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Aux premières lueurs de l'aube, Tauriel descendit dans la cour. Elrond était déjà présent dans ses robes en velours, en pleine discussion avec deux elfes qui lui ressemblaient comme deux gouttes d'eau, quoi que leurs visages étaient plus jeunes et leurs yeux plus brillants que le Semi-Elfe. Ils se tenaient devant trois chevaux, harnachés pour un long voyage avec de multiples sacoches accrochées aux selles légères constituées d'un simple tapis en cuir et de sangles fines. Tous trois inclinèrent poliment la tête lorsqu'elle s'avança.

« Mes fils, Elladan et Elrohir, les présenta Elrond avec un sourire fier.

— Legolas nous a parlé de vous ! s'exclama Elladan.

— Le connaissez-vous bien ? s'interrogea Tauriel.

— Nous passons du temps dans le nord, poursuivit Elrohir.

— Legolas est arrivé il y a une dizaine d'année à la recherche d'Estel…

— Sur un conseil de Thranduil, d'après ce qu'il nous a dit.

— Estel est curieux. Il a voulu savoir comment fonctionnait la Forêt Noire. Votre royaume est secret, peu d'elfes y viennent.

— Encore moins d'humains !

— Estel a grandi à Fondcombe, les autres royaumes elfiques l'intéressent beaucoup. »

Qui parlait ? Entre les jumeaux, Tauriel était perdue. Que Legolas ait parlé d'elle la mettait mal à l'aise. Elle n'avait plus qu'à espérer que c'était en bien. L'un des jumeaux lissa machinalement son manteau de voyage en toile doublé d'un intérieur en velours. Il se retourna vers son cheval et caressa le chanfrein gris amicalement.

« Nous vous conduirons dans l'ancien royaume d'Arnor, déclara finalement Elladan. Nous connaissons ces contrées.

— Y aller seule représenterait un gros risque, précisa Elrohir. Ces terres sont sauvages. Certains disent maudites ! Les orques et les trolls y pullulent, comme les loups.

— Je vous remercie de votre aide, accepta avec joie Tauriel.

— Thranduil ne doit pas mourir ! intervint sérieusement Elrond. J'ai le pressentiment que le destin de Legolas n'est pas de régner sur la Forêt Noire. Protégez les tous les deux ! »

Il n'en dit pas plus et Tauriel eut le sentiment qu'insister serait inutile : la mine inquiète du semi-elfe au regard lointain suffisait à lui faire envisager le plus. Habitués aux phrases sibyllines de leur père, doté du don de double vue, les jumeaux haussèrent les épaules. Ils vérifièrent une dernière fois les paquetages, s'assurèrent qu'ils avaient bien le miruvor qu'Elrond leur avait confié puis montèrent à cheval.

Tauriel s'inclina devant Elrond une dernière fois puis enfourcha sur le cheval qui lui était réservé avec un pincement au cœur. Elle espéra que cet hongre alezan aux lignes fines et à l'œil intelligent aurait un meilleur sort que la jument qu'elle avait depuis des années.

Ils chevauchèrent aussi vite qu'ils le purent compte tenu du terrain irrégulier et des bêtes à ménager. Pendant quatre jours, ils ne décelèrent pas âme qui vive en dehors d'animaux qui fuyaient, effrayés par les elfes. En dépit de l'assurance des fils d'Elrond, le pays était immense, désertique, et retrouver un cavalier en particulier représentait un véritable défi.

Ce ne fut que dans l'après-midi du quatrième jour de recherche que les yeux perçants de Tauriel décelèrent les traces d'un feu. Les bûches étaient froides, elles n'avaient pas servi depuis longtemps. Des traces de pas et de sabots furent débusquées par Elladan, menant vers le sud. Ils remontèrent à cheval et descendirent vers le sud à une allure modérée pour ne pas perdre la piste.

Les rôdeurs étaient difficiles à suivre. Leur piste n'était pas droite, elle bifurquait régulièrement sans raison apparente. Par moments, ils se séparaient et Tauriel ignorait quel groupe suivre. A ces moments, Elladan et Elrohir décidaient du chemin, plus habitués à la manière des rôdeurs et, d'après ce qu'elle avait compris, à leur chef.

Ils mirent deux autres jours avant de trouver les rôdeurs. Ou plutôt, deux jours avant de tomber dans le guet-apens tendu par les Dunedain. Ces derniers, conscients que quelqu'un était sur leur piste, s'étaient scindés en deux groupes, l'un faisant office d'appât, l'autre prenant à revers les pisteurs. Ils avaient choisi pour leur embuscade un terrain à priori plat mais dont les herbes cachaient des crevasses profondes dans lesquelles des rôdeurs se cachèrent. Ils restèrent tapis parmi les herbes et les buissons, silencieux, l'oreille tendue. Au bout de quelques heures, ils entendirent des chevaux lancés au petit galop se rapprocher. Sans se douter qu'ils venaient de dépasser ceux qu'ils cherchaient, les jumeaux et Tauriel poursuivirent leur chemin, ravis de voir que les traces qu'ils suivaient se rafraîchissaient.

Ils furent donc extrêmement surpris quand les dunedains surgirent du sol derrière eux et que la troupe jouant les appâts rebroussait chemin pour les prendre à revers. Tauriel dégaina son épée : la vitesse des hommes et leur nombre n'aurait pas rendu aisé le maniement de l'arc. Sa monture, surprise par les apparitions brutales, se cabra en hennissant.

Les hommes se jetèrent sur leurs poursuivants, épées tirées. Grâce à leur nombre, ils se savaient avantagés et n'essayèrent pas de tuer les trois elfes, plutôt les immobiliser. L'attitude guerrière de Tauriel ne les aidait pas : elle parait efficacement et renvoyait coup pour coup. Un coup de vent rabattit en arrière le capuchon d'Elladan. L'elfe para une autre attaque d'un moulinet. Ils ne réalisèrent qu'alors que les deux elfes de tête étaient les fils d'Elrond, qui avaient passé quelques temps dans le nord avec les dunedains.

« Holà ! Estel, veux-tu faire tuer tes frères ? s'indigna Elrohir en désignant d'un doigt accusateur un mince et grand jeune homme au milieu de la troupe soudainement moins belliqueuse.

— Je m'excuse chers frères ! s'exclama Aragorn avec un sourire contrit. Je ne m'attendais pas à vous revoir si tôt ici. Les terres sont plus sauvages ces derniers temps. Il y a des orques qui s'avancent plus vers le sud chaque jour.

— Legolas ! s'écria Tauriel en voyant enfin le prince aux cheveux blonds parmi les hommes.

— Tauriel, la salua Legolas, sans savoir quoi lui dire après les dernières années sans l'avoir vue.

— Oh, alors vous êtes la capitaine des gardes du roi Thranduil ? s'enthousiasma Aragorn.

— Ancienne, précisa-t-elle plus sèchement qu'elle ne l'aurait voulue. Prince Legolas, je dois vous parler immédiatement ! »

Le prince ne l'avait toujours pas regardée en face. Finalement, sentant l'urgence qui transparaissait dans le ton de Tauriel, il accepta de s'éloigner avec elle pour discuter. De ses habits d'elfe, il n'avait gardé que les bottes souples aux semelles minces. Pour le reste, Legolas avait revêtu les mêmes habits que les rôdeurs : des tissus grossiers, gris et marron, facilement remplaçables lorsqu'ils étaient déchirés lors des batailles. Pour le reste, il était tel qu'elle s'en souvenait. Ses yeux clairs la transpercèrent, aussi francs, fiers et pénétrants que ceux de Thranduil. Par certains côtés, le prince ressemblait beaucoup à son père, à l'exception d'une douceur dans son caractère et d'une curiosité qu'il tenait de sa mère.

Le prince était néanmoins extrêmement fier, comme son père. Être rejeté par Tauriel l'avait tellement blessé qu'il avait fui tout ce qui lui rappelait l'ancienne capitaine des gardes. Fuit jusqu'à son père qui avait été la cause de la discordance entre Tauriel et lui. Lors de la Bataille des Cinq Armées, il avait fait son choix : publiquement, devant les soldats et devant Thranduil, il avait choisi d'abandonner son poste pour celle qu'il aimait. Il n'avait pu ensuite faire face à son père.

Si Thranduil ne dévoilait que rarement ses sentiments, avoir immédiatement pardonné l'acte de trahison de son fils, être allé à sa recherche au milieu des orques, seul et à pied, pour s'assurer que son fils unique était indemne, témoignait du profond amour qu'il lui portait. Le geste d'amour et de respect du roi, lorsque Legolas lui avait annoncé brutalement son départ, avait encore accru sa culpabilité. Il n'avait pas pu regarder son père en face. Il avait à peine pu lui retourner son salut !

La culpabilité s'insinua encore en lui, aussi vivace que lors de son départ. Il baissa les yeux. Legolas joua avec un caillou du bout du pied.

« Vous devez revenir immédiatement », débuta Tauriel.

Legolas secoua la tête. Il regarda à nouveau ses chaussures. Il donna un coup de pied trop fort dans le caillou qui disparut dans les herbes arides.

« Je ne peux rentrer ! J'ai trahi mon père. Je ne pourrais le regarder en face à présent. Rien ne pourra jamais effacer ce que j'ai fait !

— Thranduil vous a déjà pardonné, Legolas !

— Dites à mon père que je ne rentrerai pas ! J'ignore pourquoi de tous les messagers qu'il aurait pu trouver, il vous a désigné vous, mais je ne peux rentrer. Je serai banni comme tous les traitres pour mes actes !

— Mon prince ! Je n'ai pas parlé au roi Thranduil depuis la Bataille des Cinq Armées. Legolas…je suis envoyée par Thorin Ecu de Chêne et la guérisseuse Naëlnoth. Votre père est mourant. »

Legolas écarquilla les yeux. Les morts s'insinuèrent lentement dans son esprit et prirent peu à peu un sens. Impossible ! Legolas dévisagea Tauriel, surpris et choqué par la nouvelle. Il ouvrit la bouche puis la referma, incapable de dire quoi que ce soit. Comment était-ce possible ?

« L'Ennemi est revenu à Dol Guldur, poursuivit Tauriel. Le mal s'est insinué jusque dans le cœur des elfes sylvains. Nous avons un traitre parmi notre peuple ! Un traitre qui a essayé par deux fois de tuer le roi Thranduil. Seule sa résistance lui a permis de survivre. Cependant…Cependant, son esprit s'est approché des Cavernes de Mandos. Vous seul pouvez l'en ramener ! »

Legolas attrapa soudainement les poignets de Tauriel. Son visage ne reflétait plus la colère mais une inquiétude sincère pour un père qui avait été un modèle pour lui et qu'il aimait profondément.

« Racontez-moi ! » ordonna le prince et sa voix se brisa.


Un chapitre un peu plus court pour préparer l'arrivée de Legolas à Erebor !

Merci pour les trois review anonymes !Elles m'ont fait très plaisir.

Essy : le dernier chapitre centré sur Tauriel. Elle repassera bien au second plan après. Place à Legolas et Thranduil !