Miettes.
Onze heures du matin et je suis déjà dans la maison de Bill, le chien bleu. L'unique pièce est vide sauf si on compte les nombreux cartons qui traînent comme des mobiliers. Oui, le sportif s'apprête à nous quitter et son départ me brise le coeur. Cependant, ce clébard n'est pas le seul à aimer le sport au sein de ce village puisque Teddy l'ours se donne à fond tous les jours pour faire honneur à cette passion. Je devrais en faire autant car lorsque je baisse mon regard sur mon ventre, quelques tablettes ne pourraient que le rendre plus joli.
Par contre, je sais que je vais éviter de demander à Teddy d'être mon coach car je sais que je souffrirais beaucoup avec lui. En attendant, je discute avec le chien et je ne me suis pas privé pour lui dire que son départ me fait beaucoup de peine. La vie continue pour tout à chacun et je me rends compte qu'il en est de même pour celui qui se tient devant moi.
« Ne t'inquiète pas Jaysher, je t'enverrai des lettres.
- Vraiment ? Non parce que le peu de temps que tu étais parmi nous, la seule missive que tu m'as envoyé était pour m'annoncer le jour de ton anniversaire, c'est tout.
- Tu te trompes, je t'en ai envoyé beaucoup plus.
- Dans ce cas, pourquoi n'ai-je rien reçu ?
- Je l'ignore. Peut-être que Opélie ou Antoine se sont montrés négligeant. »
Navré mon petit Bill mais ne compte pas sur moi pour douter des compétences de ces deux oiseaux. Tu es un sportif et c'est connu, ces derniers n'ont jamais su montrer une grande intelligence. Je ne vois pas pourquoi tu échapperais à cette généralité.
« Tiens, dit subitement mon ami. Damia est passée hier soir pour m'apporter les restes d'un repas et comme je n'ai pas très faim aujourd'hui, tu veux bien m'en débarrasser ?
- Si tu veux. »
Aussitôt, le chien s'approche d'une pile de cartons sur laquelle repose un paquet recouvert d'un torchon bariolé. Il prend celui-ci dans ses pattes et me l'apporte. Dès que les miettes du repas se tiennent entre mes mains, je m'interroge sur le fait de rester ici ou rentrer chez moi pour les glisser dans mon frigo. Bien sûr, je reviendrais auprès de Bill une fois cette petite tâche effectuée mais j'ai peur qu'il le prenne mal.
« Tu devrais rentrer chez moi pour le mettre au frais. Ensuite, si tu souhaites profiter de mes dernières heures ici, tu sais où me trouver.
- Cela ne te dérange pas ? Il faut croire que mon voisin sait lire dans mes pensées, le bougre.
- Non et puis ainsi, je pourrais continuer mon rangement car tu me gênes un peu là. »
Conclut-il tout en rigolant. J'ignore comment je dois le prendre pour ma part mais je ne tiens pas à gâcher nos dernières minutes ensemble. Avant de déserter sa maison, je prends la peine de le remercier, ce qui est la moindre des choses.
