Les apothicaires secondèrent efficacement les guérisseurs. Deux d'entre eux empaquetèrent toutes les fioles, creusets, entonnoirs, éprouvettes, pipettes, mais aussi des herbes, eaux, plantes, champignons et même des roches. Ils enveloppèrent le tout dans des linges et des boites en bois ou en fer et les empilèrent sur le dos de deux chevaux de bât.
L'apothicaire et le second guérisseur partirent quelques heures après la réunion avec les conseillers, entouré d'une vingtaine de soldats, tous volontaires, prêts à risquer leurs vies pour sauver leur roi.
Dilnis menait la troupe. Elle s'était portée volontaire en première pour retourner dans la forêt combattre les araignées au plus tôt. Juchée sur son étalon gris, épée sortie du fourreau, carquois rempli de flèches, elle affichait un visage impassible et des yeux brillants de haine.
Très tôt dans leur trajet, alors qu'ils entendaient toujours le bruit des leurs dans les Cavernes, les araignées les attaquèrent. Elles surgirent sur leur chemin, descendant de leurs nids grâce à leurs fils ou courant sur l'écorce des arbres. Dilnis les trancha sans hésitation, protégeant ses soldats comme les apothicaires. Pour trois qui s'écroulaient mortes, quatre surgissaient des ténèbres.
.
Näelnoth n'assista pas à leur départ. Elle resta au chevet de son roi, l'esprit tourmenté. Avec la baisse des dosages, elle craignait que Thranduil ne rechute. Elle resta dans la chambre claire à l'odeur mentholée du désinfectant. Dans un coin, un assistant avait apporté un vase aux belles fleurs. Elle l'avait laissé faire, espérant que la vue du magnifique bouquet allègerait le cœur de son roi s'il reprenait conscience.
Vers la fin de la matinée, Thranduil ouvrit une nouvelle fois les yeux. Il fixa le plafond aux arches et aux boiseries. Pourquoi était-il dans un lit ? Les elfes ne dormaient pas !
« Sire Thranduil ? »
La voix douce le tira de sa torpeur. Il ne s'était pas aperçu qu'il n'était pas seul. Se sentant soudainement vulnérable, Thranduil prit une longue inspiration et essaya de se redresser. Il avait à peine bougé les bras qu'un uniforme beige aux broderies bleues arriva dans son champ de vision. Une main douce restreignit ses mouvements. Il n'eut pas assez de force pour s'en défaire.
Ses yeux rencontrèrent le visage sans âge, vieilli par les soucis et l'inquiétude, de la meilleure des guérisseuses de son royaume. Ce fut à ce moment qu'il comprit qu'il était chez lui, en sécurité, même s'il n'avait aucun souvenir de ce qui était arrivé. Une bataille ? Non, ce n'était pas la souffrance et l'engourdissement habituel après une blessure qu'il ressentait. Décidément, il n'arrivait pas à mettre le doigt dessus. Pourquoi n'arrivait-il pas à réfléchir ?
« Que s'est-il passé ? murmura-t-il à voix basse.
— Nous l'ignorons encore, avoua Näelnoth. Mais vous allez mieux et les Valar doivent en être remerciés !
— Ai-je été malade ? Les elfes ne sont jamais malades…
— Non sire. Nous ignorons encore quel mal vous a frappé.
— Vous avez une hypothèse, murmura Thranduil.
— Un empoisonnement, selon l'hypothèse la plus probable.
— J'ai été empoisonné ? »
C'était donc ça, l'impression que son esprit fonctionnait au ralenti ! Qui avait essayé de le tuer ?
« Comment ? demanda ensuite le roi.
— Nous l'ignorons encore ! Je pense qu'il y avait au moins des épines d'etrelion. Je ne peux vous dire s'il s'agit d'un surdosage accidentel lors du brassage du vin ou s'il s'agit d'une tentative de meurtre, Monseigneur. Tous les barils de la cave ont été testés ! Aucun n'était positif à un quelconque poison. »
Thranduil ferma les yeux. Il n'arrivait pas à y croire ! Pendant l'une de ses propres fêtes, dans sa propre Forêt, parmi les siens ! Un accident ?
« D'autres ont bu du vin…souffla-t-il. Comment vont-ils ?
— J'ignore avec certitude s'il s'agit du vin ! rétorqua vivement Näelnoth. Et même s'il s'agit d'un poison ! C'est seulement une hypothèse que je pense possible et j'en ai écarté de nombreuses autres. Les apothicaires et un de mes guérisseurs sont repartis dans la forêt tester tout ce qui a été consommé. Ils devraient revenir ce soir ou peut-être demain.
— Les autres ?
— Vingt-six elfes sont tombés malades, répondit finalement la guérisseuse. Plusieurs sont décédés ces derniers jours.
— Combien ? »
Son épuisement l'empêcha de masquer la surprise et la douleur à la mention de nouvelles vies perdues. Thranduil connaissait ses sujets, en particulier les soldats. Il en était un lui-même ! Même à présent, il lui arrivait parfois de rejoindre le terrain d'entrainement des soldats, plus grand que les salles d'armes du palais, et à découvert.
Näelnoth prit une l'une des plus petites fioles sur l'étagère. Elle revint vers le lit où Thranduil essayait encore de se redresser. Son teint pâle et légèrement grisâtre, sa maigreur et ses forces déclinantes ne lui permettraient pas de se relever seul mais la guérisseuse admirait sa détermination.
Elle le prit doucement par les épaules et glissa un coussin derrière sa tête. Elle porta ensuite la fiole aux lèvres du malade puis un gobelet rempli d'eau légèrement sucrée pour faire passer le gout amer du breuvage. Elle lui tendit finalement un bol rempli d'un bouillon clair aux légumes. La guérisseuse aida le roi à avaler quelques cuillerées du liquide.
Nâelnoth avait espéré que Thranduil se rendormirait ou penserait à autre chose mais les yeux clairs de son roi restait fixés sur le mur d'en face et elle sut qu'il ne lâcherait rien avant d'avoir toutes les réponses à ses questions.
« Combien ? répéta-t-il lentement.
— Douze, sire. Cinq autres ont failli rejoindre les halls de Mandos mais nous avons pu les retenir ici !
— Douze ! se désola Thranduil. Combien de verres de vin de Dorwinion ai-je bu ? Trois…peut-être quatre. Si c'était le vin, je serais mort en premier... »
C'était un point que Näelnoth ne parvenait pas à éclaircir non plus.
« Quel jour sommes-nous ?
— Ormenel, sire.
— Trois jours ! »
Ormenel était le cinquième jour de la semaine des elfes. Il avait manqué l'équinoxe de printemps. Thranduil en resta abasourdi. Pas étonnant qu'il se sentait aussi faible s'il avait passé trois jours entiers inconscient sans boire ni manger !
« Trois jours, répéta faiblement Thranduil. Trois jours et vous ignorez encore la cause de l'empoisonnement ? N'avez-vous eu aucune piste sérieuse ? Aucune solution ? »
Näelnoth resta silencieuse. Son embarras transparut sur son visage et Thranduil s'en aperçu. Il flaira immédiatement l'hésitation de son médecin. Elle ne se détourna pas assez vite et il attrapa son bras d'une poigne qui lui semblait risiblement faible.
« Vous n'avez aucun droit de me dissimuler des informations ! Je suis votre roi ! »
La fureur lui rendit quelques forces. Sa poigne se raffermit sur le bras de la vieille elfe. Ses yeux fatigués lancèrent des éclairs de colère. Il voulut se redresser complètement mais échoua et retomba contre les oreillers de plumes, haletant et en sueur.
« Sire !
— Non ! gronda Thranduil. Pas d'excuses ! Que me cachez-vous ?
— Peut-être…mais ce n'était pas certain ! Peut-être aurions-nous pu trouver la cause de ce mal si nous avions examiné votre sang. Cependant, le poison aurait été dilué et il en aurait fallu une certaine quantité pour conduire ces tests...Les conseillers et certains guérisseurs s'y sont opposés. Vous alliez très mal et nous craignions que vous en prélever ne vous affaiblisse encore. »
Thranduil relâcha son emprise sur le bras de la guérisseuse. Trop fatigué, il n'avait pu cacher sa surprise. Cela se tenait pourtant : s'il avait été le plus atteint, il représentait la meilleure chance d'identifier le poison et par conséquent l'antidote. Thranduil fixa le mur opposé de longues minutes. Le refus de ses conseillers ne l'étonnait guère. Lorthal en particulier avait dû être vent debout contre cette proposition.
« Je vais mieux à présent », déclara-t-il.
Näelnoth acquiesça sans pour autant faire état de ses réserves. Le roi luttait contre le sommeil. Ses quelques mouvements l'avaient épuisé. Finalement, il sombra dans un sommeil sans rêve.
Essy : non seulement tu es la première à laisser une review, mais tu es aussi la seule. Dommage que je ne puisse pas te répondre (les réponses à review dans les chapitres sont censément interdites).
Pour la taille de la fic, j'en suis actuellement à environ 30 000 mots et entre la moitié/les deux tiers de la fic. Je pense qu'elle devrait faire à peu près la même taille que "les renégats". Les chapitres ne sont pas coupés à l'avance donc je ne peux pas dire quand chose de plus.
Naelnoth a prit un peu de place parce qu'elle sera la guérisseuse en chef. Elle n'aura cependant aucun autre rôle (pas de romance ni d'acte héroïque).
N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez!
