Comme convenu, Thranduil envoya à la fin de la semaine deux groupes d'elfes : le premier à destination d'Erebor, le second à destination du Val. Il les observa quitter le royaume avec la satisfaction de savoir qu'il avait protégé les siens et qu'il renforcerait leurs défenses.

Legolas et Tauriel poursuivirent leurs excursions dans la forêt pour la nettoyer des araignées. Ils détruisaient chaque jour des dizaines de nids. La fureur de Dol Guldur n'atteignit pas les elfes : la forteresse maudite du sud était privée de ses espions.

Thranduil guérit complètement. Il reprit peu à peu les entrainements : d'abord en privé puis ouvertement sur le camp d'entrainement de l'armée. Il avait récupéré une excellente forme physique et passait du temps auprès des siens. A nouveau, il se promena sous les arbres de son royaume et donna de fastueuses réceptions. Il n'y avait plus désormais de goûteurs ni de gardes. Il entretenait une correspondance assidue avec les royaumes voisins, en particulier Erebor et le Val, même s'il n'oubliait pas Elrond. Curieusement, il avait désormais plus de rapports avec les nains de la montagne solitaire qu'avec ses propres parents du sud : la dernière fois qu'il avait des nouvelles de la Lothlorien datait de plusieurs mois.

Quatre semaines après sa capture, Cyriel se tua dans sa cellule malgré la surveillance des gardes. Il ne fut guère pleuré : bon nombre d'elfes voulaient sa mort, si bien que Thranduil avait ordonné que les médecins et les apothicaires s'assurent que le décès était naturel. Il l'était et Thranduil lui offrit le rite funéraire des elfes sylvains en dépit de la colère de son peuple. Il resta seul devant le bûcher jusqu'à ce que les flammes disparaissent totalement du brasier.

Silnarën, lui, était trop lâche pour s'ôter la vie : il tournait en rond, désespérait de voir son épouse et hurlait à qui pouvait l'entendre de le laisser la rencontrer. Les gardes essayaient de ne pas l'écouter.

Deux mois plus tard, des écuyers sellèrent des animaux de bât. Ils installèrent deux petits coffrets sur l'animal le plus robuste. Les autres animaux se répartirent quelques sacs. Autour, les chevaux de la garde royale piaffaient d'impatience. Les quinze soldats discutaient entre eux et vérifiaient qu'ils n'oubliaient rien. Droits et fiers dans leurs tenues dorées, ils allaient et venaient lentement entre les chevaux harnachés. Chacun souriait et plaisantait. Ils gardaient un œil sur les écuyers et sur Feren, dont la maladresse et la timidité étaient légendaires. Le messager les accompagnerait mais il avait des difficultés à maîtriser son nouveau cheval. En tête, le grand cerf bramait, impatient de prendre la route pour la première fois depuis trop longtemps.

Thranduil, Legolas et Tauriel apparurent finalement peu avant neuf heures. Le roi comme le prince portaient leurs couronnes ciselées dans l'argent le plus pur. La brise faisait voler leurs cheveux blonds et leurs longs manteaux. Thranduil se tint sur le perron de son palais et balaya ses soldats du regard. Un demi-sourire apparut sur son visage. Il salua ses soldats d'un hochement de tête et descendit les marches qui le séparaient d'eux.

Derrière eux, deux gardes encadraient un Silnarën effrayé aux mains liées dans le dos. Nerdaël les rejoignit, lui également vêtu de son armure. Sa boiterie n'était plus qu'un lointain souvenir grâce au mécanisme des nains.

« Devons-nous le faire marcher ? interrogea l'un des soldats en approchant les chevaux.

— Il nous ralentirait ! jugea Thranduil. Laissez le monter mais gardez les rênes du cheval.

— Je ne m'échapperai pas, promit faiblement le traitre. Je vous le promets !

— Je crains que votre parole ne pèse plus grand-chose ! rétorqua Legolas.

— Nous ne vous laisserons pas essayer, de toute manière », trancha Thranduil.

Comme à son habitude, le Roi passa en revu ses troupes. Chaque elfe se tenait devant son cheval tandis que Feren tenait les rênes du cerf. Les harnachements étaient rutilants, parfaitement entretenu, les chevaux piaffaient d'impatience et les elfes restaient immobiles et attendaient l'autorisation de monter en selle.

« Nous partons ! » ordonna Thranduil en flattant l'encolure de sa monture.

D'un saut, il monta sur son cerf tandis que ses soldats faisaient de même. D'un léger coup de talon, Thranduil fit avancer sa monture au petit trot. Feren sonna dans le cor et le départ fut donné.

Les cavaliers traversèrent la forêt en utilisant la route des elfes vers l'est. Thranduil chevauchait en tête. Il ne se retourna jamais. Legolas, à ses côtés, ralentissait régulièrement et s'assurait que tout allait bien à l'arrière. Les soldats de la garde suivaient. Au milieu d'eux se tenait Silnarën, qui n'osait faire un geste. Ses mains n'avaient pas été déliées et cela contrariait son équilibre.

Le silence régnait, hormis de courtes interpellations de Legolas. Silnarën ignorait toujours la raison de sa présence. Il avait tenté de poser des questions mais ses gardes avaient coupé court : un mouvement sec sur la longe avait fait bondir le cheval. Le bond avait presque désarçonné le traitre. Il n'avait plus ouvert la bouche depuis.

La lisière de la forêt était en vue. Les sinistres arbres gangrenés par le mal laissaient à nouveau passer la lumière. C'était une lumière bienvenue pour Silnarën qui en avait par-dessus la tête des éclairages artificiels des elfes.

Le cerf de Thranduil dépassa les derniers arbres, bientôt suivi par le reste des cavaliers.

« Nous arrêtons nous ici ? demanda Tauriel.

— Ce sera suffisant, estima Thranduil. Détachez-le ! »

Nerdaël trancha les liens de Silnarën. Un autre garde l'attrapa par le bras et le fit rudement basculer. Sans ses réflexes de soldat, le traitre aurait mordu la poussière.

Aucun des gardes ne démonta, pas plus que Thranduil. Le roi toisait le traitre. La colère et le dégout se mêlaient dans son regard et l'elfe craignit pour sa vie. Etait-il sorti du royaume pour se faire assassiner ? Il frissonna de peur, le visage blême et les mains tremblantes.

« Ne me tuez pas ! bredouilla-t-il. Je suis un elfe ! Ne me tuez pas ! »

Ce n'était pas le plan de Thranduil : un garde détacha deux sacs d'un cheval de bât. Il les jeta à Silnarën.

« Je vous ai menti, déclara Thranduil. Je vous avais dit que votre épouse avait confirmé votre alibi. C'est faux. Elle nous a informé que vous vous étiez absenté près d'une demi-heure, un temps amplement suffisant pour escalader un arbre et me toucher avec les flèches. Elle m'a cependant demandé de vous laisser une chance. Une dernière chance de vous faire revenir parmi les vôtres ! »

Silnarën se recroquevilla, les mains serrées autour des deux sacs.

« J'ai accepté et j'ai fait accuser Nerdaël de vos crimes, poursuivit Thranduil. Vous saviez qu'il était innocent. Si vous vous étiez dévoilé pour le sauver, j'aurais été clément et peut-être que votre épouse vous aurait pardonné. Vous ne l'avez pas fait ! Pire encore, vous avez tenté une troisième fois de m'assassiner. Vous avez laissé un innocent supporter le poids de vos crimes et en avez perpétré un autre ! »

Thranduil resta silencieux. Il observa le traitre, ratatiné sur lui-même en apprenant que sa propre épouse l'avait dénoncé. Il la comprenait. Il n'avait jamais voulu qu'elle connaisse l'infâme rôle qu'il avait endossé.

« Je l'ai fait pour elle, murmura finalement Silnarën. Le mal va anéantir la Forêt Noire ! Les elfes seront anéantis ! C'était le seul moyen de la sauver ! Les spectres de Dol Guldur ont promis de ne pas la tuer !

— Et vous pensez réellement qu'ils tiendraient parole ? s'exclama Legolas avec stupéfaction. Si le monde brûle, croyez-vous sérieusement pouvoir y échapper ?

— Les spectres ont donné leur parole, murmura encore Silnarën mais lui-même n'y croyait plus. Mon épouse…Viendra-t-elle ?

— Votre épouse a fait son choix et elle vous offre à nouveau une chance, révéla Thranduil. Peut-être celle-ci, parviendrez-vous à la saisir. Elle a pris un navire pour le royaume de Valinor avec votre fils. Vous ne pourrez la rejoindre, pas davantage la revoir. Le navire a quitté les quais la semaine dernière. Si vous vous rachetez, les Valar vous laisseront vous aussi prendre un navire vers l'ouest. »

Silnarën hurla de désespoir.

« Une chance ! siffla le traitre, vous appelez cela une chance !

— Silnarën, je vous banni du royaume de la Forêt Noire, déclara Thranduil. Ne traversez pas mes frontières ou la mort vous trouvera. Vous ne trouverez nulle aide des miens, quelles que soient vos difficultés. Partez.

— Vous avez à présent à choisir : renoncer définitivement à ce que vous êtes et errer sans but jusqu'à ce que les années de votre vie soient écoulées, annonça Legolas avec compassion, ou vous battre et redevenir un elfe digne de fouler les terres sacrées de Valinor. Je vous souhaite de trouver la paix. »

Silnarën observa son roi et son prince. Il y décela pour la première fois la déception et la compassion qu'ils éprouvaient tous les deux. Il ouvrit le premier sac : des vivres. Il sut sans même le voir que l'autre contenait des vêtements et le nécessaire pour camper. Peut-être de l'argent si le roi avait été généreux mais il en doutait : il lui faudrait trouver lui-même de quoi faire du troc.

Le traitre referma le sac. Il le jeta sur son épaule et cala le second sous son bras. Il s'inclina, dernière forme de respect qu'il pouvait encore démontrer envers son ancien roi. A la place de Thranduil, il n'était pas certain d'avoir une telle mansuétude. Il s'éloigna sur la route quelques minutes avant d'obliquer vers le sud. Les royaumes d'Erebor et du Val étaient trop proches de la Forêt Noire. Il décida de tenter sa chance vers les royaumes du Sud, vers les terres sauvages ou peut-être en direction de la Mer de Rhun.

Le groupe d'elfes l'observa un long moment marcher vers le sud. Finalement, Thranduil talonna sa monture. Le cerf repartit à une allure paisible. Les chevaux le suivirent. Legolas chevaucha aux côtés de son père.

La nouvelle route était superbe. Large de vingt pieds, les pierres étaient grises et blanches mais les nains avaient ajouté des dalles de couleur pour l'égayer et marquer les distances car elles étaient séparées chacune de cent pieds. Des tourelles étaient encore en construction sur le bord de la route. Hautes de chacune soixante pieds, elles s'alignaient le long de la route tous les cinq cent pieds.

Connaissant les plans, Thranduil savait qu'au sommet des tours devaient se trouver de lourdes arbalètes. Tous les dix mille pieds, une tour deux fois plus haute abritait les feux d'alarmes et de nombreuses armes lourdes. Leur édification était presque terminée. Les ouvriers nains observèrent les elfes passer.

Les elfes atteignirent Dale dans la soirée. Leur présence suscita un vif intérêt des hommes du Val que Thranduil feignit d'ignorer.

Ils s'arrêtèrent aux portes d'Erebor et démontèrent. Avant même d'aller voir Thorin et Bard qui attendaient devant les hautes portes de la Montagne Solitaire, Thranduil fit venir Tauriel près de lui.

« Je ne resterai pas longtemps en Erebor, révéla Thranduil, uniquement le temps de vérifier que mes elfes répondent aux attentes de Thorin et de Bard. Et de payer ce drôle d'instrument de torture que les nains ont fait pour Nerdaël ! Je vous remercie de l'aide que vous nous avez apporté dans ces heures sombres.

— Votre reconnaissance n'a pas lieu d'être, Monseigneur, murmura Tauriel. J'ai payé ma dette envers mon royaume pour mes erreurs passées.

— Des erreurs compréhensibles. Vous avez toujours été brillante. La Forêt Noire vous accueillera toujours. Tauriel, vous êtes libre d'y rester.

— Je vous remercie, Monseigneur. Dale a également besoin de moi. Ils n'ont pas de guérisseur.

— Bien. Vous êtes aussi libre de revenir. »

Tauriel esquissa un sourire.

Thranduil se détourna de son ancienne capitaine des gardes et s'avança vers les deux rois qui l'attendaient.


FIN ! Et relativement heureuse malgré tous les morts qui ont eu lieu.

Nerdaël a récupéré son travail et ne souffrira plus de son handicap grâce aux nains. Silnarën a une seconde chance et saura peut-être en profiter. Thranduil va bien et a renforcé ses liens avec Legolas qui, lui, a assumé ses responsabilités et repris sa place dans son royaume. Tauriel est pardonnée.

Merci aux revieweurs et à tous ceux qui ont mis l'histoire en favori/alerte.