Torrent.

Lorsque je remonte le village pour retourner chez moi après mon petit passage forcé chez Miles, j'aperçois une silhouette se tenir au bord de la rivière. Intrigué, je me demande qui cela peut-être avant de trouver le courage de m'approcher de cette personne. Lorsque j'arrive dans son dos, je me rends compte qu'il s'agit du petit cochon bleu qui vit sur l'autre moitié du village, tout en bas, près d'une plage.

« Bonsoir, lui dis-je.

- Bonsoir Jaysher, me répond-il sans tourner son visage.

- Je peux me joindre à toi ?

- Bien sûr. »

Ni une ni deux, je m'installe sur la droite de Bonno et je me demande bien ce qu'il fait ici. D'ailleurs, je remarque qu'il regarde ses pieds qui trempent dans l'eau et vu la chaleur qui règne encore ce soir, je dois avouer que son idée pour se rafraîchir est excellente. J'aurais bien aimé penser à cette idée en premier afin de proposer une activité collective avec les autres habitants d'Haruville mais bon, je ne peux pas songer à tout. En trempant mes pieds à mon tour dans l'onde, je savoure ses bienfaits relaxantes et si je devais m'écouter, je m'allongerais sur le sol sur lequel je suis installé.

« Dommage que nous n'avons pas de torrent dans ce village, finit par dire le cochon.

- Pourquoi ?

- Parce que là où j'habitais avant, il y en avait un et je dois reconnaître qu'il me manque beaucoup.

- Tu comptes y retourner ? »

L'animal ne répond pas de suite mais peu de temps après, le voilà qu'il hoche positivement de la tête. Cela m'embête de voir mes voisins partir les uns les autres afin de poursuivre leur vie et lorsque je suis trop attaché à l'un d'entre eux, je fais tout mon possible pour le retenir. Néanmoins, j'ai échangé très peu avec Bonno et j'ignore si cela va s'arranger dans les jours à venir. S'il souhaite nous quitter, c'est son droit et je me dois de le respecter.

« Cela ne fait pas longtemps que tu es parmi nous pourtant.

- Je sais mais je pense qu'il va être temps que j'écrive une nouvelle page de ma vie.

- Et je comprends.

- D'ailleurs, d'après ce que j'ai compris, cela fait longtemps que tu vis ici. Tu n'as jamais envisagé de partir ?

- Si mais comme je me sens bien dans ce village, je retarde mon départ le plus possible. »

A ce moment, le cochon bleu me sourit et sur le coup, je me demande pourquoi il agit de cette façon. A l'instant où j'allais lui soumettre la question, il me donne la réponse sans que j'ai à ouvrir la bouche.

« J'étais comme toi le jour où j'ai décidé de quitter le village dans lequel se trouvait le torrent dont je viens de te parler. Je pensais que je partirai sans le moindre regret mais en restant tous les jours ici, je me suis rendu compte que si. »