Masque à gaz.
A cause du repas que j'ai évité de justesse à cause de sa mauvaise odeur, me voilà de nouveau dans le taxi d'Amiral. Alors que je suis installé sur la banquette arrière, le conducteur n'arrête pas de me regarder via son rétroviseur et ignore s'il doit me parler ou pas. Pourquoi ? Disons qu'Opélie m'a prêté un masque à gaz et que je le porte toujours, de peur que l'odeur me poursuive n'importe où. Il faut bien avouer que ce genre de bestiole se montre plutôt mesquine et je tiens vraiment à ma vie. Alors que le véhicule avale les kilomètres qui me séparent de mon village d'habitation à vive allure, la pluie frappe les vitres de ce dernier à un rythme soutenu.
- Pourquoi ce masque ? Finit-il par me demander.
- Je viens d'échapper à la mort, si tu veux savoir.
- Comment ça ?
- Opélie a servi un plat et celui-ci était loin d'être appétissant. Du moins, pour moi.
- C'était quoi ?
- Une fricassée de poissons. Pourtant, je raffole du poisson puisque j'en pêche souvent à Haruville et forcément, je les mange mais là, c'était au-dessus de mes moyens.
- Faut dire que l'alimentation de chacun n'est peut-être pas adaptée pour toi aussi. Il ne faudrait pas oublier que tu es un humain.
- Moi, je ne l'ai pas oublié mais les autres…
Me rendre compte que les habitants et les employés d'Haruville me voient comme un animal et non comme un humain me blesse un peu. Après, je peux comprendre qu'ils ne soient pas habitués à côtoyer l'un des miens mais tout de même, ils pourraient fournir un effort. Peut-être que je devrais quitter le village afin de retourner auprès de ma race mais comme je ne suis pas fan de ces individus, je vais devoir opter pour une autre solution. Je devrais peut-être trouver une cabane perdue au milieu d'une forêt, loin de toute civilisation. Ouais, voilà une idée qui est très séduisante mais après, ce n'est que mon avis.
Alors qu'Amiral tourne dans un virage qui annonce notre approche du village, je ne peux m'empêcher de libérer un soupir qui veut tout dire. Mon comportement intrigue le chauffeur qui continue de me faire la conversation.
- Quelque chose ne va pas ?
- Effectivement.
- Et tu veux m'en parler ?
- Non. Tu as assez de tes soucis pour que je te rajoute les miens. Garde ta concentration sur la route car vu le temps qu'il fait, elle doit être difficilement praticable.
Je n'ai pas mon permis, je ne suis conduis pas et je me permets de lui donner ce conseil alors qu'il connaît parfaitement son métier. De toute façon, il peut très bien nous arriver quelque chose, je m'en fous désormais puisque tout le monde me voit comme un chien et non pour ce que je suis. Toujours aussi triste, je retire mon masque à gaz et veille à essuyer une larme qui commence à perler à l'un de mes yeux.
