Père.

Lorsque je rentre chez moi avec la fameuse lettre, j'aperçois celle que j'ai reçu un peu plus tôt dans la journée et que je n'ai toujours pas osé ouvrir. Pourtant, je vais devoir le faire car ce qu'il y a de bien dans ce village, c'est qu'on ne reçoit jamais de factures. Du coup, je peux ouvrir n'importe quelle enveloppe sans nourrir la moindre crainte. Une fois que je suis assis sur l'une des chaises se trouvant autour de la table, j'attrape la fameuse missive et je regarde son dos pour connaître son expéditeur : Mon père. Qu'est-ce qui se passe à la maison pour qu'il s'autorise de m'envoyer une lettre ? Surtout lui, ce n'est pas un grand écrivain.

Une fois que l'enveloppe est ouverte, je sors le courrier de sa protection et le déplie pour connaître son contenu.

- Mon cher fils. Depuis que tu es parti de la maison, je dois bien reconnaître que cette dernière est devenue bien calme. Ta mère n'a pas trop le moral même si elle tente de donner le change mais comme cela fait longtemps que nous sommes mariés, elle rencontre toutes les peines à me dissimuler son mal-être. Elle s'écouterait, elle viendrait vivre avec toi mais je dois redoubler d'efforts pour la convaincre de rester. A ce jour, je trouve étrange que les cadavres de bouteilles s'accumulent dehors, près de la benne à ordure et pourtant, je ne bois pas. Il serait bien que tu puisses avoir une conversation avec ta mère. Affectueusement, ton papa qui se pose des questions.

Ne me dis pas que ma mère s'est mise à toucher la bouteille depuis que je suis parti ? Remarque, la connaissant, je ne suis pas surpris de le savoir. Par contre, je me demande si j'aurais préféré qu'elle touche à la clope plutôt qu'à la bouteille. Encore heureux qu'elle ne consomme pas de l'herbe parce que je pense que j'aurais bien rigolé. Toutefois, mon père n'est pas un grand amoureux des libertés et je pense qu'il y aurait eu un peu d'animation dans leur résidence.

En tout cas, je songe à inviter ma mère à passer un après-midi ici afin que nous puissions discuter ensemble. J'ignore si je serais capable de la ramener à la raison mais bon, si je suis la cause de son mal-être, je pourrais très bien être à l'origine de sa guérison.

Alors que je tourne mon visage vers le grand meuble en chêne qui trône contre l'un des murs de la pièce, je viens de me souvenir que je n'avais plus de lettres. Mince, je vais devoir passer chez Nook afin de lui en acheter. D'ailleurs, comment se fait-il que je n'ai plus le matériel nécessaire pour répondre à une lettre alors qu'avant, j'en avais une sacrée réserve ? Il faut croire que j'écris beaucoup plus de lettre que je ne le pensais.

Très vite, je regarde le réveil digital qui repose sur ma commode et je vois qu'il est vingt heures. Bon, j'ai encore le temps de m'en procurer si je me dépêche.