Hey hey heeeey !
Voilà le nouveau chapitre mes très chers lecteurs qui veulent ma mort (je vous aime huhuhu~) Comme promis il est plus long que le précédent, et jusqu'à présent c'est le plus long que j'ai écris pour cette fic. Il s'y passe certaines choses que je vais vous laisser découvrir dès à présent.
Bonne lecture~
ps : des boites de mouchoirs sont à votre disposition mais la direction tient à vous rappeler que les armes sont interdites à proximité de l'auteure.
CHAPITRE 6 : "If our love is tragedy why are you my remedy ? If our love's insanity why are you my clarity ?"
Le vendredi de la semaine suivante, Karasuno se présenta à Aoba Johsai pour un match d'entraînement qui était programmé depuis quelques temps déjà. Quand ils étaient arrivés, Kageyama et Hinata avaient tout de suite repéré Oikawa en train de s'échauffer avec les autres membres de son équipe. Ils s'attendaient à ce que le grand Roi vienne leur parler pour les taquiner comme il avait l'habitude de le faire, et ils avaient été plutôt surpris qu'il ne leur adresse en fait même pas un regard.
"Dites, il a pas l'air un peu bizarre Oikawa ?", Demanda Tanaka en se penchant vers Suga.
Le vice-capitaine hocha la tête et tous les autres acquiescèrent aussi. Kageyama ne le lâchait pas des yeux. C'était la première fois qu'il voyait son modèle du collège comme ça. Il semblait fatigué, tellement fatigué. Et est-ce qu'il ne semblait pas plus maigre aussi ? Il semblait avoir perdu un peu de muscles. Et son teint était grisâtre. Il se demandait ce qui avait bien pu le mettre dans cet état. Peut-être qu'il était tombé malade. En tout cas, s'il n'était pas au top de sa forme, ce serait un avantage certain pour eux, et peut-être qu'ils n'auraient pas à affronter son service de tueur.
Matsukawa et Hanamaki vinrent à leur rencontre alors qu'ils étaient aussi en train de s'échauffer, quelques cinq minutes avant le début du match, et ils s'approchèrent de Sawamura qui leur fit face en essuyant son front d'un revers de bras.
"Désolé", Commença Issei, "Notre capitaine n'est pas venu vous saluer, mais à vrai dire il n'est pas au mieux de sa forme en ce moment. Enfin j'espère qu'on pourra faire un bon match malgré tout."
"Qu'est-ce qui lui arrive ?", Demanda Daichi avec curiosité.
Les autres joueurs de Karasuno se rapprochèrent pour écouter. Takahiro soupira.
"Depuis le départ d'Iwaizumi, il est totalement déprimé...", Expliqua-t-il avec une mine un peu triste.
Tobio tressaillit et il balaya immédiatement le gymnase du regard pour constater qu'effectivement, l'As de Seijoh n'était visible nul part.
"Où est-il ?", Demanda-t-il
"Ses parents ont décidé de déménager à Kyoto il y a un peu plus d'une semaine. On n'est pas au courant de toute l'histoire, mais ça a beaucoup affecté Oikawa."
Déménager ? Iwaizumi avait déménagé ? Le passeur de première année fixa son regard sur Tooru qui jouait à faire tourner un ballon sur sa main, tout seul dans un coin. Il avait toujours connu le châtain avec Hajime, et il savait que tous les deux étaient des amis d'enfance qui s'étaient connus très jeunes, alors il se doutait un peu d'à quel point cela devait le rendre triste.
"On le soupçonne de se laisser aller, mais il ne veut accepter l'aide de personne", Continua Matsukawa en lançant un regard désolé à son capitaine.
"Je vois...", Souffla Daichi qui ne savait pas vraiment quoi dire d'autre.
"Enfin en tout cas, faisons un bon match !", Finit Issei en souriant.
"Oui", Sourit en retour le capitaine des corbeaux.
Les deux joueurs d'Aoba Johsai retournèrent de leur coté du terrain pour rejoindre leur équipe et Sawamura ordonna à ses joueurs un peu troublés de reprendre leur échauffement. Rapidement après, on annonça le début du match et tous prirent leur position sur le terrain. Comme la pratique l'exigeait, les deux capitaines se serrèrent la main avant de commencer, et Daichi tressaillit presque en sentant à quel point celle d'Oikawa était glacée. Il reprit ensuite sa position sans rien dire.
"Début du match !", S'écria l'arbitre avant de siffler un grand coup.
Karasuno avait le service, et c'est Tanaka qui l'exécuta. Un service tout à fait correct que Kindaichi n'eu cependant pas de mal à réceptionner. La balle arriva sur Tooru qui la renvoya vers le plafond, et Hanamaki la frappa violement de l'autre coté du terrain. Nishinoya l'empêcha de toucher le sol, elle remonta dans les airs et à son tour, Kageyama exécuta une passe, vers l'arrière, qu'Hinata envoya rencontrer le parquet.
Premier point pour Karasuno. Les joueurs s'enthousiasmèrent et la balle fut remise en jeu. Le match continua comme ça, plutôt normalement, chacun donnant son maximum.
Le match avait bien avancé. 15 à 14 pour Seijoh et c'était au tour d'Oikawa de servir. Comme à chaque fois qu'il était au service, l'atmosphère se fit un peu plus pesante et tous les muscles des joueurs de l'autre coté du terrain étaient tendus. Ils étaient tous au sommet de la concentration, prêts à se jeter au sol s'il le fallait pour ne pas laisser leur adversaire marquer.
Du bout du terrain, Tooru avait les yeux fermés, la balle serrée entre ses doigts crispés. Il cherchait sa concentration, mais arrivait à peine à vider son esprit. Il ne fallait pas qu'il se rate. Il ne fallait pas qu'il se rate. Certes ce n'était qu'un match d'entraînement, mais il en avait besoin. Il avait besoin de se sentir fort pour contrebalancer la faiblesse qui avait prit possession de tout son être depuis le départ d'Iwaizumi.
Mais il se sentait mal. Physiquement mal. Depuis combien de temps est-ce qu'il n'avait pas eu une bonne nuit de sommeil ? Depuis combien de temps est-ce qu'il n'avait pas mangé correctement ? Combien de kilos est-ce qu'il avait perdu exactement ? Il n'en était pas sûr. 6, peut-être 7... Il n'avait plus envie de rien, il cauchemardait toutes les nuits et le sommeil le fuyait, manger lui donnait envie de vomir... C'était horrible, mais c'était comme ça. Il savait qu'il mettait sa santé en danger, mais quelle importance après tout ?
Il souffla profondément. Il fallait qu'il rouvre les yeux et qu'il envoie ce ballon de l'autre coté du filet. Mais il n'y arrivait pas. Il avait la tête lourde et il sentait le monde tourner tout autour de lui. Il se demandait même si tout ne serait pas à l'envers quand il ouvrirait ses paupières...
"Oikawa, ça va ?", Entendit-il demander.
Il avait mal, tellement mal. Il avait l'impression qu'on cognait à l'intérieur de son crâne, il se sentait bizarre comme s'il flottait et il avait horriblement froid. Il chancela et soudain, ses jambes le lâchèrent et il s'effondra lourdement sur le sol. Sa tête heurta douloureusement le parquet et il entendit qu'on s'agitait tout autour de lui, mais ça lui semblait tellement, tellement lointain... Le gout de la bile acide lui remonta le long de la trachée, lui brûlant la gorge et alors ses pensées se brouillèrent et il ne comprit pas vraiment ce qu'il se passa.
Il cru entendre qu'on appelait son nom, il cru sentir qu'on le prenait par les épaules pour le redresser, mais il avait l'impression que son esprit se baladait à des années lumières de son corps et aucune sensation ne lui semblait réelle.
Et puis soudain, il rouvrit mécaniquement les yeux. Il vit le plafond du gymnase en premier, et il comprit que c'était parce qu'il était allongé sur le parquet. Sa vision était encore un peu floue et il voyait des points noirs danser devant ses yeux. Il cligna plusieurs fois des paupières jusqu'à ce que sa vue se stabilise un peu.
"Il a ouvert les yeux !", Cria une voix tout près de lui.
Immédiatement, des silhouettes se massèrent autour de lui, lui cachant la lumière. Il reconnu ses équipiers et certains des membres de l'équipe de Karasuno. Il ne dit rien, n'esquissa pas le moindre geste. Il se contenta de les regarder.
"Poussez-vous, laissez-le respirer !", C'était la voix du coach, il la reconnaissait. D'ailleurs, il apparut lui aussi dans son champ de vision, repoussant les adolescents pour les forcer à reculer, et il s'accroupit près de lui. "Est-ce que ça va Oikawa ?"
Il le fixa une seconde comme s'il n'avait pas comprit la question parce qu'il ne trouvait pas la force de bouger, mais finalement, alors que l'adulte allait la reposer, il hocha faiblement la tête.
"Tu as fait un malaise", Expliqua l'entraîneur, "Est-ce que tu as mangé ce matin ?"
Nouveau hochement de tête, négatif cette fois. L'adulte soupira.
"Je t'ai déjà dit que tu ne devais pas négliger ton alimentation. Ce n'est pas parce qu'Iwaizumi n'est plus là pour te surveiller que tu dois te laisser aller."
Tooru eut envie de rire d'un rire amer, mais il n'en trouva même pas la force. Oui, c'est vrai que quand il était là, Iwa-chan veillait toujours sur lui, comme une maman. Sauf qu'il n'était pas sa mère mais l'amour de sa vie, et qu'on le lui avait prit. Alors il n'avait pas envie de faire attention à lui. Il voulait qu'on s'occupe de lui ; Qu'Iwa-chan s'occupe de lui. Qu'il revienne pour prendre soin de lui. Il le voulait lui, lui et personne d'autre. C'était la seule chose qui l'aiderait.
"Hanamaki, Matsukawa, emmenez-le à l'infirmerie", Ordonna soudain le coach
"Ossu !" les deux garçons s'approchèrent de leur capitaine pour l'aider à se relever.
"N-non", Grogna le châtain, "Je peux jouer"
"Tu peux jouer ?", Répéta l'homme, "Regarde-toi, Oikawa. Tu penses vraiment pouvoir jouer dans ton état ? Tu vas à l'infirmerie, et tu ne participeras plus à aucun match jusqu'à ce que tu ailles mieux."
"Mai-"
"Ne discute pas !", Il avait monté le ton et le capitaine avait tressaillit, "Mon but n'est pas de regarder mes joueurs se bousiller la santé sans rien faire, tu entends ? Tu es malade, Oikawa."
Il marqua une longue pose après ces mots, pour leur laisser le temps d'impacter l'esprit du passeur, puis il reprit d'un ton plus calme : "Alors jusqu'à ce que tu te sois guéri, tu ne joueras plus. Maintenant, emmenez-le."
Les deux joueurs qu'il avait désigné aidèrent leur ami à se relever doucement, passant chacun un de ses bras au dessus de leurs épaules pour le soutenir. Il se laissa faire, parvint à tenir sur ses jambes bien qu'elles étaient encore cotonneuses après sa perte de conscience. Il garda la tête basse. Il n'y avait pas un bruit dans le grand gymnase, et l'atmosphère était pesante, désagréable.
A l'extérieur, il y avait du soleil et il faisait frais. L'air était plus léger et Tooru s'en emplit les poumons. Il respirait lentement pour essayer de se calmer et se retenir de pleurer. Un pas après l'autre, il se laissait presque traîner par ses équipiers. Les paroles du coach lui avaient fait mal. Il savait qu'il avait un problème. Mais il n'y connaissait également qu'un seul remède...
"Mishima-san ?", Appela Matsukawa quand ils pénétrèrent dans l'infirmerie de l'école.
C'était une pièce relativement grande, toute blanche avec de grands meubles en inox, un évier large, une table et trois chaises ainsi qu'un bureau avec un fauteuil. Derrière, il y avait cinq lits contre le mur du fond que deux grandes fenêtres trouaient, tous séparés par des rideaux blancs, et dont deux étaient cachés par un autre rideau.
"Oui oui, je suis là !", Répondit une voix féminine, alors qu'une femme sortait de derrière un rideau.
Elle était brune, grande, avait les cheveux attachés et une blouse ouverte au dessus d'un chemisier rayé, boutonné jusqu'en haut, et d'un jean. Elle devait avoir la quarantaine, des pattes de mouche au bord des yeux, et de petites rides du sourire. Elle était gentille, et tous les élèves l'adoraient.
En voyant les trois garçons en tenue de sport, dont un semblait incapable de tenir debout sans le soutient qu'il recevait des deux autres, elle s'approcha rapidement d'eux, attrapant une chaise au passage pour faire asseoir Oikawa.
"Il s'est blessé à l'entraînement ?", Demanda-t-elle alors que les deux adolescents installaient leur ami sur la chaise.
"Non, il a fait un malaise pendant un match.", Expliqua Issei.
L'infirmière sortit une petite lampe d'une poche de sa blouse et elle releva la tête du châtain d'une main, par le menton. Il se laissa faire, les yeux fermés.
"Ouvre les yeux, Oikawa-kun", Demanda-t-elle. Elle le connaissait bien pour l'avoir déjà reçu plusieurs fois à cause de blessures pendant les entraînements de volley.
Il ouvrit les yeux mais les referma immédiatement quand la femme lui colla le faisceau de la petite lampe en plein dedans. Elle lâcha alors sa tête pour lui ouvrir l'œil gauche et l'éclairer encore pour voir comment sa pupille réagissaient. Elle répéta l'opération pour le droit, puis elle se redressa et fit un pas en arrière.
"Je vais le garder ici", Dit-elle en rangeant la lampe de poche, "Vous pouvez retourner à votre match les garçons"
"Merci", Matsukawa et Hanamaki s'inclinèrent légèrement et ils quittèrent l'infirmerie après un dernier regard à leur capitaine qui avait rebaissé la tête.
Mishima-san récupéra un tensiomètre sur un meuble et tira une seconde chaise près de Tooru. Elle prit son bras pour y scratcher l'appareil. Elle stoppa son geste une fraction de seconde quand elle les vit. Les traces rouges, les coupures le long de ses poignets. Cependant, elle ne dit rien, ne fit aucune remarque, agissant comme si elle n'avait rien vu.
"Est-ce que tu as mal quelque part ?", Demanda-t-elle doucement, le regard baissé sur l'écran de l'accessoire médical.
"Non", Souffla l'adolescent. C'était faux. Quand il était tombé, il s'était cogné la tête et il devait sûrement avoir une bosse maintenant. Ça le lançait, mais quel intérêt y avait-il à le faire remarquer ?, Pensa-t-il.
"Hm. Ta tension est élevée. Est-ce que tu avais mangé avant ton match ?"
Il fit non de la tête. L'infirmière fronça les sourcils. "Tu me semble plus pâle que la dernière fois que je t'ai vu. Est-ce que tu mange et dors correctement ?", Demanda-t-elle en reposant le tensiomètre sur le meuble.
Il ne répondit pas à cette question, mais son silence et son regard fuyant en disaient plus que n'importe quel mot. La femme soupira mais elle ne dit rien d'autre. Elle se leva et alla ouvrir un placard dans lequel elle récupéra une boite de biscuits. Elle la tendit à Oikawa.
"Mange."
"J'ai pas faim..", Répondit-il en détournant la tête des pâtisseries.
"Oikawa-kun, tu as fais un malaise hypoglycémique. Tu dois manger quelque chose. Rien qu'un peu. Force-toi s'il le faut."
Il coula un regard en coin à la boite qu'elle lui tendait toujours et la regarda comme ça pendant quelques secondes avec dégoût. Rien que la vue de la nourriture lui donnait la nausée. Il leva finalement le bras et prit un gâteau. Il le regarda, mais n'y toucha pas.
"Allez, mange-le maintenant", L'encouragea l'infirmière.
Il souffla et croqua. Il mâcha doucement, se retenant pour ne pas vomir quand il avala sa première bouchée avec une grimace. Mishima rit doucement.
"Je vais te chercher un verre d'eau", Dit-elle en se levant.
Dès qu'elle fut dos à lui, il envoya le reste du gâteau dans la poubelle. Il ne pouvait juste pas le manger.
"Oh, tu as déjà fini ? Tu vois quand tu veux !", Sourit la brune en lui tendant un gobelet en plastique remplit d'eau.
"Oui", Il prit le verre avec un petit hochement de tête, et il prit deux grandes gorgées. L'eau était à température ambiante. Il aurait bien bu quelque chose de très froid, mais il ne voulait pas demander. Il ne voulait pas parler. Il voulait qu'on le laisse en paix.
"Est-ce que tu te sens un peu mieux ?"
"Oui, merci."
"Ok. Je vais appeler tes parents. En attendant, vas t'allonger un peu, d'accord ?"
"Oui."
Elle lui adressa un dernier sourire avant de se retourner vers son bureau. Lui se leva précautionneusement. Il sentait ses jambes trembler sous son poids. Oui, il se sentait un peu mieux, mais ce n'était pas encore la grande forme. De toute façon, peut-être qu'il s'était déjà résigné à ce que cela ne le soit plus jamais, maintenant qu'il était seul. Abandonné.
Il se hissa dans un des lits vaquant, retira ses basket avec les pieds en poussant sur le talon, et s'allongea en soupirant, fixant son regard sur le plafond. Il n'y était pas arrivé finalement. Il n'avait pas pu se sentir fort pendant ce match d'entraînement, le tout premier depuis le départ d'Iwaizumi. Quel piètre capitaine il faisait. S'il le voyait être si misérable, c'est sûr qu'Hajime lui crierait dessus. Peut-être même qu'il lui donnerait un bon coup de poing pour lui remettre les idées en place. C'était peut-être ce dont il avait vraiment besoin...
Il passa ses mains sur son visage. Il savait qu'il faisait n'importe quoi, mais c'était comme s'il ne pouvait pas s'en empêcher. C'était misérable, mais c'était ce qu'il était maintenant. Son regard s'arrêta sur ses poignets et son cœur se serra.
Il se revit recroquevillé sur lui-même dans la baignoire, pleurant comme un enfant, silencieux à l'exception d'un sanglot de temps à autre, le rasoir de son père dans la main, serrant les dents quand les lames entraient dans sa chair pour la couper avec une précision chirurgicale, regardant sans voir le sang s'échapper des blessures et les perles rouges se dissoudre dans l'eau tiède.
Il ne savait pas pourquoi il avait fait ça. Tout ce qu'il savait, c'est que cela lui avait fait un bien fou, et qu'il avait recommencé. Deux fois. Cela l'aidait à détourner la douleur de ne plus avoir l'être qu'il aimait le plus à ses cotés.
'Reprend-toi, Tooru. Ce n'est pas comme s'il était mort !', S'était-il dit une fois. Oui, c'est vrai. Au moins, il était toujours en vie, alors il n'y avait sans doute pas à se mettre dans des états pareils. Ce n'était pas comme s'il était mort, mais c'était tout comme. Aucune nouvelle depuis tout ce temps, malgré les dizaines de messages qu'il avait envoyés. C'était tellement frustrant de ne pas savoir, ça le mettait tellement mal, et les scénarios qu'il voyait dans sa tête lui ôtaient le sommeil.
Il sentit son estomac se tordre dans son ventre et il dû se recroqueviller sur lui-même. Ça lui arrivait souvent d'avoir mal comme ça lorsqu'il pensait à Iwaizumi. A cause de l'angoisse. Ça le rongeait.
"Oikawa-kun ?", Mishima-san était revenue près de lui. Il se redressa sur les coudes et elle lui fit signe de ne pas bouger, "Je n'ai pas réussi à joindre tes parents alors j'ai contacté ta grande sœur. Elle va venir te chercher."
Il hocha la tête et murmura un 'merci'. L'infirmière hocha aussi la tête en retour, et elle le laissa, tirant le rideau blanc derrière elle pour lui donner un peu de tranquillité -enfin pas que l'infirmerie soit un endroit bruyant ou quoi que ce soit.
Il laissa sa tête retomber contre l'oreiller blanc avec un profond soupire, et son avant-bras vint barrer son visage pour recouvrir ses yeux. Ça faisait un petit moment qu'il n'avait pas revu sa sœur. Est-ce qu'elle était au courant ? Est-ce que leur mère lui avait parlé de tout ce qui était arrivé ? Ou bien est-ce qu'elle serait surprise, en arrivant, de le voir dans un état si misérable ?
Il préférait ne pas trop se le demander.
Doucement, ses pensées s'égarèrent et il en vint à se demander comment se passait le match contre Karasuno. Et son cœur se serra dans sa poitrine. Comment est-ce qu'il avait pu s'évanouir !? Ah, il avait fière allure, le capitaine de l'équipe de volleyball. Le Grand Roi Oikawa Tooru, l'idole des filles. Et le coach lui avait interdit de rejouer tant qu'il ne se sentirait pas mieux... Il enrageait. Il avait besoin de jouer au volley, il en avait tout autant besoin qu'il avait besoin de respirer, ou bien qu'il avait besoin d'Iwa.
Et pourtant, après lui avoir arraché Hajime, on lui prenait le volley. Et ensuite, on voulait qu'il aille mieux ? Il ne fallait pas trop compter là dessus. Ses doigts le démangeaient. Il avait envie d'avoir une balle entre les mains, de sentir son poids lorsqu'il la recevait et qu'il la passait, ou lorsqu'il servait.
Il en avait besoin.
Il ne savait pas combien de temps avait passé depuis qu'il avait été conduit à l'infirmerie lorsque sa sœur arriva. Il ne la vit pas tout de suite à cause des rideaux, mais il l'entendit. Le claquement des talons sur le sol, les coups contre la porte, puis sa voix.
"Bonjour, je suis la sœur d'Oikawa Tooru.", elle semblait un peu essoufflée, comme si elle s'était pressée de venir. Pourtant, il n'y avait pas vraiment d'urgence...
"Bonjour, je vous remercie d'être venue aussi vite.", répondit l'infirmière de sa voix éternellement chaleureuse, "Il est juste là."
Il se redressa et s'assit au bord du lit et une seconde plus tard, le rideau s'ouvrait sur Mishima-san et sa sœur. Oikawa Tomoe était une jeune femme plutôt grande —et elle l'était encore plus perchée sur ses talons— avec des cheveux châtains ondulés qu'elle n'attachait généralement qu'à la maison, et des yeux chocolat. Elle ressemblait beaucoup à son petit frère, était aussi très jolie, mais tous les deux n'avaient cependant pas du tout le même caractère. Tooru remarqua qu'elle portait son tailleur, signe qu'elle avait probablement quitté le travail pour venir le chercher. Il les regarda, et son aînée se jeta sur lui pour l'enlacer. Etant donné l'air inquiet et peiné qui froissait son visage, leur mère lui avait sûrement parlé. Alors elle savait.
"Tooru, est-ce que ça va ?", demanda-t-elle dans un murmure contre son oreille.
Il ne répondit pas et serra les poings. Il détestait cette question. Comment pouvait-on lui demander s'il allait bien ? Est-ce qu'il avait sincèrement l'air d'aller bien ? Sa sœur le libéra de ses bras mais garda les mains sur ses épaules pour l'observer avec attention. Cela le mit mal-à-l'aise et il dû détourner les yeux.
"Je te ramène à la maison, d'accord ?", Tomoe souffla doucement, d'un ton réconfortant. Son cadet hocha la tête. L'infirmière invita la brune à venir signer la décharge de sortie pendant qu'Oikawa remettait ses chaussures. A ce moment, il se rappela que ses affaires étaient restées au vestiaire, et qu'il portait toujours son uniforme de volley.
"Nee-san, il faut que j'aille chercher mes affaires", dit-il en s'approchant du bureau au dessus duquel l'aînée était penchée pour signer l'autorisation. Elle hocha la tête et lui répondit qu'ils iraient.
Une fois que tout fut en ordre, ils purent partir. Tomoe remercia l'infirmière pour avoir prit soin de son frère, et Tooru s'inclina aussi légèrement. Mishima sourit amicalement avant de poser sur le plus jeune Oikawa un regard sérieux juste avant qu'il ne sorte de l'infirmerie.
"Vous êtes encore jeune, Oikawa-kun. Vous avez toute la vie devant vous.", dit-elle d'un ton entendu. L'adolescent comprit qu'elle faisait référence aux coupures sur ses poignets. Il se contenta d'hocher la tête.
Sa sœur et lui s'arrêtèrent pour récupérer son sac et ses vêtements dans la salle du club, mais il ne prit pas le temps de se changer. Il ne voulait pas s'attarder ici. Le trajet en voiture fut silencieux et assez inconfortable. Les seules paroles qu'ils échangèrent furent lorsque Tomoe lui annonça qu'elle le ramenait chez elle parce qu'elle ne voulait pas le laisser seul chez leurs parents. Il s'était contenté d'un "hm" presque inaudible.
Dès qu'ils furent à l'appartement de sa sœur, il s'enferma dans la salle de bain. Il ouvrit le robinet et rinça son visage à l'eau glacée. Il avait besoin de se rafraîchir et de se remettre les idées en place. Il resta quelques minutes appuyé au rebord du lavabo, la tête penchée et des gouttes d'eau tombant de son menton, jusqu'à ce que des coups résonnent à la porte.
"Tooru, je t'ai préparé du thé."
Il se redressa et attrapa une serviette pour sécher son visage. Il se changea rapidement avec le jogging et le sweat qu'il laissait toujours ici au cas où, et il regagna le salon. Sa sœur était là. Elle aussi s'était changée au profit d'un leggings et d'une tunique avec un gilet en laine. Elle avait noué ses cheveux en chignon.
Elle lui mima de s'asseoir avec un sourire encourageant. Il s'exécuta et elle lui tendit un mug fumant décoré de personnages colorés. C'était très probablement un mug appartenant à Takeru. Il l'accepta et frémit au contact de la céramique chaude contre ses mains. Tomoe se servit aussi et s'assit sur le fauteuil, les jambes remontées contre sa poitrine.
Ils restèrent silencieux encore un moment, buvant chacun leur thé sans un mot, perdus dans des pensées. C'est l'aînée qui brisa finalement le silence, "Est-ce que tu as faim ?", demanda-t-elle en désignant du menton l'assiette pleine de cookies sur la table basse, "C'est Takeru qui les a préparés, ils sont délicieux !", ajouta-t-elle avec un petit rire.
"Non merci", Tooru répondit avec un vague coup d'œil aux pâtisseries.
Sa sœur soupira, "S'te plaît Tooru, prend en un !", elle se pencha pour saisir un cookie et le tendre à son frère avec un regard presque suppliant, "Pour faire plaisir à ton neveu."
Il soupira et finit par accepter. Il mordit dans le gâteau et le mâcha doucement. Cette fois, il allait être obligé de le manger en entier, puisque la châtain près de lui ne le lâchait pas du regard. Ce n'était pas mauvais en effet, mais il n'avait vraiment pas envie de manger. Il se força cependant, et Tomoe sembla contente lorsqu'il avala le dernier morceau.
"Alors, c'était bon ? Takeru est vraiment doué en cuisine pas vrai ? Je suis sûre qu'il pourrait devenir un grand chef !", elle aimait beaucoup vanter les merveilles de son fils adoré.
Tooru risqua un léger sourire, car cela l'amusait toujours de voir les étoiles briller dans les yeux de sa sœur dans ces moments là, "Oui, c'est vrai."
"Ah, j'ai réussi à te décrisper le visage !", l'aînée sourit et envoya un clin d'œil au plus jeune, "Tu sais que tu as vraiment une mine affreuse ? Tu devrais sourire plus ! En plus, tu sais que faire la tête accélère l'apparition des rides ?"
Il était sûr que c'était totalement faux, mais elle essayait clairement de lui remonter le moral alors il ne le lui fit pas remarquer. Enfin, c'était bien gentil de sa part, mais ce n'était pas comme ça qu'il allait durablement retrouver le sourire. Rapidement, celui qui s'était dessiné sur ses lèvres disparut, et celui de son aînée se fana aussi.
Elle soupira, "Ecoute, Tooru... je suis au courant pour- pour Hajime-kun et... tout ce que tu as eu à traverser ces derniers temps", commença-t-elle avec embarras, "Mais il ne faut pas que tu te laisses abattre ! Je sais qu'il te manque, je sais que c'est dur, mais s'il te plaît ne fout pas ta vie en l'air..."
"Nan, tu ne sais pas", répondit-il doucement sans quitter son mug des yeux.
Tomoe soupira une nouvelle fois. Elle avait l'air vraiment triste et désolée pour son petit frère et elle ne savait pas quoi dire pour réussir à le réconforter. Elle voulait le soutenir, mais n'avait aucune idée de comment y parvenir.
"En tout cas, si tu as envie d'en parler je suis là, ok ? Tu sais que je te soutiendrai toujours."
Le volleyeur hocha la tête en essayant d'empêcher ses mains de trembler. Il avait soudain à nouveau terriblement envie de pleurer. Il avait toujours été assez proche de sa sœur et elle avait toujours été là pour le protéger, aussi loin que remonte sa mémoire. Alors être avec elle maintenant, l'entendre dire qu'elle serait toujours de son coté, ça lui faisait du bien, et il avait l'impression qu'une part de la pression qui le broyait disparaissait.
Il voulait lui parler. Il en avait besoin. Cela faisait trop longtemps qu'il gardait tout enfoui au fond de lui, trop longtemps qu'il lutait seul une lutte vaine. Trop longtemps qu'il n'avait eu personne pour le soutenir alors qu'il en avait tellement besoin.
"Nee-san...", commença-t-il d'une voix tremblante pour attirer son attention, "Est-ce que c'est vraiment mal... ? Est-ce que je suis vraiment un être répugnant... ? Est-ce que c'est contre nature que j'aime Iwa-chan... ?"
Il se souvenait encore tellement bien des mots terribles que le père d'Hajime lui avait dits. Il l'avait traité de pervers, lui avait dit qu'il le dégoûtait. Cet homme qui l'avait adoré presque comme un second fils pendant des années lui avait envoyé ces paroles horribles au visage et cela avait été comme se faire poignarder en plein cœur.
Le visage de la jeune femme se plissa dans une expression d'indignement, "Quoi ? Bien sûr que non Tooru, qui t'as mis ça dans la tête ?! Que tu aimes un garçon ou une fille, ça n'a pas d'importance ! Ce qui importe, c'est que tu sois heureux. Alors tu ne dois pas t'inquiéter pour ça."
"Hm... tout le monde ne pense pas comme toi tu sais..."
"Eh bien les personnes qui pensent différemment n'ont vraiment rien comprit ! L'amour ne se contrôle pas, c'est comme ça on n'y peut rien. Alors la seule chose à faire c'est d'accepter, et peu importe de qui on tombe amoureux. Si les gens ne peuvent pas comprendre et respecter ça, alors ce sont des crétins !"
La virulence dans ses paroles réussit à décrocher un autre sourire discret à Oikawa. Un sourire un peu amer, et surtout très triste. C'était bien beau ce qu'elle disait, mais cela n'empêchait pas que son amour pour Hajime avait conduit à cette situation terrible. Et il s'en voulait.
"J'ai tellement peur...", et cela lui coûtait de dire ces mots. Oikawa Tooru ne montrait jamais lorsqu'il avait peur -ou presque. Mais là, il craquait. Il en avait assez, il était fatigué. Sa sœur le regardait avec tristesse sans rien dire.
"Je me sens totalement perdu sans lui...", sanglota-t-il bien qu'aucune larme ne coulait, "je sais pas quoi faire... on avait toujours été ensemble et maintenant... Je m'en veux tellement. C'est ma faute. Tout, tout est ma faute."
Il pinça les lèvres et déglutit, ravalant ses larmes. Il tremblait mais ne voulait pas pleurer. Il avait déjà trop pleuré. Avec Iwaizumi à des kilomètres de lui et aucun moyen de le contacter, il se sentait comme si on avait emmené une partie de lui loin, très loin. Une partie de lui qui lui était vitale et maintenant, il avait l'impression de dépérir.
"Oh, Tooru..." Sa sœur avait la voix brisée, elle aussi au bord des larmes à la vue de son petit frère dans une telle détresse. Elle reposa son mug sur la table basse et vint s'asseoir à coté de lui pour le prendre dans ses bras. Et elle le serra contre elle en caressant doucement ses cheveux, "Je suis tellement, tellement désolée..."
Il enfouit son visage dans son épaule, fermant les poings au dos de son pull avec force et étouffant quelques sanglots. Lui aussi était désolé. Tellement, tellement désolé.
Preview du chapitre 7 -
"appelle-moi en arrivant d'accord ?"
"Mais... pourquoi ? "
"Papa m'a fait sortir de la cuisine parce qu'il a dit qu'il devait parler à maman. "
"Ok. Je te fais confiance."
"C'est une blague j'espère !?"
"Je suis désolé"
Et voilà, j'espère que ça vous a plu ! C'était chaud de faire le preview parce qu'énormément de répliques spoilaient... mais bon j'ai fais comme j'ai pu !
Je sais qu'on a apprit que Tooru avait plutôt vraisemblablement un frère puisque Takeru s'appelle aussi Oikawa mais quand j'ai commencé cette fic, on ne le savait pas encore et je lui ai écris une soeur, donc ici, il a une soeur et pas un frère.
On m'a demandé si cette fiction serait longue ou courte, mais je ne peux pas encore répondre avec certitude. Je pense qu'elle fera aux alentours de 15 chapitres mais comme je n'ai pas fini de l'écrire, rien n'est sûr. En tout cas n'ayez crainte, il n'y aura pas que de la souffrance (semi-mensonge)
Breeef ! J'ai très hâte de poster le prochain chapitre parce que c'est personnellement un de mes préférés jusqu'à présent (vous pouvez demander à Emma, cette amie géniale chez qui j'ai posté plusieurs chapitres, elle vous dira que j'en parle tout le temps de ce chapitre et que j'en suis trop fière xD)
Par ailleurs, je tiens à vous remercier encore pour vos reviews. Je vous jure quand je les lis j'ai presque les larmes aux yeux tellement elles me font plaisir ! Vous êtes les meilleurs, et j'espère que vous continuerez à aimer cette fiction autant que j'aime l'écrire !
Sur ce, à bientôt !
