« Petit-déjeuner ! »

La voix grave d'Oin tira Thranduil de ses pensées. Avec un grand sourire au travers de sa barbe grise et blanche, il dévoilait une rangée de dents de travers. Le nain parlait fort à cause de son début de surdité. Le plateau était aussi rempli que les jours précédents. Les nains savaient qu'il ne mangeait pas beaucoup mais montaient toujours les mêmes quantités astronomiques. L'elfe observa le nain bruyant quelques secondes avant de fermer les yeux à nouveau. Il tourna le visage mais percevait encore tout le boucan que faisait son hôte.

« Laissez-le dans un coin et partez ! ordonna faiblement Thranduil. Je suis fatigué de supporter les nains.

— Vous allez me supporter pour le petit-déjeuner ! rétorqua Oin. Allez, y'a plein de fruits, de la crème…même des trucs verts, de la salade, là ! Et du cerf, du sanglier, du veau…Prenez en un peu, d'accord ? »

Comme les jours précédents, Thranduil n'esquissa pas le moindre geste vers le plateau. En désespoir de cause, Oin s'empara d'un bol de fruits rouges cueillis par les hommes le matin même et força l'elfe à le prendre. Thranduil et lui s'affrontèrent un instant du regard puis le roi des elfes se résigna et picora dans le bol.

Oin ne s'éloigna pas, maintenant une pression constante sur lui par sa seule présence à son chevet. Le moral de Thranduil inquiétait l'aimable nain. Avec l'aide d'Ori, il essayait de divertir Thranduil. Ils lui avaient apporté un jeu semblable aux échecs auxquels les nains jouaient, un jeu de stratégie que connaissait bien le roi des elfes puisqu'il existait une version elfique assez proche. Il refusa d'y jouer, restant muré dans un silence pesant.

Depuis le départ de Legolas, deux jours plus tôt, il n'avait pas aligné plus de dix mots. Il restait allongé sur le lit, la couverture serrée contre lui, son esprit revenant sans cesse sur les tentatives d'assassinat dont il avait fait l'objet. Des elfes étaient morts lors de l'empoisonnement et il se reprochait de n'avoir rien vu venir. Les moments passés dans la bibliothèque, seul et blessé, se sentant mourir à chaque seconde qui passait, l'avait profondément déstabilisé. Les cernes sur son visage mince ne disparaissaient pas. Il n'arrivait pas à se reposer convenablement.

Thranduil abandonna définitivement son maigre repas. Les manches trop courtes de sa tunique en coton épais dévoilèrent les bras faméliques de l'elfe. Il mangeait juste assez pour ne pas mettre en danger sa santé.

Le nain ne savait plus quoi faire pour alléger le moral de son patient. Il lui tendit une assiette remplie de gâteaux elfiques cuisinés par les meilleurs chefs nains. Thranduil était un survivant du premier âge mais le vieux nain soupçonnait que ses limites ne soient atteintes.

« Ils sont délicieux ! insista gentiment Oin.

— Pourriez-vous me laisser seul ? souffla Thranduil. Je suis fatigué.

— C'est normal, c'est normal…Vous êtes passé tout près de la fin, après tout…Mais vous devez vous remettre. Que dirait Legolas s'il vous voyait ? »

Thranduil ne répondit pas. Il avait fermé les yeux et rêvassait à nouveau. Depuis son retour forcé des cavernes de Mandos, ses rêves étaient troublés. Il se souvenait d'une discussion avec Mandos lui-même, interrompue brutalement. Les derniers mots lui avaient échappé. Lorsqu'il ne pensait pas aux Valars, Thranduil pensait au traitre. Qu'un elfe de son propre royaume ait failli le tuer était plus douloureux que toutes les flèches du monde. A chaque fois qu'il fermait les yeux, il lui semblait se diriger à nouveau vers le royaume de Mandos.

Oin tapota doucement l'épaule de l'elfe. Son éternel sourire avait disparu de son visage aimable. A la place, ses yeux tristes brillaient. Seul Legolas allégeait le moral de Thranduil. En désespoir de cause, le nain repensa à l'oiseau messager venue de la Forêt Noire le matin même. Il n'avait pu en parler avec Thorin mais il était certain que la lettre était de Legolas et qu'il y en avait une seconde, restée cachetée, portant le nom de Thranduil sur l'enveloppe.

« Thorin a reçu un message de Legolas ce matin, reprit le nain. Vous l'a-t-il déjà apporté ?

— Legolas a envoyé une lettre ? releva Thranduil en ouvrant des yeux brillants de colère. Allez me la chercher immédiatement !

— Ah ! Pardon. Je pensais que vous le saviez. Il a dû envoyer le corbeau hier soir. Thorin est très occupé ces derniers temps. La route avance bien, nous avons une bonne partie des pierres pour le premier tronçon.

— Hier soir ! s'exclama Thranduil. Une lettre envoyée hier soir est arrivée ce matin à Erebor ? Cela ne se peut ! La distance est trop grande des terres du Nord… »

Soudainement, Thranduil blêmit. Ses yeux s'écarquillèrent sous le coup de la surprise alors qu'il venait de comprendre d'où la lettre avait été envoyée. Thranduil se redressa d'un coup sur le lit.

« Legolas est dans la forêt noire ! comprit-il avec effarement. Il n'a jamais eu l'intention de retourner dans le nord. Il traque le traitre !

— Vous ne le saviez pas ? »

L'étonnement d'Oin reflétait la stupeur de Thranduil. Le roi des elfes n'eut aucun mal à comprendre ce qui s'était passé. Se jeter dans la gueule du loup par amour au mépris des risques correspondait trop bien au caractère de Legolas ! Avait-il déjà trouvé le traitre ? Non, si c'était le cas, il serait revenu à Erebor ou il aurait envoyé un message.

Thranduil repoussa les couvertures. Le peu de couleur de son visage disparut alors qu'il posait ses pieds nus sur le tapis. Assis sur le lit, un bras sur sa poitrine et l'autre en appui sur le matelas, il respirait difficilement mais son esprit était trop focalisé sur Legolas pour s'en rendre compte.

« Holà, Holà ! s'exclama Oin en bondissant lui aussi sur ses pieds. Rallongez-vous ! Vous allez vous blesser ! »

Il tenta de rallonger l'elfe mais ce dernier ne se laissa pas faire. Au prix d'un immense effort, Thranduil repoussa Oin avec assez de force pour le renverser. Il repoussa les vagues de douleur provenant de sa poitrine.

Thranduil n'avait que faire des craintes du nain. Legolas risquait sa vie dans la Forêt Noire et il ne le laisserait pas faire ! Il avait perdu son épouse, il refusait de perdre la vie de son fils. Les deux tentatives d'assassinat avaient été trop parfaites, trop méticuleusement orchestrées. Le traitre était expérimenté, il savait où frapper et comment pour atteindre son but sans se faire prendre. Quelles étaient les chances de Legolas si le traitre s'en prenait à lui ? Thranduil était bien en peine de le dire. Il avait confiance en son fils, le meilleur soldat de l'armée et bien meilleur que lui-même, il devait se l'avouer. Mais contre le traitre employé par Dol Guldur ?

Thranduil rassembla ses forces. Il se redressa, tout en gardant une main sur le mur en pierre pour maintenir son équilibre. Sa tête lui tourna après tant de temps allongé. Il serra la mâchoire et combattit la douleur lancinante dans son corps et le vertige de plus en plus important qui lui faisait tourner la tête. Il fit un pas hésitant puis un autre. Ses jambes tremblaient. Ses muscles, inutilisés, n'assuraient plus leur rôle convenablement. Les sourcils froncés par l'effort, l'elfe poursuivit sa route, le nain juste à côté de lui. Ses oreilles bourdonnèrent, sa vue se brouilla un instant.

Au bout de six mètres, alors qu'il essayait d'ouvrir la porte, les jambes de Thranduil se dérobèrent. Il glissa le long de la porte et s'effondra sur le sol. Oin le rattrapa in extremis avant que sa tête ne heurte le sol. La respiration saccadée et une main crispée sur sa poitrine, Thranduil peinait à rester conscient. Son corps fut secoué de spasmes.

« Doucement, doucement, marmonna Oin. Vous n'êtes vraiment pas raisonnable ! Allons, allons… »

D'une main, il contrôlait la respiration de l'elfe, sifflante et irrégulière, de l'autre il surveillait son rythme cardiaque. Guérisseur, il avait la hantise d'assister à la mort de ses patients. Il doutait que Thranduil ressusciterait une seconde fois.

Oin tapota doucement l'épaule de Thranduil. Il attendit une dizaine de minutes que l'elfe reprenne ses esprits mais ce fut peine perdu. Les yeux clos, inerte, il restait immobile sur le sol froid de la chambre, ses longues jambes pliées butant contre la porte.

Oin passa un bras derrière les épaules de Thranduil et un autre sous ses genoux. Il le porta aussi facilement que Thorin l'avait fait, des semaines plus tôt. Il le porta jusqu'au lit et l'allongea doucement sur le matelas. Il rabattit les couvertures sur l'elfe famélique.

Thranduil ouvrit lentement les yeux. Dans un suprême effort de volonté, il tendit le bras et attrapa le bras d'Oin.

« Je dois…retourner…dans la Forêt Noire…

— N'importe quoi ! s'écria Oin. Vous croyez vraiment que vous allez pouvoir chevaucher une journée complète jusque chez vous ? Je vais vous amener une plume et vous pourrez écrire un message à Legolas. Cela vous rassurera. Thorin est débordé, c'est pour cela qu'il ne vous a pas encore apporté sa lettre. Je suis sûr que tout va bien ! »

C'était la première fois depuis le réveil de l'elfe qu'il avait l'air vivant, intéressé par quelque chose. Ses yeux brillaient mais son désespoir inquiétait Oin. S'il continuait à lutter, il finirait par bouger la flèche ou par s'épuiser.

« Legolas ne peut…rester là-bas !

— Et vous ne pouvez pas y aller vous-même ! déclara Oin, démuni devant la ferveur de l'elfe. Vous allez envoyer un corbeau à votre fils, d'accord ? Vous verrez qu'il va bien !

— Laissez-moi ! Je dois…argh ! »

Un vague de douleur plus forte que les précédentes flamba dans sa poitrine. Thranduil se recroquevilla, la main crispée sur sa tunique. Il resta pantelant, cherchant à retrouver une respiration normale, la poitrine en feu. Ses oreilles bourdonnèrent. Les yeux clos et le visage crispé par la souffrance, Thranduil enfouit son visage dans les oreillers. La souffrance l'obnubilait tant qu'il en oublia la présence du nain à ses côtés.

Oin s'affaira près des onguents qu'il gardait dans la chambre au cas où. Il versa une potion dans un pot qu'il accrocha dans la cheminée pour obtenir une tisane. Il y ajouta du miel et des herbes appréciés des nains pour leur intérêt curatif. Quand le breuvage fut prêt, le nain retourna près du lit.

Thranduil n'allait pas mieux. Il ne paraissait pas conscient du monde qui l'entourait et ne réagit pas quand Oin le redressa. La tasse approchée de ses lèvres, l'elfe en vida le contenu sans s'apercevoir de ce qu'il buvait. Un engourdissement s'empara de son corps, remplaçant peu à peu la douleur. Le changement était bienvenu et Thranduil finit par ouvrir à moitié les yeux.

« Ça va aller, murmura Oin. Legolas va attraper le traitre et vous pourrez rentrer chez vous une fois qu'on vous aura retiré cette maudite flèche, d'accord ? Tout ira bien. »

Une main calleuse tapota gentiment sa tête. L'elfe observa longuement le vieux nain à moitié sourd jusqu'à ce que les drogues ne le fassent sombrer dans un sommeil lourd.

Oin attendit quelques minutes pour s'assurer que l'elfe était profondément endormi. Ensuite, il le déshabilla pour s'assurer que ses efforts inconsidérés n'avaient pas bougé la flèche. Tout avait l'air normal. Le nain ne banda pas les côtes de l'elfe : les plaies s'étaient totalement refermées.

Legolas s'accouda à la balustrade. Les deux jours précédents avaient été un échec dans leurs recherches. Tauriel avait discrètement suivi Cyriel et Dilnis lors de leurs patrouilles. Legolas avait à nouveau essayé de rencontrer Nerdaël sans y parvenir, le cavalier étant hors des cavernes. Renseignement pris, il ne s'agit pas d'une mission mais d'une sortie personnelle. En pleine difficultés et invasions d'araignées et d'orques ? Voilà qui eut le don d'intriguer le prince. Devant l'absence du cinquième évadé de Dol Guldur, Legolas s'était résigné à se contenter de surveiller Silnarën et Turlion. Sans surprise, les deux serviteurs, réservés et discrets, ne montrèrent rien. Silnarën passait son temps libre avec son épouse. Turlion le passait seul à errer dans le royaume.

Sur le chemin, onze mètres en contrebas, un groupe d'elfes se sépara. Leurs vêtements élimés et tachés, l'absence de bijoux et les bottes souples ternies par l'usage donnaient d'eux une attitude négligée si on n'y faisait pas attention. Au centre, Cyriel marchait d'un pas vif et ne tarda pas à s'affranchir des autres. Legolas l'observa jusqu'à ce que l'elfe disparaisse de sa vue.

Le déjeuner avec les capitaines venait de se terminer. Comme Tauriel, le prince n'avait rien vu de particulier chez lui. Sérieux, taciturne et particulièrement doué avec les armes, le soldat avait une mine peu amène. Ses paroles étaient froides mais soulevaient le cœur des problèmes. Ses analyses étaient toujours juste et c'était sans doute pourquoi Thranduil l'avait nommé coordinateur des patrouilles plutôt que le voir gâcher son talent. Legolas ignorait s'il était le plus honnête des elfes ou un maître de la dissimulation. Ses yeux brillaient lorsqu'il parlait de combat. Une vengeance contre Dol Guldur ? Dilnis aussi avait le même air revêche et dur, accentué par ses cicatrices. Legolas pouvait comprendre.

D'une certaine manière, Legolas avait pitié d'eux. Pour autant, il avait passé un bon moment lors du déjeuner. Cyriel, placé à côté de lui, était d'une compagnie plaisante. Ses analyses de la situation étaient brillantes et l'elfe captiva le prince.

« Ils sont tous les deux exemplaires, déclara Tauriel avec une pointe de regret. Je les ai pourtant suivis tout la journée et même hier !

— Je n'ai rien décelé non plus chez Silnarën ni Turlion, regretta Legolas. Nerdaël m'intrigue. Deux écuyers m'ont déclaré qu'il s'absentait régulièrement. Il part à cheval une ou deux journées d'affilées dans la forêt. Personne ne sait où.

— C'est surprenant ! Être seul dans la forêt au vu des circonstances…

— Je le pense aussi. Je suis d'accord avec Lorthal. Turlion aurait été le mieux placé. »

Tauriel hocha la tête. Ils n'avaient rien contre les trois autres.

« Nous allons laisser mariner le traitre aujourd'hui, décida Legolas. Je vais rester cloitré dans le palais à m'occuper du royaume, sans aucune ouverture possible pour lui. Demain, nous lui en laisserons une.

— Bien, mon Prince. Prenez garde à vous. »

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Thorin donna un coup de hache en diagonale, prenant au dépourvu Dwalin. Son adversaire ne lui laissa pas de seconde opportunité : Dwalin s'empara à main nue du manche de l'arme. Il donna un coup de pied dans l'estomac de Thorin. Le coup ne suffit pas à déséquilibrer le roi sous la montagne, qui délaissa sa hache inutile pour enrouler ses bras puissant autour du cou de son adversaire d'un jour.

Avec sa main estropiée par la bataille des cinq armées, Thorin n'utilisait plus souvent les armes. A vrai dire, il passait plus de temps derrière des papiers qu'une hache à la main ces dernières années. Il appréciait cependant encore les duels amicaux pour garder la forme mais il avait toujours le dessous. Il soupçonnait Dwalin de ne pas y aller à fond et de ne pas utiliser son arme favorite.

Dwalin s'arcbouta sur ses jambes. Plus grand que Thorin, il le souleva de terre. Plutôt que de laisser son ami reprendre le dessus, Dwalin laissa tomber les armes, posa ses énormes mains sur les bras qui enserraient son cou et tira de toutes ses forces, envoyant Thorin bouler au-dessus de sa tête. Thorin roula sur quelques mètres avant de bondir sur ses pieds, prêt à faire face à son meilleur adversaire.

« THORIN ! »

Le cri de Gloin brisa la concentration des combattants. La garde du roi des nains se relâcha, comme celle de Dwalin. Tous deux se retournèrent vers le guérisseur, dont la mine échevelée et les cheveux ébouriffés tombant sur son visage rond.

« Oin te demande tout de suite ! expliqua le riche conseiller.

— Un problème avec l'elfe ? »

Gloin haussa les épaules. Pour lui, il y avait toujours un problème avec les elfes. Thorin laissa échapper une bordée de jurons. Il attrapa sa tunique et la lança sur son torse nu, peu désireux de la passer avant de prendre une douche.

Il ne tarda pas à atteindre ses appartements. Il y arriva un peu essoufflé après trois bonnes heures d'entrainement. La veille, Oin avait malencontreusement révélé à Thranduil que Legolas était à la poursuite du traitre. La nouvelle avait été un terrible choc pour l'elfe. A deux reprises durant la journée, il avait essayé de partir d'Erebor.

Thorin se reprit. Quand il pénétra dans la chambre, assombrie à la demande de Thranduil qui supportait mal la lumière, le nain fit face à son ami et guérisseur.

« Il dort enfin, murmura Oin.

— Il a plutôt l'air évanoui », remarqua Thorin.

Le roi des nains s'avança vers le lit. Curieusement, l'elfe était torse nu, allongé sur le ventre. Ses long cheveux blonds avaient été attachés et mis sur le côté pour dévoiler son le corps maigre de Thranduil et les deux cicatrices dans son dos, encore visibles malgré le temps et les pouvoirs de guérison des elfes.

Thorin eut un hoquet de surprise. La peau de Thranduil était blanche, sauf à un endroit, au niveau de la cicatrice la plus proche de son cœur, où elle était rouge et gonflée. Il se pencha vers son protégé.

« Ce n'est pas bon, souffla Oin avec une expression de défaite.

— Legolas avait raison, murmura Thorin. Les elfes sont-ils si vulnérables qu'une ombre dans leur cœur risque de les emporter ?

— Je suis désolé, Thorin ! s'exclama avec regrets Oin. Je croyais qu'il savait !

— Ce qui est fait est fait. Le tout est de le soigner au mieux. Et prier les dieux pour qu'ils épargnent sa vie ! »

Oin haussa les épaules, dans un geste étrangement semblable à celui de Gloin. Il avait profité du temps passé à superviser Thranduil pour lire de vieux manuscrits sur les elfes, dénichés dans l'ancienne bibliothèque.

« Aussi puissants soient-ils, je doute qu'Aulë soigne un elfe ! Peu importe. J'ignore si je dois retirer la flèche immédiatement ou lui donner la chance de guérir de lui-même. Je n'ai jamais soigné d'elfe !

— Fais au mieux !

— Tu ne m'aides pas !

— Que veux-tu que je te dise ? s'exclama Thorin. Je ne sais pas plus que toi soigner les elfes ! Même pas les nains ! Si tu veux, je peux envoyer un message au prince pour lui demander de revenir. »

Oin se pencha à nouveau sur Thranduil. La respiration de l'elfe était plus laborieuse ce soir qu'elle ne l'était le matin même. La plaie refermée ne lui permettait pas de connaitre l'étendue des dégâts.

« Je vais attendre, murmura finalement Oin après de longues minutes de réflexion. Voir comment il réagit à l'infection et aux médicaments…

— Je vais envoyer un message à Lorthal lui demander des nouvelles de Legolas. Cela devrait rassurer Thranduil. »

Oin hocha la tête.

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« Laissez-moi ! siffla Thranduil.

— Certainement pas ! » lui rétorqua vertement Thorin.

Le nain serra sa prise sur les épaules de l'elfe. Il n'eut pas de mal à l'immobiliser.

« La guérisseuse est morte pour vous conduire ici ! gronda Thorin. Vous comptez mourir en retournant dans votre maudite forêt ?

— Vous ne comprenez pas !

— Vous avez lu la lettre, Legolas va bien ! Lorthal ne vous mentirait pas ! »

Thranduil n'en démordait pas. Il avait lu la lettre tant de fois qu'il en connaissait les mots par cœur. Encore une fois, il avait repoussé ses couvertures. Il fallait la poigne de Thorin pour le restreindre, non pas qu'il fallait sa force, plutôt qu'il était le seul à oser restreindre Thranduil avec autant de fermeté qu'il le faisait. Oin restait en retrait presque timidement. Il se réfugiait derrière ses potions et ses onguents pour éviter de prendre part à la discussion entre les deux rois. Ce n'était pas de la lâcheté mais le guérisseur n'était pas à l'aise près de Thranduil.

« Oin, attache-le ! gronda finalement Thorin, lassé de combattre un elfe éreinté.

— L'attacher ? Le roi des elfes ? Attacher Thranduil ?

— C'est ça ou je l'assomme ! »

Alors que Thranduil maudissait les nains dans les langues elfiques, khuzdul, et langue commune, Oin enroula une corde à chacun de ses poignets avec une bande de soie pour ne pas le blesser. Certains des jurons étaient assez forts pour surprendre Thorin qui n'aurait jamais cru que l'elfe s'abaisserait à cela, ni qu'il connaissait de tels mots.

Les mains et les pieds de Thranduil attachés aux pieds du lit, Oin fit de son mieux pour éviter de faire face au regard furieux de l'elfe. Une mèche de cheveux blonds était tombée en travers du visage de l'elfe. Gentiment, le nain l'écarta pour la coincer derrière son oreille. Ce faisant, il remarqua les yeux brillants de l'elfe. Après une courte hésitation, Oin appliqua la paume de sa main sur le front de Thranduil. L'elfe se dégagea vivement mais Oin avait eu le temps de sentir que sa peau n'était plus glaciale comme les jours précédents mais brûlante.

Thranduil avait de la fièvre.


30 vues et 1 seul commentaire pour le chapitre précédent, c'est un peu abusé ! C'est à peine 1 review par tranche de 60 vues. Ça ne prend pas longtemps de laisser un commentaire.

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Prochain chapitre : retour sur Legolas, tout ne se passera pas comme prévu ! Loin de là. Pareil pour Thranduil.