Erebor bruissait d'animation. Avec la délicatesse propre à leur espèce, les nains couraient partout, hurlaient de leur laisser le passage, portant des coffres parfois plus lourds qu'eux ou de délicats objets manufacturés couverts de gemmes dorées.
Balin, connaissant le goût de Thranduil pour les gemmes blanches qui rappelaient les étoiles, avait retourné une partie du trésor d'Erebor pour mettre la main sur des semblables. Au final, ce fut Dwalin, comptable du royaume qui mit le premier les mains dessus. Thorin avait râlé puis s'était incliné : pour sa première rencontre avec Thranduil, il tenait à faire les choses convenablement.
Dwalin porta le petit coffre plat contenant la broche aux onze pierres blanches surmontées d'une émeraude délicatement taillé en étoile. Les nains orfèvres avaient passé de nombreuses heures à la confectionner, montant délicatement les pierres sur une armature en or blanc. Dwalin resserra les sangles de la serre autour du coffret, derrière le poney de Balin. Le bras droit de Thorin était pour l'instant encore le nez dans ses papiers. Il montrait à Gloin et Dori, tous deux chargés de tenir Erebor en l'absence du Roi et de son premier conseiller. Dwalin, déjà l'un des onze conseillers du roi sous la montagne, conserverait son rôle.
Devant l'absence de son frère aîné, Dwalin laissa les poneys à la garde d'un jeune écuyer et repassa les immenses portes d'Erebor. Reconstruites, la pierre noire luisait sous le soleil du printemps. Avec les gravures et les statuts des ancêtres de Thorin sur le côté, l'entrée resplendissait. On accédait à la montagne en passant par un pont étroit, deux chariots passant à peine de front, qui surplombait un lac artificiel créé par les nains qui ne voulaient pas avoir un accès trop aisé en cas d'attaque.
La foule des nains s'écarta devant Dwalin. Le nain à la barbe grisonnante bénéficiait d'une excellente réputation, comme chaque nain qui avait pris part à la quête de Thorin. La réputation n'était pas la seule chose que ces nains survivants avaient gagnée, en témoignait le manteau en fourrure et en soie, la ceinture bordée de pierres précieuses et le collier en argent que Dwalin arborait au quotidien.
Le nain remonta l'escalier d'apparat qui menait du hall principal où se trouvait la salle du trône aux étages du gouvernement de Thorin. Ceux-ci étaient accessibles à n'importe quel nain : les gardes, postés en bas et en haut de l'escalier, armés de haches rutilantes et d'armures brillantes, n'étaient là que pour le décorum. En dix ans, aucun n'avait tiré son arme.
Dwalin arpenta le long couloir éclairé de multiples bougies et lanternes. Les murs, recouverts de hautes tentures racontaient l'histoire de Durin et d'Erebor. Au fond, la plus grande montrait Thorin s'opposant à Azog le profanateur. Elle était à la fois merveilleuse en ce qu'elle louait les prouesses de leur roi et triste car elle leur rappelait sans cesse que Fili et Kili avaient succombé sous l'attaque des orques.
Le nain ouvrit l'une des portes. Il déboucha dans une immense pièce, si remplie de livres, de parchemins et d'encriers qu'elle en semblait bien plus réduite. Au milieu, Balin montrait successivement de nombreux rapports à Gloin et Dori, tous deux perdus devant la masse d'information à ingurgiter.
« Il est temps de partir ! s'exclama Dwalin. Thorin déteste attendre, tu le sais !
— Nous avons presque fini !
— Tu ne seras parti qu'une dizaine de jours ! Nous n'allons pas ruiner Erebor en si peu de temps ! »
Le regard sceptique que porta Balin sur son frère cadet valait tous les discours. Sans la corne qui gronda, le vieux nain aurait sans aucun doute débuté un semblant de dispute avec Dwalin.
« Quand faut y aller… » soupira Balin.
Il n'était pas censé accompagner Thorin dans la Forêt Noire. Devant la colère du roi, Dwalin et Oin avaient jugé plus prudent qu'un ami proche de Thorin les accompagne. Quelqu'un qui sache lui remettre les idées en place quand il le fallait. Cela ne laissait que Balin.
Le vieux nain s'empara de son manteau défraîchi datant de ses aventures. Il l'enfila en descendant les marches.
Le soleil se levait à peine. Ses rayons diffusaient une lumière tamisée, diminuée parce qu'ils devaient traverser de gros nuages gris. Devant le long pont d'Erebor, une trentaine de nains attendaient. Adeptes des couleurs vives, ils avaient revêtus des manteaux et des pantalons de multiples couleurs vives. Le groupe était exceptionnellement disparate. Entre les manteaux rouges, bleus, verts, jaunes, les barbes grises, rousses ou noires, les boucliers d'apparat en bois, en fer, peints ou à la manière laissée nue, aucun nain ne ressemblait à son voisin. Ils tenaient les brides de leurs poneys, petits et puissants, adapté aux trajets en montagne. Quatre carrioles complétaient l'équipage, menées chacune par un conducteur nain. Les bagages y étaient entassés sous des bâches en toile bleue en prévision de la pluie.
Le bourdonnement des conversations s'éteignirent quand, au cinquième coup de cor, Thorin apparut sur le seuil. Engoncé dans son manteau bleu-roi, sa superbe couronne noire et argentée sur sa longue chevelure noire parsemée de nombreux cheveux gris, il s'avança. Son écuyer immobilisa le poney tandis que le roi grimpait dessus. D'un coup de rêne, Thorin donna le signal du départ.
Thorin pavana sur son épais poney pie toute la première partie de la route. Partant des grandes portes d'Erebor jusqu'à Dale et une partie du Val, le pays qu'avait créé le Roi Bad sur les anciennes terres de la désolation de Smaug. Les nains y avaient travaillé pendant des années pour en faire une route aussi pratique que magnifique. Trois chariots pouvaient s'y croiser sans difficulté.
Les sabots des poneys retentissaient sur les dalles colorées. A la droite de Thorin, Balin et Oin chevauchaient en discutant légèrement de tout et de rien. Ils avaient passé tellement de temps à préparer cette rencontre qu'ils n'avaient pas envie d'en reparler à quelques heures de rencontrer Thranduil. La dernière fois qu'ils l'avaient vu, c'était à la fin de la bataille des cinq armées, lorsque les guérisseurs elfiques avaient sauvé de justesse la vie de Thorin, percé d'une profonde blessure près du cœur. La fièvre l'avait fait délirer plusieurs semaines. Le nain en était sorti famélique, le visage marqué par les épreuves, les cheveux grisonnants avant l'âge. Il dissimulait une main mutilée sous un épais gant de cuir noir.
Le trajet fut long. Pour passer le temps, les nains chantèrent et racontèrent des histoires. Leurs voix graves portaient loin sur les terres sauvages. Ils n'étaient pas encore en vue de la Forêt Noire que les guetteurs de Thranduil les entendaient distinctement.
Finalement, les nains furent en vue de la lisière des arbres. Thorin grogna. Ce n'était pas un secret qu'il haïssait les arbres et en particulier ceux-là. L'atmosphère dans la forêt était étouffante, lugubre, oppressante. Les arbres aux troncs tordus, gris semblaient de mauvais augure, comme s'ils étaient victimes d'un mauvais sort. Au bout de plusieurs jours d'heure à chercher leur chemin, les nains de la compagnie auraient vendu père et mère pour quitter le couvert des arbres !
Thorin se secoua pour oublier les souvenirs désagréables. Le temps de sa rêverie, la troupe avait dépassé les premiers arbres.
« Cela n'a pas changé ! maugréa Dwalin. Toujours aussi…lugubre !
— Non, des choses ont changé ! intervint Thorin. Regardez ! »
Il montra du doigt une branche brisée, rattachée à l'arbre par une bande d'écorce. Lorsque les nains étudièrent plus précisément l'endroit, ils décelèrent des traces de chevaux fraîches mais également des cendres et d'autres branches cassées. Une étude plus précise des troncs d'arbres leur permit de mettre à jour des trous laissés par les pointes de flèches.
« Une bataille ? suggéra Balin. Mais aussi haut sur les terres de Thranduil !
— La dernière fois, les araignées n'étaient pas sur le chemin, rappela Oin. Nous sommes tombés dans leurs pièges parce que nous nous étions égarés de la route des elfes
— Les traces sont fraîches, jugea Thorin. Les elfes doivent avoir ouvert le chemin pour nous.
— Cela doit aller mal si les araignées ont pu s'installer jusqu'ici…Les marques sont nombreuses ! s'exclama Balin. Voilà pourquoi Thranduil ne peut quitter son royaume. Cela doit encore être Dol Guldur. Rappelez-vous ce qu'a dit Gandalf.
— Dol Guldur est de nouveau occupé, répéta Oin. L'ombre se relève et frappera bientôt.
— Peu importe ! s'exclama Thorin en haussant les épaules. Continuons. Je doute que nous ayons à tirer la hache aujourd'hui. Thranduil n'aura rien laissé sur notre chemin. »
Thorin avait raison : depuis une semaine, six patrouilles avaient été envoyées pour nettoyer le chemin de fond en comble. En aucun cas, Thranduil ne laisserait quelque chose arriver à un de ses invités, c'était une question d'honneur et de fierté. De même, les pierres du chemin avaient été nettoyées pour leur faciliter la route et les empêcher de se perdre. Certaines, neuves, remplaçaient celles qui avaient disparu au fil du temps ou qui étaient trop abîmées. Il restait étroit et la colonne s'étira. Thorin était en tête. Malgré ses dires, il garda une main posée sur le pommeau d'Orcrist, son épée dont il ne se séparait jamais.
Après trois nouvelles heures de chevauchée sous les sinistres arbres, les nains arrivèrent en vue des Cavernes de Thranduil. Les portes étaient ouvertes et les lumières illuminaient l'ensemble. Les nains traversèrent le pont devant les portes et pénétrèrent dans la forteresse. La première fois, ils n'avaient pas eu l'occasion d'étudier l'endroit. Cette fois, Thorin resta stupéfait par ces grandes cavernes. Les épais troncs ondulés dessinaient autant de chemins. Les poneys s'avancèrent sur la route principale en direction de la salle du trône. Ils démontèrent lorsque la route étroite se mua en une prairie entourée de chênes elfiques aux feuilles légèrement argentées.
Thranduil se tenait là, droit et raide dans ses vêtements d'apparat. Il n'avait pas eu envie de les attendre sur son trône, de peur de leur rappeler de trop mauvais souvenirs à Thorin. Des dizaines d'elfes attendaient en retrait. Le roi fut le premier à incliner la tête pour saluer ses invités. C'était un geste raide, pas aussi profond qu'il aurait dû mais qui satisfit les nains.
Thorin le salua poliment en retour, sans laisser transparaitre sa surprise devant le visage émacié et inhabituellement blafard de l'elfe.
Des serviteurs elfiques s'avancèrent pour prendre soin des poneys. Nerdaël se chargea de celui de Thorin et le conduisit à l'écurie. Pour un équidé issu d'un élevage de nains, la bête était magnifique, adaptée à de longs voyages difficiles. Son poil rêche le protégeait du froid. Vraiment, une bête magnifiquement bien adaptée à son milieu ! Les elfes n'en voyaient pas beaucoup de ce genre. L'elfe flatta l'encolure du poney, lui chuchotant de gentils mots dans sa langue.
Après les discussions d'usage de bienvenue, Thranduil et Thorin se séparèrent jusqu'au repas. Silnarën mena les nains à leurs appartements, au même étage que ceux du roi des elfes, une grande marque de respect auquel les nains furent sensibles. Les serviteurs de Thorin portèrent une partie des bagages, des elfes se chargèrent du reste.
Lorsque Thorin découvrit ses quartiers, il fut agréablement surpris, quoi qu'il prit bien garde à ne pas le montrer. Contrairement à ses prévisions, les elfes n'avaient pas simplement adapté les meubles à des nains : ils avaient respecté les standards des nains tout en amenant une touche elfique. Le résultat était stupéfiant : délicat et rustique à la fois.
Le Roi sous la Montagne fit le tour des appartements. Il ouvrit les sept portes donnant sur le salon et découvrit une chambre particulièrement luxueuse à son intention puis cinq autres transformées en dortoirs pour ses soldats. La place ne manquerait pas. De minces cloisons en bois leur fourniraient l'intimité nécessaire.
Finalement, Thorin se jeta dans un canapé. Il tâta les fourrures et les découvrit aussi douces que celles d'Erebor. De l'ours, à n'en pas douter. Etait-ce un animal qui vivait dans la forêt ou Thranduil avait-il envoyé un elfe en acheter auprès des hommes ? Il serait bien en peine de le dire.
Même la nourriture, fournie en grandes quantités, de gâteaux, de fruits et de boissons correspondait aux goûts des nains. Dans les meubles bas en bois gris, ils avaient placé de nombreuses bouteilles, chopes rustiques et verres délicats. Vins et bières avaient été fournis en abondance, à la grande joie des nains. Ils n'avaient pas encore tout à fait déballé les malles que des jeunes nains ouvraient un tonneau de bière.
« Il sait recevoir ! s'exclama Balin avec satisfaction en examinant les chambres.
— Sauf pour le marchepied devant la fenêtre…
— C'est un coffre, Oin. Pour le rangement !
— Oh ! Pas trop mal… »
Tout en sachant que le repas serait servi dans une heure, Thorin ne résista pas à une chope de bière comme les autres. Au bout de vingt minutes, les nains chantaient et dansaient dans leurs quartiers sans se soucier des elfes. Leurs voix graves portaient au-delà des portes closes jusque dans le couloir dans lequel trois serviteurs attendaient de servir les nains.
Le roi sous la montagne devait bien reconnaitre que son séjour s'annonçait plus agréable que le précédent. Ne restait que ses inquiétudes sur Thranduil et le royaume de la Forêt Noire. Les temps étaient sombres pour tout le monde. Erebor était encore protégé, entre les Monts de Fer, le Val et la Forêt Noire. Mais si Thranduil tombait, eux ne tarderaient pas à suivre. Dol Guldur était une menace pour tout le Nord des terres du milieu.
A l'heure du déjeuner, les nains descendirent dans la grande salle à manger. Les plus jeunes étaient déjà considérablement éméchés et chantaient à tue-tête des chansons en langue naine. Cela ne choqua que les elfes : les chansons n'étaient pas les plus crues de leur répertoire.
La salle à manger était souterraine et le plafond était constitué d'épaisses racines d'arbres dans lequel les elfes avaient installé des globes lumineux. Des arches gravées dans la pierre soutenaient le tout. Il y avait huit longues tables en bois bordées de chaises. Elles étaient simples, en bois, mais quelques gravures les agrémentaient. Rien d'ostentatoire : les elfes des bois appréciaient la sobriété et la simplicité. Dessus, tout était prêt. La plus haute, sur l'estrade, était la plus élégante avec les assiettes d'argent et des verres aux délicats motifs rappelant de la fumée.
Les longues tables les impressionnèrent, d'autant que les elfes se tenaient debout derrière en attendant leurs invités. Thorin s'avança jusqu'à l'estrade. Il gravit les quatre marches dans un silence parfait, interrompu uniquement par les quelques murmures des elfes et les chansons des nains –rapidement silencieux après un coup de pied de leurs voisins. Thranduil les attendait, une main posée sur la chaise qui rappelait un peu son trône et les ramures d'un cerf.
Thranduil indiqua la chaise à sa gauche et à sa droite et ils s'assirent. Avoir deux nains à ses côtés au lieu des elfes les plus proches de lui n'était pas une expérience qu'il appréciait particulièrement. De quoi parlaient les nains, après tout ? Thranduil n'en avait pas la moindre idée.
« Avez-vous fait bon voyage ? interrogea-t-il poliment.
— Très bon, je vous remercie. Aucun souci pour venir ici ! »
Thranduil se détendit légèrement, satisfait. Il avait craint que ses soldats n'aient laissé échapper des araignées. Les serviteurs amenèrent les plats. Ils servirent les elfes et les nains, même si ces derniers en firent grise mine : dans leurs traditions, les plats étaient déposés sur la table et chacun se servait.
Thranduil, qui avait pris ses potions avant de descendre, n'avait pas très faim. Sa peur de se trahir lui fit se servir très peu en nourriture. A la place, il garda la main pour son verre de vin pour donner l'illusion.
« Tant mieux. Je dois vous féliciter pour la route d'Erebor, ainsi que les gens du Val l'appellent. Je l'ai vue lors de mon voyage l'année dernière. C'est une œuvre magnifique.
— Nous en sommes fiers », concéda Thorin avec un sourire orgueilleux.
Le nain se servit un deuxième verre de vin. Le breuvage n'était pas son favori mais suffirait amplement après les trois chopes de bière. Au moins cette fois, contrairement au repas à Fondcombe, il y avait de la viande en quantité. Les plats à présents déposés au centre de la table, il finit son assiette et se resservit un morceau de cerf. Les nains n'en avaient pas dans leurs montagnes. La viande puissante lui changeait agréablement. Un peu plus loin, c'était du sanglier que se resservaient les nains de son escorte.
Les discussions banales s'enchainèrent entre Thranduil, Thorin, Balin et Lorthal. Des sujets peu intéressants sur l'état de leurs royaumes respectifs et celui du Val, sur l'élevage de chevaux et de poneys, les cultures. Les sujets d'importance auraient lieu lors de l'après-midi. Pour le moment, la politesse n'avait d'égale que la froideur entre les deux rois qui n'oubliaient pas leurs rancœurs.
Les nains tentèrent de se montrer courtois à la manière des elfes. Fort heureusement, ils n'avaient pas embarqués tous les membres de la compagnie. Comme par exemple Bofur, Bombur et le voleur Ori. Les manières de ceux qui furent conviés dans la Forêt Noire furent correctes, pour autant que tenir les délicats couverts en argent dans leurs poings fermés était poli. Vers la moitié du repas, deux nains entamèrent un duo, couvrant avec leurs voix le son délicat des violons et les douces voix des elfes. Aucun ne monta toutefois sur les tables, au grand soulagement des elfes.
Thorin et Balin étaient les moins pires, du point de vue des elfes. Ils restaient polis et avaient le bon gout de ne pas parler la bouche pleine ni taper sur la table avec leurs couverts au rythme des chansons.
Les plats furent enlevés, d'autres furent apportés. Thranduil ne mangea pas davantage. Il observa un bref instant le reste de la salle. Ses yeux clairs se posèrent sur chacun des nains. Il en reconnu certains pour avoir pris part à la bataille des cinq armées. Lorsque son attention revint vers sa table, il se rendit compte que Thorin le dévisageait étrangement.
« Un problème ? interrogea Thranduil en fronçant les sourcils.
— Aucun. Je me demandais juste où en était la situation avec les araignées. Gandalf nous a rendu visite récemment. Dol Guldur est habité par un esprit servant de l'anneau ?
— Deux selon nos informations, concéda Thranduil, surpris que le sujet vienne sur le tapis aussi vite. Quant aux araignées…Nous les tenons à distance. Qu'en est-il des tanières d'orques des montagnes grises ? Mènent-ils à nouveau des raids contre Erebor ?
— Nous, nous sommes en paix. J'envoie régulièrement des patrouilles pour prévenir toute attaque surprise. Jusque-là, nous n'avons rien eu. »
Thranduil hocha la tête. Il enviait parfois la situation géographique des nains, protégés autant que possible par leurs alliés. Leur forteresse naturelle était magnifique. Il fallait un dragon pour enfoncer les portes et détruire une montagne.
Balin glissa un coup d'œil vers Thranduil. Par moments, il échangeait quelques mots avec Thorin mais restait réservé. Il s'entendit cependant à merveille avec Lorthal, conseiller de Thranduil qui tenait davantage du comptable que du soldat.
A la fin du repas, alors que le dessert était amené aux tables par les serviteurs, Thranduil sentit sa poigne sur son verre se relâcher. Sentant que les tremblements allaient venir, il délaissa son vin et dissimula sa main sous la table à temps pour que les nains ne s'en aperçoivent pas. Il leva les yeux vers Thorin. Le nain discutait toujours avec Balin, sa cuiller plantée dans la pâte aux noisettes. Le nain affichait un sourire satisfait.
« Tauriel forme-t-elle des guérisseurs nains comme elle forme les hommes ? demanda finalement Thranduil lorsque les conversations s'éteignirent.
— N'avez-vous pas de contact avec elle ? rétorqua Thorin avec curiosité en engloutissant sa cuiller.
— Non. Dix ans ne sont rien dans la vie d'un elfe.
— Notre guérisseur Oin a discuté des méthodes de soins avec elle plusieurs fois, révéla gentiment Balin en indiquant le nain sur une des tables inférieures. Il a trouvé ça intéressant.
— Est-elle toujours à Dale ? Elle parlait de repartir dans les montagnes bleues.
— Plus depuis que la mère de Kili est décédée, expliqua Balin alors que le visage de Thorin se renfrognait. C'est elle, que Tauriel allait voir.
— Ah, oui. Le nain… »
Le regard de Thranduil se perdit dans le vague. Il avait prévenu Tauriel de ne pas faire espérer Legolas mais il n'avait rien pu faire d'autre. Les elfes n'aimaient qu'une fois. C'était un amour qui s'imposait à eux, puissant et infini. Malgré sa colère envers la jeune elfe qui avait fait souffrir son fils, Thranduil reconnaissait que personne n'y pouvait rien. Mais un nain ? C'était au-delà de toute compréhension !
Le cœur de Thranduil se serra à la pensée de Legolas. S'il s'était renseigné sur le sort de Tauriel lors de son voyage à Dale, il n'avait aucune nouvelle de son fils depuis son départ dans le Nord.
Le repas prit fin dans une ambiance morose. Aucun des deux rois n'ouvrit plus la bouche. Thranduil, Thorin et leurs conseillers s'éclipsèrent dans un bureau pour discuter sitôt le dîner terminé.
On entre enfin dans le vif du sujet ! De Thorin et Thranduil, je ne sais pas lequel est le plus borné... à mon avis, ils se valent un peu !
Merci pour les reviews !
Les prochains chapitres seront un peu plus longs, je ne vois pas trop où les couper. De toute manière, j'ai un peu d'avance (autrement dit, j'ai écrit autant que j'ai actuellement publié. J'en suis à 100 pages word).
Prochain chapitre : décidément, Thorin et Thranduil ne s'entendront jamais. Balin aura bien du mal à les retenir de s'étriper !
