Chapitre VI

Castiel se leva à l'entente de la sonnerie et suivit – plus ou moins malgré lui – Cersalia jusqu'à la sortie de la classe. Il allait lui demander quelque chose lorsqu'elle se mit à chanceler dangereusement. Elle s'appuya au mur en gémissant, ses jambes tremblantes la soutenant à peine. Il haussa un sourcil, trouvant cette attitude pas vraiment habituelle et se plaça devant elle pour voir de quoi il s'agissait.
Elle avait le teint pâle, très pâle, trop pâle, presque translucide. De grosses gouttes de sueurs coulaient le long de ses tempes, y collant des mèches bleues. Elle tremblait, le corps secouer de spasmes incontrôlables, et respirait difficilement. La jeune fille leva des yeux brumeux vers lui et il la vit tenter de reculer. Mais merde à la fin ! Pourquoi est-ce que dans même les pires situations elle tentait de le fuir. Il n'avait ni la peste, ni le choléra ! En temps normal, il se serait énervé et aurait sans doute secoué la jeune fille. Mais la voyant ainsi, tenant à peine sur ses jambes, il ne put s'y résoudre. La jeune fille effectua un pas en arrière et ce geste la déséquilibra totalement. Elle bascula en arrière, direction le sol. Et alors, l'irrépressible envie de l'aider qu'il avait déjà ressenti la veille se manifesta en lui et son corps bougea de lui même. Il se précipita vers elle et l'enlaça pour l'empêcher de se heurter au sol.
Il resta un moment comme ça, tenant la jeune fille inconsciente contre lui, profitant de ce sentiment d'être important qui l'envahissait dés qu'il la tenait dans ses bras. Il finit par la soulever sans aucune difficulté, elle ne pesait presque rien, à tel point que ça en était inquiétant. Voyant qu'elle le fixait toujours de ses yeux à peine ouverts, il lui murmura des mots rassurants. Elle sourit faiblement pour une raison inconnue au jeune homme et ses yeux se fermèrent alors que sa tête basculait en arrière.
Le roux se pressa vers l'infirmerie et y entra assez... brutalement. L'infirmière sur ses talons, il entra dans une chambre et déposa la jeune fille haletante sur le lit qui s'y trouvait.

̶ ̶ Excusez-moi, intervint l'infirmière, mais pourrais-je savoir ce qu'il s'est passé ?

Castiel détacha son regard de l'inconsciente pour le porter sur la jeune femme, blonde et grande, qui venait de parler.

̶ ̶ Mais qu'est-ce que j'en sais moi. Elle était debout puis d'un coup, elle était plus debout. Je suppose qu'elle a fait un malais mais ça c'est à vous de le savoir, pas moi c'est votre métier, non ?

̶ ̶ Vous n'avez pas besoin d'être aussi arrogant. Je me doutais bien qu'il s'agissait d'un malaise. Mais est-ce qu'il s'est passé quelque chose qui aurait pu conduire à ce malaise ?

̶ ̶ Je crois qu'elle n'a rien avalé depuis quelques jours, après, je sais pas plus...

̶ ̶ Oh je vois... Bon, je vais quand même devoir regarder son corps pour voir s'il n'y a rien d'autre, si vous voulez bien... ? Termina-t-elle en désignant la porte de la chambre.

̶ ̶ Ouais, ouais, ça va, j'ai compris, ronchonna Castiel en retour avant de quitter la pièce.

Vu de l'extérieur, cette conversation paraissait tout à fait banale une simple conversation entre une infirmière et un élève. Mais si Cersalia avait été réveillée, elle aurait très bien décelé le second échange qui se passait entre les regards des deux personnes et qui étaient autrement plus sérieux que la conversation qui se déroulait à l'oral.
L'infirmière prit la température et la tension de la jeune fille. Elle avait un peu de fièvre, pas trop, et sa tension était beaucoup trop basse. Elle lui retira son haut et son pantalon, la laissant en sous-vêtements, pour observer son corps. Elle était un peu trop mince. Ses côtes ressortaient légèrement et ses cuisses étaient trop fines. Il était clair qu'à ce rythme là, elle ne tiendrait pas le coup.
Alors qu'elle la rhabillait, elle aperçut une longue cicatrice blanche à l'intérieur de sa cuisse gauche. Elle plissa les yeux en passant un doigt dessus et finit par soupirer avant de terminer de la rhabiller :

̶ ̶ Alors c'est toi...

Elle appela finalement Castiel qui lui lança un regard interrogateur.
̶ ̶ Ce n'est rien. Simplement une crise d'angoisse - dû a du stress - et une mauvaise alimentation. Il semble qu'elle n'ait pas mangé depuis plusieurs jours, vous aviez raison. Je vais la dispenser de cours pour demain et il faudra que quelqu'un surveille son alimentation. Je vous dispense de cours pour demain également, restez avec elle.

Elle lança au jeune homme un regard plus qu'explicite et il hocha la tête en soupirant. Il s'assit sur une chaise tandis que la blonde sortait et focalisa son attention sur le visage endormi de la jeune fille. Elle était exceptionnelle. Ça ne faisait aucun doute. Le fait qu'elle ait pu lui tenir tête alors qu'elle était si faible en disait beaucoup. Peu de personnes en étaient capables, même au top de leur forme, et elle, elle avait réussi alors qu'elle était au bord du malaise. Il saisit la main de la jeune fille et ce geste le surprit lui même. Cette fille lui faisait faire n'importe quoi. Il tourna son siège face au lit et le rapprocha jusqu'à ce que ses genoux heurtent le matelas. Il se pencha vers la jeune fille et la regarda dormir. Elle était vraiment impressionnante, même inconsciente.

Il posa un bras protecteur sur son ventre et resta comme ça, à l'observer. Sans s'en rendre compte, il finit par s'endormir, la tête sur le ventre de la jeune fille.

Déjà deux heures étaient passées depuis le malaise de Cersalia et elle commençait lentement à émerger. Elle ouvrit les yeux... pour les refermer immédiatement, aveuglée par la lumière blanche de la pièce dans laquelle elle se trouvait. Elle réitéra sa tentative et observa son environnement. Des murs blancs, un plafond blanc, un parquet blanc, un lit blanc et... et c'est tout.
Elle reconnut finalement une chambre d'infirmerie et fronça les sourcils. Que faisait-elle dans un lit d'infirmerie ? Elle tenta de se relever mais un poids sur son ventre l'en empêchait. Elle baissa les yeux et ne put s'empêcher de soupirer.

Castiel dormait. Certes sur son ventre, mais il dormait. Il avait l'air paisible et elle sentit son estomac se resserrer. Il avait un bras posé autour de sa taille, signe protecteur qui l'exaspérait au plus haut point. De plus, cela faisait un peu « marque de territoire ». Or elle détestait qu'on puisse penser qu'on pouvait se l'approprier. Avec un second soupir, elle se dégagea et passa à côté du jeune homme pour attraper ses chaussures et les enfiler. Elle se leva pour récupérer sa veste posée plus loin, l'enfila mais dut se retenir au mur pour ne pas s'écrouler suite à un violent vertige.
Elle secoua la tête pour faire passer ce dérangeant malaise et se retourna pour découvrir Castiel parfaitement réveillé qui la fixait, les sourcils froncés, dos au lit, l'air pas vraiment content. Elle leva les yeux au ciel et s'avança vers la porte, l'ignorant. Seulement, au bout de quelques pas, la pièce se mit à tanguer et elle manqua de peu de s'éclater la tête contre le sol.
Heureusement pour elle, Castiel avait de bons réflexes et il s'était précipité vers elle pour la retenir dès qu'elle s'était mise à chanceler.
Il serra Cersalia contre son torse le temps qu'elle recouvre ses esprits et que ses jambes cessent de trembler. Quand il sentit qu'elle tenait à peu près debout, il desserra son étreinte, sans pour autant la lâcher. Elle se dégagea violemment, l'idée d'être dépendante de quelqu'un lui était insoutenable. Elle aurait réellement préféré s'ouvrir le crâne par terre plutôt que d'être secourue. Encore. En plus, elle se sentait tellement faible quand elle était dans ses bras. C'était tellement confortable qu'elle avait l'impression d'être une petite fille. Insoutenable.

̶ ̶ Qu'est-ce qu'on fait ici ? Et lâche-moi !
̶ ̶ Tu as fait un malaise tout à l'heure et je t'ai porté jusqu'à l'infirmerie. Donc, encore une fois, tu m'en dois une ! Alors comme ça, t'as pas mangé depuis déjà plusieurs jours ? demanda-t-il d'un ton exaspéré.
̶ ̶ Et qu'est-ce que ça peut te faire que je mange pas ? Et non, je ne te dois rien, je ne t'ai rien demandé à ce que je sache. Tu as fait ça tout seul comme un grand, alors fous-moi la paix une bonne fois pour toutes !
̶ ̶ Alors ça te dérange pas que je raconte à tout le monde que dans ma grande bonté, je t'ai encore sauvé ! Il faudra aussi que j'explique toutes les autres fois ! Ça va être long...

̶ ̶ N'essaye même pas ! Puis je n'ai besoin de personne ! Alors laisse moi ! !
̶ ̶ C'est ça... Quand t'auras fini ton délire de femme libre et indépendante, on pourra peut-être y aller. Tu peux marcher ?
̶ ̶ Tu me prends pour qui ? rétorqua la jeune fille.

Cersalia se dégagea mais ses jambes finirent par la lâcher et elle s'écroula.

̶ ̶ Et merde, jura-t-elle plus qu'énervée de se montrer faible comme ça. Merde, merde, merde !
̶ ̶ Pff. Arrête de faire ta fière, t'as plus de forces, t'as besoin de manger. Je vais te porter jusqu'à ma moto. Après je te ramène chez toi et tu manges. C'est un ordre.

̶ ̶ Tu te prends pour qui pour me donner des ordres ?
̶ ̶ Et toi tu crois que tu vas pouvoir faire quelque chose toute seule ? À part t'écrouler et attendre au milieu de la rue qu'un groupe de mec te trouve et profite de toi parce que tu seras trop faible pour te défendre. C'est peut-être ça que tu veux ? Être traitée comme une catin ?

Il avait tout débité sur un ton sec en la fixant d'un regard glacé, ne laissant aucune émotion transparaître dans sa voix à part sa colère. La jeune fille sentit toute sa colère colère quitter son corps. Il lui avait posé une bonne question ? Était-ce cela qu'elle voulait ? Après tout, peut-être ne valait-elle pas mieux. Elle ne méritait plus grand chose. À cet instant, elle eut l'impression de redevenir la petite fille qu'elle était avant et tout son corps frissonna. Pourquoi n'arrivait-elle pas à s'endurcir plus que ça ? Peut-être que ça non plus, elle ne le méritait pas. Qu'elle n'avait pas le droit d'être assez forte pour encaisser et qu'elle devrait souffrir jusqu'à la fin.
Alors qu'elle se débattait mentalement dans ce méandre de pensées, Castiel soupira. Il s'accroupit face à la jeune fille et posa une main sur son épaule. Elle leva les yeux vers lui et il hocha la tête doucement.

̶ ̶ Allez viens, murmura-t-il doucement.

Le jeune homme passa une main dans le dos de la jeune fille, l'autre sous ses genoux et la souleva. La jeune fille se laissa faire et se blottit légèrement dans les bras du jeune homme.

̶ ̶ Juste aujourd'hui, souffla-t-elle. À partir de demain, on fera comme si rien de tout ça ne s'était passé aujourd'hui. Mais juste pour aujourd'hui, s'il-te-plaît... Ga... Ga...

La fin de sa phrase refusait de sortir de sa bouche et Castiel en sourit.

̶ ̶ Alors on a un accord.

Il la serra un peu plus dans ces bras et elle se laissa envahir par sa chaleur réconfortante. Ce soir, et uniquement ce soir, elle avait envie de se sentir bien. Peut-être qu'elle en sortirait plus forte. Tout ce qu'elle espérait, c'est qu'elle ne deviendrait pas dépendante de ce sentiment.

Castiel sortit de la chambre, la jeune fille dans ses bras, et salua l'infirmière d'un hochement de tête. Cette dernière lui répondit d'un vague mouvement du poignet sans lever les yeux de ses papiers. Envoyant cette femme, Cersalia écarquilla les yeux, éberluée. Impossible. C'était... Mais avant qu'elle n'ait eu le temps de confirmer ce qu'elle pensait, Castiel franchit le seuil de l'infirmerie et s'éloigna dans le couloir. La jeune femme secoua la tête, elle avait dû halluciner, la fatigue lui faisait sans doute voir des choses irréelles.
Elle laissa finalement son regard couler vers le jeune homme qui la portait et son cœur rata un battement. Même en colère, il était vraiment beau. Elle ne pouvait pas le nier. Mais depuis quand se souciait-elle de ce genre de détails ? Qu'est-ce qui clochait chez elle ? Elle soupira et laissa tomber sa tête contre l'épaule du garçon.
Au bout de quelques minutes, ils sortirent du lycée désert. Et oui, il était déjà sept heures du soir. Même Nathaniel ne restait pas aussi longtemps... quoique peut-être... Mais pas ce soir en tout cas. Castiel déposa la jeune fille à l'avant de la moto et lui enfila un casque. Il s'installa ensuite derrière elle, mit son casque et démarra. La jeune fille se laissa aller contre le torse du roux et ferma les yeux. Il avait beau l'irriter, il n'en était pas pour autant moins bien bâtit et elle était vraiment bien calée comme ça, contre son torse fort.

Cinq minutes plus tard, Castiel se gara devant chez la jeune fille et ils retirèrent leur casque. La jeune fille commença à descendre de la moto mais le roux la retint. Elle se retourna et fronça les sourcils. Qu'est-ce qu'il lui prenait ? Elle n'avait pas besoin d'une nounou. Elle allait lui lancer quelque chose, de sans doute pas très amical, pour qu'il la lâche mais le regard noir qu'il lui lança lui coupa le souffle. Mais qu'est-ce qu'il se passait ? Depuis tant était-elle si impressionnable.
Alors qu'il allait la porter de nouveau, Cersalia se laissa glisser de la moto et se faufila comme un serpent entre les bras de Castiel pour le dépasser et se planter devant le portail. Avec un soupir d'irritation, elle se retourna et tendit la main vers le jeune homme. Celui-ci sembla étonné, puis il lui donna un trousseau de clefs en la fixant étrangement. Personne encore n'avait déjà réussit à le voir faire. La jeune femme saisit SES clefs et ouvrit le portail. Elle sentait ses jambles faiblir encore un peu plus mais ne laissa rien paraître. Elle entra ensuite dans la demeure après avoir déverrouillé la porte et alla s'affaler sur le canapé, la tête entre les mains. Le jeune homme ferma la porte d'entrée et se dirigea vers la cuisine sans aucune attention pour la jeune fille à part un regard qui voulait clairement dire : « T'as pas intérêt à bouger de là ! »

Elle se demanda tout de même pourquoi il faisait tout ça ? Quelque chose en elle lui disait que c'était une raison nettement plus complexe que lui la voulant dans son lit. Mais elle avait beau chercher, se retourner le cerveau, se le découper en cent-cinquante morceaux égaux et les analyser au microscope dix fois chacun, elle ne trouvait pas. Et ça la faisait plus que rager ! Et elle ? Pourquoi se laissait-elle faire si facilement ? Elle savait qu'il aurait pu la tuer le matin même s'il l'avait voulu, mais ce n'était pas une raison suffisante, elle le savait. Pourquoi, malgré ce qu'il s'était passé, se sentait-elle tellement en sécurité avec lui ? Si elle continuait à se laisser aller comme ça, elle allait en pâtir. Lui aussi. Ainsi que sans doute Rosalya, même Lysandre !
Elle devait à tous prix s'éloigner d'eux. Sinon ça pourrait tous les faire tuer, elle comprise. Cette idée la révulsa. Elle n'avait pas endurer tout ça pour que ça foire MAINTENANT. En repensant à toutes ces années, une larme de rage et de frustration sans doute mêlée à un peu d'angoisse lui échappa. Elle n'eut même pas le temps de l'essuyer qu'une main chaude le fit à sa place. Reprenant pied avec la réalité, elle découvrit Castiel, accroupit en face d'elle, une main encore posée sur sa joue et l'autre tenant une assiette remplie de pattes et de sauce bolognaise.
Il posa l'assiette sur la table basse où s'y trouvaient une seconde ainsi que des couverts sans pour autant ôter sa main du visage de la jeune fille. Soudain, le cerveau de Cersalia percuta ce qui était entrain de se passer et elle retira la main de Castiel de sa joue, détournant le regard. Elle marmonna entre ses dents serrées :

̶ ̶ Arrête de me prendre pour une poupée de chiffon, c'est rageant.

Le roux esquissa un sourire en coin et finit par s'asseoir à ses côtés. Il lui tendit ensuite une assiette et Cersalia soupira en voyant la tonne et demi de nourriture qu'elle contenait.

̶ ̶ Je vais jamais manger tout ça, lâcha la jeune fille.

̶ ̶ C'est pas un problème, je finirai !

̶ ̶ Morfale.

Cersalia soupira et saisit sa fourchette. Elle commença à manger sans grand appétit mais, au bout de quelques bouchées, elle sentit son estomac quémander plus de ce doux présent que l'on appelle nourriture. Et finalement elle mangea les trois-quarts de son assiette. Elle finit tout de même par la reposer, le ventre plein, et jeta un coup d'œil à Castiel.
Elle écarquilla les yeux, stupéfaite. Il était nonchalamment assis la, son assiette vide posée sur ses genoux. Et tout dans son attitude montrait qu'il avait terminé depuis longtemps. À peine remarqua-t-il qu'elle avait posé son assiette qu'il se redressa, posa la sienne sur la table et s'empara de celle de la jeune fille. Inconcevable. Comment pouvait-on manger autant sans exploser ? Elle faillit même laisser s'échapper un sourire qu'elle retint de justesse. Elle se sentait mieux. Beaucoup mieux. Elle saisit finalement leurs assiettes et se dirigea vers la cuisine. Elle la lava rapidement avant de la ranger et retourna dans le salon où elle découvrit Castiel entrain de pianoter sur son portable en soupirant.

Puis il renversa la tête en arrière, s'affalant d'avantage sur le canapé, et soupira de nouveau en passant une main lasse sur son visage. La jeune femme s'approcha et se posta derrière lui en s'accoudant au dossier du sofa. Sentant une présence, Castiel ouvrit un œil et elle lui lança un regard interrogateur en désignant le téléphone d'un signe du menton.

Sans un mot, le garçon lui tandis son portable affichant une conversation... avec Ambre. Haussant d'abord un sourcil, Cersalia finit par pouffer avant d'entamer sa lecture.

# 19:22 Ambre : Salut mon chou !;) Ça va ? :D Mon chaton t'es malade ? Pourquoi tu me réponds pas ? :'( C'est cette pouffe qui t'oblige à rien dire ? _ Laisse cette pute dans son coin, elle n'est qu'un obstacle à notre amour. Tu as beau dire le contraire, tu ne m'aurais pas secourue comme tu l'as fait hier si tu ne m'aimais. Ne renonce pas à la passion, on est âmes sœur, je le sais. Oublie cette traînée et viens avec moi. #

#20:26 Castiel : Oui, je pense que je suis malade parce que je suis entrain de te répondre. Il n'y a qu'une pouffe ici et c'est celle a qui je suis entrain d'envoyer ce message. Cette fille n'est pas une pute sinon elle s'appellerait Ambre, et ce n'est pas un obstacle a notre amour comme tu dis parce qu'il n'y a aucun amour. Je t'aime pas, ne t'ai jamais aimé et ne t'aimerais JAMAIS ! Je ne t'ai pas « secourue » l'autre jour, j'ai empêché Cersalia d'apporter des problèmes. Je ne renonce pas à la passion parce qu'elle n'existe que dans ta tête d'attardée. Si tu veux que j'oublie une traînée, je vois pas pourquoi je viendrais en voir une. Toi en l'occurrence, maintenant tu me fous la paix ou je change de numéro. #

# 20:28 Ambre : Mais Castichou, elle t'a insulté ! #

# 20:39 Castiel : Arrête avec tous tes surnoms débiles, et maintenant tu te la fermes et tu me fous la paix ! #

# 20:40Ambre : D'accord, pour ce soir je te fous la paix mais je me vengerais et tu seras à moi ! #

Affligée, Cersalia lui rendit son portable en secouant la tête. Elle contourna ensuite le canapé et vint se laisser tomber dedans en soupirant. Elle attrapa la télécommande et alluma la télé. Il n'y avait rien. Absolument rien. Elle zappa encore et tomba sur une chaîne qui diffusait les informations. Ce qu'elle vit lui donna envie de vomir.

« ̶ ̶ Alors monsieur Shadow ! Que pensez-vous de votre nouvel investissement ? Pensez-vous que cela sera fructueux pour votre industrie ? Disait la journaliste du reportage en brandissant un micro sous le nez de son père.

̶ ̶ Et bien oui, répondit-il de façon très professionnelle. Je pense sincèrement que déplacer le siège des industries Shadow's en plein cœur de Paris pourrait nous rapprocher de la clientèle et nous donnez une image plus importante, si ce n'est imposante. Il faut que l'on montre que nous ne sommes pas inoffensifs et qu'il va falloir se méfier de nous !

̶ ̶ Alors l'achat de cet immeuble est uniquement une question d'image de la société ?

̶ ̶ Ne vous méprenez pas, l'image est très importante pour notre industrie ! C'est là-dessus que se basent les clients !

̶ ̶ Alors vous nous confirmez que si vous avez fait expulsez près de cinq-cents personnes de cet immeuble et que ces mêmes personnes vont se retrouver sans logements uniquement pour votre image ?

̶ ̶ Oh... Hum... Et bien...

̶ ̶ Et qu'en pense votre famille ? Enchaîna la journaliste.

̶ ̶ Vous savez très bien que je n'ai pas de famille voyons ! Quelles sont ces questions ! Vous vous êtes mal documentée, c'est dommage pour une journaliste. Ma femme a été tuée il y a de cela douze ans alors qu'elle était enceinte, je n'ai donc personne.

̶ ̶ Mais justement, d'après les dossiers et toutes sortes d'autres documents, je sais que vous avez une fille aînée, qui a aux alentours de dix-sept ans. Donc, si on sait compter, on voit que c'était avant que votre femme ne décède. Alors ? Qu'en dit-elle ? »

À cet instant, Karl regarda fixement l'objectif de la caméra et articula :

« ̶ ̶ Je n'ai aucune fille aînée. La jeune femme dont vous me parlez est une parfaite inconnue et- »

Cersalia éteignit brusquement la télévision, se leva et se dirigea prestement dans sa chambre. Intrigué, Castiel la suivit et rouvrit la porte qu'elle venait de claquer. Il trouva là la jeune fille appuyée au rebord de la fenêtre ouverte, ses cheveux camouflant l'expression de son visage. Seulement ses poings tellement serrés que ses jointures en étaient blanches et il n'était pas difficile de deviner son état. Castiel referma silencieusement la porte derrière lui et se dirigea vers la jeune fille. Il se plaça dans son dos et l'entoura de ses bras. Il la sentit trembler et se douta qu'elle devait vraiment être furibonde pour se mettre dans cet état là. Même s'il faisait bien semblant, Castiel n'était pas totalement idiot. Il avait bien compris. Il posa une main sur un des poings de la jeune fille et lui murmura doucement à l'oreille :

̶ ̶ C'était ton père, n'est-ce pas ?

̶ ̶ Ça te regarde ?

̶ ̶ Tu as oublié notre accord ? Juste aujourd'hui. Demain, j'aurai tout oublié, alors tu peux me le dire.

̶ ̶ … Oui, c'était mon père, lâcha la jeune fille après un moment d'hésitation. Fin si on peut appeler ça un père...

Castiel sentit le corps de la jeune fille trembler de plus en plus et il la serra contre lui pour la calmer. Finalement, elle se retourna vers lui, la tête toujours basse.

̶ ̶ Juste ce soir, on est d'accord ? Demanda-t-elle tout bas.

̶ ̶ Oui... Juste ce soir...

Alors elle enfouit son visage dans la poitrine de Castiel et passa ses bras dans son dos, se serrant contre lui. Le garçon l'enlaça tendrement en retour en posa son menton sur le haut de son crâne. Ils restèrent comme ça un moment. Combien de temps ? Cersalia l'ignorait, elle en avait perdu la notion.

Elle finit tout de même par se dégager de cette étreinte réconfortante et murmura :

̶ ̶ Je vais aller me changer, je suis fatiguée...

Et elle se dirigea vers la salle de bain sans prêter plus d'attention au jeune homme. Une fois dans la salle d'eau, elle se regarda dans le miroir. Elle ne se reconnaissait plus. Les joues rouges et les yeux brillants, elle n'avait rien de menaçant. Elle ressemblait juste à une fille normale qui ne ferait pas de mal à une mouche. Ridicule ! Elle enfila la même tenue que la veille, se brossa les dents et s'attacha les cheveux en une queue de cheval haute. Elle se passa ensuite le visage sous l'eau et sortit de la salle de bain.

Castiel n'avait pas bougé et semblait l'attendre. Seule différence, il ne portait désormais plus qu'un vieux jogging. Ne s'attardant pas sur la vue de son torse de rêve brillant à la lumière de la lune, Cersalia haussa un sourcil.

̶ ̶ Il sort d'où ce jogging ?

̶ ̶ De mon sac, je savais pas trop où j'allais dormir ce soir donc voilà... T'as moyen de me prêter du dentifrice ?

̶ ̶ Dans les placards, cherche...

̶ ̶ Merci.

Et sur ces mots il disparut à son tour dans la salle de bain. Cersalia soupira et alla s'allonger sur son lit. Elle se posa sur le dos, au dessus de la couette, le regard fixé sur le plafond. Elle se perdit dans ses pensées mais finit par être interrompue par la porte de la salle de bain. Elle se redressa sur les coudes et lança un regard à Castiel qui venait d'apparaître dans l'embrasure de la porte. Il était toujours torse nue une brosse à dent et plein de dentifrice dans la bouche et un tube dans la main droite.

̶ ̶ Crème dépilatoire pour peau frachile et chèche. Pour des chambes nettes, choyeuses et douches, lut-il en crachottant du dentifrice. Madame est chochette à che que che fois.

̶ ̶ Ne t'en fais pas, ironisa Cersalia en retour, tu peux m'en emprunter je t'en voudrais pas. Alors comme ça le grand Castiel s'épile à la crème dépilatoire.

̶ ̶ Haha, chrès drôle !

̶ ̶ Par contre tu me feras le plaisir de me nettoyer le dentifrice que t'as craché par terre. D'ailleurs t'en as partout, c'est un peu immonde.

̶ ̶ Bah quoi ? Tu troufes pas cha chexy le dentifriche ? S'étonna le jeune homme en s'approchant de la jeune fille, les lèvres tendues.

̶ ̶ Si, c'est tellement excitant ! S'extasia faussement la jeune fille. Allez, vas finir de te brosser les dents, c'est vraiment immonde, ça dégouline de partout, on dirait que t'as la rage !

̶ ̶ T'es pas drôle !

Et il disparut à nouveau dans la salle de bain. Il en ressortit quelques instants plus tard et se dirigea vers le lit. Il s'allongea à côté d'elle et prit la parôle :

̶ ̶ Je suis désolée pour notre accord mais, je veux pas oublier...

̶ ̶ Quoi ? ! T'avais promis? !

̶ ̶ … Que tu utilises une crème dépilatoire pour les peaux sensibles !

̶ ̶ Haha ! Rit la jeune fille. Ne sois pas jaloux, je t'ai dit que je t'en prêterai ! Et je ne compte pas oublier non plus que tu te brosses les dents comme un porc ! Fais moi penser de ne jamais vivre avec toi même sous les pires tortures.

̶ ̶ Marché conclu !

Les deux adolescents se frappèrent les deux poings en riant et Cersalia oublia presque ses problèmes tellement elle était bien. Finalement, ils se glissèrent tous les deux sous la couette et fermèrent les yeux.

̶ ̶ Bonne nuit Castiel...

̶ ̶ Bonne nuit Cer-

̶ ̶ Eh mais attends ! S'exclama soudainement la jeune fille. Qu'est-ce que tu fous dans mon lit toi !

̶ ̶ Bah quoi ? Ça te pose un problème ?

̶ ̶ Oui ! T'as rien à faire là, vas dormir là où tu as dormi la nuit dernière.

̶ ̶ Mais j'ai dormi là hier !

̶ ̶ Arr-

̶ ̶ Arrête Cersalia, la coupa-t-il en la prenant dans ses bras. Tu sais que tu dormiras mieux comme ça.

̶ ̶ Mais...

̶ ̶ Puis c'est juste ce soir, tu te souviens ?

̶ ̶ Oui... C'est vrai...

̶ ̶ Bonne nuit, Cersalia.

̶ ̶ Bonne nuit, Castiel.

Le jeune homme resserra tendrement son étreinte autour du corps de la jeune fille et elle posa sa tête ainsi que ses mains contre le torse du jeune homme. Les deux jeunes gens fermèrent les yeux et finirent par s'endormir, bercés par la respiration de l'autre.