Comme d'habitude, je ne possède rien. Tout est à Tolkien et mis en scène (avec libertés) par Peter Jackson.

Petite réponse aux commentaires d'invités (oui, je sais, pas bien ! Tant pis). Essy : à mon avis, tu ne verras pas venir la fin de ce chapitre non plus...

Je suis ravie que le précédent chapitre t'ai plu. J'espère que celui ci te plaira encore plus !

.

Ce chapitre contient des descriptions de blessure et des soins type moyen-âge. ça peut choquer quelques lecteurs mais ce n'est pas trop glauque.

Bonne lecture !


.


Par où ? fut la première question que se posa Thorin, avant même de s'avancer encore dans la pièce. Thranduil avait été touché dans la poitrine. Son agresseur avait dû être dans son champ de vision, presque en face de lui. Seulement, le roi des elfes était-il face à la porte ou face à la terrasse ? La cime des arbres à l'intérieur des Cavernes n'étaient qu'à une vingtaine de mètres. Y grimper et viser une cible de la taille d'un elfe à une telle distance était une acrobatie ridicule pour un elfe.

De la réponse à cette question déterminerait à qui Thorin pouvait se fier.

« Oin ! » appela-t-il fortement.

Les elfes n'osèrent interdire l'entrée à l'autre nain. Balin le suivit pour rejoindre son roi. La scène sous leurs yeux leur tira un glapissement de surprise et d'inquiétude. Ils se précipitèrent vers l'elfe immobile.

Leur cri attira enfin l'attention des elfes. Un garde jeta un coup d'œil à l'intérieur de la bibliothèque et découvrit Thranduil, sur le sol, son manteau taché de sang, la hampe d'une flèche sortant de sa poitrine. Avec un hurlement d'horreur, il se précipita à l'intérieur, vite suivi par les autres elfes.

Incapable de savoir si l'un de ces elfes était celui qui avait tenté d'assassiner Thranduil, Thorin donna un grand coup de poing au premier. Le garde valsa en arrière sous la puissance du coup. Sans savoir qui avait tenté de tuer Thranduil, il ne pouvait laisser quiconque s'approcher de lui. Malgré l'illusion d'être dans une forêt, ils restaient dans les Cavernes. Thranduil n'avait pu être blessé que par l'un des siens !

Trois nains restèrent à ses côtés, épée et haches tirées, formant un mur protecteur qui empêchait tout elfe d'atteindre Thranduil…sauf à les tuer, ce qu'aucun d'eux ne tenta de faire. Ce serait une déclaration de guerre contre Erebor alors que les nains avaient les alibis les plus solides possibles : ils étaient restés sous la surveillance constante des elfes.

Certains de ceux-ci essayèrent de dépasser les nains sans les blesser. Ils reculèrent vite devant les armes tirées. Quand ils comprirent que seul un elfe aurait pu tenter d'assassiner leur roi, les elfes laissèrent les nains décider, sans pour autant les quitter des yeux.

Balin et Oin, guérisseur de la compagnie de Thorin et à présent guérisseur royal, s'agenouillèrent de part et d'autre de Thranduil. A la grande surprise du conseiller nain, les yeux écarquillés par la souffrance et la peur de l'elfe rencontrèrent les siens.

« Ça va aller ! assura Balin. Ce n'est pas si grave… »

Il mentait effrontément. Oin avait l'air trop inquiet pour que ce ne soit qu'une simple égratignure. Le guérisseur nain glissa la main dans le dos de l'elfe. Ses doigts rencontrèrent la pointe de la flèche dans le dos de l'elfe. Le sang s'écoulait librement des plaies. Balin appuya sur la blessure pour arrêter l'hémorragie, tirant un cri étranglé à Thranduil. La douleur aveugla l'elfe et fit bourdonner ses oreilles.

En quatre pas, Thorin fut près de l'elfe. Il jura en khuzdul. Lorsqu'il arriva dans le champ de vision du blessé, Thranduil rassembla ses forces pour lui attraper la manche. Thorin se pencha vers lui, une main rassurante posée sur son bras. Il serra doucement la main couverte de sang de l'elfe.

« Economisez vos forces ! recommanda-t-il. Nous allons vous soigner. »

Le regard de Thranduil brilla. Il essaya de parler. Mal lui en prit : l'elfe fut pris d'une quinte de toux qui l'empêcha de respirer. Il suffoquait. Thorin redressa sa tête et ses épaules pour l'empêcher de se noyer dans son propre sang. Thranduil cracha des gorgées de sang qui s'échappèrent de ses lèvres déjà bleuies par le manque d'oxygène. Le sang coula sur son menton fin et fut absorbé par sa tunique délicatement brodée de fils d'argent.

L'elfe mit du temps avant de parvenir à reprendre une respiration à peu près régulière, saccadée et sifflante à cause de ses blessures. Lorsque la douleur atteignit un niveau supportable et que son corps cessa de s'embraser, Thranduil rouvrit des yeux désespérés, rivés dans ceux de Thorin. Il tendit la main vers le nain qui le supportait encore mais son bras retomba sur le sol.

« Je sais, souffla Thorin. Il y a un traitre chez les elfes. Ne parlez pas. Economisez vos forces. »

Thranduil hocha difficilement la tête, luttant pour garder les yeux ouverts. La douleur lui vrillait les tempes, brouillait sa vision. Les bruits de la pièce ne lui semblaient être qu'un amas de sons lointains, assourdis. Chaque respiration était une torture. Chacune était moins profonde que la précédente et apportait moins d'oxygène à son corps affaibli.

Voyant l'état de l'elfe sombrer, le nain redressa tête et son attention se porta sur les elfes, maintenus à l'entrée de la bibliothèque par ses propres soldats.

« Votre maison de guérison ! siffla Thorin. Où est-elle ?

— Au rez-de-chaussée, pas très loin de l'entrée principale, révéla la vieille elfe. Je vais vous montrer ! »

Soulever la forme élancée de l'elfe n'était pas une tâche ardue. Thorin était bien assez fort pour en soulever dix. En revanche, le transporter au rez-de-chaussée en utilisant les escaliers de service, à l'abri des regards, fut plus compliqué à cause de sa stature plus courte que celle de Thranduil. Le long manteau de l'elfe trainait à chaque pas. Deux fois, Thorin manqua de trébucher sur le lourd tissu. Les tremblements qui agitaient le corps de l'elfe ne l'aidaient pas, pas plus que le sang qui rendait sa prise glissante. Des nains les escortèrent, certains devant eux, d'autres derrière, empêchant les elfes de trop se rapprocher.

Enfin, ils arrivèrent. L'infirmerie était vide à cette heure. Thorin déposa Thranduil sur le premier lit. Derrière lui, les nains refermèrent les portes au nez des elfes, ne laissant passer que le conseiller Lorthal. Les portes furent condamnées avec deux haches croisées, la lame plongée dans le bois.

Le vieil elfe était presque aussi blanc que son roi. Son regard hagard devant la situation, il tenait à peine debout. Une tentative d'assassinat en plein cœur du royaume, dans les appartements même du roi ! Même dans les âges les plus sombres, les elfes n'étaient pas tombés aussi bas !

Thorin maintenait les épaules de Thranduil. Il gardait les yeux fixés sur la vieille elfe qui avait reposé sa sacoche et en tirait un petit couteau aiguisé. Il se souvenait qu'elle était présente devant la bibliothèque. Avait-elle pris part à la tentative d'assassinat ? Pouvait-il lui faire confiance ? Elle était entrée en première dans l'infirmerie, faute de quoi elle serait restée dehors avec le reste des elfes. Il lorgna vers le petit couteau de la guérisseuse. Il ne pourrait pas faire beaucoup de mal, mais tout de même…dans l'état où était Thranduil, un rien l'achèverait.

« Reculez ! ordonna-t-il

— Thorin, non ! intervint Lorthal. Naëlnoth est notre guérisseuse en chef ! Elle soigne Thranduil depuis des semaines !

— Vous ne pourrez le soigner sans moi ! s'exclama la guérisseuse. Il a perdu trop de sang. Nous devons arrêter l'hémorragie immédiatement ou il ne passera pas la nuit. »

Le nain ne réfléchit pas longtemps. Les guérisseurs n'avaient nul besoin de flèches. Un simple poison leur était suffisant pour tuer quelqu'un. De même pour le conseiller. Thorin avait pleinement conscience que si Balin ou Oin décidaient de le tuer, ils y réussiraient du premier coup : les conseillers connaissaient toutes les habitudes des rois qu'ils servaient et ils étaient les plus proches d'eux, plongés dans l'intimité des souverains. Et il ne questionnait jamais Oin, guérisseur royal, sur les mixtures étranges qu'il lui donnait à avaler.

« D'accord. Alors soignez-le !

— Je vais essayer ! Mais vous allez devoir aider, à présent que mes apprentis ne peuvent entrer. »

Thorin hocha la tête. Il s'y attendait. Les mains déjà pleines de sang d'elfe, il l'immobilisait pendant que Naëlnoth étudiait les blessures. Oin, à côté, avait mis à bouillir de l'eau et préparait des linges, trouvés dans une des étagères.

La guérisseuse découpa les vêtements de Thranduil pour mettre à nu la plaie. Couché sur le côté, le visage et le sang couverts de sang séché, l'elfe respirait faiblement. Il toussait et crachait régulièrement des gouttes de sang qui dégoulinaient le long de sa joue et maculaient l'oreiller. Le rouge contrastait avec ses lèvres bleuies par le manque d'oxygène. Il restait cependant conscient et Thorin ignorait par quel miracle. Ses yeux fixaient le mur d'en face, absents. Son corps entier tremblait à cause du choc, de la douleur et de la perte de sang.

La vieille elfe termina de découper les vêtements de Thranduil. Elle passa un linge humide légèrement chaud pour enlever l'excès de sang et décoller les cheveux blonds qui s'étaient pris dans la blessure.

« Ah !

— Miséricorde ! gémit Lorthal. Une autre ! »

Näelnoth tâta la plaie. La seconde flèche, qui avait atteint Thranduil dans le dos, s'était brisée lorsqu'il était tombé à la renverse, enfonçant plus profondément la pointe dans sa chair et brisant la hampe sous lui. Cela expliquait la perte de sang rapide et son incapacité à se relever. Appeler à l'aide lui avait été impossible à cause de la première, fichée en dans sa poitrine, au travers de son poumon droit. La deuxième trop proche du cœur, avait terminé de le priver de ses forces.

« La flèche est proche du cœur, murmura Lorthal avec désespoir.

— Elle n'a pas transpercé de ce côté », indiqua Thorin.

La guérisseuse effleura à peine la blessure que Thranduil eut un râle d'agonie. Le blessé tenta de se soustraire aux mains de sa guérisseuse. Les puissantes mains de Thorin l'immobilisaient trop efficacement pour lui permettre le moindre mouvement et il n'avait pas assez de force pour lutter longtemps.

De l'autre côté du lit, face à Thranduil, Oin s'affairait. Il avait sorti des poches de son grand manteau son nécessaire médical et étalait sur le lit tout ce dont il aurait besoin. Quelles herbes pour soigner un elfe ? Il n'en avait pas la moindre idée. Il allait devoir suivre les conseils des guérisseurs aux oreilles pointues, cette fois. La main du nain effleura la blessure de sa poitrine. Aussitôt, Thranduil eut le réflexe de reculer pour échapper à la douleur lancinante que la légère touche avait provoquée. Seule la poigne puissante de Thorin le maintint en place. Sa tête bascula à la renverse, les paupières à moitié fermées. Sa respiration erratique se fit plus irrégulière, plus sifflante.

« N'allez-vous pas lui donner quelque chose contre la douleur ? s'offusqua Balin en revenant vers eux après avoir sécurisé la porte. Thranduil agonise ! Il ne tiendra pas ainsi !

— Je ne peux rien lui donner d'autre ! se désola Naëlnoth. Il prend déjà trop de potions et elles ne se marient pas avec celles dont il aurait besoin maintenant !

— Alors il n'aura rien contre la douleur ? »

Les elfes ne lui répondirent pas. Au chevet de son roi, livide, Lorthal lui tenait la main et lui chuchotait des mots rassurants. Thranduil l'entendait-il ? Thorin n'en était pas convaincu. L'état de l'elfe empirait. Les tremblements ne cessaient pas et ses doigts prirent aussi une teinte bleue. Sa respiration n'était plus qu'une succession de râles étouffés. IL ne cessait de cracher du sang. L'auréole rouge sur l'oreiller s'agrandissait sans cesse.

Oin assistait la guérisseuse. Tous deux discutèrent à voix basse avant de prendre une décision : s'ils n'arrêtaient pas l'hémorragie, Thranduil se viderait de son sang ou s'y noierait. La plaie de son poumon fut donc leur priorité : l'autre, dans le dos, ne saignait quasiment plus.

« Tenez le bien, murmura Naëlnoth à Thorin. Ce sera douloureux…Allez-y, Oin… »

Elfes comme nains en avaient le cœur révulsé avant même de commencer. La prise de Thorin sur Thranduil se raffermit. Ses doigts se crispèrent sur la peau blanche et délicate du blessé.

Oin se posta près d'eux et enroula la paume sur la hampe de la flèche. La douleur provoquée par un très léger mouvement du trait tira des hurlements de souffrance à Thranduil, dont les yeux s'écarquillèrent subitement. Ils furent bientôt remplacés par une quinte de toux. Maintenu par Thorin et Lorthal, il ne parvint pas à se recroqueviller et resta sur le lit, allongé sur le côté, crachant son propre sang, les yeux révulsés par la douleur, tremblant de tous ses membres. Il n'entendait plus rien. Son esprit n'était plus qu'une unique sensation de douleur qui se propageait dans son corps à partir de la poitrine.

Le cœur pourtant habitué aux guerres et aux batailles de Thorin flancha. Voir des elfes mourir au combat, c'était déjà fait. En voir un mourir entre ses mains ne lui était encore jamais arrivé. Et certainement pas un elfe qu'il connaissait ! Thranduil ne serait jamais un ami proche mais il n'en restait pas moins un souverain juste, un allié et un elfe à qui lui et beaucoup des siens devaient la vie.

Les tremblements de l'elfe ne cessèrent pas. Ils ne pouvaient attendre plus : Naëlnoth et Oin échangèrent un regard sombre, peu optimistes sur les chances de survie du roi.

Oin raffermit sa prise sur la flèche. Il retint sa respiration, se prépara mentalement puis il brisa la hampe d'un coup sec à une paume de la plaie. Il laissa tomber la partie cassée sur le sol pour enfoncer celle qui restait à travers la blessure. La pointe, déjà en partie sortie dans le dos de l'elfe, apparut en totalité. Naëlnoth l'attrapa et tira le reste de la flèche de la plaie. Aussitôt, elle appliqua des linges humidifiés avec des herbes apaisantes sur la plaie et comprima la plaie tout en chantant de longues formules.

Thorin grimaça. Le regard de Thranduil reflétait toute son agonie. A nouveau, le roi nain murmura des paroles réconfortantes. Au bout d'un moment, alors qu'Oin et Naëlnoth travaillaient dur pour refermer les plaies et que Lorthal menaçait de s'effondrer à côté, Thorin se pencha sur Thranduil. Quelque chose dans le regard de l'elfe attira son attention. Il était devenu vide, éteint. Plus rien ne se reflétait dans les prunelles claires de Thranduil. Elles étaient aussi trop fixes, dirigées vers le mur du fond de l'infirmerie.

Les tremblements avaient cessé. Les muscles de Thranduil s'étaient relâchés et son corps reposait entre les mains puissantes du nain, inerte et n'offrant aucune résistance. Sa tête reposait mollement sur l'oreiller taché de sang, aux yeux ouverts, des mèches de cheveux blonds maculés de sang devant son visage.

Un bref instant, Thorin crut qu'il était inconscient malgré les yeux ouverts aux prunelles fixes. Puis il comprit. La poitrine ensanglantée de Thranduil ne se soulevait plus. Elle restait désespérément immobile.

Thorin posa deux doigts hésitants sur la carotide de Thranduil. Il attendit anxieusement mais ne décela aucun battement de cœur. La peau blanche de l'elfe était déjà froide.

Thranduil était mort.