Feu ardent.

L'horloge de la mairie vient de sonner vingt-deux heures et je me tiens là, assis sur l'une des plages du village. Alors qu'une partie de la bourgade s'apprête à se coucher pour récupérer d'une journée plutôt riche, je continue de manger mon petit poisson grillé. Un second repose sur une branche qui elle-même, est légèrement penchée vers le foyer que je me suis permis d'allumer. Alors que le feu crépite de temps en temps, un habitant viens me rejoindre. A son pas plutôt lourd, je ne peine pas à le reconnaître.

« Magnifique soirée pour se promener, n'est-ce pas Angus ?

- Bonsoir Jaysher. A qui le dis-tu ? »

Le taureau arrive sur ma droite et se pose lourdement sur la sable. La délicatesse n'est pas ce qui le caractérise le mieux mais l'animal possède des qualités malgré l'impression qu'il peut laisser dans son sillage. En tout cas, je ne risque pas d'être trop dérangé car le bovin n'est pas réputé pour être bavard, bien au contraire.

« En fait, je n'aurais pas vu le feu de chez moi, je ne serais jamais sorti.

- Vraiment ? Tu pensais qu'il se passait un truc bizarre ?

- Oui mais je me suis senti rassuré lorsque je t'ai aperçu. »

L'animal éclate de rire alors qu'un sourire se dessine sur mes lèvres. Attendant qu'il se calme, je mords dans mon poisson et mâche aussitôt ce que j'ai pu arracher. Une fois que j'avale le morceau, je regarde Angus qui est devenu sérieux.

« Tu le fais souvent ? Me demande-t-il.

- Quoi donc ?

- Venir le soir sur la plage pour allumer un feu et manger du poisson ?

- Oui mais avant, je le faisais avec mes amis.

- Ils habitaient ici ?

- Oui et c'est aussi les voisins qui m'ont le plus marqué. A force, je ne voyais plus Alice et Câlin comme des animaux mais comme de véritables humains. Je les appréciais tellement et je regrette de ne pouvoir tenir de telles amitiés avec chacun d'entre vous. Je sais que cela peut paraître cruel de dire ça et pourtant, ce n'est que la vérité. »

Angus ne se montre pas choqué par mes propos, ce qui m'étonne grandement. Serait-il possible qu'il soit bien plus mâture que je ne le pensais ? Se pourrait-il que ce taureau mal léché soit en réalité, un gentil petit veau ?

« Qui dans le village serait plus proche mentalement de ce Câlin ? Finit-il par m'interroger.

- Herbert et Colvert.

- Et pour Alice ?

- Personne.

- Dans ce cas, je t'encourage à passer plus de temps avec ces deux garnements mais je te souhaite bonne chance.

- Pourquoi ?

- Ils ne pensent qu'à manger. »

Et c'est faux ! Certes, les deux oiseaux ont un appétit d'ogre et alors ? Ils leur arrivent parfois de parler correctement et à ce moment, on se rend compte qu'ils sont bien plus intéressant qu'il n'y paraît. Toutefois…

« Toi, tu ne les aimes pas. » Dis-je à mon compagnon de soirée.