Véranda.

Depuis le jour où le maire et Chaussett ont mis Lionel et Rounard à la porte du village, je dois avouer que je sens beaucoup plus rassuré. En effet, je n'aurais pas aimé qu'un villageois trop crédule soit aux griffes de ces deux phénomènes et que sa vie en subisse de graves conséquences. Désormais, j'estime que nous sommes en sécurité au sein de cette petite bourgade et nous allons pouvoir vivre sans trop nous inquiéter. Avec cette nouvelle insouciance en tête, je m'apprête à débuter ma balade quotidienne lorsque je vois une petite silhouette s'approcher de moi. Lorsque je me montre plus attentif, je me rends compte que cette personne n'est personne d'autre que le cochon bleu.

« Salut Bonno, ça va ?

- Bonjour Jaysher et non, ce n'est pas la joie.

- Ha bon ? Que se passe-t-il ?

- Je t'en veux. »

Quoi ? Qu'ai-je fait dernièrement qui pourrait me causer l'animosité de ce petit cochon ? J'ai beau m'offrir quelques secondes pour réfléchir mais sur le coup, rien ne me vient à l'esprit. Soudain, alors que je m'apprêtais à donner ma langue au chat, je me souviens d'une blague que j'ai faite il y a de cela quelques jours.

« Tu m'en veux à cause de ce charcutier que j'ai envoyé chez toi ?

- Non. Au contraire, j'ai pu lui passer commande et j'ai été livré dans la journée. Je ne te parle pas de ce festin que j'ai pu faire grâce à toi. Non, si je suis en colère contre toi, c'est à cause de ce qui s'est passé pour Lionel et Rounard.

- Quoi ? Tu viens m'embêter juste pour ça alors que ces deux types ne cessaient de nous voler à chacune de leur visite ?

- Je sais que tu as agi pour le bien de nos amis mais comment vais-je faire pour construire ma véranda ?

- Je te demande pardon ? »

C'est quoi cette histoire qu'il est en train de me sortir là ? Depuis quand Bonno bricole ? D'habitude, il ne pense qu'à manger et c'est … Attendez, ne me dîtes pas qu'il veut bricoler un truc pour mieux manger ? Genre, une invention qui l'aiderait à préparer des plats ? Non, il a parlé de vérandas.

« Ouais. J'avais commandé plusieurs fenêtres à Lionel et après m'être entretenu, il m'avait promis de faire le nécessaire pour que je puisse me faire une véranda.

- Combien as-tu déboursé pour tes fenêtres ?

- Toutes mes économies.

- Quoi ? »

Le pire que je redoutais était arrivé beaucoup plus vite que je ne l'avais envisagé. J'ai bien fait de prévenir le maire des malversations de ces deux brigands mais visiblement, je m'y suis pris très tardivement.

« Comment vas-tu faire le jour où tu voudras nous quitter ?

- Comment ça ?

- Ben tu t'imagines démonter ta véranda tout seul ?

- Non mais je suis sûr que j'arriverai à trouver des gens pour m'aider. »