Ombre.

Depuis quelques jours, je m'ennuie un peu au sein de ce petit village dans lequel j'ai élu domicile. Du coup, comme j'ai gardé contact avec certains des habitants qui sont partis faire leur vie ailleurs, je me suis permis d'inviter l'un d'entre eux à venir dormir à la maison, le temps de quelques jours. Forcément, celui que j'ai invité n'est autre que mon grand copain Câlin. Deux jours après son arrivé, voilà que nous sommes en train de nous promener dans Haruville tandis que le soleil entame sa course vers le zénith. L'air est plutôt frais ce matin et alors que je ne peux m'empêcher de grelotter, Câlin semble insensible à cette baisse de température. Dans un sens, tant mieux pour lui mais sur le coup, je peux l'envier.

Soudain, le chat s'arrête et lève sa patte gauche afin de me barrer le passage. Aussitôt, je me pose des questions et voilà que j'entame une conversation avec mon ami.

- Que se passe-t-il Câlin ?

- Là, regarde !

J'exécute sa demande et je me rends compte que ses yeux regardent le sol. Pour savoir de quoi il retourne, je décide de faire comme lui et une fois que la terre ferme contemplée, d'autres interrogations se bousculent dans mon esprit.

- Heu… Je ne vois pas où est le problème ?

- Par terre ! Nos ombres !

Je recommence ma contemplation et cette fois, je remarque nos ombres. Bien sûr, je les avais vu la première fois mais comme voir ses ombres est un acte des plus banal, je ne ressentais pas le besoin d'en faire un sujet de conversation. Néanmoins, maintenant que je les regarde plus attentivement, je me rends compte que l'une de nos ombres est bien plus grande qu'à la normale. D'ailleurs, c'est la mienne qui est concernée et rapidement, je fais demi-tour sur moi-même pour connaître la cause de cette taille mais rien. Les arbres les plus proches sont malheureusement assez loin de nous et là encore, je ne sais plus quoi penser.

- D'où cela pourrait provenir ? Dis-je.

- Je ne sais pas mais je ne suis pas rassuré. Si cela se trouve, tu es possédé et tu ne le sais même pas.

- Arrête tes conneries. Si j'étais possédé, je l'aurais su bien assez tôt.

- Comment peux-tu le savoir ?

- Je m'y connais dans ce domaine, figure-toi !

Et il est vrai que mes connaissances concernant ce monde sont assez grandes. Suffisamment pour pouvoir expliquer certains événements mais là, je dois bien le reconnaître, je suis tombé sur une véritable colle.

- Dommage que nous n'avons pas de bibliothèque dans ce village.

- Pourquoi ? Me demande Câlin.

- J'aurais pu trouver la raison à l'intérieur d'un livre, avec un peu de chance. En tout cas, le fait que mon ombre soit plus grande que d'habitude m'inquiète un peu.

- Peut-être que tu as grandi ?

- A mon âge ? Il serait un peu temps tu ne crois pas ?