Chapitre 122 : Fierté
Deux jours plus tard, Sirius travaillait toujours et depuis long moment avant qu'on ne vienne discrètement frapper à sa porte. Il releva les yeux, autorisant la personne à entrer, fronçant les sourcils en avisant l'heure. Il était tard. Bien trop tard pour une visite de courtoisie et trop tard pour qu'un des occupants de sa maison soit encore debout.
« Pansy ?! Quelque chose ne va pas ? » s'inquiéta-t-il en voyant la jeune fille entrée, assise sur l'étrange fauteuil molletonné que lui avait confectionné les medicomages et qui lévitait à quelques centimètres du sol.
Le fauteuil ne ressemblait en rien à ceux qu'on pouvait trouver dans le monde moldu même si le principe avait été quelque peu emprunté. Vu que le fauteuil lévitait grâce à un enchantement permanent il n'avait pas de roues. Il était plus confortable et rembourré et la magie permettait aussi que la jeune fille ne connaisse pas les désagrément d'une position assise prolongé.
« Je n'arrivais pas à dormir. » Répondit la jeune fille, souriant doucement devant l'inquiétude qui luisait dans le regard de l'animagus. « A chaque fois que je ferme les yeux, je me demande ce que je vais bien pouvoir faire de ma vie. »
Sirius se leva de son siège pour s'approcher de celui de l'adolescente et s'agenouiller pour être à sa hauteur. Il posa une main rassurante sur celle de Pansy et l'encouragea à continuer à parler d'un simple hochement de tête pour lui montrer qu'elle avait toute son attention.
De tous les enfants qu'il avait accueillit, Pansy était la seule à avoir participé à la bataille. Là seule à en avoir gardé des séquelles physiques et non seulement mental. Elle était aussi la plus âgé et elle jouait parfaitement son rôle de grande sœur auprès des autres.
« Croyez pas que je regrette d'être encore en vie. Je connais ma chance, mais...J'ai été élevée dans des croyances et des traditions qui font que ce que je suis maintenant est encore moins utile à ma famille qu'un elfe de maison ! Sans vouloir insulter les elfes de maison » Crut elle bon de rajouter ensuite quand elle le vit ouvrir la bouche comme pour protester.
Sirius referma la bouche. Il voyait parfaitement à quoi faisait allusion la jeune fille. Il avait lui aussi été élevé dans la tradition sang pur et il savait que la serpentarde avait un profond respect pour les elfes de maison à qui elle estimait devoir en partie d'avoir eu la vie sauve.
« Et encore toi, tu as pu te rebeller. En tant que garçon, tu avais plus de liberté que tes cousines. Pas que pour une fille, cela soit infaisable. La mère de Tonks en étant un bon exemple. » Déclara la voix de Ialon dans son esprit.
« Je comprends ce que tu veux dire. J'ai des souvenirs encore précis de cette éducation dont tu parles. » assura Sirius en serrant la main de la jeune fille. « Et je peux saisir que ta situation te bouleverse et que tu ne saches pas trop à quoi t'en tenir. A vrai dire, même si tout le monde ne se retrouve pas dans ton cas, je crois que l'ensemble du monde sorcier se demande ce qu'il va devenir et cela à de quoi faire peur.»
Sirius marqua une pose. Il ne savait pas comment aider Pansy et il avait l'intuition qu'elle ne lui révélait pas entièrement les raison de son inquiétude. Ce dont il était certain c'était qu'il ne pouvait pas la laisser chercher les réponses seules. Il se redressa en souriant.
« Une tasse de thé s'impose. » Déclara-t-il. « Motej! »
Dans un pop sonore l' elfe de maison apparut et posa un regard interrogatif vers le maître de maison. Sirius avait craint malgré tout que la présence du jeune elfe fasse rechuter Kréattur dans ses mauvais travers par simple jalousie. Mais Kréattur avait apprécié à sa juste valeur que son maître lui trouve un subordonné pour l'aider dans sa tache. Un apprenti à qui il devait tout apprendre pour être digne de servir la maison Black. Et l'animagus avait compris qu'il n'aurait jamais pu montrer un signe de plus grande confiance à son elfe que de lui confier l'éducation d'un autre.
Sirius savait qu'il se cachait quelque chose dans le passé du jeune elfe. Quelque chose que Kréattur savait mais ne semblait pas disposer à partager avec lui. En fait après une courte observation et pour avoir ces deux derniers jours, vu d'autres elfes débarquer dans son hôtel particulier, Sirius avait le sentiment que tous les elfes savaient d'où venait Motej mais qu'ils garderaient les informations pour eux.
Sirius avait bien rit quand le petit Motej des le premier jour avait voulu montrer son esprit de rébellion et refuser d'obéir aux ordres du vieil elfe, s'opposant au plus vieux avec une moue de dédain et un profond mépris. Car Motej avait un petit handicap qui selon Kréattur finirait par s'estomper avec le temps. Le petit elfe était incapable de parler, mais il savait très bien exprimer ses sentiments à l'aide de ses grands yeux globuleux. Sirius n'avait pas crut possible qu'un elfe de maison puisse autant montrer de fierté et d'amour propre que ce jeune.
Kréatur avait alors sévit rapidement et de manière très physique et les couinements de douleur du petit elfe avait arrêté le rire de Sirius qui s'était senti obligé d'intervenir, séparant les deux elfes de maison. Dans un charabia incompréhensible pour Sirius, Kréattur avait fait la leçon au jeune elfe.
« Je te connais et je te vois comme tu es » avait déclaré le vieil elfe. « Je suis le premier elfe des Black. Ton seul maître après les sorciers de ce nom et si tu ne respectes ni ma parole, ni mes actes alors te laisser vivre était une erreur que je réparerais sur le champ ! Tu es un elfe de la maison Black et je saurais te faire entrer dans le rang. Souviens toi que tu n'a pas le choix et soumet toi. »
Sirius avait bien vu que Motej avait tenté de se rebeller . Il avait sentit la magie se concentrer autours du jeune elfe, comme s'il s'apprêtait à attaquer Kréattur. Il avait été à deux doigts d'intervenir de nouveau quand son elfe s'était placé devant lui et avait à son tour fait appel à sa magie pour contrer l'aura du plus jeune qui avait fini par être balayer par la force de son aîné. Non, pas seulement par la magie de Kréattur, mais par celle de tous les elfes de maison qui avaient rejoint son service et qui avait petit à petit envahit la demeure pour lui rendre sa gloire et sa prestance d'antan.
Motej avait serré les poings et s'était incliné devant son mentor. Sirius en avait été soufflé. La puissance de l'aura des deux elfes lui avait parut démesuré. Il en avait parler un peu plus tard seul avec le vieil elfe qui avait accepté de répondre à certaines de ses questions pour mieux éluder les autres. Si bien que Sirius avait fini par s'embrouiller davantage dans les explications de l'elfe. Sa petite voix mentale s'était plus que moqué de lui et lui avait conseillé de se concentrer sur des problèmes à sa porté plutôt que sur une hiérarchie qui dépassait son entendement. Et Sirius s'était empressé d'obtempérer pour éviter la migraine qu'il sentait poindre.
Mais depuis ce moment là, le petit nouveau faisait de son mieux pour ne pas provoquer la colère du vieil elfe qui lui avait fait clairement comprendre que si il voulait faire partie des elfes de la noble maison Black, il allait devoir apprendre à satisfaire non seulement les exigences de Sirius mais aussi celle de Kréattur.
Le petit elfe apparut et s'inclina respectueusement devant eux. Il regarda ensuite Sirius de ses grand yeux si expressif et patienta jusqu'à ce que l 'animagus ne passe sa commande. L'attitude de Motej était parfois encore empli de mépris et d'une certaine suffisance. Cela se voyait mais l'elfe avait bien comprit la leçon et ne se rebellait plus. Apparemment il avait eut du mal à se faire à son sort, à sa nouvelle situation mais avait réalisé qu'il ne pouvait échapper à sa condition. Sirius aurait bien aimé connaître le passé de son nouvel elfe mais a chaque fois qu'il y pensait un peu trop fort sa petite voix se chargeait de détourner son attention. Sirius n'était pas complètement dupe, mais il avait décidé de laisser couler pour le moment.
Parce que si Ialon pensait qu'il était mieux pour lui de ne pas savoir, c'est que cela devait effectivement être le cas et deuxièmement parce qu'il avait bien assez à faire pour s'inquiéter du comportement un peu hors norme d'un elfe de maison. A commencer par s'occuper des questions existentielles d'une adolescentes qu'il avait pris sous son aile.
Motej etait revenu avec la collation et l'avait installé sur une zone du bureau de Sirius qui était un peu plus dégagé de parchemin. Puis l'elfe se retira après un dernier salut envers les deux sorciers.
Sirius pris le temps de servir et de tendre une tasse à la jeune fille avant de lui proposer un des sandwich que l'elfe avait apporté. Pansy accepta la tasse mais refusa poliment la nourriture.
« Prenons les problèmes dans l'ordre. Si tu ne peux pas te projeter dans l'avenir à long terme, on peut peut être chercher des solutions pour le court terme. Le reste trouvera une réponse avec un peu de temps !» Annonça Sirius après avoir bu une gorgée de thé. « Comptes tu retourner à Poudlard ? »
Sirius savait que la rentrée n'était pas prévu avant le solstice d'hivers. Bien trop de chose était à réorganiser pour que la reprise des cours puisse se faire dans de bonnes conditions. Entre la reconstruction de Poudlard et les réformes voulu par Minerva et celles qu'entraînerait les différents projets de lois soutenu par Narcissa et Augusta, il fallait bien compter sur ce laps de temps pour que tout soit prêt et en ordre pour accueillir les enfant de nouveau au château.
« J'aimerais bien. Oui, mais je ne sais pas si cela va être possible. » répondit timidement Pansy en buvant quelques gorgées de son thé sans relever la tête.
« Pourquoi cela ne le serait pas ? » demanda Sirius avec une pointe d'incrédulité.
« Je ne voudrais pas embarrasser... » Répondit tout aussi timidement et évasivement la jeune fille.
« Embarrasser ? » Répéta Sirius en fronçant les sourcils avant de réaliser qu'elle devait faire allusion à son fauteuil.
Au fait qu'elle était clouée pour toujours dans ce fauteuil et qu'il faudrait qu'elle en tienne compte dans chaque geste de son quotidien. Pire que les autres en tiennent compte et comme tout bon serpentard la jeune fille ne voulait pas être celle qui inspirait de la pitié ou de la faiblesse.
« Écoute moi bien, jeune fille. » reprit-il avec sérieux, tentant de mettre dans sa voix toute sa force de conviction. « Si c'est ce que tu veux, tu ira à Poudlard. Tu finiras ta scolarité ! Tu choisira la carrière qui te convient et tu nous rendra tous fier ! Si tu pense que ce fauteuil est une faiblesse, à toi d'en faire un atout ! Parce que ce fauteuil même si il fait désormais partie de toi, n'est pas ce qui te défini ! Et tout ceux qui s'arrêteraient à ce détail, en plus de n'être que des idiots, ne méritent que ton mépris. Seul ceux qui sauront voir au de là de ça seront digne de ton intérêt. Je ne doute pas qu'en tant que membre de la maison serpentard, tu saches agir comme il se doit avec les imbéciles.»
Alors qu'il parlait, Sirius eut une intuition. Et vu le rire de sa petit voix qui l'encouragea à exprimer son idée à la jeune fille, il ne put s'empêcher de rougir. Si on lui avait dit qu'il en viendrait à parler romance adolescente à cet heure de la nuit, il aurait envoyé son interlocuteur dans le nouveau service de soin spécialisé de Sainte Mangouste. Ah tient ne put-il s'empêcher de remarquer dans son fort intérieur, enfin un domaine de restructuration ou il n'intervenait pas. Sainte Mangouste était à la charge de quelqu'un d'autre et par simple curiosité il aurait bien aimé savoir qui Amélia et les autres conspirateurs avaient bien pu mettre sur le dossier.
Avisant le regard contrit et timide de la jeune fille depuis le début de leur conversation, cela devait faire partit des points importants, peut être même le plus important pour elle.
« Idem pour tes futurs prétendants ! » Lacha-t-il en mordant dans un petit sandwich histoire de se donner une contenance maîtrisée.
« Pardon ? » s'étonna Pansy en rougissant à son tour. Mais il ne su pas si c'était dû à son embarras vis à vis du sujet abordé ou bien parce qu'il avait réussi à percer à jours son véritable dilemme. Normal pour une jeune fille de dix-sept ans de s'inquiéter de savoir si elle va plaire.
«Il y en aura ! Ne t'inquiète pas. » assura Sirius en détournant le regard de celui de la jeune fille qui s'était fait suspicieux. « Il y en aura des crétins pour penser que tu feras une proie facile et que la fortune que les gobelins gèrent pour toi en attendant ta majorité, serra toujours mieux dans leur poche, mais Pansy, tu es capable de voir clair dans ce sac de crabes. Et tu trouvera quelqu'un qui te conviendra...quand le moment sera venu ! »
« Quand le moment sera venu ? » Répéta Pansy avec un petit sourire en coin.
Sirius sourit à son tour en voyant l'expression soulagée de la jeune fille. Il n'avait rien dit qu'elle ne savait déjà. Il n'avait rien dit de vraiment révolutionnaire, mais elle avait eut besoin de l'entendre pour en être convaincu. Et il se demandait juste pourquoi lui ? N'aurait elle pas mieux fait de s'épancher sur l'épaule d'une autre personne ? Plus féminine ou plus de son âge ?
« Parfois t'es vraiment idiot. » Ironisa la petite voix « C'est un choix logique. Dans la tradition sang pur c'est le père qui arrange les mariages. Sans l'accord du chef de famille, aucune relation ne peut être envisager. »
Comment en est elle arriver à me voir comme une figure paternelle ? Se demanda intérieurement Sirius. Et puis tous les éléments se mirent en place et il ne pu que maudire encore ceux qu'il prenait l'habitude de nommer mentalement , les conspirateurs. Il avait accueillit les enfants, sur les conseils de Narcissa et avec le soutien d'Amélia, et leur avait ouvert sa maison. Il avait veillé sur eux et à ce qu'il ne manque de rien, s'assurant avec Lucius et les gobelins qu'aucun d'entre eux ne se verraient spolié de son héritage. Il avait été leur repère après la bataille et le chaos de la reconstruction. Il était Lord et un chef de famille qui s'investissait et qui prenait soin de la communauté.
On l'avait mis en avant et il en récoltait les fruits. Non seulement, il était la figure de proue de la révolution mené par Amélia et ses associés, mais même sous son propre toit, il était le héro, l'ancre qui permettait au navire de traverser la tempête, pour tout ceux qui y avait trouvé refuge.
On s'était bien joué de lui. Mais présentement il s'en moquait. Autant il pourrait trouver à redire d'être l'emblème de la nouvelle politique des Lords et du ministère. Autant se voir considéré comme l'autorité paternelle par des gamins qui avait tout perdu ou presque, lui apportait une certain sentiment d'accomplissement qu'il n'avait jamais sentit auparavant. Et avec cela la fierté qui va avec !
A suivre...
Merci encore et toujours à tous pour votre soutien! ^^
