Confiture.

Il est onze heures du matin et la porte de la maison d'Angus s'ouvre enfin sur celui-ci. Venant tout juste de se réveiller, le taureau donne l'impression d'être de très mauvais poil et s'est en tirant une certaine gueule qu'il entame sa première promenade de la journée. Il lui faut plusieurs minutes pour regagner la seconde partie du village et lorsque ses sabots se posent sur la terre se trouvant de l'autre côté du pont, il tombe nez à nez avec Damia. Cette dernière tient un récipient en verre entre ses mains et celui-ci est fermé par un couvercle blanc.

« Bonjour Angus, comment vas-tu ce matin ? Demande-t-elle poliment.

- Bien à part que j'aurais aimé dormir plus longtemps.

- C'est de ta faute aussi !

- Pardon ?

- Ben oui. Ce n'est pas toi que j'ai vu errer dans le village jusqu'à une heure du matin cette nuit ?

- Si. »

Damia ne dit plus rien mais ne se retient pas pour sourire. Si Angus se couchait plus tôt, il pourrait dormir bien plus longtemps mais il faut croire que cette idée ne lui a jamais traversé l'esprit. C'est d'ailleurs pour cette raison que l'habitante lui sourit car elle sait très bien que le taureau n'est pas du genre à réfléchir rapidement.

« Et sinon, c'est quoi que tu tiens entre tes mains ? » Lui demande-t-il.

Sincèrement, la villageoise s'attendait à tout sauf à cette question. D'ailleurs, cela prouve bien que la conversation précédente n'a pas eu l'effet escompté et elle le regrette. Toutefois, comme Angus ne s'est pas montré désagréable avec elle, cette dernière veut bien lui répondre.

« Un pot de confiture que ma maman m'a envoyé.

- Une confiture à quoi ?

- Aux fraises, ma préférée.

- Tu as bien de la chance d'avoir une mère qui pense à toi.

- Parce que ce n'est pas le cas pour la tienne ?

- Il faudrait qu'elle soit vivante pour ça. »

Se rendant compte de son erreur, Damia culpabilise d'avoir abordé un tel sujet. Désormais, elle est convaincue que le taureau soit habité par de douloureux souvenirs et elle doit se dépêcher pour trouver un nouveau sujet de conversation.

« Pour revenir à tes ballades nocturnes, pourquoi ne pas les limiter jusqu'à minuit ? Ainsi, tu gagneras une heure de repos.

- Je voudrais bien mais j'arrive à fermer l'oeil qu'après cette heure passer. Si j'ai le malheur de m'endormir avant ou pile poil à minuit, mon cerveau va me jouer un tour et me réveiller vers deux ou trois heures du matin avec impossibilité de se rendormir.

- Tu as déjà essayé les somnifères ?

- Non car j'ai peur de devenir dépendant et puis bon, les merdes chimiques, très peu pour moi.

- Je comprends. En tout cas, si tu veux passer un matin pour déguster quelques tartines de confiture de fraise, cela me ferait très plaisir de te recevoir chez moi.

- Vraiment ? »

Damia hoche positivement de la tête en guise de réponse.