Le grand Cerf brama longuement. Il animal frissonna, surpris par l'envolée soudaine d'une dizaine d'oiseaux. Thranduil lui flatta l'encolure pour le rassurer et pressa doucement les flancs pour le refaire avancer. Le majestueux animal reprit sa marche lente au milieu des herbes et des buissons.
D'un commun accord, Legolas et Thranduil avaient quitté tôt les rares chemins qui existaient au travers de la forêt. Ils avaient quitté les cavernes très tôt dans la matinée alors que la plupart des elfes rêvassaient encore, faussant compagnie aux gardes comme aux serviteurs. Aux côtés de son père, Legolas guettait les traces des combats des derniers jours. Thranduil avait désiré voir de ses propres yeux la situation. C'était imprudent, de l'avis du prince, mais il n'en avait pas démordu.
Père et fils avaient quitté leur forteresse depuis à peine dix minutes quand les premières traces de bataille furent visibles. Aux cadavres d'araignées pourrissant à l'ombre des arbres s'ajoutaient les flèches abandonnées, les entailles dans l'écorce des troncs et les branches brisées. Tout cela était trop près des cavernes au goût de Thranduil. Consterné, il observa les dégâts un long moment avant de s'avancer plus profondément dans la forêt.
Si les forces de Dol Guldur avaient subi revers après revers depuis leur retour, il n'en restait pas moins que les elfes commençaient à fatiguer des sorties incessantes et des combats continuels. Il leur faudrait ralentir le rythme pour permettre aux soldats de se reposer.
Le cheval de Legolas piaffa, les oreilles pointées en direction du sud. Le prince se raidit, les sens en alertes, une main sur le pommeau de son épée. Rien ne semblait les menacer dans l'immédiat mais il n'était guère rassuré.
« Nous devrions rentrer, suggéra le prince.
— J'en ai assez vu, en effet », souffla Thranduil.
Ils repartirent au pas vers le palais. Ils avaient à peine fait demi-tour qu'ils entendirent des échos de combats. Tauriel avait quitté les cavernes encore plus tôt qu'eux, menant six bataillons avec elle pour bruler une dizaine de nids à l'aube.
Thranduil porta inconsciemment la main au pommeau de son épée et sortit la lame de quelques centimètres. Un instant, il fut tenté de rejoindre la bataille. IL n'en pouvait plus d'être enfermé dans son propre palais en laissant son fils prendre tous les risques ! Thranduil fit un grand effort et délaissa son épée. Il donna un coup de talon dans les flancs de sa monture et tourna bride pour rentrer dans les cavernes. Prendre la fuite devant l'ennemi lui était aussi douloureux que savoir qu'il ne serait qu'un poids s'il rejoignait ses soldats. Il s'y résigna, le visage plus fermé que dans ses plus mauvais jours.
Lorsqu'ils revinrent chez eux, sept heures venaient de sonner. Dépité devant son incapacité à mener ses troupes et prendre part à la défense de son royaume, Thranduil démonta sans un mot de son cerf. Il tendit les rênes à un palefrenier surpris de voir le roi en personne et repartit dans son bureau. Legolas ne le suivit pas, sentant que son père allait encore s'enfermer dans un de ses silences lourds que rien ne pouvait rompre. Le prince se sentait impuissant à alléger le moral de son père.
Thranduil retourna dans son bureau et travailla toute la journée. A nouveau, comme la veille, il ne prit pas son dîner dans la grande salle mais dans ses appartements. Silnarën le lui monta tandis que Turlion lui apporta une bouteille de vin tard dans la soirée.
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Les jours suivants se passèrent sans incident. Les victoires de Legolas et Tauriel avaient repoussé des multitudes d'orques et d'araignées. Onze soldats avaient été tués, une vingtaine blessés. Les autres étaient épuisés par les combats éreintants. A l'aube du septième jour depuis le retour du roi et du prince, l'armée des elfes sylvains se reposa. Seuls les gardes et les sentinelles restèrent à l'affut.
De son côté, Thranduil suivait avec avidité l'évolution de la situation. Sur la carte dans son bureau représentant la forêt noire, il traçait chaque jour une ligne rouge correspondant au terrain sécurisé. Elle reculait vers la forteresse de Dol Guldur. Les points représentant les nids des araignées étaient barrés d'un trait d'encre rouge dans cette zone. Il en restait pourtant une multitude au-delà des terres reconquises et s'ils attendaient trop, les œufs écloraient.
Thranduil roula la carte avec précaution. Il avait discuté avec quelques capitaines la veille en plus de son fils et de Tauriel pour mieux cerner la situation. Cela avait confirmé les sensations qu'il ressentait et qui provenaient de la Forêt. La veille, des orques avaient déclenché ses illusions en s'enfonçant trop près des Cavernes, l'alertant immédiatement d'une intrusion. Par chance, ses illusions, désormais renforcées par sa présence, les avait perdu loin au nord. Les soldats n'avaient pas eu à intervenir.
Des coups rapides sur la porte interrompirent ses pensées. Le guérisseur qui avait pris les rênes après la mort de Naelnoth entra. Il s'appelait Alathen et avait passé de nombreuses années auprès du Seigneur Elrond à apprendre l'art de la guérison. Plus jeune, extrêmement brillant malgré son grand âge, il était impressionné d'être en présence de son roi. Il s'inclina plus bas que nécessaire devant Thranduil, le visage empourpré de gêne. Il n'avait guère l'assurance de la vieille elfe qui avait servi sous trois rois. Au contraire, il était né sous le règne de Thranduil et n'avait guère connu de véritable guerre comme celle de Doriath ou de Dagorlad.
« Si vous me permettez… ? » demanda poliment Alathen en approchant son roi.
Thranduil l'observa. C'était la première fois qu'il était seul avec le guérisseur. Officiellement, Alathen n'était pas guérisseur en chef mais il était le plus brillant des elfes et avait pris en main les guérisseurs lors du départ de Naëlnoth, à la surprise générale car il n'avait jamais été porté sur les responsabilités. Même les guérisseurs plus expérimentés et plus âgés le reconnaissaient comme supérieur.
Le projet de désignation du nouveau guérisseur en chef était dans les papiers qu'il devait signer encore en attente sur son bureau mais Thranduil ne s'y opposerait pas. Néanmoins, il n'avait pas autant confiance en lui qu'en Naëlnoth. Le guérisseur baissa les yeux sous l'examen terrible de son souverain.
« Venez avec moi », déclara finalement Thranduil.
Les deux elfes quittèrent le bureau pour rejoindre les appartements du roi puis dans l'antichambre. Malgré sa gêne, le jeune guérisseur ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil aux alentours. Peu d'elfes avaient le privilège de pénétrer dans l'intimité du roi des elfes de la Forêt Noire. Ce qu'il vit piqua sa curiosité et il se demanda comment était la chambre de Thranduil. Un instant, il pensa que la porte y menant allait s'ouvrir mais c'était mal connaitre le roi. Ils restèrent dans l'antichambre, Thranduil n'ayant aucune envie d'élargir le nombre de personnes ayant accès à sa chambre.
L'antichambre elle-même recelait de nombreux trésors et attirait la curiosité du guérisseur. Deux commodes en bois gris occupaient le mur opposé à la porte et soutenaient un grand miroir. En face, trois chaises délicates en bois et en velours vert et argent étaient réservées aux entretiens privés du roi. Elles étaient devant une vaste tapisserie représentant une scène de chasse du 1er âge au sein de Doriath qui occupait la totalité du pan de mur.
Thranduil retira son lourd manteau qu'il plia avec soin et posa sur une des chaises d'un geste volontairement lent. Il fit de même avec sa tunique, dévoilant son torse maigre au guérisseur. Il passa une main dans ses cheveux et les dégagea de son dos. Les cicatrices des flèches n'étaient pas encore tout à fait résorbées.
Alathen oublia sa gêne et étudia les blessures avec attention et professionnalisme. Ses doigts fins coururent sur la peau blafarde du roi, lui tirant un frisson lorsqu'ils effleurèrent les anciennes blessures. Le visage fermé et les yeux fixés sur la tapisserie à l'opposé, Thranduil ne laissait rien transparaitre.
« Cela me semble bien, annonça le guérisseur. Les plaies sont refermées. Je ne suis guère étonné qu'elles soient encore visibles. Je crains qu'elles ne le restent toute votre vie, Sire.
— Je m'en suis douté, murmura Thranduil. Ce ne seront pas les premières.
— Comment vous sentez-vous ?
— Bien ! »
Alathen n'en était pas convaincu. A raison : Thranduil était épuisé. Il n'arrivait pas à dormir comme il le devrait car ses cauchemars le réveillaient sitôt qu'il fermait les yeux. La rêverie propre aux elfes n'était pas suffisante pour sa convalescence.
« Vous reposez-vous convenablement ? insista le guérisseur.
— Suffisamment ! »
La voix sèche de Thranduil ne souffrait d'aucune observation et le guérisseur comprit qu'il n'en était rien. Les rumeurs sur la gravité des blessures du roi avaient couru bon train lors de son départ précipité et Alathen commençait à soupçonner qu'elles étaient en deçà de la réalité.
« Je ne peux vous donner de potion pour le sommeil, se désola-t-il. Naëlnoth m'a laissé quelques informations avant...avant de disparaitre et j'ai reçu une lettre d'un certain Oin, d'Erebor. Je crains que vous n'ayez absorbé que trop de potions jusqu'à aujourd'hui !
— Je ne vous en ai pas demandé ! Je refuse d'en prendre davantage.
— Je peux en revanche vous conseiller des infusions, poursuivit Alathen sans prendre garde à la colère de son roi. Vous devez vous reposer. Je vous ai observé lors des repas, sire. Vous ne mangez pas suffisamment. Vous devez y remédier… »
Thranduil ne répondit pas. Il remit ses vêtements et se recoiffa avec une grande attention. Il était préoccupé ces derniers temps. Les cauchemars l'empêchaient de se reposer et lui coupaient l'appétit. Le temps n'y faisait rien. C'était encore pire que lors de sa blessure par le dragon, que même Elrond avait eu des difficultés à soigner.
« Vous pouvez partir, déclara Thranduil pour congédier le guérisseur. Votre nomination au rang de guérisseur en chef sera effective dès demain. J'y veillerai.
— Je préfèrerais que vous veilliez à vous reposer, sire. Je crains que vous ne travailliez trop et trop tôt compte tenu de l'importance de vos blessures. Je vous demande de bien vouloir excuser mon impertinence. »
Alathen s'inclina à nouveau devant son roi, si bas que ses cheveux bruns dégringolèrent devant son visage. Il les replaça rapidement dans son dos alors qu'il rebroussait chemin, laissant un Thranduil pensif seul dans l'antichambre. Le nouveau guérisseur lui plaisait. Il n'avait pas tout à fait le franc-parler irrespectueux de Naëlnoth mais il savait écarter sa timidité s'il le fallait.
Le guérisseur tomba sur Legolas, qui attendait dans le salon. A nouveau, il s'inclina devant son prince.
« Pardonnez mon incompétence, déclara sombrement Alathen. Quelque chose trouble le roi et je suis incapable de découvrir de quoi il s'agit. Naëlnoth l'aurait compris.
— Les dernières semaines ont été épuisantes. N'ayez crainte. Mon père est un survivant. Il s'en remettra, il a juste besoin d'un peu de temps.
— Prenez garde tout de même. »
En dépit des instructions du guérisseur, Thranduil retourna travailler, secondé par Legolas puisque le prince n'était pas de sortie. Le regard du prince se posa sur le roi un long moment. Thranduil fit mine de l'ignorer. Ce n'était pas la première fois que Legolas l'épiait, ni qu'il voulait débuter une conversation.
A midi, les deux elfes descendirent prendre leur repas dans la grande salle à manger. Lorsqu'il se termina, Thranduil rendit visite aux soldats blessés qui restaient à l'infirmerie. Il ne resta pas longtemps mais en profita pour laisser au bureau des guérisseurs les documents nécessaires pour la nomination d'Alathen.
A sa sortie de l'infirmerie, il croisa Feren. Le jeune elfe avait repris ses fonctions de messager. Thranduil discuta également avec lui et l'invita à sa table pour le déjeuner du lendemain, un honneur que le jeune soldat apprécia à sa juste valeur. Surtout maintenant que les elfes sylvains ne craignaient plus d'être empoisonnés à la table du roi.
Turlion dépassa le roi sans lui jeter le moindre coup d'œil et tourna plus loin vers un couloir dérobé. Sa tunique formait une protubérance à peine décelable au niveau de sa ceinture qui avait presque la forme d'une petite fiole. Legolas n'avait pas bien vu mais cela avait été suffisant pour attiser sa curiosité. Une curiosité teintée de crainte car il doutait que son père survive à une troisième tentative d'assassinat. Il jeta un coup d'œil à Thranduil, encore en train de parler à Feren et qui semblait n'avoir rien remarqué, et décida de suivre le serviteur.
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Thranduil prit congé de Feren pour retourner travailler. Il resta un moment sur l'une des terrasses qui surplombaient la route principale de la caverne et observa ses sujets aller et venir paisiblement. Quelques cavaliers arpentaient le chemin au pas. Les chevaux, habitués aux routes sinueuses constituées bien souvent par des troncs d'arbres avaient le pied sûr et l'allure égale. Le moral des elfes était revenu, tout comme les sourires sur leurs beaux visages. Les musiciens jouaient de nouveau des mélodies entrainantes et les elfes les accompagnaient par des chants joyeux. Seul Thranduil ne semblait pas se réjouir.
Le roi s'arracha à sa contemplation et revint dans son palais. Il hésita à descendre dans ses cachots voir Nerdaël. L'elfe y était enfermé et n'avait eu aucune visite à l'exception de Legolas et Tauriel. Il y renonça et monta plutôt l'escalier principal. Il dépassa sans leur accorder d'attention les gardes qui surveillaient l'aile royale et qui le saluèrent respectueusement. Il s'avança dans le couloir menant à ses appartements et son bureau. Il dépassa les deux gardes plantés en haut de l'escalier et continua son chemin. Il se figea soudainement devant la porte de sa bibliothèque. Il lui sembla que son cœur s'était arrêté. Un frisson le parcourut. Il resta immobile, incapable de bouger d'un pouce.
« Sire ? » appela le garde le plus hardi.
Il n'obtint aucune réponse du roi. Au contraire. Se forçant à sortir de sa transe, Thranduil franchit le pas qui le séparait de sa pièce favorite. La porte s'ouvrit d'elle-même, dévoilant la bibliothèque telle qu'il l'avait toujours connue. Seule une légère odeur d'ammoniac supplantait celle des livres anciens.
Thranduil entra, la porte se referma derrière lui. Ses mains tremblèrent. Il s'avança jusqu'aux fauteuils, dans le fond de la pièce, près des arches qui donnaient sur la terrasse. Il s'arrêta à un mètre de l'endroit où il avait chuté, des semaines auparavant. Curieusement, la scène se rejoua devant ses yeux. L'effroyable douleur, la fuite, la première chute puis la deuxième qui l'avait laissé étendu sur le sol, à peine capable de respirer et enfin la réalisation qu'il était seul, plus seul qu'il ne l'avait jamais été et rempli de regrets alors qu'il entendait l'appel de Mandos. A cet instant, il avait eu la certitude qu'il allait mourir.
Combien de temps Thranduil resta là, les yeux dans le vague, emporté par des souvenirs qu'il essayait désespérément de refouler depuis des semaines ? Il ne saurait le dire. Le temps n'avait plus d'importance alors qu'il revivait les heures d'angoisse.
Ce fut Legolas, revenu sans indice de sa poursuite contre Turlion, qui le tira de sa transe. Le jeune elfe trouva son père immobile au centre de la pièce, livide.
« Père ? »
Thranduil sursauta. Ses yeux fixèrent un bref instant son fils. Il se reprit vite, même si son esprit était encore prisonnier de ses souvenirs.
« Y-a-t-il un souci ?
— Je réfléchissais.
— En êtes-vous certain ? Père, vous n'avez pas l'air bien. »
Legolas cherchait à croiser le regard de son père mais Thranduil faisait tout pour l'éviter. Il n'avait pas le courage à cet instant d'affronter son fils. Il fit semblant de s'absorber dans la contemplation des livres sur l'étagère la plus forte. Son cœur manqua un battement quand il se rendit compte que beaucoup de livres étaient trop neuf, voire manquants. Les serviteurs n'avaient pu tous les remplacer. Par ci par là, il y avait un espace vide entre deux livres.
Legolas attendit, bien décidé à forcer son père à discuter. Pour manifester son attention, il s'installa dans le fauteuil le plus proche. Thranduil tressaillit. Il avait tenté de se raccrocher au même fauteuil lors de sa deuxième chute. Les souvenirs revinrent en force et il n'arriva pas à les chasser.
L'esprit des elfes avait ceci de particulier qu'ils pouvaient revivre leur souvenir comme s'ils y étaient. Souvent, Thranduil revivait le royaume de Doriath. Il sentait alors l'herbe sous ses pieds, sentait les fleurs qui parsemaient les forêts et entendait le doux chant des oiseaux. Cette faculté montra ses limites : Thranduil se mit à revivre les heures parmi les plus sombres de son existence à l'exception de la mort de son épouse. Les souvenirs ne s'arrêtaient pas et il se retrouva submergé. Tout était si réel, qu'il ressentait même les flèches plantées dans sa chair et son sang s'échapper petit à petit de son corps.
Las et éreinté à force de se battre contre lui-même, il s'adossa à l'étagère, les jambes flageolantes et les mains agitées de tremblements. Il ferma les yeux, le visage blanc comme linge. Immédiatement, Legolas bondit sur ses pieds et le rejoignit. Thranduil paraissait à deux doigts de faire un malaise et Legolas l'obligea à s'asseoir sur le canapé. Il lui servit un verre d'eau froide qui sembla suffisant pour ramener Thranduil à lui. Le roi esquissa un vague geste pour se relever mais Legolas l'en empêcha.
« Je vais bien, assura Thranduil. Je suis un survivant, Legolas. Je vais bien. Toujours.
— N'est-ce pas précisément le problème ? A la mort de ma mère, vous vous êtes plongé dans les affaires du royaume. Vous n'avez cessé de le faire depuis des millénaires ! Ne vous êtes-vous pas oublié tout ce temps ? Le royaume ne va pas s'écrouler si vous vous reposez quelques heures par jour ! »
Thranduil esquissa un faible sourire. C'était peu ou prou ce qui ressortait des lettres d'Elrond qu'il recevait régulièrement ces derniers temps. Legolas se méprit sur l'attitude de son père et se mit en colère.
« Ayez confiance en moi ! s'exclama le prince. Je sais que je vous ai déçu, que j'ai délaissé mon royaume par intérêt personnel. Je vous promets que cela ne se reproduira plus !
— Legolas, tu ne m'as jamais déçu ! Je comprends mieux que tu ne sembles le croire ta préférence pour Tauriel. J'aurais aimé pouvoir faire ce choix. Je regrette seulement qu'elle ne partage tes sentiments. Les blessures du cœur sont les plus douloureuses. Elles guérissent rarement. »
Thranduil se leva et se dirigea vers la terrasse. Les derniers évènements ravivaient de douloureux souvenirs. Il s'accouda à la rambarde et plongea ses yeux gris dans la ligne des arbres en face.
« Ce n'est pas cela.
— Alors dites-moi ce dont il s'agit ! s'exclama Legolas. Parlez-moi ! Est-ce à cause du traitre ? De moi ?
— De moi ! éclata Thranduil en se retournant pour la première fois vers son fils. Je suis le roi de la Forêt Noire ! Quoi qu'il m'en coûte, c'est mon fardeau. Ce royaume passe avant tout autre chose. Avant moi ! Avant ta mère elle-même. J'aurais pu la sauver ! Si j'avais mené mes troupes dans le nord et affronté les orques de Gundabad. Des milliers en seraient morts et cela aurait considérablement affaibli la Forêt Noire, à tel point que nous aurions perdu de nombreuses batailles contre Dol Guldur et aurions dû migrer encore vers le nord…mais tu aurais grandi avec ta mère. Je n'ai pu faire de choix. Je n'ai pu la sauver ! J'ai donné ma parole de protéger ce royaume le jour de mon sacrement. Quel qu'en soit le prix ! J'ignore aujourd'hui si…Je n'ai pu te laisser partir seul sur Ravenhill. Je n'ai pu te laisser face au traitre. Je ne sais pas si j'ai encore la force de mener nos troupes à la mort. Je l'ai fait tellement souvent ! Tellement de guerres, tellement de morts… »
Legolas resta bouche bée devant son père. Thranduil secoua la tête, ferma les yeux et bondit du fauteuil. Il se réfugia sur la terrasse.
« Pourquoi maintenant ? murmura Legolas. Pourquoi me parler de ma mère maintenant ?
— Je n'ai jamais cessé de penser à elle, avoua Thranduil à voix basse. Quand j'étais ici…je pensais que j'allais mourir. Je ne pouvais plus bouger et aucun elfe ne rentrerait dans la bibliothèque. Je ne pouvais que réfléchir. De ma vie, il n'est resté que des regrets. Celui ne n'avoir pu la sauver, celui de n'avoir pas été le père que tu méritais, de t'avoir perdu…Juste des regrets.
— Je connais les circonstances de la mort de ma mère. J'ai harcelé Lorthal jusqu'à ce qu'il me raconte. Je ne vous en blâme pas, père. Vous avez fait preuve de courage et votre peuple vous le reconnait pleinement. Ce que je n'ai pas fait moi-même. J'ai abandonné mon poste et j'ai risqué la vie des miens pour sauver celle que j'aime. Vos sujets vous respectent, père. Ils savent que vous les protégerez. Ils savent ce qu'ils vous doivent.
— Parfois, j'aimerais prendre un navire vers Valinor et la retrouver. Elle me manque. Je n'ai jamais pu lui dire à quel point je regrettais… »
Legolas resta silencieux. Il ne connaissait de sa mère que les portraits accrochés dans le palais. Il les avait étudiés des heures durant dans sa tendre enfance. Ce n'était pas le récit de sa mort qu'il avait envie d'entendre de son père mais le récit de sa vie.
Legolas rejoignit son père sur la terrasse. Il serra l'épaule de son père avec affection.
« Je suis désolé, s'excusa Thranduil. J'ignore ce qui me prend ces temps-ci. Je suis trop fatigué.
— Peut-être avez-vous enfoui trop de choses trop longtemps ? »
Thranduil soupira. Il se sentait épuisé. Il s'effondra dans un fauteuil et laissa son regard errer le long des étagères.
« Il manque l'histoire de Dagorlad, par Elzimaël, déclara Thranduil au bout d'un long silence. J'aime ce livre, pourrais-tu m'en faire une copie ? Il ne reste guère d'exemplaires. Je crois que Lorthal en avait un.
— Je vais voir avec son fils.
— Bien. »
Sur ces entrefaites, Thranduil quitta la bibliothèque. Savoir que Legolas ne lui en voulait pas allégeait un poids qu'il avait porté des millénaires. Seulement il se sentait toujours aussi seul.
Le soir même, Silnarën monta le dîner dans les appartements du roi. Legolas prit soin de divertir son père et y réussit pleinement. Il parvint même à le convaincre de se reposer pour la soirée.
Il la fallait bien, cette scène dans la bibliothèque ! Heureusement que Legolas a tout fait nettoyer avant. J'espère que vous avez apprécié ce dernier instant père/fils.
Essy/Lotra : merci pour vos commentaires ! J'espère pouvoir vous surprendre jusqu'à la fin. Quels sont vos pronostiques ?
Lotra : tu trouves ça suspect qu'on fasse attention à ne rien renverser quand on tient un plateau rempli de nourriture avec des verres et tout qui doivent valoir une fortune ? J'ai déjà du mal à ne pas renverser mon thé alors un plateau complet... XD
Merci aussi à ceux qui ont mis l'histoire en alerte/favori.
Prochain chapitre très long qui amènera le fin mot de l'histoire !
