Répit.
Nous sommes le quatre janvier et la période des fêtes de fin d'année vient tout juste de s'achever. Alors que ma sœur traîne déjà du côté du centre-ville, voilà que je sors dehors à mon tour alors qu'il est déjà treize heures passées. L'air est frais et je me rends compte que le sol est recouvert d'un fin manteau blanc. Aucun doute, il a encore neigé cette nuit et le constater de mes propres yeux me rend particulièrement heureux. J'espère que je vais pouvoir m'amuser un minimum même si mon ventre me fait encore un peu mal.
J'ai trop mangé pendant la courte période qui vient d'achever et comme je conservais des restes dans le frigo et que je déteste gaspiller, je me suis dévoué pour les terminer. En ce qui concerne ma sœur, cette dernière s'est lancée dans un tout nouveau régime, comme chaque début d'année, dans l'espoir de rattraper ses erreurs passées. A quoi bon gaspiller la moitié de son temps à tenter de ressembler à une autre personne lorsque la conclusion de toute cette histoire sera le cimetière, comme tout le monde ? Au lieu d'en profiter pleinement, elle préfère changer pour tenter de plaire à une tierce personne… Comme c'est triste.
Tandis que je marche tranquillement vers le bâtiment administratif de la ville, j'entends des battements d'ailes venant d'au-dessus de ma tête. Etant curieux, je lève mes yeux au ciel et là, je vois Antoine qui arrive dans le secteur, poursuivant sa livraison quotidienne. Quelques secondes plus tard, l'oiseau se pose à mes côtés et attrape sa besace. A cet instant, je remarque qu'il est habillé chaudement et j'aime beaucoup la petite veste bleue rembourrée qu'il porte sur son poitrail. Visiblement, ce vêtement ne semble pas le gêner pour voler et je dois reconnaître que ce facteur a un minimum de goût.
« Bonjour Jaysher et bonne année.
- Bonne année à toi Antoine. Tu as une lettre à me remettre ?
- Oui. »
Peu de temps après, la lettre que devait me remettre l'échassier se tient dans mes mains et je ne me montre pas pressé pour la lire. Si cela se trouve, elle contient quelque chose d'important mais pour l'heure, je préfère réfléchir à d'autres sujets qui me préoccupent davantage. Soudain, j'entends Antoine soupirer très longuement.
« Un souci ? Lui demandai-je.
- J'aimerai m'accorder un répit de quelques jours histoire de souffler un peu.
- Pourquoi ne pas en parler à ton patron ?
- Il refuse.
- Et je présume qu'il n'y a aucun syndicat là où tu travailles ?
- Non mais j'estime qu'il est temps que chaque employé fasse valoir ses raisons. Cette dictature a trop duré.
- As-tu eu l'occasion de discuter avec les employés de Nook ?
- Méli et Mélo ? Pas vraiment. Pourquoi ?
- Si tu as l'occasion de le faire dans les jours à venir, n'hésite pas. Ensuite, tu viendras me voir et nous prendrons le temps de bavarder un peu.
- Pourquoi pas maintenant ? »
