaient et j'ai enfin vu les traînées de sang au mur. Il y en avait de partout. Quand je me suis approché : il était là, dans une mare de son propre sang avec la gorge tranchée. Elle avait... non, c'était Azazel, il avait... il avait utilisé mon frère Colin. Il lui a tranché la gorge pour utiliser son sang pour un sort de communication. Et là je te donne l'explication parce qu'à ce moment tout ce que je savais c'est que le corps de mon frère était étendu dans la chambre de ma petite sœur. »

Mickey marqua un temps d'arrêt. Il sentait sa voix commencer à trembler sous la vague de souvenirs qui l'envahissait. Ian n'osa pas ouvrir la bouche, préférant assimiler les informations que Mickey venait de lui confier. Il se sentait comme un parfait idiot : comment avait-il pu obliger Mickey à lui raconter ça ? Pas étonnant qu'il est cherché à éviter le sujet, cela devait être horrible et Ian l'avait obligé à revivre cela. Quel abruti. Il allait enfin dire à Mickey qu'il n'était pas obligé de continuer, qu'il comprenait et que cette idée « d'en parler pour aller mieux » était n'importe quoi mais Mickey fut plus rapide que lui et reprit – d'une voix encore un peu chevrotante – la suite de son récit :

« - A partir de là, ça a été le déclic. Toutes les horreurs que j'avais essayées de refouler étaient de retour. J'ai cherché à comprendre ce qu'il s'est passé. C'est là que tout le bordel d'exorciser les démons et tout à commencer. Il fallait que je retrouve Mandy : déjà parce que c'est ma sœur mais parce que le paternel me tombait dessus en disant que c'était ma faute et que je devais réparer mes conneries. J'ai jamais compris sa logique mais comme de toute façon je voulais retrouver ma petite sœur, j'ai pas insisté sur ce point. Alors je me suis mis à faire des recherches. Putain j'ai jamais passé autant de temps dans une bibliothèque ou à faire le tour des pâtés de maison en posant des questions à tout le monde. Une vraie galère pour avoir ne serait ce qu'une piste.

« Tu me diras, le côté positif c'est qu'après toutes ces années dans le déni j'ai pu rattraper mes connaissances en surnaturel. J'ai appris les bases : sermon, matériel, comment fonctionne les démons... J'ai fait mes premiers exorcismes sur des démons de bas étages et, bordel, c'était pas aussi facile que maintenant. J'ai pris des putains de dérouillées mais ça valait le coup. C'était pour Mandy. C'est ce que je me répétais en boucle. Un putain de mantra jusqu'au jour où devines qui croise ma route ? Par le plus grand des hasards, qui n'en était évidement pas un si tu veux mon avis, voilà qu'après une autre journée pourrie à faire le tour de la ville : elle est là. Juste devant moi à descendre des verres dans un bar comme si de rien était. Tu pourrais croire que ça y est : le plus dur était fait, c'est ce que moi j'ai cru à ce moment là. Elle m'a envoyé bouler quand je suis allé la voir et là j'ai vu vraiment Azazel quand j'ai - comme un con de bleu- commencé à marmonner mon exorcisme en plein milieu du bar. Elle a tout ravagé. Tout a volé. Tout le monde a été massacré. Elle a finit avec moi, ses mains étaient autour de ma gorge. Je sentais l'air lutter pour passer, mes poumons me brûlaient tandis que ses mains se resserraient de plus en plus. » murmura Mickey en portant inconsciemment sa main libre à sa gorge.

Il se tut quelques instants comme à bout de souffle. Comme s'il revivait la scène. Ian prit la main encore sur son cou. Il veilla à délicatement la prendre dans la sienne et la porta à ses lèvres. Il déposa de légers baisers sur les phalanges tatouées de Mickey, sa façon de lui rapporter du confort, de lui rappeler qu'il était chez lui, accompagné et en sécurité. Mickey lui sourit timidement et prit une profonde inspiration pour se redonner du courage, tandis que le bras qu'il avait autour d'Ian resserra subtilement son étreinte.

« - Je me suis senti partir. J'ai vu le regard noir d'Azazel dans les yeux de ma sœur et j'ai su que c'était la dernière chose que j'allais voir. Tout s'est assombri et puis plus rien. Le néant. J'ai rouvert les yeux, comme si j'étais simplement en train de dormir, et elle était là juste devant moi. C'était Mandy, ma Mandy. Je voyais sa putain d'âme merde. C'était flou, l'atmosphère était étouffant mais aucun doute elle était bien là, bien elle même. Elle avait l'air terrorisé, je l'ai entendu crier mon prénom et la seconde d'après j'étais de nouveau dans le bar, étendu au sol. Iggy m'avait rejoint et avait essayé d'assommer Mandy. Ça a pas été glorieux mais ça lui avait fait lâcher son étreinte et j'ai pu respirer de nouveau. C'est un peu confus parce que j'avais pas les idées nettes mais on a tenté de la retenir comme on a pu sans résultats. Elle a disparu comme le jour où j'ai retrouvé Colin. Le côté positif, si on veut, c'est que j'étais sûr qu'elle soit toujours en vie et en ville. Alors j'ai... j'ai cherché... j'ai cherché à comprendre ce qu'il s'était passé quand Azazel m'a étouffé. Pourquoi j'avais vu Mandy et tout. Et en fait c'est con en sachant tout ce qu'on peut savoir maintenant mais c'est là que j'ai découvert que toutes ces histoires de merde sur l'enfer : c'était vrai.

- Elle était en enfer ? Demanda Ian en relevant la tête soudainement, trop surpris pour élaborer le fait qu'il venait de couper la parole à Mickey.

- Si on veut. Enfin pas vraiment. Tu connais Dante ?

- Dans quoi ?

- Pas "dans", Dante. Un auteur. ''Les cercles de l'enfer'' ça te parle ? T'as étudié ça en cours ?

- Non mais j'ai peut être entendu Lip en parlé, répondit Ian songeur.

- Bref. J'en connais que les grandes lignes de toute façon donc je passerai moins pour un con en te l'expliquant. En gros le gars décrit l'enfer comme une spirale, et chaque spirale est ce qu'il appelle un cercle où chaque âme damnée est punie en fonction de son péché. Cette spirale a une sorte d'entrée, un genre de vestibule si tu veux : les limbes. C'est pas l'enfer mais pas vraiment l'endroit où t'as envie de passer tes vacances non plus. C'est un entre deux où passent les âmes qui vont en enfer et stagnent celle qui ne sont pas baptisées, qui n'ont pas à être punies.

- Comme Mandy ? Elle était dans les limbes ?

- Elle était pas vraiment morte, son âme était prisonnière entre les deux. Incapable de récupérer entièrement son corps mais pas soumise à l'enfer non plus. Et sachant où était son âme, j'ai eu une idée en me rappelant les recherches que j'avais faites. Généralement l'exorcisme consiste à chasser le démon de l'hôte mais il existe, si on a localisé l'âme, un exorcisme qui en gros remet de force l'âme dans l'hôte et c'est ce qui chasse le démon. Celui ci est plus rare car il faut avoir l'âme en question...

- Tu veux dire... être dans les limbes avec elle ? » Demanda Ian et Mickey acquiesça d'un mouvement de tête. « Tu n'as quand même pas... » commença t il mais fut incapable de finir sa phrase.

Le regard fuyant de Mickey fut tout ce qui lui suffit à comprendre qu'il avait correctement compris le projet qu'avait entrepris Mickey à l'époque. Il lui fallait être avec l'âme de sa sœur pour la ramener. C'était quand il avait failli mourir des mains du démon qui la possédait qu'il l'avait eu. Tout comme Ian à cet instant précis, Mickey avait conclu qu'il lui fallait jouer sa vie pour sauver sa sœur. Ian sentit le torse de Mickey bougeait rapidement, sa respiration se saccadant, et sa main tremblait légèrement contre sa peau. Le souvenir provoquait une vague de panique chez Mickey que tout son corps trahissait au contact de l'autre jeune homme. Mickey finit par prendre sur lui et par continuer son récit :

« - Il fallait agir vite. Azazel aurait pu faire n'importe quoi avec le corps de Mandy. J'ai demandé à Iggy de la localiser pendant que je faisais... pendant que je... je préparais l'exorcisme. Quand tout était prêt j'ai quand même... j'ai appelé le 911. Pas pour qu'ils arrivent à temps. Parce qu'avec le recul, c'était une option à laquelle j'avais déjà songé pendant des années mais je voulais pas que ça soit Iggy - ou pire Mandy - qui me retrouve comme ça. J'ai passé le coup de fil et dès l'instant où j'avais raccroché... j'ai pris le Baretta et... » il s'interrompit. Pointant deux doigts sous son menton il imita le tire du revolver : « Bam. C'est débile mais... j'ai toujours regardé des films d'action et pendant cette demi seconde où mon doigt pressait la détente, je me suis demandé à quoi ressemblerait mon crâne une fois explosé.

- C'est horrible de penser ça, murmura Ian effaré.

- Mais c'est la vérité. Pas de lumière blanche à suivre, j'ai pas vu ma vie défiler sous mes yeux. Juste cette réflexion stupide que j'aurai pu avoir à n'importe quel autre moment. Avec cette sensation de sentir la balle s'enfoncer dans ma chair. C'était super étrange : comme si le temps ralentissait et accélérait en même temps et en un éclair j'étais de nouveau là-bas. J'étais de nouveau face à elle. Alors j'ai fait l'exorcisme, le plus rapidement possible car je me sentais déjà.. comment dire ? Attiré ailleurs ? Ma place était pas dans les limbes et c'est comme si l'enfer le savait et cherchait à me virer de là. J'ai lutté et j'ai réussi. Putain comment j'étais fier de moi quand j'ai vu l'âme de Mandy disparaître. Rien à foutre de finir dans le septième cercle de l'enfer, ma petite sœur était sauve et moi j'avais la paix. C'est ce qu'on appelle une issue gagnant-gagnant !

- Alors comment... ? Ne put s'empêcher de demander Ian.

- Il y avait une ambulance plus proche que ce j'avais anticipé. Ils ont réussi à me réanimer dans l'ambulance. Pendant un bon moment j'ai eu l'impression de voyager entre le brancard et les limbes jusqu'à ce que finalement je ne vois plus rien. Le noir complet. J'ai rouvert les yeux et j'étais dans une chambre d'hôpital. Ça puait le désinfectant, j'avais mal partout et une armée de types en blouse passait devant moi pour me poser quinze milles questions. A ce moment là, j'ai regretté l'enfer.

- Mais tu étais vivant !

- En effet mais à ce moment là c'est pas vraiment ce que je voulais. Il m'a fallut un petit laps de temps pour renouer avec cette idée de respirer, marcher...

- Tu veux dire avec le concept de vivre ? Tout simplement ?

- Ouais, murmura Mickey, Iggy a joué un grand rôle. Plus qu'il ne le pense vraiment. C'est lui qui m'a retrouvé à l'hôpital. Il a rien dit à personne. Il a tout pris sur lui – pas comme si Terry en avait quelque chose à foutre et il voulait pas accabler Mandy. Il a pas non plus été super loquas avec moi : il m'a un peu engueulé de pas l'avoir prévenu de tout le plan mais sinon il a rien dit. Il a pas eu besoin. J'ai vu son regard quand il est entré pour la première fois dans ma chambre et ça a suffi pour que je me promette de jamais plus lui faire traverser ça. Ça a été dur mais je l'ai fait et par la même occasion j'ai fini par faire ce que j'ai toujours fui : chasser les démons. J'ai bossé à liquider les monstres qui s'en était pris à ma famille. C'est comme ça que j'ai rencontré Svetlana et que j'ai appris encore plus de choses sur le sujet.

- Mais du coup, si maintenant tu devais...

- Mourir ?

- Oui. Qu'est ce qu'il se passerait ? T'as dû renvoyer des tas de démons en enfer...

- Et je devrais toujours aller les rejoindre.

- Même si...

- Même s'ils me détestent et qu'ils attendent avec impatience le moment de me rendre la pareil de ce que je leur ai fait : je reste un suicidé Ian. Je suis mort - pendant deux minutes trente-sept d'après l'un des médecins – et on peut rien changer mais je l'ai accepté. Je suis parti du principe que j'emmènerai le plus de crevures possible avec moi.

- Au risque de te tuer encore plus vite, commenta Ian, c'est à cause de ça que j'ai rencontré Mandy à l'hôpital la première fois, n'est-ce pas ?

- A ton avis ? A vrai dire c'est aussi la première fois que Mandy me retrouvé là-bas et que j'ai aussi dû lui dire ce qu'il s'était passé. Dans les grandes , éviter de signaler que c'était pour elle. Bref tu vois le topo et tu sais d'où vient cette cicatrice. Alors content ?

- C'est pour ça que tu en veux aux anges ? Parce qu'ils ne t'ont jamais aidé ? Questionna Ian à la place.

- Je croyais avoir dit une question ?

- S' il te plaît...

- Ian, soupira Mickey, qu'est ce que... qu'est ce que tu penserai d'un type qui t'as ignoré toute ta vie - même quand t'étais vraiment dans la merde - et t'as même laissé croire qu'il existait pas vraiment mais qui, le jour où lui a besoin de toi, se rappelle ton existence et dit qu'il compte sur toi ?

- Tu veux dire comme mon père ? Plaisanta Ian. Parce que tu viens plus ou moins de décrire Franck.

- Si tu veux...

- T'as raison, avoua Ian plus sérieusement, je le porterai pas dans mon cœur.

- Tu comprends mieux pourquoi je préférerai crever de nouveau que de les aider. Eux et leur foutue destinée ! Non mais sérieux : ''ça devait se passer comme ça Mickey'', "notre unique mission est de contrer Lucifer", "il n'est pas important pour nous, nous n'avons pas à le sauver", "tu es important Mickey, tu dois rester en vie", bougonna Mickey dans une imitation simpliste de Gabriel, important mon cul...

- Attends une minute, le coupa Ian, qui est ce qu'il ne voulait pas aider ? Mickey ? Insista t il face au silence de ce dernier. Je croyais que... T'es revenu sans aucune protection ?

- J'avais Mandy et Iggy, répondit Mickey sur la défensive.

- Tu sais ce que je veux dire. Je pensais que...

- Que j'étais revenu avec un petit ange sur l'épaule ? Mauvaise nouvelle : c'est des abrutis qui en ont rien à foutre. Enfin je trouve pas ça nouveau mais désolé de te l'apprendre. Ce sont peut être des anges mais ils sont loin de l'idée dont tu t'en fais.

- Tu es encore plus idiot d'être revenu alors. Et leur intervention est encore plus étrange : pourquoi aider au dernier moment alors ?

- Tu pose trop de questions. » décréta Mickey en attirant Ian à lui. Il l'empêcha de reprendre la parole en apposant ses lèvres sur les siennes. Approfondissant le baiser il tira les draps de nouveau par dessus leur tête : il était grand temps de reprendre le prochain round de son activité favorite et si cela pouvait lui éviter d'aborder certains sujets...

§

L'odeur de pancake et de bacon fut la première chose à le sortir de son sommeil. Seul dans le lit, il entrouvrit un œil pour voir l'heure. Il lui fallut quelques instants avant de réaliser que la vue habituelle du lit mezzanine de son frère et de sa commode croulant sous les vêtements était en désaccord complet avec la vue qu'il avait eu ces derniers temps. Il se redressa, désorienté par la situation. Il se leva, faisant le tour de la pièce vide et cherchant à comprendre comment il était revenu du loft des Milkovich jusqu'à la maison des Gallagher, jusqu'à chez lui. Sans aucun souvenirs. Hésitant, il entreprit de suivre l'odeur qui l'avait réveillé il y a quelques instants plus tôt. Il se dirigea vers les escaliers et descendit dans la cuisine, sur ses gardes. Malgré cela, il fut prit au dépourvu quand il se retrouva nez à nez avec la dernière personne qu'il s'attendait à voir : face à lui, empilant des pancakes qu'elle sortait de la poêle, se trouvait sa mère.

« - Monica ? S'étonna Ian en s'approchant du comptoir de la cuisine, Qu'est ce que... Est ce que... je rêve ? Questionna-t-il en étudiant son environnement.

- Assis toi mon chéri, répondit-elle simplement, mange pendant que c'est encore chaud.

- Qu'est ce que tu fais là ? » Demanda Ian sans pour autant s'empêcher d'obéir et de s'asseoir sur la chaise de bar. « Ce n'était pas prévu. Est ce que c'est réel ?

- Mon cœur, pourquoi tu ne profiterais pas un peu ? Tu as du temps pour te faire du soucis. Regarde, indiqua-t-elle en montrant la fenêtre d'un geste de la spatule qu'elle tenait, le soleil se lève à peine ! N'est ce pas magnifique ?

- Oui. » murmura-t-il en tournant la tête dans la même direction.

C'était vrai : la vue était magnifique. A cette heure-ci le soleil commençait à peine à percer. Ses rayons illuminaient les toits des maisons du quartiers dans un panel de couleurs hypnotisantes. C'était son moment préféré. Il adorait cette vue de la cuisine à ce moment précis de la journée. Cela avait toujours été le cas. Déjà enfant, il adorait quand Fiona se levait plus tôt les dimanches – des semaines où elle avait gagné plus d'argent – pour leur préparer un petit déjeuner de roi. Elle se levait toujours aux aurores pour faire à tout le monde son plat préféré et lui s'arrangeait toujours pour être réveillé quand elle commençait les pancakes. Il descendait et s'installait à cette exacte même place pour la regarder faire et voir le soleil se lever. De toute son enfance c'était son moment préféré, son endroit préféré et sa mère était là à cet instant à aussi lui servir sa nourriture préférée. C'était tout ce qu'il pouvait désirer mais pas ce qu'il avait essayé d'obtenir. Il devait arrêter cette rêverie et se focaliser sur son véritable objectif. Il détourna les yeux de la fenêtre et rapporta son attention sur sa mère.

« - Ce n'est pas un rêve, déclara t il posément, ça a fonctionné. »

Monica ne répondit pas mais son regard trahit son inquiétude. Cela n'empêcha pas Ian de continuer :

« - Pourtant... ce n'est pas ça que je voulais. Alors comment ? Commença t il avant d'observer sa mère : C'est toi ? C est toi qui a fait ça ?

- Non. Oui.. enfin pas vraiment. J'ai juste détourné ton sort.

- Mais pourquoi ?!

- Tu ne devrais pas voir ça, répliqua t elle sèchement. Tu dois te protéger Ian, pas te jeter dans la gueule du loup. Pourquoi tu ne peux pas te cacher ? Ce n'est pas ta guerre, mon chéri...

- Et pourtant je suis au milieu de tout ça. C'est la prophétie ! Répondit il sur le même ton.

- Ian...

- Tu t'attendais a quoi ? A ce que je laisse les autres faire tout le travail ? C'est toi qui m'a envoyé vers Mickey...

- Pour te protéger ! Le coupa t elle. Pas pour te battre. Je voulais que tu sois sauf. C'est mon rôle de mère de veiller à ta sécurité.

- Ton... ton rôle ? De mère ? C'est pour ça que tu n'as fait que disparaître toute mon enfance ?Que tu nous as laissé croire que tu étais folle ? Tu crois qu'une mère laisserai son propre enfant voir sa mort ? »

Ian se tut. Sa mâchoire était serrée. Toute la frustration qu'il avait emmagasiné contre sa mère toute sa vie remontait peu à peu à la surface. Ce sentiment d'abandon qu'il avait toujours dénié s'avouer lui revenait en pleine figure et les yeux embués de larmes de Monica ne l'apaisaient pas. C'était lui qui avait souffert de sa négligence. C'était lui qui était dans son droit, elle n'avait qu'à assumer ses choix et le laisser faire les siens. Il vit une larme rouler le long de sa joue mais ne dit rien. Tout son corps était tendu. Il était conscient d'avoir eu des mots durs mais elle n'avait pas le droit de prendre les décisions à sa place. Il avait fait ce sort pour une raison et il allait manqué cette opportunité par sa faute.

« - Je suis désolé. » Murmura-t-elle la voix tremblante.

Ian savait qu'elle le pensait. Elle le pensait toujours et pourtant elle recommençait. Elle n'agissait pas volontairement pour blesser ses enfants, Ian le savait pertinemment, mais sa façon de les aimer était tellement maladroite que le résultat était le même. Elle n'aurait jamais le titre de mère de l'année mais pour une fois Ian avait besoin de son soutien. La pièce se mit soudainement à trembler autour d'eux. Les portes des placards claquaient et les objets commençaient à tomber au sol.

« - Qu est ce que...

- Ton sort s'affaiblit. Tu ne maîtrise pas assez tes pouvoirs, il devient instable, lui expliqua t elle en essuyant ses yeux d'un revers de main.

- Mais je n'ai pas vu ce que je devais voir ! S exclama-t-il paniqué.

- Tu ne devrais pas le voir...

- S'il te plaît. Laisse moi les aider. J ai besoin de la trouver. J'ai besoin que tu m'aides. S'il te plaît... »

Elle se pinça les lèvres, partagée, tandis que la pièce devenait de plus en plus chaotique et instable. Ian regardait frénétiquement autour de lui. Il fallait qu il réussisse mais - même morte - sa mère était semble-t-il plus puissante que lui.

« - S'il te plaît maman. » supplia t il et le fait de ne pas l'appeler par son prénom pour la première fois depuis longtemps sembla réveiller quelque chose en elle. Elle inspira profondément avant de céder et de hocher la tête pour accepter. Elle attrapa rapidement sa main par dessus le comptoir et lui sourira tristement.

« - N'oublie jamais à quel point je t'aime. » murmura t elle.

Ce fut la dernière vision de la pièce qu'il eut avant que tout son environnement ne s'effondre pour de bon.

§

Un cri soudain le sorti de son sommeil en sursaut. Sur la défensive, Mickey attrapa la lame qu'il cachait sous son matelas avant de s'apercevoir qu'il était seul dans sa chambre. Complètement seul. Inquiet, il enfila un caleçon et parti à la recherche d'Ian, l'arme toujours en main. Il arriva dans l'entrée du salon en même temps que Mandy dont le bâton d'autodéfense était prêt en cas de nécessité. Ils s'interrogèrent mutuellement du regard mais l'un comme l'autre ignorait l'origine du bruit qui les avait réveillé. Ce fut jusqu'au moment où Mickey tourna la tête et vit un corps dépassé de derrière le canapé. Il se précipita pour retrouver Ian inconscient au milieu d'une multitude de symboles. Il ne perdit pas une seconde, accordant toute son attention au jeune homme, il envoya néanmoins sa sœur vérifier leurs sorts de défenses. Mandy s'éclipsa tandis que Mickey tentait de vainement réveiller Ian :

« - Aller Ian, me fais pas ça ! Aller ouvre les yeux. Ian ! »

Le pouls d'Ian battait faiblement dans ses veines mais il était là. Mickey agita le corps sans vie d'Ian, continuant inlassablement de le supplier de se réveiller. Ses réflexes habituels d'exorciste étaient comme mis sur pause. Il était incapable d'agir autrement que frénétiquement. Ignorant tout en dehors d'Ian, il continua jusqu'au retour de Mandy.

« - Hé, Mickey ! Il est sous l'effet d'un sort, dit-elle en parvenant enfin à attirer son attention sur le matériel autour de lui, tu le réveilleras pas comme ça !

- Qu'est ce... qu'est ce qu'il a fait ? Demanda-t-il en commençant à examiner ce qui l'entourait pour la première fois depuis qu'il avait mis les pieds dans le salon.

- J'suis pas sûre.. ça ressemble à un sort que j'ai lu y a longtemps. Un truc de chaman. Mais... mais c'est pas possible. Comment... Il aurait pas pu...

- Quoi ? S'exaspéra Mickey

- Le sort que j'ai en tête peut être super dangereux. Tu es dans une sorte de réalité rêvée. Tu vois, ressens tout ce qui arrive dans cette illusion. Absolument tout : le bien comme le mal.

- Comment on le sort de là ?

- Je sais pas. J'ai jamais plus cherché que ça. J'aurai jamais cru que quelqu'un puisse et surtout ose le faire ! »

Les deux jeunes Milkovich se regardèrent désarçonnés : ils ignoraient quoi faire. Mickey allait se précipiter sur le livre qu'avait utilisé Ian pour son sort quand ce dernier revint soudainement à la vie. Il aspira goulûment de l'air dans ses poumons comme si tout ce temps il était en apnée. En le voyant ouvrir les yeux, Mickey reprit également son souffle comme si lui aussi avait cessé de respirer. Ses mains se posèrent partout sur le visage d'Ian, se voulant rassurantes :

« - Hé du calme ! Je suis là. Je te tiens. Tout va bien, murmura-t-il mais la panique gagnait chaque trait du visage du jeune Gallagher, hé, hé ! Respire Gallagher ! T'es à l'abri.

- Non ! S'exclama Ian plus fort qu'il ne l'avait voulu. Non, non...

- Gallagher. Gallagher ! Calme toi, répéta-t-il sans grand résultat, Ian ! »

Ian se figea enfin, ses mains légèrement tremblantes s'accrochant désespéramment aux poignets de Mickey. Ses ongles commencèrent à s'enfoncer dans la chair sous l'effet de la panique qui l'avait gagné. Mickey fit glisser ses doigts dans les cheveux d'Ian. Ses caresses semblèrent obtenir l'effet escompté quand la respiration d'Ian revint enfin à la normale. Mandy brisa le moment qui s'installait entre eux en venant placer un verre d'eau entre eux.

« - Bois Ian. Ça aidera. » conseilla-t-elle et Ian prit le verre, le descendant d'une traite.

« - C'était quoi ce sort ? Demanda Mickey en prenant le verre vide des mains d'Ian. T'as vu quoi ?

- Je... C'est... Il y avait..., balbutia Ian avant de finir par faire une phrase complète, c'était horrible. Je... je voulais juste aider à trouver la lance. Ça devait m'aider à la voir. Je... On savait pas comment atteindre la lance et j'ai pensé... mais c'était pas...

- Qu'est ce qu'il s'est passé ?

- J'ai vu Monica.

- Ta mère ? S'enquit Mandy. Comment c'est possible si tu cherchais à localiser la lance ?

- Je crois... je suis pas sûr. Elle voulait pas que je vois ça et elle avait raison. J'aurai dû l'écouter. On devrait pas. Ça va mal finir. On a aucune chance, répondit Ian en recommençant à s'agiter frénétiquement.

- Ian, Ian ! Le focalisa Mickey. Est ce que tu as vu la lance ? »

Ian voulut ouvrir la bouche mais se ravisa pour finalement simplement hocher la tête.

« - Tu pense que tu pourrais nous aider à mettre la main dessus ?

- Ne me demande pas ça, murmura Ian.

- Mais c'est pour ça que tu as fais ça, non ? » Questionna Mickey en scrutant la réaction d'Ian. En voyant Ian silencieux, ce fut au tour de Mickey d'être gagné par l'inquiétude : « Bon Dieu Ian, qu'est ce que tu as vu d'autre ?...

- Moi, finit-il par répondre devant le regard insistant de Mickey, mort. »


Note : Nouveau chapitre, nouvelles informations. J'espère que les choses sont plus claires en ce qui concerne le background de Mickey ! N'hésitez pas à me laisser votre avis, je lis tout cela avec plaisir ! A très vite :)