Cette fois, l'entretien eut lieu dans les appartements de Tauriel et non pas dans un bureau ou dans ceux de Legolas. Le prince et l'ancienne capitaine de la garde royale étaient seuls, aucun d'eux n'ayant convié Lorthal à leur entrevue. Le prince soupçonnait que le vieux conseiller lui mettrait des bâtons dans les roues s'il apprenait son plan. C'était le quatrième jour depuis son retour à la forêt noire et il avait passé quarante-huit heures enfermé dans le palais à travailler sur des dossiers ou tellement entouré de gardes qu'aucune tentative d'assassinat n'aurait eues une chance d'aboutir.

D'un air décidé, Legolas déploya sur la table une carte du centre d'entrainement de l'arme.

« Il est temps de passer à la vitesse supérieure, décida Legolas. Les deux derniers jours ont dû permettre au traitre de monter un plan. Construire une nouvelle arbalète, trouver du poison, quelque chose comme ça. Je vais donc aller sur le terrain d'entrainement cet après-midi. Au vu et au su de tous les elfes du royaume. Gardez mes arrières ! Le traitre ne laissera pas passer une si belle occasion !

— Le roi ne serait pas d'accord.

— C'est la raison pour laquelle je ne lui ai rien dit depuis le début ! »

A Lorthal non plus, songea Tauriel. Nul doute que si le vieux conseiller savait que Legolas allait se mettre volontairement en danger en jouant les appâts tandis que Tauriel resterait cachée dans l'ombre, il ferait plus que seulement désapprouver. Le prince était assez surpris de ne pas encore avoir reçu de message de son père ou de Thorin.

Legolas haussa les épaules. Il avait revêtu une côte de maille sous le long manteau en velours bordeaux. D'un geste nerveux, il rajusta sa couronne d'argent sur sa tête. Il inspira lentement plusieurs fois pour calmer les battements de son cœur. Ça ne ressemblait pas à une bataille ! Il avait plutôt l'impression d'aller au-devant de son exécution.

L'elfe se força à oublier les récents évènements. S'il perdait son sang-froid, c'en serait fini de lui. Ses compétences et son instinct étaient ce qui le protégerait.

Le chemin jusqu'au centre d'entrainement lui parut étrangement court. Pourtant, Legolas avait fait un long détour. Il avait parlé à de nombreux elfes en y allant, répétant qu'il en avait assez de la paperasserie et qu'il avait hâte de croiser le fer avec ses anciens camarades. S'il avait été d'un naturel désarmant et n'avait éveillé aucun soupçon car ses préférences pour l'action étaient connues de tous, Legolas avait surtout donné tout le temps possible au traitre pour le devancer.

Lorsqu'il arriva dans l'immense caverne réservée à l'entrainement mais utilisée par quasiment tous les elfes au quotidien, Legolas se dirigea vers l'armurerie. Il adorait cette grande pièce dont un mur était rempli de plusieurs bancs. Il avait d'excellents souvenirs de sa formation de soldat, partiellement assurée par Thranduil lui-même, partiellement par l'un des meilleurs gardes de l'armée. Il avait toujours aimé l'esprit de camaraderie et la franchise des soldats. Un sourire éclaira son visage. Des épées étaient suspendues sur tout un mur. Certaines étaient longues, d'autres si courtes qu'elles formaient de longs poignards. Toutes affichaient un tranchant affûté et une lame brillante d'un éclat froid. Au fond, des boucliers et des arcs attendaient. De nombreux carquois et des centaines de flèches complétaient l'ensemble. Il y avait même des épées d'hommes, plus lourdes et moins régulières que les fins ouvrages elfiques, et des haches. Il s'agissait de la réserve des soldats car généralement, les elfes apportaient leurs propres armes.

Legolas fit quelques pas jusqu'au mur opposé. Il ne s'était pas séparé de son épée depuis son retour d'Erebor. Ne pas l'avoir aurait attiré les soupçons du traitre. Ce n'était pourtant pas un combat à l'épée qu'il avait choisi. Les mouvements seraient trop rapides pour qu'il soit une bonne cible, d'autant que le traitre risquerait de blesser son coéquipier.

Son choix se porta sur un arc, son arme favorite. Le sien avait été brisé deux ans plus tôt dans un mémorable combat contre des trolls dans les terres sauvages. Aragorn lui offert à la place l'un de ceux des hommes mais la qualité d'un arc long elfique lui manquait. Il caressa le bois gris d'un grand arc, actionna légèrement la corde. Le son produit sonnait comme une musique à ses oreilles. Legolas s'empara de l'arc avec le même sourire qu'un enfant qui vient de découvrir les premières chutes de neige. Il choisit ensuite une quinzaine de flèches qu'il déposa dans un carquois puis il quitta l'armurerie.

A la sortie de la pièce, il balaya le terrain du regard. Il connaissait les lieux comme sa poche. Peu d'endroits étaient à la fois assez reculés pour permettre de se cacher et assez découverts pour permettre de tirer sur quelqu'un. Il n'y avait à vrai dire que cinq places possibles. Legolas et Tauriel les avait toutes listées. L'ancienne capitaine de la garde royale s'était dissimulée dans l'une de ces cachettes, une flèche encochée sur son arc, son épée à côté d'elle pour le cas où le traitre choisirait le même endroit qu'elle. De là, elle avait vue sur tout le terrain, y compris les autres cachettes possibles.

Legolas se planta en plein milieu du terrain, très éloigné des cibles. Les soldats qui s'entrainaient lui laissèrent de l'espace. Certains s'arrêtèrent pour l'observer, le talent du prince pour le tir à l'arc étant aussi renommé que le talent de Thranduil avec ses épées doubles.

Le prince s'empara de la première flèche avec autant de délicatesse que s'il tenait un délicat joyau. Il banda son arc, visa, relâcha la pression et la flèche vint se ficher au cœur de la cible. Trois autres flèches rejoignirent la première, toutes impeccablement fichées au centre.

Au bout d'une heure et son carquois vide, un jeune soldat impressionné lui proposa un nouveau carquois plein. Dans le même temps, la cible fut débarrassée des traits qui en encombraient la surface.

Le prince saisit une nouvelle flèche. Il était surpris de n'avoir entendu aucun bruit suspects ni aucun signe de lutte. Le traitre avait-il laissé passer une opportunité pareille ? Son plan avait-il été percé à jour ? Soudain, au moment de relâcher la corde, Legolas eut la vision fugitive d'une flèche transperçant la poitrine de Thranduil.

La flèche se planta à côté de la cible. Quelques exclamations de déception fusèrent. D'une dizaine, les spectateurs étaient passés à une cinquantaine.

Legolas ferma les yeux. Celui qui avait failli tuer son père était-il en train de le viser ? Allait-il recevoir une flèche dans le dos ? Il ne savait pas. Plus le nombre d'elfes venus l'observer s'accroissait, plus il devenait nerveux. Il ne s'était jamais senti aussi vulnérable de toute sa vie ! Les batailles lui manquaient. De vraies batailles contre des orques, des gobelins et même des trolls comme dans le nord, pas cette sorte de duel contre l'un des siens ! Cette attente était insupportable !

Soudain, les soldats s'écartèrent pour laisser passer Lorthal. Les robes du vieux conseiller volaient derrière lui alors qu'il ralentissait pour s'arrêter devant le prince.

« Une lettre de Thorin vient d'arriver ! »

Une sourde inquiétude vrilla les tripes de Legolas, reflet de la peur qu'il lut dans les yeux du vieil elfe. D'une main étrangement ferme, il s'empara de la lettre décachetée que le nain lui avait adressée et la lut, la respiration bloquée dans sa poitrine.

« Je dois retourner à Erebor ! hurla Legolas. Que quelqu'un aille chercher mon cheval ! »

Les murmures se transformèrent en grondement inquiet. Deux elfes furent envoyés aux écuries au pas de course. Legolas rendit la lettre au conseiller. Elle était courte : Thranduil au plus mal, Thorin réclamait le retour du prince immédiatement.

Le cheval arriva rapidement. Legolas laissa tomber son arc et son carquois sur le sol. Sans un mot, sans même échanger les nouvelles avec Tauriel, encore cachée, Legolas l'enfourcha et partit au galop. Couché sur l'encolure de sa monture, il la talonna sans cesse et l'exhorta à aller toujours plus vite.

La plupart des elfes suivit le prince, comme s'ils pouvaient rattraper le cheval. Le vieux conseiller resta en arrière, observant le cavalier solitaire s'éloigner à vive allure, un pincement au cœur.

Lorthal finit par reprendre ses esprits Il ramassa l'arc. N'avoir jamais pris part à une guerre ne l'empêchait pas d'admirer les soldats pour leur courage et leur dextérité. Il appréciait les arcs d'autant plus qu'il était incapable de les manier. Il referma la main autour du bois doux sous ses doigts.

A présent, le terrain d'entrainement était totalement vide. Le départ précipité du prince avait achevé le moral déjà bas des elfes sylvains. Le silence régnait.

Lorthal rebroussa chemin vers l'armurerie, l'arc dans la main, les flèches dans l'autre, la lettre de Thorin rangée dans la poche de sa veste. Ses pas le menèrent trop rapidement à l'armurerie. Il ouvrit la porte.

S'il n'avait pas eu l'esprit accaparé par les soucis, il aurait peut-être entendu le léger clic qui rompit le silence de la pièce. Si Lorthal avait été un soldat, il aurait peut-être eu le réflexe de se baisser, mû par un mauvais pressentiment.

Ce n'était pas le cas et l'elfe fit un pas en avant dans la pièce, l'esprit préoccupé par l'état de santé de son roi. L'arbalète partiellement dissimulée près du mur d'en face lâcha son projectile. La flèche traversa le cou de Lorthal. Il mourut avant de toucher le sol.

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Thorin descendit l'escalier. Il venait de quitter la volière aux étages les plus hauts de sa montagne. Il n'y avait toujours pas de réponse à son corbeau et cela commençait à l'inquiéter. Peut-être le prince avait-il quitté la Forêt Noire pour le Nord, après tout. Avec ces elfes, on ne savait jamais ! Si c'était le cas, Legolas serait trop loin pour revenir à temps.

Le cœur alourdit par l'angoisse et l'esprit tourmenté, ses pas l'amenèrent dans ses appartements. Pour autant, il n'avait guère envie de se retrouver face à Thranduil. L'elfe ressemblait trop à un mort en sursit. Il lui rappelait son propre état, dix ans plus tôt, lorsqu'il était passé à deux doigts de la mort. A la place, Thorin se dirigea vers le vaisselier en pierre massif. Il en ouvrit l'une des portes et sortit des choppes en cristal, parfaites à la vue et qui émettaient un son léger au plus petit choc. Il en posa deux sur la table de salle à manger et y versa un liquide ambré qui ressemblait davantage à de la liqueur qu'à de la bière.

Le roi d'Erebor tourna et retourna son grand verre dans ses mains, observant les reflets brillants du feu à travers le cristal et le liquide clair. Le goût était prononcé et Thorin s'installa dans le fauteuil près de la cheminée pour siroter sa choppe dans le calme.

Finalement, Oin ouvrit la porte de la chambre pour jeter un coup d'œil au salon. Son regard brilla autant que le feu en avisant le précieux breuvage. Il coinça un meuble sous la poignée de la porte pour la maintenir ouverte. Il traina ensuite les pieds jusqu'à la partie salon de l'appartement, s'empara du verre et s'affala sur le fauteuil le plus proche. Il avait veillé sans prendre de repos les trente dernières heures et cela commençait à miner les ressources considérables du brave nain.

Oin engloutit la moitié du verre, les yeux fermés, et une douce vague de chaleur l'inonda. Il allongea ses jambes et posa ses bottes sur la table basse.

« Il ne va pas mieux, déclara sombrement Oin après un long silence confortable.

— Il doit survivre le temps que Legolas arrive ! Ce serait une catastrophe s'il mourrait sous ma garde. »

Oin approuva mais il savait que Thorin ne faisait pas que s'inquiéter pour leur alliance. Au fur et à mesure du temps, les deux rois s'étaient découvert plus de points commun qu'ils ne l'avaient pensé. Tous deux ne connaissaient que trop bien le poids de la couronne. Thranduil était un bon roi même si son point de vue et celui de Thorin étaient fréquemment opposés. Pas tant que cela finalement : Thranduil se terrait dans sa forêt et les nains sous leur montagne, sans guère s'ouvrir aux royaumes extérieurs s'ils pouvaient y échapper.

L'état de Thranduil se dégradait à chaque heure qui passait. Les deux derniers jours avaient été un cauchemar pour Oin, qui n'avait rien pu faire pour enrayer la fièvre. Il avait attendu plus d'une journée avant de se résoudre à envoyer un message à la Forêt Noire.

Après une demi-heure passée à ressasser le passé et se souvenir de ses neveux, Thorin se résigna à affronter Thranduil. Il laissa échapper un dernier soupir las, regarda une dernière fois les portraits de sa famille sur la cheminée et s'engouffra dans la chambre.

L'odeur de la chair infectée était à peine couverte par les odeurs de potions. L'atmosphère épaisse en devenait d'autant plus oppressante qu'un silence total régnait dans la pièce. Le feu était éteint et Thranduil était parfaitement immobile. Contrairement à la nuit passée, il ne délirait pas.

Allongé sur le ventre, le torse rehaussé par plusieurs coussins aux couleurs vives, il exposait malgré lui son dos blessé. Sous la peau translucide et boursoufflée, l'infection se développait. Elle rendait les veines visibles, d'une couleur rougeâtre tirant sur le noir. Son ampleur et sa rapidité avait pris au dépourvu le guérisseur nain. Elle courrait librement dans le corps de l'elfe.

La veille, Thranduil n'avait plus su distinguer la réalité de ses délires. Il avait passé les dernières heures à délirer, couvert de sueur, incapable de savoir où il était. Plusieurs fois, il avait confondu Thorin avec Thrain.

Thorin observa la blessure, figé par une horreur sans nom face à cette maladie qui gangrenait un puissant elfe sans qu'ils ne puissent rien y faire. Oin hésitait à rouvrir la blessure et faire sortir le pus. Il craignait d'affaiblir encore plus Thranduil.

Son visage enfoui contre les oreillers et ses cheveux attachés dans son dos, Thranduil paraissait dormir. Pourtant, quand Thorin s'assit à son chevet, l'elfe ouvrit lentement des yeux brillants de fièvre. Il battit les paupières plusieurs fois avant que sa vision ne s'éclaircisse assez pour lui permettre de reconnaitre son visiteur.

« Legolas ? murmura Thranduil.

— Il arrivera bientôt, répondit Thorin même s'il l'ignorait. Le voyage est long. »

L'oiseau avait été envoyé tôt le matin même. Le temps que le message parvienne à Lorthal puis que le prince galope jusqu'à Erebor, il s'écoulerait encore de nombreuses heures.

Thorin avisa un linge gris dans une cuvette d'eau froide, sur la table de nuit. Il le prit et l'essora lentement puis posa le linge froid plié en deux sur le front de Thranduil. L'elfe ferma un bref instant les yeux, savourant la sensation de fraîcheur qui tranchait avec l'impression de brûler qu'il ressentait quelques secondes à peine auparavant.

« Pourquoi… »

Une grimace de souffrance interrompit Thranduil. Il reprit, plus lentement et d'une voix à peine audible :

« Pourquoi m'aidez-vous, Thorin Ecu-de-Chêne ? »

L'elfe avait volontairement utilisé l'ancien surnom du nain, appelé par ses titres honorifiques de Roi sous la Montagne. Thorin ne réussit pas à savoir si c'était une nouvelle forme de délire ou si l'elfe faisait référence à l'emprisonnement de la Compagnie des nains dans ses prisons.

« Vous êtes plus utile vivant que mort, expliqua Thorin avec un rictus. Vous ne pensez pas que c'est parce que je vous aime bien ?

— Non, certainement pas, souffla Thranduil. La flèche…

— Nous allons devoir la retirer rapidement, expliqua Oin en renouvelant le linge froid. Plus nous attendons, plus votre état va s'aggraver. Comment vous sentez-vous ?

— Comment ai-je l'air de me sentir ? Je me sens mourir. Encore ! »

Thranduil passa une main lasse sur son front, délogeant le linge. Il était affreusement las.

Thorin reposa à nouveau le linge humide sur son visage.

« Dans combien de temps vos elfes arriveront-ils à Erebor ? demanda Thorin en piochant un fruit dans la corbeille.

— Mes elfes… ?

— Pour construire des prairies intérieures. Mes nains ont terminé de creuser une caverne de vingt hectares. Il ne manque plus que vos elfes !

— Thorin, je ne suis pas certain que ce soit le bon moment », scanda Oin d'une voix trop forte.

Malgré tout, Thorin avait obtenu toute l'attention de l'elfe. Il fallait parler de Legolas ou de son royaume pour que Thranduil sorte de son silence. Son éclat de rire s'était transformé en quinte de toux. Les sourcils froncés et amusé par ce qu'il prenait pour de la bêtise, Thranduil souriait ironiquement.

« Vous pensez nourrir une montagne entière avec vingt hectares ? s'amusa le roi des elfes.

— Ce ne serait qu'en dernier recours, si la Montagne est assiégée ! Autrement, nous nous fournirons auprès du Val.

— Et vous comptez nourrir vos nains plus les hommes qui se réfugieront entre vos murs juste avec ces terres ?

— D'accord. Combien en faudrait-il ?

— Vu ce que des nains mangent ? Il en faudrait bien vingt fois plus ! Vous ne pourrez cultiver assez de terres pour cela à l'intérieur d'Erebor. Vous devez apprendre à conserver les aliments des années et faire des réserves… »

Thranduil inspira lentement. Une vague de douleur le submergea. Il ferma les yeux, espérant vainement reprendre sa respiration. La douleur fusait, lancinante, tellement forte qu'il n'était pas capable de garder un masque impassible.

« Il y a des moyens pour cela, les praires intérieures ne doivent servir qu'en dernier recours, souffla Thranduil.

— J'attends donc vos elfes avec impatience ! »

Oin revint à son chevet. Il appliqua sur la blessure un baume à la forte odeur mentholée. Il produisit une vive sensation de brûlure partout où le nain l'appliqua. Thranduil ne parvint pas à réprimer un cri de souffrance puis la brûlure s'estompa en même temps que la douleur et sa respiration se fit plus aisée.

Oin lui tendit ensuite cuillerée après cuillerée une décoction amère et épaisse que Thranduil se força à avaler.

Thorin hésita à poursuivre leur discussion. D'un côté, cela tenait Thranduil éveillé. D'un autre, l'elfe avait l'air de vivre ses derniers instants.

Dix minutes passèrent en silence. Il n'y avait plus d'autre bruit que celui d'Oin qui rangeait ses fioles et des buches dans la cheminée qui crépitaient. Gloin en personne était calme. Assis sur une chaise avec son épais manteau rouge sur les épaules, il taillait un bout de bois avec un petit couteau. Enfin, alors que Thorin s'apprêtait à partir, Thranduil se redressa et tourna son visage fin vers le roi sous la Montagne, les yeux brillants de fièvre mais parfaitement lucide.

Thranduil avait trop parlé. La flèche avait bougé et malmenait son poumon. Il essaya de relâcher ses muscles et de prendre des inspirations lentes et aussi profondes que possible.

« Legolas…

— Je vous réveillerai lorsqu'il arrivera », promit Thorin.

Thranduil sombra dans un sommeil agité. La fièvre croissait sans cesse. Gloin se faufila dans la pièce avec un nouveau plateau de nourriture.

« Combien de temps pourras-tu attendre avant d'enlever cette maudite flèche ? demanda le roi des nains une fois certain que l'elfe dormait profondément.

— Le plus rapidement possible ! s'exclama Oin en replaçant pour la énième fois le linge humide sur le front de l'elfe. Pas plus de quelques heures.

— Faudrait pas le faire maintenant ? suggéra Gloin. Au plus vite au mieux !

— Je connais mal les elfes, avoua Oin. Que faire s'il repart pour le monde des morts ? Je redoute de ne pas avoir le pouvoir de l'en empêcher. Le prince l'a, lui. Du moins je l'espère ! »

Thorin resta silencieux. Il partageait les craintes d'Oin : si Thranduil mourrait à Erebor, son peuple risquait d'accuser les nains d'avoir causé sa perte. Le roi sous la montagne resta au chevet de son hôte quelques temps. Finalement, également très occupé, il finit par quitter la chambre, laissant Oin secondé de Gloin pour prendre soin de l'elfe.

Il n'arriva pas à se concentrer de toute la soirée. Ni le dîner ni la soirée en compagnie de ses plus proches conseillers et amis n'allégea l'humeur de Thorin. Son sort était lié à celui de Thranduil : si l'Ennemi abattait les elfes, les nains suivraient peu après.

Beaucoup de nains étaient morts lors de la venue de Smaug, lors de leur exil dans les terres désolées puis lors de leur tentative désespérée de reprise d'Erebor. Résultat, leur nombre avait été drastiquement réduit. De nombreuses parties résidentielles de la Montagne étaient encore vide et n'avaient même pas été nettoyées, faute d'avoir besoin d'être occupées. Les nains commençaient tout juste à développer leurs familles après de nombreuses années de rationnement et de travail laborieux pour rendre Erebor habitable. Leur armée restait de taille réduite, peu apte à affronter de gros assauts.

Un nain surgit dans le bureau du roi.

« Le prince Legolas est arrivé ! » s'exclama le jeune nain.

Thorin laissa retomber sa plume. Il était tôt, plus tôt qu'il n'espérait voir le jeune elfe. Il imagina sans mal que le prince avait tellement poussé sa monture qu'il faudrait la laisser au pâturage pendant des semaines le temps que l'animal s'en remette.

Le nain laissa en plan tous ses rapports. Il bondit de son fauteuil et se mit à courir dans le couloir.


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Merci à Livius, Essy et Anwa pour vos review ! Elles m'ont fait très plaisir ^_^

J'espère que vous aimerez celui ci aussi ! Le traitre a encore frappé ! Heureusement que Legolas n'a pas rangé ses armes lui même.

Essy : effectivement, boulette de ma part : seuls quelques érudits elfes ont eu connaissant du Khuzdul. Ce n'est pas dans le caractère de Thranduil de l'apprendre, il ne devrait donc pas le connaitre. Je modifierai ça lors de la 'reprise générale des boulettes'. Merci de me l'avoir fait remarquer.

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Le prochain chapitre sera peut-être le plus ragoutant de tous avec l'issue de l'opération.

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Sinon, j'ai une bonne et une mauvaise nouvelle : la bonne, c'est que j'ai terminé d'écrire la fic hier soir. La mauvaise, c'est que j'ai terminé d'écrire la fic hier soir XD

Selon les découpes, il resterait environ 8 chapitres. Je vais repartir à un rythme de 2 chapitres/semaine.