L'état de Thranduil s'améliora remarquablement vite compte tenu de la gravité de ses blessures. S'il passa encore quelques heures après l'opération en proie à la fièvre, celle-ci diminua ensuite. Oin prit garde à renouveler les bandages et les baumes régulièrement pour les garder propres. L'infection disparut.

Thranduil dormit les deux jours suivants. Même les soins ne le réveillèrent pas, causant une vive inquiétude chez les nains et son fils. Avaient-ils été trop loin ? L'esprit de Thranduil arpentait-il à nouveau le monde des morts ? Thorin passait régulièrement le voir et à chaque fois, l'elfe était désespérément immobile, inconscient. Au soir du deuxième jour après l'opération, Thranduil finit par ouvrir difficilement les yeux. Il fut incapable de parler et sa vue ne se focalisa sur personne. Legolas parvient à lui faire avaler de nouvelles potions puis le roi des elfes sombra à nouveau dans l'inconscience. Il se réveilla une nouvelle fois dans la nuit. Il ne s'en souvint même pas.

A la grande surprise des nains, deux jours après la réouverture de la blessure, l'infection était guérit et la blessure était en bonne voie de se refermer. Rougeur et gonflements avaient disparu. La plaie restait ouverte mais commençait à cicatriser.

Dans la matinée du troisième jour, Thranduil ouvrit des yeux fatigués. Il cligna des paupières plusieurs fois avant que sa vue ne s'éclaircisse. Ils rencontrèrent ceux de Legolas, rêvassant près de lui à la manière des elfes. Prenant garde à ne pas réveiller son fils, Thranduil se redressa. C'était la première fois qu'il se sentait vraiment lui-même depuis son retour des Cavernes de Mandos. S'il était toujours exténué et se sentait faible, il n'avait plus la sensation d'être mourant ni malade. Son dos ne le faisait plus autant souffrir. La terrible douleur s'était estompée pour la première fois à des niveaux supportables. Les potions devaient encore faire effet car il se sentait étourdi.

Thranduil s'assit lentement, prenant garde à ménager son dos. Ses muscles étaient endoloris et raides. Sa faiblesse était telle que ce simple mouvement causa un début de vertige. Il inspira lentement, aussi profondément que possible et ferma les yeux le temps qu'il cesse.

L'elfe enroula un bras autour de sa poitrine. La gêne n'avait pas encore cessé. Il ouvrit la tunique brune qu'il portait ce jour-là et glissa une main sous les bandages de son dos. Ses doigts rencontrèrent les bords de la plaie. Thranduil grimaça en replaçant sa tunique.

« Comment vous vous sentez ? » demanda Oin.

Thranduil sursauta. Pour ne pas que l'elfe ne se fatigue trop, Oin glissa des coussins dans son dos. Thranduil se reposa contre eux avec soulagement. Il se sentait vaguement confus. Qu'Oin se soit approché aussi près de lui sans qu'il ne s'en rende compte le troublait profondément. Le nain remonta les couvertures de l'elfe

L'elfe dévisagea le nain un moment. Ses souvenirs lui firent défaut : entre la douleur et la fièvre, il ne se rappelait pas grande chose des jours précédents mais il était certain que le nain était resté près de lui. La méfiance de Thranduil s'estompa. Erebor et les nains lui avaient sauvé la vie et sans doute également celle de Legolas.

« Je me sens mieux, déclara-t-il avec une légère inclination de la tête vers son hôte.

— Parfait ! Vous voulez manger quelque chose ? »

Thranduil hocha la tête. Oin lui servit un bol de soupe tiède. L'elfe était trop faible pour porter le bol mais, têtu et fier, Thranduil n'accepta aucune aide. Il posa le bol sur ses genoux et porta lentement la cuillère à sa bouche. Malgré son visage émacié, pâle, aux cernes prononcés sous les yeux, c'était la première fois qu'Oin reconnaissait le terrible roi des elfes. Il eut un frisson quand Thranduil posa sur lui ses yeux clairs, sourcils froncés.

Enfin, Legolas sortit de ses songes. Il s'étira. Les deux jours passés sur une chaise avaient rendu ses muscles raides. Il les avait passé à veiller son père avant de sombrer lui aussi dans le sommeil des elfes, épuisé. Son visage s'éclaira d'un grand sourire.

« Tu devrais aller prendre l'air, suggéra affectueusement Thranduil. Tu as une mine affreuse.

Moi ? »

Legolas ne s'offusqua pas de la proposition de son père, sachant qu'elle était faite par l'inquiétude. Avec ses vêtements froissés, ses cheveux emmêlés, une pile d'assiettes et de couverts non débarrassés sur la table de nuit et sa mine inquiète, le jeune elfe pouvait comprendre que son père s'inquiète. L'atmosphère d'Erebor était plus oppressante que celle de leurs cavernes. L'air était plus lourd et l'ambiance plus pesante que leur royaume. La lumière naturelle ne s'y faufilait pas et les lampes n'avaient pas la clarté des étoiles comme celles des elfes.

Sans qu'il ne s'en aperçoive, Legolas portait la trace sur son visage d'ombres qui n'y existaient pas quelques semaines auparavant.

« Comment vous sentez-vous ? demanda le prince.

— Je pense que tout le monde va me poser cette question, soupira Thranduil avec un sourire contrit. Je vais bien. Que s'est-il passé ? Je ne me souviens pas…Tu m'as menti ! »

Thranduil n'avait pu cacher l'accusation dans sa voix, ni sa déception. Il n'avait pas toujours dit tout ce qu'il devait à son fils mais jamais il ne lui avait mentit. Legolas était la personne la plus chère à son cœur, la seule en qui il avait une confiance absolue. Que son fils ait pu lui mentir en le regardant droit dans les yeux le blessait profondément.

Legolas baissa les yeux et fixa ses chaussures, honteux. Il avait dit à son père qu'il retournait dans le nord et n'en était pas fier. Sur le coup, il avait pensé que son retour à Erebor serait victorieux, le traitre dans les geôles de leurs cavernes, et que cela amoindrirait la colère de son père et roi. Il s'était lourdement trompé.

Le silence s'éternisa dans la chambre. Thranduil ne décolérait pas. Il dardait des yeux gris brûlants de fureur sur son fils, soupçonnant qu'avec son caractère emporté, le prince s'était jeté inconsidérément à la recherche du traitre.

« Je suis désolé, père, s'excusa Legolas. Je devais le faire ! Nous ne pouvons laisser un traitre dans notre royaume.

— L'as-tu trouvé ?

— Bientôt ! J'ai réduit mes recherches à cinq personnes. Tauriel les garde à l'œil pour le moment. »

Thranduil plissa les yeux.

« Tu es allé chercher Tauriel ?

— Vous avez levé son bannissement, rappela Legolas.

— Ce n'est pas ce que j'ai demandé !

— J'avais besoin de quelqu'un sur lequel je pouvais compter. Elle a accepté de m'aider.

— Lorthal n'a pas dû apprécier ! s'exclama Thranduil avec un sourire en coin. J'ai accepté de lui pardonner mais je ne pense pas qu'il l'ait fait. A-t-il accepté de travailler avec elle ? »

Legolas fut pris au dépourvu. Le corbeau annonçant la mort du premier conseiller était arrivé deux jours plus tôt. Tauriel avait relaté tout ce qu'elle avait trouvé et était aprvenue à reconstituer assez précisément les faits.

La situation avait été limpide : l'arbalète installée dans un coin était quasiment invisible. Le premier elfe à passer la porte relâchait la corde et déclenchait le mécanisme.

Comment le traitre avait-il su que Legolas serait le prochain à entrer dans l'armurerie ? La question le tracassait. Il était resté longtemps sur le terrain d'entrainement. Certes, il avait épuisé un carquois. Nul n'ignorait dans leur royaume que les elfes prenaient soin de leurs armes, le prince comme les autres : Legolas rangerait lui-même ses armes dans l'armurerie. Etait-ce ce qui avait déterminé le traitre ? Faisait-il parti de la multitude d'elfes qui l'avait observé lors de son entrainement, s'esquivant uniquement vers la fin pour monter son piège ? C'était l'hypothèse de Tauriel. Dans ce cas, l'arbalète avait été placée peu de temps avant que Legolas n'épuise son premier carquois. Le traitre n'avait pu deviner qu'un elfe lui en offrirait un nouveau.

La culpabilité submergeait Legolas chaque fois qu'il y pensait. Lorthal avait été tué par une flèche qui lui était destinée, au cours d'un piège qu'il avait tendu lui-même ! Legolas avait en était resté sous le choc. Il avait pensé être plus malin que le traitre. Il était passé si près de la catastrophe ! Par son entêtement, il avait failli détruire son propre royaume. Nul doute que Thranduil n'aurait pas survécu longtemps après l'annonce de la mort de son fils unique. Avec la disparition de la famille royale, la Forêt Noire aurait été vulnérable. Pour autant, il était persuadé que l'arbalète aurait attiré son attention. Il aurait évité la flèche, de cela Legolas était certain. C'était le point de départ qu'il espérait pour réduire le nombre de suspect. Il avait été si proche de trouver des pistes mais il avait été contraint de partir ! Résultat, le piège qu'un soldat pouvait éviter avait mortellement touché un simple conseiller.

Thranduil sentit l'hésitation de son fils. Son inquiétude perça à nouveau. Il fronça à nouveau les sourcils.

« Legolas ?

— Lorthal a été tué lors de mon départ pour Erebor, il y a trois jours. Je suis désolé père. Je sais que vous l'appréciiez beaucoup. »

Thranduil resta silencieux. Guerrier comme son père et son fils, c'était Lorthal qui l'avait initié à la paperasserie puis secondé lors de la mort brutale d'Oropher. Il avait été son parfait complément.

« Comment ?

— Père, ce n'est pas…

— Le traitre ? comprit Thranduil. Legolas, le traitre a-t-il essayé de te tuer ? »

Une colère noire s'empara de Thranduil lorsque le prince confirma ses soupçons. Il exigea de connaitre tous les détails et lire la lettre.

« Je n'aurais pas été blessé, père, tenta Legolas. J'aurais vu l'arbalète avant qu'elle ne se déclenche. Lorthal n'était pas un soldat, il ne s'est pas méfié. Cela n'aurait pas été mon cas.

— Comment peux-tu en être aussi sûr ? Tu aurais pu te faire tuer !

— Attraper le traitre est mon devoir ! Je suis le prince ! Combien des nôtres périront encore sous sa folie meurtrière ? Quels que soient les risques, il est de mon devoir de protéger mon peuple !

— Non, Legolas, c'est le mien ! s'exclama Thranduil avec fureur. J'ai failli perdre la vie à trois reprises à cause du traitre. Le mal m'a pris mon père, puis mon épouse. Je ne perdrai pas mon fils unique ! Car les cinq elfes que tu soupçonnes sont ceux qui ont réussi à échapper à la forteresse noire, n'est-ce pas ? L'idée m'est venue également. Je serai vite remis, mon fils. Je rentrerai dans une semaine tout au plus dans mon royaume.»

A voir la rage briller dans les yeux de son père, Legolas comprit que rien ne pourrait l'en empêcher. Pas même la prudence ou les recommandations des guérisseurs. Oin avait recommandé une convalescence d'au moins une vingtaine de jours. Au moins !

Le prince décida donc de ne pas heurter son père de front mais se rester à ses côtés et le protéger du mieux qu'il le pourrait. Hors de question de le laisser se faire tuer ! Cette fois, il serait là. Et il ne laisserait pas le traitre le surprendre une deuxième fois.

Au mépris des directives d'Oin qui avait ordonné du repos complet et aucun stress, Legolas raconta les jours de recherche. Savoir que Tauriel restait dans leur royaume à surveiller les possibles traitres le rassurait à présent que Lorthal n'était plus là. Ils discutèrent longuement de la marche à suivre. Pour la première fois depuis bien des années, leurs avis se rapprochaient.

Thranduil finit par céder à nouveau au sommeil des mortels.

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Thranduil se reposa toute la journée. Legolas lui apporta un livre pour l'occuper et empêcher les pensées moroses de son père de trop se focaliser sur le traitre. Cela ne suffit pas au roi des elfes : il était resté allongé trop longtemps ces dernières semaines et la chambre d'ami d'Erebor commençait à le répugner.

L'elfe repoussa ses couvertures et balança les jambes hors du lit. Ses pieds claquèrent sur le sol : la hauteur était bien moindre que les lits des elfes et le prit au dépourvu.

« Père… »

Un regard sévère de Thranduil le fit se taire. Jamais le roi des elfes n'avait autorisé quiconque à le contredire, à l'exception des rares guérisseurs qui l'avaient pris en charge lors des batailles. Legolas se résigna à l'aider.

Thranduil rassembla ses forces. Avec une profonde inspiration, il se leva. Il vacilla un instant et Legolas bondit pour le soutenir. Thranduil accepta le soutien de son fils et passa un bras autour des épaules du prince.

« Merci, souffla Thranduil.

— Vous n'êtes pas raisonnable ! »

Thranduil fit quelques pas. D'abord chancelants et hésitants, ils se firent ensuite fermes et assurés. Ses pieds nus quittèrent le tapis pour se poser sur la roche froide. Si Thranduil manquait encore de la grâce des elfes, sa volonté impressionnait Legolas. Ils arrivèrent à la porte de la chambre où Legolas tenta de convaincre sans succès son père de rebrousser chemin et retourner se coucher.

En dépit des exhortations de son fils, Thranduil ouvrit la porte et avança de quelques pas dans le salon. Jusqu'à présent, il n'avait fait que l'entrapercevoir quand les nains allaient et venaient. Il fut un peu déçu. Hormis l'immense cheminée majestueuse en pierre blanche, le reste était exactement tel qu'il imaginait un appartement de nain. Pas de fantaisie : il n'y avait là que des meubles robustes, bas et fonctionnels, tantôt en bois massif tantôt en acier délicatement gravé. Les nombreux canapés étaient surmontés de fourrure et de coussins aux couleurs vives qui égayaient la pièce. Dans un coin, deux tonneaux contenaient la meilleure bière du royaume. Un autre meuble plus petit abritait la réserve de liqueurs et de verres.

L'ensemble dégageait une austérité impressionnante. Seuls éléments personnels, une série de portraits étaient suspendus le long du mur principal. Thranduil identifia aisément Thrain et Thror pour les avoir rencontré à plusieurs reprises. Il mit plus de temps pour Fili et Kili. Seul le dernier tableau était un mystère pour lui. A vrai dire, il ignorait même s'il s'agissait d'un nain ou d'une naine. La barbe était moins fournie que celle de Thorin mais la ressemblance était indéniable. Thranduil connaissait assez la généalogie de son hôte pour deviner qu'il s'agissait là de la sœur de Thorin.

« Vous ne pourrez aller bien loin ce soir, remarqua Legolas.

— Je ne compte aller nulle part pour le moment, concéda Thranduil. Juste sortir de cette maudite chambre ! Je l'ai assez vu pour des siècles. J'y suis resté enfermé trop longtemps. Viens t'asseoir avec moi. »

Le prince était retourné dans la chambre attraper une robe plus adéquate pour son père. Cela faisait partie des quelques vêtements que Naëlnoth avait mis dans la malle au milieu des potions et des réserves de bandages. Il la posa sur les épaules de son père. Le contraste entre le coton des nains et la soie délicate des elfes était saisissant. Thranduil passa les manches avec une légère grimace. Il s'assit dans le canapé principal et indiqua la place à côté de lui.

Ils discutèrent longtemps. Pas du traitre ni des morts : au cours de la journée, à chaque fois qu'il se pensait seul ou non observé, Thranduil s'était muré dans un silence lourd, le visage fermé et le regard hanté. A quoi pensait-il, Legolas ne saurait le dire. Thranduil sortait de ce silence dès qu'il se sentait observé. Il reprenait alors son attitude faussement sereine, assurée et prétendait que tout allait bien. Legolas avait tenté de lui en parler, sans succès.

Le roi ait l'air de n'être plus que l'ombre de lui-même, mais surtout mentalement car les heures de solitude et d'agonie dans la bibliothèque puis à Erebor ne quittaient jamais son esprit.

Legolas versa un vin fort dans deux verres. Les deux elfes trinquèrent mais le regard de Thranduil restait sombre. Pour alléger l'humeur sombre de son père, Legolas engagea la conversation. Plutôt que de parler de la Forêt Noire, le prince évoqua les souvenirs de son enfance.

Ce ne fut que tard dans la soirée que la porte principale de l'appartement pivota sur ses gonds. Si Thorin n'apprécia pas de se retrouver nez à nez avec un elfe quand il rentrait se reposer, il se contenta d'un reniflement dédaigneux avant de s'enfermer dans sa propre chambre. Il était tard. Déjà qu'il avait dû mettre fin aux soirées avec ses amis pour ne pas déranger l'elfe, s'il fallait maintenant discuter avec après une journée de travail harassante ! Il claqua la porte de sa chambre et tourna la clef dans la serrure.

« Je crains d'avoir abusé de son hospitalité, estima Thranduil avec regret. Je vais devoir la payer.

— Je ne pense pas. Il estime qu'il paie sa dette. Nous lui avons sauvé la vie en premier après tout.

— Vraiment ? Voilà une bonne nouvelle ! »

Legolas haussa les épaules. Il ne tenait pas à discuter des nains avec son père. Il connaissait l'avis tranché de Thranduil vis-à-vis d'eux.

« Je suis fatigué, avoua le roi des elfes. Repose-toi également, Legolas. Tu as une mine affreuse. »

Le prince esquissa un sourire ironique. Thranduil le lui rendit et retourna dans sa chambre avec un soupir résigné.


Thranduil sortit d'affaire, cela va vous faire plaisir ! Il y aura un instant père-fils, je vous le promets.

Merci aux reviewers anonymes !

Je suis restée assez soft (comparé aux Renégats pour ceux qui l'ont lue XD) mais cela aurait tout de même pu en rebuter certains. Prévenir est le minimum.

les elfes sylvains n'auront pas le choix : soit Tauriel décide, soit ils risquent d'être dirigés par le traitre, auquel cas ce serait une hécatombe. D'autant que Legolas a de facto mis Tauriel en position de 'chef de guerre' lors de leur retour.

Pour ceux qui aiment bien mon écriture et ne sont pas encore allés voir mes autres fics, Les Renégats est aussi centré sur Thranduil. Il y a également Bilbon, Legolas, Aragorn et des nains. Elle est canon, y mêle une course poursuite avec un peu de policier et commence dix ans après BOFA.

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Prochain chapitre : discussions entre rois. Bard fait son grand retour !