Chapitre 3
Cela faisait cinq minutes que Cersalia courait. Son corps trempé jusqu'aux os était à la fois congelé par le vent le frappant sans ménagement et bouillant, chauffé par sa course intensive. Expérience oblige, elle était plutôt sportive et avait beaucoup d'endurance. Pourtant, en ce moment, son souffle se faisait court, ses jambes faiblissait et sa vue se brouillait par moment. Entre le stress qu'elle avait ressenti plus tôt, l'angoisse que Castiel ne la rattrape et l'incompréhension qui la saisissait face aux images qui s'étaient imposées à elle, elle ne savait plus quoi faire. Une sorte d'instinct primitif semblait la guider, épuisant son souffle et son énergie.
Finalement, en nage et à bout de souffle, elle parvint à arriver devant chez elle. Elle ne prit pas la peine de rentrer le code du portail électrique et d'une impulsion, sauta par dessus. Elle ouvrit la porte puis la claqua derrière elle avant de se laisser glisser contre la planche de bois, la tête entre les mains. Pourquoi ces souvenirs s'étaient manifestés ? Pourquoi maintenant ? C'était censé ne plus se produire. Elle cherchait désespérément une réponse, retournant chaque cellule, chaque neurone de son cerveau. Elle fouillait partout, cherchant une explication bien qu'au fond d'elle même, elle la connaissait. C'était simplement qu'elle ne voulait pas l'accepter. Cette explication impliquait l'apport d'une vision d'elle qu'elle se refusait à tolérer. L'image d'une jeune fille avec le besoin de se sentir protégée. Car c'était bien ce qu'elle avait ressenti pendant une fraction de seconde, le sentiment d'être d'être protégée. Seulement, ce genre de chose n'était que la preuve de faiblesse. Et pour elle, c'était extrêmement dangereux. Elle ne pouvait pas laisser la porte ouverte à tous ses sentiments et relâcher sa vigilance comme ça, elle n'en avait pas le droit, c'était vital.
— Et merde... souffla-t-elle.
Elle soupira. Elle se sentait fatiguée, exténuée. Là, tout de suite, elle n'avait qu'une seule envie, disparaître au fond d'une grotte et n'en ressortir que d'ici quelques millénaires. Elle remonta ses genoux contre sa poitrine et y plongea la tête. Elle n'avait plus aucune force et finit par s'assoupir.
Un bruit insistant la sortie de sa torpeur et immédiatement, la jeune fille se sentit irritée. Ça ressemblait à des coups et ils ne semblaient pas vouloir cesser de si tôt. Alors, comme pour la contredire, le bruit disparut. Un sourire satisfait prit place contre ses lèvres. Et s'effaça aussitôt tandis que les coups reprenaient, nettement plus puissants. Cette fois-ci, elle s'énerva.
— PUTAIN ! J'AI DIT TA GUEULE ! S'exaspéra Cersalia en ouvrant les yeux.
— PAS LA PEINE DE PASSER TES NERFS SUR MOI LA NOUVELLE ! répondit une autres voix sur le même ton. EXCUSE-MOI DE M'INQUIÉTER POUR TOI !
— Hein ? S'étonna la jeune fille horrifiée en s'éloignant de la porte.
Puis elle se figea. Lentement, elle se retourna et pencha la tête sur le côté, en proie à de grandes réflexions. Porte ? Depuis quand y avait-il une porte dans son lit. Ah non, pas dans son lit, ni même dans sa chambre. Correction : depuis quand y avait-il une porte dans son entrée ? … S'ensuivit dans son esprit un long moment e blanc. Il semblerait que son cerveau ne soit pas totalement réveillé. Bon, on recommence et on récapitule !
Elle se trouvait assise face à la porte d'entrée qu'elle venait de quitter. Elle s'était sans doute endormie hier après ses réflexions trop intenses. Ça tenait la route. Elle se releva, bien décidée à décourager la personne qui l'avait réveillée. Elle devait avoir une tête de déterrée, un bon point ! Elle actionna la poignée.
— Quoi ? Grogna-t-elle une fois le battant de la porte ouvert totalement.
— Dis le si je te dérange, répondit le propriétaire de la fameuse voix.
— Castiel ? S'étonna la jeune fille en se figeant lorsqu'elle découvrit ce dernier apparaître dans l'encadrement de bois. Bah oui, tu me déranges. Puis qu'est-ce que tu fais là ?
— Seize heures, la coupa-t-il. Il est seize heures et t'as loupé la journée de cours. Après ce qu'il s'est passé hier, tu comprends que je vienne jeter un coup d'œil. Je ne voudrais pas d'une mort sur la conscience. Les nouvelles vont vite ici et t'es la seule nouvelle du coin, donc ça a pas été difficile de te trouver. Au fait, sympa la tenue.
Cersalia cligna des yeux plusieurs fois alors que l'information faisait son chemin jusqu'à son cerveau. Seize heures ? Une journée de cours ? Elle avait dû dormir toute la journée. Bizarre. La suite était emprunte de son dédain habituel mais quelque chose au fond de ses yeux clochaient. Quelque chose fortement semblable à de l'inquiétude. Un frisson de dégoût parcourut le corps de la jeune fille. Très bizarre. Sympa la tenue ?
L'information atteignit finalement sa tête et elle la baissa vers son corps. Elle portait les mêmes vêtements que la veille, exceptée sa veste qu'elle avait retirée. Ses tennis étaient encore mouillées à l'image de tous ses vêtements. Son pantalon était horriblement froissé et donnait l'effet d'une ventouse contre sa peau. Quant à son haut, froissé également, il remontait haut sur son ventre. Et ses cheveux devaient ressembler à un nid d'oiseaux. La jeune fille s'empressa de baisser son tee-shirt avant de relever les yeux vers le jeune homme qui la déshabillait des yeux. C'était fou ce que les mecs pouvaient se ressembler à ce niveau là. Qu'ils la haïssent ou pas, lorsqu'une fille se retrouvait un minimum découverte, ils bavaient sans retenue. Elle croisa les bras sur sa poitrine, retenant un soupir blasé.
— Merci pour l'info. Alors ? Qu'est-ce que tu veux ? S'impatienta-t-elle.
— Je te l'ai dit, savoir comment tu allais. Je veux pas d'une mort sur la conscience.
— Et bah voila, t'es rassuré, je vais bien. J'ai essayé ni de me pendre, ni de me tailler les veines ; j'ai simplement dormi et tu viens de me réveiller. Et pourquoi je te raconte tout ça moi ? Disparais maintenant, tu m'étouffes.
Et elle ferma la porte. Enfin essaya de fermer la porte, mais quelque chose l'en empêchait : le pied de Castiel. C'était vraiment possible d'être aussi lourd et de réussir à se supporter ? Elle insista, essayant de forcer mais rien n'y faisait, il était trop fort pour elle. Et lorsqu'il se mit à pousser de son côté, elle n'eut pas assez de forces pour résister. Frustrée, elle finit par reculer.
Il s'avança vers elle et ferma la porte d'un coup de pied avant de poser ses mains sur les épaules de la jeune fille.
— Il y a autre chose que je voulais te demander, murmura-t-il.
Le souffle du garçon se répandit sur son visage et sa respiration se fit soudain beaucoup plus rapide, plus saccadée que d'habitude. Pourquoi ? Elle était beaucoup trop perturbée par cette proximité pour répondre. Mais si son corps ne bougeait plus, son cerveau, lui, carburait et bouillonnait à toutes vitesses. Pourquoi son corps réagissait comme ça ? Et pourquoi se sentait-elle si vulnérable et si... faible ?
— Il t'est arrivé quoi hier dans l'eau ?
Elle se remémora aussitôt les événements de la veille ainsi que son flash qui l'avait pas mal secouée. Une grande vague de froid l'envahit. Elle soupira et un de ses sourcils tressauta légèrement, signe indubitable de son agacement. Il avait vraiment mal choisi son moment. En général, l'humeur de Cersalia était calme, froide et elle ignorait tout ce qui pourrait l'énerver. Mais au réveil, c'était une autre histoire.
— Rien qui ne te concerne, je te l'ai déjà dit. Maintenant lâche-moi, tu n'as rien à faire ici, lâcha-t-elle.
— Non ! Tu ne t'enfuiras pas comme hier ! Je ne le permettrai pas. En tout cas pas tant que tu m'auras pas expliqué ce qu'il s'est passé hier.
— Pourquoi ? Hurla-t-elle presque. Pourquoi tu ne veux pas me laisser tranquille ?! Fous moi la paix !
Sa jambe gauche recula et elle y plaça tous ses appuis. Puis, vivement, elle décocha un violent coup de pied dans l'abdomen du garçon. Seulement, ça ne se passa pas comme elle l'avait prévu. Au lieu de se retrouver catapulter contre la porte, plié en deux, Castiel se décala et bloqua le coup de la jeune fille, coinçant sa jambe sous son bras. Oh oh...
— Arrêtes de te mentir à toi même, tonna-t-il.
Il tira un peu sur son membre et avança d'un pas. Le corps de l'adolescente se retrouva déséquilibré et elle dut – à son grand dam – s'accrocher à son ennemi pour ne pas tomber. Il ne manquerait plus qu'elle s'étale par terre devant lui. Elle n'était pas sûre que sa fierté le supporterait alors autant ne pas prendre de risque.
— Tu crois que j'ai pas compris ? Continua le rebelle tandis qu'elle sautillait sur place pour libérer sa jambe – lui faisant prendre des positions assez étranges. Tu crois que tu peux cacher un truc pareil en toi aussi longtemps sans en souffrir ?
Son corps se figea. Ses doigts se crispèrent sur sa veste en cuir. Son souffle se fit imperceptible, presque inexistant. Elle écarquilla les yeux. Il était au courant ? Non, c'était impossible ! Ça ne se pouvait pas ! Comment aurait-il pu tout découvrir en seulement quelques jours ? S'était-elle vraiment relâchée à ce point là ? Il fallait qu'elle parte, vite !
— Bien entendu, je ne sais pas de quoi il s'agit. Mais tu crois que ton attitude te fait passer inaperçue ? fit-il sur un ton plus doux.
Quelque chose bougea en elle, frémissant. Castiel continuait de parler mais elle ne saisissait plus le sens de ses propos. Elle s'était perdue dans ses iris ardoises et dans ce qu'elle pouvait y lire. De l'inquiétude. De la compassion. De la compréhension. Elle ne pouvait plus tenir. Elle se sentait se fissurer. Tout autour d'elle, l'armure qu'elle avait construite s'effritait, s'évaporant dans l'air en des milliers de morceaux aussi insaisissables que de la poussière. Les larmes se mirent à couler à flots sur ses joues. Ses yeux s'écarquillèrent. Fébriles, ses mains s'approchèrent de son visage, le frôlant. Ses doigts s'humidifièrent au contact de ces perles salées. Elle pleurait. Elle n'en revenait pas. C'en était fini. Elle venait de se détruire.
Ne jamais dépendre de personne.
Des bras forts l'entourèrent et elle se retrouva alors prisonnière de l'étreinte du jeune homme. Elle releva son visage en larmes et plongea ses yeux dans ceux du garçon. Tout son esprit semblait se faire aspirer par celui de Castiel au travers de ses yeux clairs emplis de tous ces sentiments qu'elle ne connaissait plus.
Et tout vira au cauchemar. Une série de bruit que Cersalia ne reconnaissait que trop. Une fenêtre qui se brise. Des bruits de pas pressés. Des marches d'escalier mises à mal par ces mêmes pas. Une porte enfoncée. Et finalement, le bruit ultime. Un coup de feu. Une douleur lancinante traversa le dos de la jeune fille et elle se cambra avant de tomber à genoux. Devant ses yeux, Castiel s'écroula. Son regard se vida de tout et son dernier souffle franchit ses lèvres. Elle était impuissante.
Un hurlement strident retenti, frôlant l'ultrason tant il était puissant. Il témoignait une horreur sans nom, une colère insoutenable et une peur indélébile. Cet hurlement signa la fin.
Et un chapitre 3, un ! Je vais encore une fois me répéter, mais si vous avez des avis, n'hésitez pas !
..Juliette..
