Joufflu.

Lorsque midi arrive, je me rapproche de ma résidence afin de pouvoir me restaurer un peu lorsque je vois Antoine posté devant ma boîte aux lettres. Cela faisait un sacré moment que je ne l'avais pas vu mais même de dos, j'ai la sensation que quelque chose a changé chez lui mais quoi ? Pour le savoir, je n'hésite pas à avancer et lorsque je me tiens dans son dos, je manifeste ma présence en me raclant la gorge. Forcément, avec le bruit que je viens de faire, l'oiseau se retourne et là…

Et là, je ne peux m'empêcher d'ouvrir ma bouche et mes yeux en grand. Je savais bien que quelque chose avait changé chez ce garçon mais tant que je ne l'avais pas vu de mon propre regard, je pouvais qu'hésiter. Maintenant que le facteur me fait face, je sais ce qui me pose problème. Depuis quand ce dernier se promène-t-il avec des joues aussi grosses et aussi tombantes ? Ce n'est plus un pélican ou un albatros que j'ai devant moi mais un bouledogue ailé.

J'aimerai bien savoir ce qui s'est passé.

« Bonjour Jaysher, commence-t-il.

- Bonjour Antoine. C'est moi ou tu as un sacré appétit en ce moment ?

- Ne m'en parle pas l'ami. Faut dire qu'Opélie sait préparer de délicieux petits plats. »

Parce qu'en plus, il arrive à grossir grâce à celle qui exerce au sein de la mairie ? J'ai du mal à y croire car la dernière fois que j'ai mangé chez cette fille, je sais exactement de quelle façon cela s'est terminé. Néanmoins, sachant qu'Antoine est un oiseau, peut-être que les plats d'Opélie arrivent à satisfaire son gosier mais surtout, son estomac alors que moi qui suis un humain, j'ai rencontré quelques soucis pour avaler ne serait-une qu'une seule bouchée.

« En tout cas, tu vas devoir faire attention si tu ne veux pas grossir davantage.

- C'est ce que j'étais en train de me dire hier et depuis ce matin, je suis au régime.

- Voilà qui est une sage décision. Si tu continuais ainsi, je ne pense pas que tu aurais pu assurer la distribution du courrier.

- Je constate que nous avons cette réflexion au même moment. Dans un sens, cela me rassure et au moins, un autre garçon peut comprendre ce que je traverse.

- Ne m'en parle pas Antoine. Lorsque j'étais adolescent, j'avais la main lourde sur tout ce qui pouvait se manger et j'avais bien grossis. Du coup, une fois adulte, je me suis pris un abonnement dans une salle de sport et depuis, je me porte beaucoup mieux.

- Et cette salle de sport existe toujours ?

- Oui mais son gérant serait assez surpris de t'y voir en tant que client. C'est une salle pour humain, pas pour animal ayant la capacité de vivre comme l'un des miens, sans vouloir être méchant.

- Ne te tracasse pas davantage, j'ai parfaitement compris. »

Une fois que l'oiseau a glissé une enveloppe dans ma boîte aux lettres, il s'excuse pour ensuite s'élever dans les airs à l'aide de ses ailes, afin de poursuivre sa distribution.