Epave.
Ce matin, je retrouve plus de la moitié des habitants du village sur l'une des nombreuses plages que compte celui-ci. Alors que je me pose des questions suite à cette réunion, voilà que le maire se détache du groupe et s'avance vers moi, en compagnie d'Opélie. Dès que les deux individus s'immobilisent à quelques centimètres de là où je me trouve, la conversation peut démarrer.
- Bonjour Jaysher.
- Bonjour monsieur le maire. Que se passe-t-il ?
- Une épave est remontée à la surface et a dérivé jusqu'ici.
- Quoi ?
- Je sais que la nouvelle peut surprendre mais pourtant, c'est bien ce qui s'est passé. Juge par toi-même.
La tortue me fait signe de la suivre jusqu'à la fameuse épave et tandis que nous marchons, Opélie nous suit sans prononcer le moindre mot. Remarque, je préfère l'oublier un peu en ce moment car je ne me suis toujours pas remis de son plat lors de cette fameuse soirée. Dès que nous sommes devant l'épave, je dois avouer que je me retrouve bouche bée. Le bateau n'est pas très gros pour prendre beaucoup de place sur la plage mais il est suffisamment conséquent pour nous gâcher la vue. De nombreuses algues ont poussé dessus et continuent d'égoutter actuellement et de nombreux coraux ont élu domicile sur la carlingue du pauvre véhicule qui est dans un bien triste état. Les couleurs d'origines ne sont plus vraiment là et désormais, une question me taraude l'esprit. Puisque je suis censé faire le ménage dans le village pour le rendre appréciable, j'espère que cette épave ne se rajoutera pas à ma liste d'action. D'ailleurs, je préfère m'en rassurer plutôt que de me faire du mauvais sang.
- Dîtes-moi monsieur le maire…
- Oui Jaysher.
- Je ne vais pas devoir nettoyer cette épave, n'est-ce pas ?
- Bien sûr que non. J'ai déjà contacté quelques amis qui vivent dans les villages alentours et plusieurs d'entre eux doivent venir pour retirer ce bateau.
- Tant mieux car je me voyais mal le nettoyer avec ma pelle ou mon arrosoir.
- Pourtant, la scène aurait été des plus comiques.
Et voilà que la tortue éclate de rire suite à ce qu'elle vient de dire. De son côté, Opélie reste silencieuse et ne souhaite pas prendre part à la plaisanterie de son supérieur hiérarchique. Dans un sens, je peux la comprendre et sur le coup, moi non plus je n'ai pas très envie de rire. Alors que je continue de contempler ce qui reste de ce magnifique navire, du moins, je le présume, je vois l'un des villageois qui tente de s'approcher de l'épave dans un but encore inconnu. Lorsque je le regarde poser une patte sur la marche la plus basse de ce qui ressemble à une échelle, j'y vois là de la dangerosité. D'ailleurs, je ne suis pas le seul à y songer.
- A partir de maintenant, je vous autorise à approcher l'épave d'au moins cinquante mètres. Si cette distance n'est pas respectée, je prendrais des mesures qui s'imposent, fini par dire le maire.
