Minuit.
Nous sommes en février et cela fait déjà un moment que je n'étais pas revenu par ici. Je me suis offert des vacances loin de ce village et je n'ai pas hésité à laisser ma petite sœur derrière moi. J'aurais pu l'emmener avec moi mais j'ai ressenti un besoin de m'isoler de tout, être vivant comprit. Maintenant que je suis de retour, je me rends compte que rien n'a changé pendant mon absence, surtout concernant les habitants. Les arbres n'ont toujours pas de feuillage pour la plupart et une fine couche blanche recouvre le sol.
Comme pour parfaire mon rôle de bien m'occuper du village, je suis occupé à déblayer les sentiers afin d'épargner les quelques fleurs qui arrivent à percer malgré ce temps exécrable. Je ne tiens pas à voir l'un de mes voisins marcher sur l'une d'entre elles. Ensemble, ces fleurs constituent le seul élément qui apporte un peu de couleur dans ce paysage de désolation. Par moment, lorsque j'entends un bruit étrange, j'ai peur de voir une bête étrange sortir de sa cachette et s'enfuir. Une telle vision me ferait mourir à coup sourd, surtout si je me tiens aux alentours de ma maison.
Soudain, le vent redouble sa puissance. J'arrive à garder ma pelle en main mais si la force aurait été plus forte, elle se serait échappée. Alors que je pense que cela va se calmer très vite, voilà qu'une pluie glaciale commence à tomber. Avec la force du vent, je suis frappée par celle-ci et mon front ne tarde pas à me faire souffrir à cause du froid. Je dois trouver un abri au plus vite car si je reste plus longtemps, je vais attraper du mal.
Cherchant un abri du regard, je vois une belle touffe de cheveux qui passe à hauteur du panneau d'information. Toutefois, j'ai l'impression que c'est le vent qui guide les pas de ma voisine car tantôt elle marche à droite et subitement, la voilà ramener brutalement en arrière. Ce n'est pas marrant de sortir dehors quand le vent souffle dans vos cheveux, surtout quand il y en a autant.
« Non mais on a jamais vu un temps comme ça ! » Crie-t-elle à qui veut bien l'entendre.
Lorsqu'elle s'arrête devant le panneau et que je la vois écrire dessus, je ne tarde pas à mettre un nom sur cette impressionnante masse capillaire. C'est Opélie. Pour plaire à Antoine, cette dernière s'est fait poser des rajouts frisés et noires histoire de le séduire. Hélas, cette tentative ne récolte aucun fruit à l'heure actuelle et j'ignore quoi faire pour aider notre guichetière préférée. Et puis de toute façon, il n'est jamais bon de se mêler des affaires de couple. Si la nature ne se réalise pas d'elle-même, qu'est-ce que je pourrais faire de plus ?
Si cela se trouve, Opélie et ma petite sœur se sont rapprochées et avec de la chance…
Je suis en train de réaliser ce qui s'est passé pendant mon absence et cette idée me fait froid dans le dos.
