Yooop ! Me revoilà avec le chapitre 12 ! Comment ça on est pas jeudi ? Ah bah oui on est mercredi ! En fait vous le méritez bien ! J'ai été agréablement surprise de voir que le chapitre 11 a été très apprécié et comme j'ai de l'avance, j'ai décidé de vous en faire profiter ! Je me suis régalée à vous lire ^^ Je sais pas si c'est la baston ou la révélation de Bellamy mais si c'est ça je vais lui faire déclarer sa flamme plus souvent à ce grand fou ou bien les faire se battre encore les deux là :P Haha ! Enfin... Merci merci merci pour vos retours ! Merci (oui encore un xD) au passage à Guest et ClexHeda que je n'ai pu remercier personnellement :)

Temps orageux pour le Clexa, sortez les mouchoirs... Allez bonne lecture ! :P doubi tu gères !


Chapitre 12 : Sur la route

Lexa retint une grimace en gardant la poche de glace contre son œil au beurre noir : Abby était en train de toucher la côte où un bel hématome sombre s'était formé moins de 24h après sa violente altercation avec Bellamy. La doctoresse était douce dans ses gestes mais la zone faisait souffrir la brune. Elle avait d'autres bleus, ils étaient éparpillés un peu partout et moins importants, ils disparaitraient avec le temps. Sa lèvre était légèrement amochée sur sa commissure droite et son œil droit avait dégonflé pour laisser place à un cercle sombre autour.

- Je ne pense pas qu'elle soit cassée. Je dirais qu'elle est légèrement foulée. Une radio nous permettrait d'être sûr.

- La radio ça veut dire l'hôpital, ce qui veut dire mettre au courant Anya.

- Oui, acquiesça l'adulte.

- Je préférai éviter.

- Je comprends mais tu dois me promettre que si tu as des difficultés respiratoires ou encore une douleur intense, il faudra se résoudre à faire cette radio. Je ne plaisante pas avec ça. Ce genre de blessure peut amener à des complications qu'on croit bénignes avant de se rendre compte que c'est grave.

- Oui si j'ai vraiment trop mal je vous le dirais.

- Bien.

Elle sursauta légèrement en sentant la pommade froide sur son hématome. La température la soulagea malgré les appuis secs et sûrs de la doctoresse pour étaler. Elle avait l'impression de voir Clarke en train de dessiner. Les deux femmes avaient le même visage sérieux quand elles faisaient quelque chose qui les passionnait. La jeune attendit qu'Abby s'écarte d'elle pour descendre doucement du siège d'auscultation en baissant son t-shirt. Son corps était douloureux mais son esprit aussi : Clarke ne lui avait pas adressé la parole depuis l'incident et l'avait encore moins laissé approcher. Cela faisait deux jours maintenant.

- Ne mets pas de soutien gorge pendant une quinzaine de jours. Il ne faut surtout pas faire pression sur la côte.

- D'accord.

- Tu veux discuter de quelque chose d'autre Lexa ?

- Comment vous y prendriez-vous pour demander pardon à quelqu'un qui compte pour vous ?

La question désarçonna la médecin qui était plutôt mal placée pour y répondre au vu de sa relation houleuse avec sa fille unique mais elle répondit tout de même :

- J'imagine que j'essayerai d'être sincère autant que je peux l'être.

- Et si la personne ne veut pas vous écouter ?

- Alors il faudra être patient. Très patient… Soupira Abby légèrement attristée.

- Je vois. Merci Abby.

- De rien Lexa.


- Hey, souffla la Woods en s'approchant de Clarke qui peignait lentement des détails sur le visage qu'elle avait entamé depuis plusieurs jours maintenant.

La blonde tourna à peine le visage vers la brune. Elle continua à donner des petits coups de peinture noire autour des yeux de son œuvre.

- Salut, répondit-elle seulement.

Le cœur de Lexa se serra devant la froideur de son amante. Elle alla pour lui attraper la main mais Clarke se déroba :

- Ne m'approche pas.

L'ordre avait été sec et dur pour la brune qui fronça les sourcils. Elle ramena son bras le long de son corps, sincèrement peinée.

- Clarke… Pourquoi tu refuses de me parler ?

- Je te parle.

- Tu sais bien ce que je veux dire.

- À quoi bon parler puisque de toute façon tu fais bien ce que tu as envie. En quoi mon avis est important ?

- Qu'est-ce que tu veux dire ? Je comprends pas…

L'artiste ne lui répondit pas et continua à tracer une forme sombre sur le haut du visage : cela ressemblait à un masque ou une peinture de guerre. Le visage n'était plus le même, plus aussi doux qu'à son départ. Il était durci et presque violent.

- Ça représente quoi ? Tenta la brune désorientée.

- Tes ténèbres. Le masque que tu portes au quotidien pour tromper les gens.

- Clarke je te jure que je le referais pas ! S'exclama t-elle en allant saisir les épaules de la blonde qui se crispa.

- Ose me dire que tu ne le referais pas si l'occasion s'en présentait. Ose me dire que tu n'irais pas fracasser n'importe quelle personne qui se montrerait un peu trop proche de moi ! Répondit froidement la jeune.

Les lèvres de Lexa se mirent à trembler devant le dilemme. Les yeux bleus de Clarke s'étaient assombris et ils semblaient la sonder au plus profond d'elle même. La blonde finit par s'écarter d'elle.

- Au départ ça m'amusait tes réactions hyper protectrices, j'ai pris ça pour un jeu mais tu t'es bien foutu de ma gueule en réalité.

- Non ! Pourquoi tu dis ça ? Clarke je te jure que non…

- « C'est que purement sexuel », « Je te demande pas une relation princesse, ne t'inquiète pas », répéta durement la jeune. Ce que tu as fait à Bellamy… Tu me l'as fait à moi. Tu m'as autant fait du mal qu'à lui ! J'ai pris chacun des coups que tu lui as donnés. Je ne suis pas ta chose ! J'ai aussi un cerveau avec lequel je peux prendre mes propres décisions ! On a jamais parlé d'exclusivité !

- Clarke…

- Fous-moi la paix maintenant. J'appelle un éducateur sinon.

- Je t'en prie Clarke me fais pas ça ... Je voulais…

- Tu as pris soin de moi le temps de mon sevrage. Je t'ai sauvé la mise cette fois. On est quitte.

Les jambes de la brune lui parurent soudain très lourdes, presque incapables de la porter. Les paroles de Clarke étaient dures et vraies. Elle avait dépassé les bornes en sautant sur Bellamy pour le battre à mort. La scène n'arrêtait pas de repasser en boucle dans sa tête : elle revoyait Clarke essayant de lui expliquer et la retenir mais c'était plus fort qu'elle, il fallait qu'elle extériorise toute cette rage qui bouillonnait en elle à l'encontre du grand brun. Anya avait raison, à force de jouer avec le feu à ne pas lui révéler ses sentiments et se réfugier derrière sa jalousie, sa violence, elle avait fait fuir la blonde. Elle venait de la perdre. Cette révélation la fit tomber à genoux au sol alors que des larmes s'échappaient de ses yeux et que ses mains se serraient sur la terre sèche.

- Je suis désolée, sanglota t-elle. Tellement…

Elle sentit le regard de la blonde sur elle quelques instants avant de l'entendre partir après qu'elle ait balancé brutalement son pinceau dans un sceau. Elle la regarda marcher le long du mur où la fresque s'agrandissait avant de la voir disparaître sous l'arche du ranch.


- Allez, démarre ma vieille, démarre ! Grogna Raven en tournant la clé dans le contact tout en appuyant sur l'accélérateur.

Un grognement de moteur se fit entendre sur plusieurs secondes.

- Démarre putain de bordel de merde !

La mécanicienne frappa brutalement sur le volant lorsque le véhicule brouta de nouveau avant d'émettre un grand bruit d'accélération. Les yeux noirs de la brune s'ouvrirent de surprise alors qu'un grand sourire lui barrait le visage.

- Yes ! Yes ! Raven Reyes t'es la meilleure ! S'exclama t-elle tandis que le moteur ronronnait bruyamment. Va te faire foutre Wick ! Je suis la plus grande mécano du monde !

Elle se dépêcha d'éteindre pour ne pas se faire repérer et vérifia son rétroviseur intérieur pour être sûre que personne n'arrivait derrière elle. Elle était en joie, tout le monde lui avait dit que réparer ce tas de ferraille était une cause perdue d'avance mais elle l'avait fait ! Ça avait pris facilement six mois depuis son arrivée, le temps de récupérer les pièces pour remplacer les défaillantes mais c'était enfin bon. Elle n'avait plus qu'à vérifier la pression des pneus et faire le plein d'essence en volant dans la réserve de Pike et cette nuit la route serait à elle. Si elle avait bien compté, elle devait être dans les temps pour pouvoir récupérer Wick à la prison d'État de Corcoran. Elle en aurait pour dix heures de route environ ce qui la fit se pencher sur la radio dont les fils étaient presque tous arrachés. Elle secoua la tête avant de se pencher à l'extérieur du côté conducteur pour attraper dans sa boîte à outil un tournevis et une pince. Ses doigts minutieux commencèrent alors à dévisser le tout pour pouvoir atteindre les fils à l'intérieur et ainsi les ressouder avec son matériel.

Lorsqu'elle fut satisfaite en entendant la radio fonctionner de nouveau, elle descendit et jeta le drap sur le véhicule en rangeant ses outils dans le coffre. Cette nuit serait celle de sa renaissance. Adieu le ranch. Elle eut soudain un pincement au cœur en pensant à Octavia et Clarke : les deux filles étaient de bonnes amies mais Wick lui manquait tellement… Elles comprendraient sûrement. Une fois son affaire réglée, elle se dirigea vers le bâtiment de vie commune pour participer à la préparation du repas. Elle allait faire comme d'habitude malgré son excitation : le tout était de ne rien montrer.


Clarke était appuyée contre la barrière du paddock où Sugar et sa mère profitaient d'un peu de liberté. Le poulain semblait hystérique de pouvoir sortir du boxe, aussi sautait-il un peu partout en donnant des petits coups de cul joyeux qui ne manquèrent pas de faire sourire la jeune malgré son trouble. Au moins un des trois respirait la joie de vivre ici. Elle n'arrivait pas à faire sortir la vision de Lexa qui s'écroulait par terre en lui demandant pardon. Ça lui avait fait beaucoup de mal de lui dire ces choses et encore plus de la voir si vulnérable mais elle ne pouvait pas laisser passer.

Lexa avait dépassé les bornes en se montrant si violente. Elle n'avait rien fait de mal : danser avec Bellamy n'était pas un crime et il voulait avant tout lui faire plaisir plutôt que faire du mal à la brune. Certes d'un point de vue extérieur, la scène pouvait porter à confusion mais elle n'avait aucune arrière pensée en acceptant la proposition du Blake. Elle se sentait trahi par le comportement de son amante et son manque de confiance évident envers elle. De plus, elle ne supportait pas l'idée de s'être fait tromper : elle ne s'était pas tout de suite rendue compte du côté hyper possessif de la jeune à son égard, en vérité, elle voulait la garder uniquement pour elle. Elle avait l'impression de se retrouver prisonnière d'une autre drogue. L'héroïne avait fait d'elle quelqu'un de faible et peu sûre d'elle, Lexa était en train d'avoir le même effet : à se faire surprotéger et vouloir éviter tous les conflits avec elle, elle se coupait petit à petit de ses liens sociaux et il en était hors de question. Pas maintenant alors qu'elle reprenait enfin goût à la vie grâce à la présence de tous ces jeunes.

Elle se doutait bien qu'avec son passé compliqué dont elle ne connaissait que les prémisses, la faute n'était pas totalement imputable à la brune, mais elle avait du mal à digérer. D'un autre côté, les sourires, les caresses, les murmures et les baisers de la jeune lui manquaient horriblement depuis ces deux jours de break. Elle avait l'impression de vivre un véritable rodéo sentimental : elle ne pouvait pas dire qu'elle aimait passionnément la brune mais elle ne la détestait pas pour autant, loin de là. Elle ressentait des émotions fortes en sa compagnie mais pas aussi développées qu'elle, car elle se doutait que Lexa attendait plus d'elle à présent. Elle ne savait même plus si elle était capable d'aimer sincèrement. La mort de son père avait éteint sa petite flamme de passion et le goût de l'aventure pour la recherche du bonheur. Finn avait réussi à lui faire légèrement ouvrir les yeux mais comme pour son début de relation avec la belle brune, ça n'avait été que physique bien qu'elle avait ressenti une douleur bien réelle en le retrouvant sans vie ce jour noir.

Elle soupira quand le visage de Lexa lui revint en tête. Elle sentit son cœur se serrer et ses yeux s'humidifier alors qu'elle se repassait leurs bons moments ensemble. Elle se sentait vivante à ses côtés, unique et aimée pour ce qu'elle était. Elle repensa au départ que la brune lui avait annoncé aussi, était-il bon de vouloir s'accrocher à une relation sans lendemain ? Elle se savait condamnée à rester au ranch pendant un bon moment encore à cause de sa mère et de ses rechutes tant mentales que physiques. Elle était totalement perdue et se savait égoïste de juger son amante aussi durement mais elle ne supportait plus la violence qu'elle provoquait chez la brune. La voir dans cet état de colère avait été si effrayant, serait-elle même capable de lever la main sur elle un jour si elle refusait de plier l'échine ? Elle secoua la tête à cette pensée : Lexa ne lui ferait jamais du mal physiquement, elle en serait incapable. Elle était la plus douce des jeunes femmes qu'elle avait fréquentées et c'est pour cette raison qu'elle était effrayée par la Lexa s'étant battue avec Bellamy. Cela lui rappela qu'elle était aussi sa première fois avec une fille, elle qui n'était sortie qu'avec des garçons plus jeune, l'expérience était toute nouvelle. Des questions sur son orientation sexuelle ne cessaient de naître dans son esprit car leurs étreintes étaient si passionnées… Jamais elle n'avait ressenti une intensité pareille. Elle était en totale fusion avec la brune lorsqu'elles faisaient l'amour. « Faire l'amour », cette pensée lui tira un sourire alors qu'elle repensait à la fois où c'est elle qui avait dominé la brune qui n'était pas de ce genre là.

- Clarke ?

La blonde sursauta alors que sa mère s'approchait d'elle.

- Tu as l'air pensive et triste.

- C'est le cas, acquiesça la blonde.

- Pourquoi ?

Clarke ne répondit pas. Elle ne se sentait pas vraiment prête à discuter ouvertement de ses relations sexuelles perturbées avec sa mère.

- C'est Lexa qui te travaille.

- Comment le sais-tu ? S'étonna sa fille.

- Quand tu es venue me voir, tu m'as supplié de les aider car tu ne voulais pas qu'elle, « qu'ils » partent, corrigea sa mère avec un petit sourire.

- Une simple erreur… Souffla la blonde mal à l'aise.

- Elle est importante pour toi n'est-ce pas ?

- Je ne sais plus.

- Tu l'es pour elle en tout cas. Elle m'a demandé ce matin la meilleure façon selon moi pour que tu la pardonnes.

- Elle t'a demandé ça ?

- Pas avec ces mots exacts mais c'était le fond de sa pensée.

- Que lui as-tu dit ?

- D'être sincère et patiente.

- J'arrive pas à lui pardonner sa violence gratuite, fit sèchement la blonde.

- Pourtant, elle, elle te pardonne tout.

- Encore à prendre la défense d'un de tes patients, soupira sa fille.

- Non, c'est juste la vérité. Cette fille t'apprécie sincèrement. Je pense qu'elle serait capable de beaucoup de choses pour toi.

- Qu'est-ce qui te fais dire ça ?

- Elle me fait penser à ton père.

- À papa ? Pourquoi ?

- Dans notre jeunesse, il est allé casser la figure à un de mes professeurs de fac parce que celui-ci me tournait trop autour à son goût et me harcelait moralement en me mettant plus bas que terre. Ça lui a coûté une garde à vue mais il lui a mis la raclée du siècle et je n'ai jamais été aussi tranquille ensuite.

- Papa a fait quoi ?! S'étonna t-elle. Tu te moques de moi, papa était doux comme un agneau ! Il n'arrivait même pas à faire du mal à une mouche.

- Oui c'est vrai, rit Abby, - Je me rappelle encore quand il les attrapait pour les relâcher dehors, c'était horriblement chiant ! Dès qu'il avait le dos tourné, je sortais la tapette… Confia t-elle avec amusement. - Ton père était capable de beaucoup de choses pour me protéger.

- Pour te protéger…

- Oui. Je ne sais pas exactement ce qu'il s'est passé dans ce gymnase mais tout ce que je sais c'est qu'il n'y avait pas que de la vengeance personnelle dans le lot d'émotions qui les ont poussé à se battre aussi violemment. Après tout, ils se connaissent depuis plus longtemps qu'elle et toi, ces deux là.

Clarke leva ses yeux bleus sur sa mère et lui fit un sourire :

- Merci de m'avoir dit ça.

- De rien, répondit Abby en glissant sa main sur celle de sa fille. Tu sais Clarke, tu es devenue plus dure depuis la mort de ton père… Tu ne t'en rends pas forcément compte… Ce genre de drame change une personne.

La douce caresse réchauffa le cœur de la blonde qui lui murmura la voix légèrement éraillée après la remarque de sa mère :

- Je sais… Pardon d'être aussi dure avec toi… Je me rends compte jour après jour que je ne te rends pas la vie facile…

- Oh Clarke, viens là, souffla sa mère en la tirant vers elle pour l'enlacer.

Cela acheva la jeune qui se laissa aller pour pleurer quelques larmes crispées et silencieuses dans les bras de sa mère qui la serra encore plus fort tout en retenant difficilement ses propres larmes qui pointaient à leur tour le bout de leur nez. Elle serrait ses bras autour de Clarke tout en lui embrassant par moment ses cheveux blonds. Le parfum de sa mère était un mélange de jasmin et de lavande. Le nez de sa fille s'enivra de l'odeur comme pour être sûre de ne pas rêver cette étreinte improbable. Le cœur des deux femmes battaient à tout rompre alors que les ronces emprisonnant la douleur de leur deuil respectif se retiraient pour leur permettre de partager leur souffrance ensemble. Elles restèrent un long moment ainsi jusqu'à se faire interrompre par le museau du poulain qui vint les renifler puis les mordiller pour jouer. Un rire échappa à Clarke alors qu'elle allait caresser le petit.

- Oui, oui, je vais jouer un peu avec toi petit fou.

- C'est celui à qui tu as donné un nom ?

- Oui, je l'ai appelé Sugar.

- C'est joli, sourit sa mère en allant tendre ses doigts au jeune cheval qui se mit à les lui lécher avant de faire le difficile devant l'absence de lait.

Les deux femmes sourirent, attendries. Clarke souffla :

- J'ai quelque chose à faire, à plus tard ?

Sa mère hocha la tête et lui caressa une dernière fois la joue avant de repartir vers l'infirmerie.

- Maman ? L'appela soudain Clarke.

- Oui ? Se tourna Abby.

- On devrait parler de papa plus souvent…

Un sourire timide se dessina sur les lèvres de la médecin qui acquiesça de nouveau avant de voir sa fille partir vers le gymnase.


- Tu vas me dire qui t'as fait ce cocard ? S'agaça Anya en tenant deux petits boucliers de boxe dans ses mains sur lesquels frappait la grande brune.

- Non, répondit simplement Lexa en enchaînant quelques coups vifs.

- Si c'est Bellamy…

- C'est pas Bellamy ! Je me le suis fait toute seule bordel ! Je me suis pris le coin de ma table de nuit. Lâche-moi un peu !

- Surveille ton langage Lexa, la prévint l'éducatrice sportive.

La jeune grogna, elle était en sueur à force de s'entraîner. Elle avait besoin d'extérioriser sa douleur, aussi était-elle allée trouver la dernière personne qu'elle affectionnait vraiment. Elle grimaça quand sa côte blessée la fit souffrir et lâcha un léger gémissement de douleur avant de s'arrêter pour reprendre sa respiration.

- Qu'est-ce que tu as ?

- Rien, j'ai besoin de souffler un peu.

Anya lâcha un soupir agacé devant le silence de la jeune.

- J'ai l'impression d'être retournée trois ans en arrière. Tu m'expliques ?

- Je me suis levée du mauvais pied, c'est tout. Ça ne t'arrive jamais à toi ?

- Non. Ta table de nuit à l'air plutôt sauvage en tout cas. En plus du cocard, elle a forcé ta bouche pour te rouler une pelle ? Une vraie violeuse en série, tu devrais peut-être porter plainte, ironisa l'adulte en lui montrant sa lèvre abîmée.

Lexa soupira bien qu'amusée :

- C'est pas drôle.

- Moins que ta gueule de raton laveur borgne c'est sûr.

La jeune se retint de répondre vulgairement et leva les yeux au plafond en se passant une main dans ses cheveux.

- Allez, va te prendre une douche. Je suis de repas de mon côté.

- Oui, j'irais lire ensuite.

- Bonne idée.

L'éducatrice donna un petit coup amical dans le dos qui vibra jusqu'aux côtes de la brune qui se retint bien de faire un bond de dix mètres. Dès que l'adulte fut hors de portée, elle se mordit la lèvre avant de se plier en deux pour geindre :

- Ouh putain de bordel… Anya t'as vraiment le chic sérieux… Hmmm…

Elle avait tellement mal qu'elle ne remarqua pas que la porte du gymnase s'était ouverte deux fois. Quand elle rouvrit les yeux ce fut pour se retrouver face à Clarke qui la regardait d'un air inquiet et mal à l'aise.

- Ça va ? Demanda timidement la blonde.

- Clarke ? Sursauta la brune en se redressant ce qui la fit grimacer un peu plus.

La jeune hocha la tête avec une petite moue.

- Tu as l'air de souffrir, tu devrais peut-être aller voir ma mère ?

- Non, c'est juste Anya qui m'a filé un coup amical mais elle a tapé là où ça fait mal… Ça va passer dans cinq minutes.

Le fait de parler de la douleur avait aidé à casser le malaise entre les deux. Un long silence passa avant que Lexa ne reprenne, l'air peinée :

- Je croyais que… Tu ne voulais plus me voir… Qu'on était quitte.

- Je suis désolée de t'avoir dit ça. J'étais en colère.

Le visage de la brune se baissa sur le sol du gymnase. Voir Clarke la remuait au plus profond d'elle bien qu'elle était sincèrement heureuse.

- J'aimerais comprendre, souffla Clarke.

- Comprendre quoi ? Répondit Lexa avec une pointe d'espoir.

- Tout : qu'est-ce qui te hante dans ton passé pour réveiller chez toi une telle jalousie et violence ? Je sais que tu as été abandonnée à la naissance mais ça n'explique pas tout, et puis c'est qui ce premier amour dont tu m'as parlé ? Tu t'es quand même tatoué le bras pour elle…

- Si je te dis tout ça… Est-ce que tu me pardonneras ?

- J'espère, grimaça la blonde moins sûre d'elle tout à coup.

- Et pour nous deux ?...

- Chaque chose en son temps, d'accord ?

- Oui, je comprends, acquiesça difficilement la brune. Écoute, je vais aller me doucher. Tu n'as qu'à me rejoindre dans la chambre et je te raconterais.

- D'accord, merci.

La blonde la fixa encore quelques instants avant de repartir vers la sortie du gymnase. Lexa se retint de sourire bêtement, son cœur frappait fort dans sa poitrine. Elle espérait tellement que Clarke revienne sur ses paroles… La voilà qui se pointait alors qu'elle commençait à perdre espoir. Elles étaient liées, le doute n'était plus possible pour elle.


Lincoln récupéra souplement le ballon de basket dans un saut puissant avant de le lancer et de marquer un panier qui le fit sourire. Gustus et Nyko grommelèrent un instant avant que l'un d'eux ne récupère la balle pour tenter de percer la défense de l'éducateur qui leur fit signe qu'il faisait une pause. Les deux jeunes continuèrent leur match amical en compagnie de Bellamy et John. Le grand métisse s'essuya le visage avec son t-shirt qu'il venait de retirer et alla chercher un grand verre de limonade dans la cuisine des éducateurs. Il croisa Marcus qui était étrangement élégant en ce début de soirée de weekend. Le quarantenaire portait une chemise blanche légèrement ouverte et un jean qui semblait neuf avec des chaussures de ville. Il avait une barbe de deux jours qui lui donnait un charme indéniable.

- Beau gosse Marcus, sourit Lincoln.

- Merci, j'essaye d'être potable pour ce soir.

- Tu sors ?

- Oui, Abby a accepté de dîner avec moi.

- Oh c'est super ça. Un dîner amical ou…

- Ce sera à elle de décider, sourit l'homme.

- Clarke est au courant ?

- Je ne crois pas non.

- J'espère qu'elle ne le prendra pas trop mal. Leur relation est plutôt compliquée.

- Je pense qu'elle est assez mâture pour comprendre que sa mère a aussi envie de vivre en dehors de son travail, le rassura le sous directeur.

Alors qu'il allait partir, Lincoln le rappela :

- Marcus…

- Oui ?

- J'ai reçu un coup de téléphone tout à l'heure et ça m'a pas mal perturbé.

- De qui ?

- Une connaissance de fac qui a fait la formation avec moi.

- Il cherche du travail ? L'équipe est complète malheureusement…

- Non, en fait, il est tombé amoureux d'une de ses usagères et il pense que c'est la bonne personne.

- Oula, grimaça le supérieur. Sa hiérarchie n'est pas au courant, j'imagine ?

- Non, et il hésite à aller les voir. Tu penses qu'il devrait faire quoi ? C'est interdit ce genre de relations non ?

- Lincoln, le métier d'éducateur est avant tout un métier humain. Nous sommes confrontés au quotidien à nos émotions et à celles des usagers en difficulté. Donc il est tout à fait normal un jour de pouvoir tomber sous le charme d'un des usagers que l'on accompagne chaque jour mais dans ces cas là, il faut se poser les bonnes questions et surtout se protéger avant tout.

- C'est à dire ? Répondit le jeune homme un brin rassuré.

- Est-ce que l'usagère est mineure par exemple ou bien a t-elle sa majorité ? Dans le dernier cas ce sera moins compliqué pour eux de s'assumer mais il devra quitter la structure pour leur bien commun. Ceci afin d'éviter le malaise dans l'équipe de professionnels mais aussi avec les usagers. Il lui serait difficile de conserver sa position éducative… Les rumeurs et la jalousie vont vite dans les institutions sociales et peuvent être blessantes.

- Il m'a dit qu'elle était mineure.

- Ils ont dépassé le stade éthique de la relation éducateur-usager ou non ?

- Oui. Ils se sont embrassés et l'usagère voudrait plus, lui aussi.

- D'un point de vue professionnel, je dirais à ton collègue de stopper les choses avant qu'il ne soit submergé par une vague d'ennuis ingérables. D'un point de vue humain, s'il l'aime vraiment d'un amour sincère, il devrait aller voir sa direction pour en discuter et tenter de trouver une solution qui conviendrait aux deux parties. Il y a tellement de législations à prendre en compte…

Lincoln hocha doucement la tête avant de sortir son téléphone portable pour vérifier ses mails. Il sentit soudain la main de Marcus sur son épaule qui lui sourit doucement :

- Tu peux donner mon numéro professionnel à ta connaissance si jamais il veut en discuter. Je l'aiderai avec plaisir.

- C'est sympa de ta part Marcus, on a la chance d'avoir une direction aussi à l'écoute que toi et Thelonius ici. Je vais lui en parler. Bonne soirée à toi et Abby.

- Je suis bon alors ? Sourit le brun en prenant une pose un peu plus avenante.

- Si j'étais toi, je déferais un bouton de plus et je ferais ressortir légèrement ma chaîne, fit Lincoln en arrangeant la chemise de Marcus qui sourit. Voilà, parfait.

- Merci, rit son supérieur, amusé. Je fais un peu plus jeune comme ça, le taquina t-il.

Les deux hommes se serrèrent amicalement la main avant que Kane ne sorte de la cuisine pour aller chercher la doctoresse.


Quand Lexa sortit de la douche, elle trouva Clarke assise sur son lit. Elle remonta rapidement sa serviette pour cacher son hématome à la côte mais la blonde ne le manqua pas et sauta du matelas pour descendre le tissu afin d'observer la blessure qui s'étendait sur une large zone.

- Ça doit te faire mal…

- Non, tant que je fais pas de mouvement brusque avec mon côté droit ça va, la rassura la brune en frissonnant légèrement alors que les doigts de son amante se posaient délicatement autour de la peau noircie.

- Ma mère t'a donné de la pommade ? Elle m'en passait pour mes bleus sur l'intérieur des bras… Ça faisait son effet.

- Oui, elle m'en a donné. Elle est sur la table de nuit.

- Allonge-toi.

- Non Clarke, t'es pas obligée…

- Lexa, fit la blonde un brin agacée en claquant la langue.

La brune après une moue finit par rendre les armes et s'allonger sur le ventre. Clarke attrapa le tube de pommade tout en s'asseyant sur le côté pour faire glisser la serviette de bain afin de découvrir le côté mal en point. Elle appuya sur le tube avant de frotter la pommade entre ses mains pour ensuite aller l'appliquer avec une infinie douceur sur le grand bleu. Son regard ne put s'empêcher de survoler le dos tatoué de la brune qui lui aussi était couvert de bleus de différentes tailles. Elle sentit rapidement Lexa se détendre sous ses doigts et décida de continuer à la masser doucement avec de la pommade sur toutes les petites traces sombres qui changeraient de couleur au fil des jours.

- C'est pas joli joli tout ça… Lui fit remarquer la blonde.

- Ça disparaîtra vite, j'en ai vu d'autres…

- Ah oui ?

- Je me battais souvent plus jeune, confia la brune.

- Pourquoi ?

- Pour me sentir vivante et montrer que j'étais forte.

- Ton tatouage dans le dos… C'est pour montrer aussi que tu es forte ?

- En quelque sorte.

Elle sentit les doigts de la blonde survoler le grand tatouage avant de s'arrêter sur le plus grand des cercles noirs.

- Chaque cercle représente selon la taille qu'il a, la durée et l'importance que j'ai donnée aux familles qui m'ont accueillies quand j'étais plus jeune.

- Sept familles ?

- Oui, petite, ça a été plutôt simple de me caser. Les couples qui veulent une petite fille ne sont pas rares mais ça finissait toujours par foirer… Je retournai finalement à la case départ : le foyer. J'étais pas une gamine facile apparemment. J'ai pas beaucoup de souvenirs.

- Le plus gros représente quoi ?

- C'est pour moi la meilleure famille dans laquelle je suis allée. C'est là que je l'ai rencontrée.

Un silence se fit avant que Clarke ne demande bien qu'elle se doutait de la réponse :

- Ton premier amour ?

- Oui… Elle s'appelait Costia. Elle était fille unique d'un couple de grands avocats. Ses parents étaient adorables et j'ai franchement cru que le destin me souriait enfin quand je suis arrivée dans leur immense et riche maison. Encore plus quand je me suis retrouvée face à elle. Costia était une fille très coquette mais très timide, presque effacée comparé à moi qui était très rentre dedans et plutôt rebelle. Elle était vraiment belle, d'une douceur et d'une gentillesse sans nom. Elle déprimait seule alors ses parents ont décidé de lui trouver une sœur. Ils étaient un peu trop âgés et pris par leur travail, alors ils ont eu recours à l'adoption et j'ai eu le ticket gagnant.

- Continue, l'encouragea Clarke la gorge légèrement nouée devant la description que faisait Lexa.

- Nous sommes très vite devenues proches, presque inséparables ce qui a ravi ses parents. Ils m'ont fait une place dans leur famille comme si j'étais leur vraie fille et ils parlaient même de m'adopter officiellement pour que je porte leur nom. J'étais très heureuse. Nous allions en cours ensemble et je la défendais des sales gamins qui osaient lui faire du mal ou la rendaient malheureuse. J'étais un peu son chevalier servant.

- Son étoile gardienne, souffla la blonde avec difficulté.

- Clarke je peux arrêter…

- Non, non ! Continue, je veux savoir, tu m'as promis.

- D'accord… Costia était très fragile, physiquement et mentalement. Elle était malade. Sclérose en plaques, dit difficilement Lexa. Une vraie saloperie, ça lui bousillait petit à petit son système nerveux et malgré tout l'argent et les soins du monde, rien n'était vraiment possible. Au fil des années elle commençait à perdre ses capacités à se mouvoir seule et elle déprimait beaucoup malgré ma présence auprès d'elle. Elle rêvait d'une vie heureuse avec un prince charmant à ses côtés, elle était très fleur bleue dans son genre, trop innocente, rit légèrement la brune à ce souvenir.

- Le prince charmant c'était toi, en fait…

- On peut dire ça… Je saurais pas comment l'expliquer, mais j'étais en pleine découverte de ma sexualité et ma préférence pour les filles. Costia, elle se réfugiait dans ses bouquins à l'eau de rose… Elle me racontait tout ce qu'elle lisait et un jour elle a lu cette histoire où deux filles tombent amoureuses l'une de l'autre. Elle m'a demandé si j'accepterais de l'embrasser car elle n'avait jamais eu de premier baiser et se doutait qu'elle n'en aurait jamais avec sa maladie.

Lexa se gratta légèrement la gorge, gênée de ne plus sentir les mains de Clarke la masser. Elle sentait venir le malaise. Comme si la blonde s'en était aperçue, elle recommença à masser la jeune.

- On s'est embrassées… J'aurais jamais cru pouvoir ressentir ça pour ma sœur de cœur puisque les liens du sang ne nous réunissaient pas… J'ai aimé le baiser et elle aussi. On a commencé à se cacher de ses parents pour découvrir ce qu'était l'amour entre deux filles… Costia n'avait jamais été aussi heureuse que depuis que nous avions entamé une relation plus approfondie. Elle s'ouvrait de nouveau aux plaisirs de la vie et acceptait même de sortir malgré son fauteuil roulant qui avait fini par s'imposer entre nous après les béquilles.

- Pourquoi n'es-tu pas avec elle alors ? Si tu l'aimais tant…

- Notre histoire a dérapé quand ses parents nous ont surprises alors qu'on…

- Ah.

- Ils étaient en voyage et ne devaient revenir que le lendemain donc nous ne nous attendions pas à être surprises. Ils l'ont très mal pris et m'ont sorti de la chambre de Costia qui ne pouvait pas se lever. Je l'ai entendu leur hurler de me laisser et moi j'ai essayé vainement de leur expliquer. Je les ai même suppliés mais ils m'ont enfermé dans ma chambre. Le lendemain, j'étais de retour au foyer… Cinq années à la poubelle en une poignée de secondes, termina difficilement Lexa alors qu'une larme coulait le long de sa joue.

- Ils t'ont mis dehors parce que tu aimais leur fille ? Mais c'est horrible…

Clarke avait soudain envie de se serrer contre son amante. Elle devina que la position dans laquelle était la brune l'arrangeait car elle pouvait lui cacher son visage et par le même coup ses larmes, sa peine. Ces souvenirs semblaient remuer la brune au plus profond d'elle-même.

- Qu'as-tu fait ensuite ?

- Je me suis enfuie du foyer et je suis retournée là bas. Quand je me suis présentée, ils m'ont claqué la porte au nez et je pouvais voir Costia qui essayait tant bien que mal de me voir à travers les fenêtres mais les domestiques avaient leurs ordres et s'assuraient que nous n'ayons aucun contact visuel.

- Monstres…

- J'ai fini un soir par monter à son balcon alors que ses parents étaient partis en voyage et à la voir. Elle a réussi à venir ouvrir sa porte fenêtre et nous nous sommes retrouvées. Je lui ai proposé de s'enfuir avec moi, pour ne plus avoir d'adultes pour nous juger et nous commander. C'était stupide comme plan, nous n'étions que des gamines de 14 ans et elle était durement handicapée… Mais elle a dit oui. J'ai rempli un sac d'affaires et d'argent que planquaient ses parents et on a filé, difficilement mais sûrement.

- Tu veux dire que tu étais en charge d'une jeune handicapée sans avoir la moindre idée d'où vous rendre ?

- Oui, j'étais aveuglée par l'amour et la colère. Je l'ai entraîné avec moi. Ses parents ont averti la police, mais nous avons toujours réussi à leur filer entre les doigts. On ne se déplaçait jamais ensemble et on dormait dans des squats. On a passé deux ans à fuir.

- Comment as-tu géré sa maladie ?

- Il n'y a pas de traitement à proprement parler pour la sclérose en plaques, chaque porteur est unique. Elle aurait pu vivre cinquante ans comme dix ans, la maladie évolue différemment. Costia n'a pas eu de chance, la sienne a très vite évoluée et elle avait de plus en plus de mal à bouger. Elle déprimait beaucoup et a commencé à me rejeter en me voyant me mouvoir et toujours inquiète pour elle. J'ai tout fait pour essayer de lui redonner goût à la vie mais… Elle n'y arrivait plus. Un jour je l'ai retrouvé avec une seringue dans le bras.

Clarke frissonna en imaginant la scène et souffla doucement :

- Héroïne ?

- Oui, comme on vivait dans un squat, elle a réussi à convaincre un junkie de lui en filer contre de l'argent. Elle voulait oublier sa douleur.

- Ça a fonctionné ?

- Oui, après son planage, elle était presque trop souriante. J'ai cru un instant avoir retrouvé la Costia d'avant. J'étais si heureuse que je ne me suis pas méfiée.

- Elle en a voulu de nouveau…

Elle entendit Lexa avaler difficilement sa salive et serrer son oreiller alors qu'elle hochait la tête :

- C'est devenu très vite ingérable… Elle a liquidé toutes les économies qu'on avait et elle passait ses journées à se shooter. J'avais trouvé un petit boulot dans un magasin de sport qui avait accepté de me payer au black pour quelques heures et dès que je rentrais je la trouvais défoncée. Un jour, je l'ai même surprise s'envoyant en l'air avec un mec qu'elle ne connaissait ni d'Ève ni d'Adam ! Ça m'a brisé. Elle m'a supplié de rester, me disant qu'elle avait fait ça pour avoir sa dose du jour et qu'elle ne le referait plus, qu'elle arrêterait la drogue si je restais avec elle.

- Tu es restée ?

- Oui, je l'aimais, je ne pouvais pas la laisser tomber. Elle était là en partie à cause de moi. Elle aurait très bien pu contacter ses parents et revivre sa vie de petite poupée fragile et dorlotée mais elle n'a jamais fait le moindre geste dans ce sens. Les jours ont continué à filer et je l'ai vu dépérir encore plus alors qu'elle s'essayait au sevrage : une vraie catastrophe. Elle n'était pas du tout en mesure de faire ça seule, Costia était bien trop fragile. Alors je lui ai parlé de l'emmener dans un centre de désintoxication…

- Ses parents auraient été prévenus non ?

- Oui, donc elle a rejeté ma proposition. J'ai commencé à dealer des médicaments pour l'aider avec des bandes locales. Ça l'a aidé les premiers jours mais elle est très vite devenue accro aussi et j'étais complètement perdue.

- Je sais ce que c'est, souffla Clarke. Ils m'ont gavé de narcotiques à mon premier sevrage pour que ce soit moins dur mais le pire ça a été de me les retirer après… On te sèvre plusieurs fois, c'est à te rendre folle. J'avais envie de mourir.

- Elle aussi… Un soir je l'ai surprise en train de supplier un dealer qui était de passage dans le squat. Il l'a repoussé et l'a frappé brutalement. « Pas de bif, pas de dose » il disait. Je lui ai sauté dessus, la bagarre a dégénéré dans une violence incontrôlable. Les flics ont du intervenir pour nous séparer et on m'a emmené au poste tandis que lui allait aux urgences. Je lui ai fracassé la mâchoire et quelques os au passage. J'étais une véritable furie. La police a remarqué que j'avais une fausse carte d'identité avec un faux nom et âge. Ils ont tout de suite appelé les services sociaux qui sont venus me chercher pour me remettre au foyer le temps de me trouver quelque chose de plus adapté devant ma violence excessive.

- Le ranch…

- Oui, ils m'ont collé au ranch et je n'ai plus revu Costia. J'ai bien tenté de fuguer mais Anya était non stop derrière moi, elle sentait venir chacun de mes mouvements. J'étais invivable avec elle et les autres, jeunes comme adultes. Je cassais tout ce que j'avais à ma portée et me battais dès que j'en avais l'occasion. Anya m'a poussé à bout jusqu'à ce que je m'écroule et lui balance toute la colère que j'avais en moi. Elle m'a proposé de chercher Costia. Ça nous a pris facilement un an avant de la retrouver… Dans un cimetière. Ses parents l'avaient retrouvés après que le squat ait été signalé et nettoyé. Anya a fait du forcing pour savoir ce qu'il s'était passé pour elle…

- J'ai peur de savoir, lui souffla Clarke piteuse.

- Elle est partie… Avec des médicaments. Ses parents l'ont retrouvé un matin dans son lit sans vie avec des boîtes vides.

- Je suis sincèrement désolée… Elle avait l'air d'être une fille bien.

- Elle l'était, confia la brune cette fois-ci tremblante.

Raconter tout ça l'avait beaucoup remué, elle cachait ses larmes dans son oreiller pour que son amante ne les voit pas mais elle sentit rapidement la main de la blonde sur sa joue mouillée.

- Merci de m'avoir dit tout ça… Je comprends un peu mieux certaines de tes réactions maintenant… Le passé ne doit pas guider toutes tes réactions Lexa, Anya a sûrement dû te le dire… J'en suis le parfait exemple : à se laisser hanter par le passé, on en perd pied…

- Oui je sais. Je suis différente de la Lexa de cette période.

- Tu es forte et sûre de toi.

- Pas avec toi Clarke… Tu m'effraies et me passionnes.

- Je lui ressemble, n'est-ce pas ?

- Un peu.

- Si on doit être ensemble, je ne veux pas que tu te sentes obligée de me protéger à chaque seconde. Je ne suis pas Costia.

Lexa se releva brusquement, surprenant la blonde au passage qui laissa son regard échouer malgré elle sur la poitrine à présent découverte de la brune dont les yeux étaient humides et plein d'espoir.

- Alors tu veux bien me pardonner et me refaire confiance ?

- Seulement si tu promets de me laisser vivre comme je l'entends. Je n'ai pas besoin d'une commandante sur mon dos, Anya me suffit. Je veux pouvoir avoir des amis, profiter d'une danse amicale avec d'autres gens ou même des activités avec eux sans avoir à être jugée et témoin d'une bagarre gratuite en mon nom, la prévint-elle durement.

- Je promets de faire de gros efforts à ce sujet mais Clarke il va me falloir un peu de temps… Ce que je ressens pour toi c'est…

L'index de la blonde se posa sur les lèvres de sa vis-à-vis.

- Ne le dis pas, sourit-elle. Tu dois être maudite car après une fille handicapée physiquement sans vouloir t'offenser, tu as réussi à tomber sous le charme de la seule fille handicapée des sentiments qui existe dans ce foutu État de Californie…

- Ça prendra le temps qu'il faudra, souffla Lexa confiante en posant son front contre celui de la jeune sans la lâcher du regard, soulagée. Je serais patiente.

La forêt dans l'océan, les deux jeunes restèrent dans cette position un long moment avant que la voix d'Indra ne brise leur petite bulle de bonheur, les appelant pour le dîner.


Raven se redressa lentement dans son lit pour ne pas réveiller Ontari qui dormait profondément dans le lit d'à côté. Elle regarda le réveil qui affichait trois heures du matin. Elle retira ses draps avant de caler son traversin dessous afin de couvrir sa fuite. Elle sortit de sous son lit son sac d'affaires avant de le caler sur son épaule. Le plus doucement possible, elle ouvrit la fenêtre de leur chambre pour passer à travers cette dernière non dans une souplesse des plus probantes. Elle se retrouva sur le toit du bâtiment de vie commune. Ses pas étaient prudents sur les tuiles de la bâtisse qui la menaçaient d'une chute de plusieurs mètres si jamais elle glissait. Elle arriva finalement à la hauteur du grillage où des plantes grimpantes étaient enchevêtrées. Son pied chercha un premier appui avant d'en chercher un deuxième à mesure qu'elle descendait. Après cinq bonnes minutes d'escalade, elle se retrouva enfin au sol. Elle vérifia d'un coup d'œil si le bâtiment de vie des éducateurs était bien sans lumière et ce qu'elle vit la dérouta légèrement : par une fenêtre, elle trouva un peu de lumière avant de voir deux adultes en train de s'embrasser.

- Non mais je rêve… Grogna t-elle. Marcus et Abby non d'un boulon de bordel de cul… Fais chier ! Clarke va pas le croire !

Elle s'administra une petite claque sur la joue en se grondant elle même.

- Chut Reyes, rappelle-toi : pas de bruit. Tu te casses d'ici.

Elle se dirigea rapidement vers la vieille grange à pas aussi feutrés qu'elle le pouvait avant de soulever le drap de son moyen de transport. Elle jeta son sac d'affaires sur la place passager avant de monter et de mettre sa main sur la clé enfoncée dans le contact. Son cœur battait à tout rompre, elle avait l'impression de faire une énorme connerie à ce moment même. Une pensée pour Wick la décida finalement et elle tourna la clé pour faire grogner le moteur qui se mit en route sans difficulté. Elle glissa ses mains sur le volant avant d'enclencher la manette pour faire avancer le véhicule.

Rapidement, elle fut en dehors de la grange, roulant doucement pour ne réveiller personne. Elle jeta un coup d'œil à la chambre de la mère de Clarke mais celle-ci était éteinte cette fois. Elle expira alors qu'elle passait sous l'arche du ranch. Elle s'arrêta quelques secondes pour fixer son regard dans son rétroviseur intérieur puis son pied écrasa l'accélérateur tandis qu'elle s'engageait à toute vitesse sur le chemin poussiéreux menant à la route principale.

Les mains crispées sur le volant, elle s'attendait déjà aux sirènes de police l'attendant à la sortie du petit chemin mais il n'en fut rien : la route était vide et la nuit calme comme jamais. Elle tourna le bouton de la radio pour se sentir moins seule dans le véhicule. Comme pour la conforter dans son action, une vieille musique commença à lui faire tapoter ses doigts sur le volant tandis qu'un sourire se dessinait doucement sur son visage. Ses épaules se mirent à bouger en rythme avec la voix du chanteur tandis qu'elle se mettait à chanter à tue tête :

- Oh but I'm just a soul who's intentions are good… Oh Lord, please don't let me be misunderstood …! WOOUUUUUUHHH À MOI LA LIBERTÉ !


Libertéééé yeah (musique de Kill Bill en fond) /o/ Vole petite Raven ! Alors qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? Je sais pas pourquoi mais je crois entendre un soupir de soulagement concernant le côté Clexa haha :P C'était limite, vous pouvez dire merci à Abby pour le coup ! J'espère que vous avez moins envie de lyncher Clarke maintenant xD Et je me doute que vous voulez faire plein de bisous et câlins à Lexa ! Son passé vous a plu ? :) L'imaginiez-vous autrement ?

Je dois vous avouer quelque chose mes petit(e)s lecteurs/trices... Plus j'écris, plus je sens que la fin de la fiction arrive bientôt. Je pense que le 15ème chapitre sera le dernier... Au moment où je poste je travaille sur le 13ème chapitre et ça me semble inévitable au vu de ce qui attend nos petits délinquants préférés notamment une en particulier.

Bon ce coup-ci, je vous dis à lundi (si c'est trop loin plaignez-vous à MagRd :P) et n'oubliez pas, soyez bavards ! Je veux tout savoir! Qui sait si j'aurais pas encore un peu d'avance à vous faire partager :)