Envie pressante.

Quand j'arrive sur l'une des plages du village, je remarque un petit coquillage que je m'empresse de ramasser. Une fois que je le tiens dans l'une de mes mains, je le lève jusqu'à hauteur de mes yeux pour savoir de quoi il s'agit.

« Un peigne de Vénus. »

Je le glisse dans ma besace tout en essayant de ne pas me montrer déçu suite à ma trouvaille. Sincèrement, j'aurais préféré mettre la main sur une coquille Saint-Jacques, une conque ou une huître perlière. Il faut croire que la mer n'est pas d'humeur à être généreuse ces derniers temps mais je nourris l'espoir qu'un jour prochain, un coquillage plus rare reposera tout au fond de mon sac. En attendant, je reprends ma promenade le long de la plage lorsque soudain, mes yeux remarquent une silhouette au loin. Celle-ci se tient aux limites d'une petite falaise, celle qui se trouve à l'embouchure de la rivière qui traverse le village et à son couvre-chef, je devine très vite de qui il s'agit.

Comme cela fait longtemps que je n'ai pas eu une conversation avec cette personne, je décide de l'approcher. Une fois que je me tiens dans son dos, je me montre poli.

« Bonjour Pascal.

- Yo man. »

Alors que je m'attendais à recevoir une question de sa part afin d'écouter sa sagesse de vieux loup de mer, voilà que mes oreilles perçoivent un bruit étrange. On dirait quelque chose tombe dans la mer mais la sonorité se prolonge. Voulant savoir de quoi il retourne, je m'avance un peu et à ce moment, je me rends compte que la loutre a les deux pattes avant sur son entrejambe. Gêné par ce que je viens de voir, je retourne dans son dos et je n'ose plus prononcer le moindre mot. Néanmoins, je suis offusqué du manque de pudeur dont fait preuve Pascal et puis je dois avouer que son acte est tout simplement dégueulasse.

« Tu ne pouvais pas attendre d'être chez toi pour faire tes besoins ?

- Ne me dis pas que cela ne t'est jamais arrivé d'avoir une envie pressante ?

- Bien sûr que si mais jamais je me suis amusé à pisser dans la mer.

- Et c'est ça qui te choque ?

- Oui. »

Pascal libère un soupir qui semble chargé d'exaspération avant que l'animal m'adresse quelques mots.

« Je ne vois pas pourquoi tu es choqué parce que je fais pipi dans la mer. En cas si tu ne t'en souviens pas, les poissons se reproduisent dedans. »

Et il est vrai que lorsque je décide de me baigner, je ne me montre pas choqué lorsque je brasse la mer. Toutefois, cela ne doit pas excuser son acte et j'espère que dans les jours prochains, je ne serais pas amené à le revoir agir de cette façon. En attendant, Pascal me pose sa fameuse question et comme je souhaite avoir un objet rare en ma possession, je lui réponds positivement. Ensuite, la loutre plonge dans l'eau après m'avoir donné son présent.