Nid.
Alors que Gabi s'éloigne de son amie du matin, voilà que je sors le nez dehors et aussitôt, je prends soin de bien refermer la porte derrière moi. Dès que je suis prêt à m'engager sur l'une des nombreuses allées du village, voilà que j'entends des battements d'ailes au-dessus de ma tête. Curieux, je lève mon regard au ciel et je remarque Antoine qui vole dans ma direction. Quelques secondes plus tard, l'oiseau se pose à quelques centimètres de moi et je dois avouer que je suis bien content de le voir. Comme d'habitude, ce dernier tient son sac sous l'une de ses ailes et le voilà qui avance vers moi, le sourire au bec.
- Bonjour Jaysher.
- Bonjour Antoine. Comment vas-tu ce matin ?
- Très bien et toi ?
- Comme tous les jours.
- Je vois. Moi, si je suis si heureux ce matin, c'est parce que j'ai pu m'offrir le nid de mes rêves.
- Un nid ? Tu n'habites pas dans une petite maison comme la plupart des gens d'ici ?
- Non car je suis allergique à la peinture et au papier peint.
- Excuse-moi, je ne le savais pas du tout.
Et c'est la pure vérité. Depuis quand Antoine est-il allergique à tout ça ? Après, je dois bien reconnaître que je ne le connais pas très bien et il est normal que son caractère me réserve encore quelques surprises. Ce qui veut dire que cet oiseau est prêt à braver le froid et le mauvais temps juste pour se reposer dans un nid quelconque ? Je dois en avoir le coeur net et savoir comment son abri est constitué.
- C'est un nid comme nous avons l'habitude d'en voir ?
- Non. Le mien est nettement plus sophistiqué.
Là, le facteur plonge ses ailes dans l'une des poches de son sac afin d'en sortir un papier plié. Ensuite, l'oiseau prend le temps de me dévoiler le contenu du document et rapidement, mes yeux s'ouvrent en grand. Ce que ces derniers observent n'est ni plus ni moins que le fameux nid en question et effectivement, la bâtisse est nettement plus originale que celles dont j'ai fait la connaissance au cours de mon existence. Au-dessus du nid se tient un enchevêtrement de branchages démunis de la moindre feuille et sous cette couronne, une cabane. Celle-ci est suffisamment grande pour recevoir la décoration de plusieurs pièces et nous avons accès à l'entrée grâce à une échelle. Je suis subjugué de voir à quel point la vie animale s'amuse par ici. D'ailleurs, je suis à deux doigts d'être jaloux mais bon, je ne dois pas me plaindre puisque je suis celui qui possède la plus grande maison.
Peu après, Antoine range son bout de papier et me tend une enveloppe.
- J'en avais presque oublié mon boulot.
Je prends la lettre dans ma main droite et juste après, me voilà en train de soumettre une interrogation à mon ami.
- Au fait, pourquoi tu t'es offert ce nid ?
- Pour en mettre plein les yeux, voilà pourquoi.
