Chanceux.
Alors que Gaby s'éloigne avec le papier calque que je lui ai offert, je décide de reprendre ma promenade et soudain, l'envie de boire un café me prend. De ce fait, je braque de suite sur ma gauche et je marche en direction du musée. Dès que je franchis son entrée, mes yeux se posent sur Thibou. Celui-ci dort tranquillement et pour ne pas le réveiller, je me dirige vers le perchoir en faisant des pas de velours. Une fois que l'un de mes pieds se pose sur la première marche de l'escalier, je me dépêche pour le descendre.
Lorsque je suis dans la salle, je vois le pigeon fidèle à son poste, toujours en train d'essuyer un verre à l'aide d'un chiffon. Aussitôt, je contourne le comptoir et je vais poser mon postérieur sur le premier tabouret qui se présente à moi.
« Bonjour Robusto, commençai-je.
- Bonjour Jaysher, comment vas-tu aujourd'hui ?
- Très bien et toi ?
- Je déborde de joie.
- Ha bon ? »
Je suis étonné de l'apprendre, surtout que le pigeon ne semble pas plus enjoué que d'habitude. Néanmoins, ma curiosité est titillée et je ne tarde pas à lui soumettre une première question.
« Que se passe-t-il pour que tu sois aussi heureux ?
- Je vais pouvoir m'offrir mes toutes premières vacances.
- Vraiment ? »
Là encore, je suis très étonné par ce que je viens d'entendre. A la base, je perçois ce pigeon comme un bourreau de travail et je le vois rarement se reposer. De plus, il garde son café ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre et je me demande ce qu'il prend pour tenir pour tenir aussi longtemps. Si cela se trouve, il se drogue et je ne le sais même pas, allez savoir.
« Oui. En début du mois, j'ai participé à un concours lancé par la radio que je cesse de passer ici. Ils ont fait une annonce, je leur ai passé un petit coup de fil et j'ai été tiré au sort.
- Cette chance, dis-je sincèrement. Et quel est le lot ?
- Un voyage aux canaries. J'aime pas ces oiseaux mais bon, je ne vais pas cracher dessus.
- C'est sûr. Du coup, qui est-ce qui va garder ton café ?
- Personne. J'ai décidé de le fermer. Cela ne lui fera pas de mal non plus d'être en vacances depuis le temps qu'il est ouvert.
- J'imagine. »
J'ignore la date exacte de l'ouverture de son café mais une chose est sûre, il était déjà là avant que j'arrive. Par contre, je n'arrive pas à comprendre pourquoi il m'a parlé des canaris alors qu'il va sur une île qui se nomme ainsi. J'espère qu'il n'a pas capté que c'était une île de canaris…
« Pourquoi tu n'aimes pas les canaris ?
- Cela n'arrête pas de piailler du matin au soir, surtout lorsqu'il fait beau et à force, ça casse les oreilles. Si j'ai accepté de me prendre ces vacances, c'est pour pouvoir me reposer un peu. »
