Deux guérisseurs saisirent Thranduil et le déposèrent doucement sur le premier lit. Un assistant quitta la pièce pour aller à la réserve chercher des potions spécifiques. Un autre resta à l'écart faire bouillir de l'eau, prêt à fournir des linges propres s'il en était besoin.

Dans la grande salle, les guérisseurs enlevèrent les vêtements du roi. Un guérisseur s'en empara et disparu dans une salle adjacente où il passa de longues minutes à tester sur le tissu diverses potions, cherchant une substance toxique. Son étude n'amena aucune réponse.

Pendant ce temps, les autres continuèrent d'examiner Thranduil. Comme on les en avait avertis, les autres guérisseurs restés au chevet du roi ne découvrirent aucune blessure physique. Ni estafilade, ni trace de piqûre. Ils perdirent de nombreuses minutes à s'assurer qu'ils ne manquaient rien ! Pendant ce temps d'examen minutieux, un autre guérisseur palpait l'abdomen tendu de Thranduil et un autre contrôlait pouls et respiration.

« Cela ne peut être une blessure ! s'exclama le guérisseur au bout de son examen.

— Que reste-il d'autre ? Les elfes ne tombent pas malades !

— Un sortilège ?

— Un empoisonnement ? »

Ils parlèrent en même temps et aucune de ces solutions ne les enchantait. La première, sans précision du type de poison, ne serait pas facilement soignable. Certains antidotes étaient toxiques s'ils se trompaient. Et comment connaitre le poison et son mode d'absorption, deux composantes essentielles pour soigner les empoisonnements, sans aucun élément ?

La seconde dépassait leurs compétences. Seuls les magiciens étaient capables de soigner les sortilèges. Radagast était loin, Gandalf était Eru seul savait où, Saroumane n'intervenait jamais et ils ne connaissaient pas les deux autres. Seul Elrond pourrait éventuellement venir mais les Noldor n'étaient pas les bienvenus dans la Forêt Noire. Sans compter la durée d'un tel voyage !

Les elfes de bois, plus sauvages et moins sages que les autres, ne possédaient pas de magie en eux. Tout au plus pouvaient-ils apporter les premiers soins et soigner les blessures habituelles des leurs sans jamais atteindre les talents de certains de leurs races. C'est pourquoi les guérisseurs se relayaient toutes les vingt minutes au chevet de Thranduil pour lui chanter les formules magiques qui ralentissaient la progression du mal. Peu d'entre eux étaient capables de le faire, la magie n'étant pas aussi naturelle chez les elfes des bois que chez leurs cousins Noldor et Sindar.

La guérisseuse en chef se pencha sur son roi, une main posée sur son front. Elle murmura rapidement diverses formules avant de se redresser.

« Sire, m'entendez-vous ? Sire ! »

Leurs appels restèrent vains malgré tout. Thranduil avait sombré dans l'inconscience. Sa respiration, jusque-là rauque, rapide et superficielle se bloqua dans sa poitrine. Son corps fut à nouveau pris de convulsion. Aussitôt, l'un des assistants s'empara d'une fiole et d'un paquet d'herbes séchées sur une étagère. Les guérisseurs eurent toutes les peines du monde à les lui faire avaler. Finalement, au bout d'une minute d'angoisse, les convulsions cessèrent.

« Convulsions espacées d'une demi-heure, sueur, troubles de la conscience, récapitula Näelnoth à voix basse. Difficultés respirations…

— Une absorption rapide et des symptômes apparaissant dans les deux ou trois heures, ajouta un autre elfe. Abdomen tendu.

— Je pense que nous devrions oublier les mauvais sorts, décida la guérisseuse en chef. Si c'en est un, nous ne pourrons ne doute manière rien faire. Partons sur un empoisonnement !

— Peut-être des baies d'hêtrelin ! Les animaux peuvent en consommer.

— Pas dans ces quantités ! Les animaux seraient morts avant que leurs chairs ne soient toxiques.

— N'oublions pas la douleur aiguë ! Peut-être de l'arsenic ? »

La proposition laissa un froid. Il n'y avait pas d'arsenic naturel dans ces endroits. Un empoisonnement à l'arsenic qui viserait par hasard leur roi ? Personne n'y croyait !

Näelnoth mélangea deux potions ensemble. Les couleurs sombres se mélangèrent et donnèrent inexplicablement une teinte claire translucide. Elle tint la fiole au-dessus des flammes quelques secondes.

« Possible…Mais alors comment ? Mangé, respiré ou touché ? marmonna encore la guérisseuse. Ce serait le premier pas vers la solution ! »

Si les elfes de bois ne parvenaient pas à se décider, l'état de Thranduil ne changeait pas. Un guérisseur remplaça celui qui chantait. L'elfe eut juste le temps de s'éloigner de quelques mètres avant de s'effondrer, vidé de ses forces. Gagner du temps était la clef pour lui apporter des soins adaptés. Ils étaient assistés dans leur difficile tâche par les drogues que Thranduil avait avalées de force. Toutefois, ils ne pourraient ralentir le mal indéfiniment. Il leur fallait maintenant trouver une solution.

« Quel dommage que nous n'ayons pas plus d'informations ! se lamenta un guérisseur.

— Nous allons faire sans ! décida Näelnoth. Je ne pense pas qu'il l'ait inhalé. Pas en plein air ! Il ne reste que le toucher et la nourriture ! Est-il le seul à avoir mangé quelque chose ? Allons, réponds !

— Je l'ignore ! geignit le guérisseur présent lors du festin. Je ne crois pas ! L'échanson l'a servi en premier, comme d'habitude. Le reste a été réparti entre les autres…

— Essayons tout de même, décida Näelnoth. Au pire, cela ne lui fera pas de mal. Cessons de tergiverser, nous n'avons que trop perdu de temps ! »

Aussitôt, un guérisseur s'empara d'un bassin. La guérisseuse en chef se rapprocha de Thranduil. Pendant qu'un elfe lui surélevait les épaules et la tête, elle inséra deux doigts dans la gorge du blessé. Le réflexe nauséeux qu'elle espérait se déclencha sans tarder.

Thranduil vomit tout ce qu'il avait avalé les dernières heures. Quand ses spasmes se calmèrent, les guérisseurs l'allongèrent à nouveau sur le lit. A leur grande surprise, la méthode violente avait sorti Thranduil de son inconscience. Il posa sur les guérisseurs ses yeux clairs, confus et incapable de savoir où il était ni ce qui lui était arrivé.

« Tout va bien, sire ! mentit un guérisseur. Nous allons vous soigner.

— Alderan ! » intervint Näelnoth.

Le jeune elfe, apprenti chez les guérisseurs depuis dix ans, s'avança avec des linges, humidifiés avec une potion diluée dans de l'eau chaude. De peur que l'empoisonnement ait été fait par contact avec la peau, les elfes lavèrent Thranduil tandis que la guérisseuse lui faisait encore avaler des infusions et des potions pour calmer ses maux d'estomac.

Ils s'étaient acharnés sur lui pour le sauver une heure entière et tous en ressortirent épuisés. Epuisés mais victorieux ! Thranduil dormait, les yeux fermés comme les mortels, la respiration encore rapide et superficielle mais régulière. Son front s'était encore couvert de sueur. De temps à autre, ses mains se crispaient sur les couvertures. Sa peau prenait peu à peu une teinte grise qui inquiétait ses médecins. S'il s'agissait bien d'un empoisonnement, quelle dose avait-il absorbée ? Si c'était autre chose, l'avoir changé d'environnement et de vêtement avait-il été suffisant ? Les questions les tourmentaient tous et ils n'en connaitraient pas la réponse avant plusieurs heures. Au moins !

Les guérisseurs l'avaient couvert d'un large manteau gris en soie et avaient posté l'un de leurs assistants en surveillance, prêts à intervenir à la première rechute. Ne pas savoir ce qui avait causé la crise augmentait leurs craintes. Comment savoir dans ce cas si elle ne se reproduirait pas ?

Les guérisseurs rangeaient leur attirail en silence, préoccupés par la situation, lorsqu'un soldat surgit dans l'infirmerie. Il haletait et de la boue maculait ses bottes et le bas de son manteau. Les guérisseurs jaugèrent l'importun avec le mépris de celui dérangé dans un important travail. Seule son expression désespérée tempéra leur colère.

« Les autres ! s'exclama l'elfe. Il n'y a pas que le roi ! Quinze elfes sont tombés malades dans la forêt ! »

Les yeux du soldat tombèrent sur son roi inconscient. Il gémit de désespoir devant la situation.

« Qu'est-il arrivé ? intervint sèchement Näelnoth. Allons, ressaisissez-vous !

— Nous revenions vers les Cavernes ! Lentement, parce que nous avons emporté tout ce que nous avions du festin. Le vin, le gibier, jusque des buches des feux ! Cela nous a pris du temps… »

La voix de l'elfe se brisa. La tristesse envahit son beau visage mince.

« Vous avez bien fait, le félicita au contraire un guérisseur. Nous les examinerons dès que nous le pourrons ! Ils pourraient faire la différence entre la vie et la mort du roi…et des autres ! Continuez !

— Nous étions à mi-chemin quand certains se sont plaints de maux de ventre. Cela nous a inquiété tout de suite. Avec ce qui est arrivé… Ils semblaient aller mieux que le roi, toutefois, et nous avons seulement accéléré. Quand certains ont été pris de vertiges et que d'autres ne tinrent plus sur leurs chevaux, nous avons décidé d'abandonner tout ce qui n'était pas nécessaire. Nous n'avions pas assez de soldat pour risquer de nous séparer…Pas avec Eru savait quoi à nos trousses ! »

Näelnoth préféra ne rien ajouter. Le chagrin du soldat était trop évident. Ils avaient fait ce qu'ils pouvaient en l'absence de guérisseur ! Il nota seulement d'envoyer des elfes récupérer les vivres pour les examiner…dès qu'ils en sauraient plus car il n'était pas non plus question d'exposer les elfes à un risque inutile.

« Emmenez le roi dans la Chambre Grise ! ordonna la chef des guérisseurs. Nettoyez moi tout ça et vite !

— Quand arriveront-ils ?

— Dans une quinzaine de minutes ! »


Thranduil s'en est sorti (pour l'instant !). Quant aux autres...la suite, au prochain chapitre !

N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensiez. C'est un peu dur d'en être au 5ème chapitre et de n'avoir aucun commentaire.