Hey hey heeey !

Eh, y'a eu que 17 jours depuis que j'ai posté le dernier chapitre, c'est un record ! (peut-être qu'un jour j'arriverai à être vraiment ponctuelle)

Bref ! Voilà le nouveau chapitre, j'espère qu'il vous plaira !

Bonne lecture ~


CHAPITRE 11 : ""How many goodbyes can fit in a lifetime ? How many good lies can make it seem alright ?""

Tout était... calme. Étrangement silencieux. Tout était sombre aussi. Incroyablement froid et obscure. L'air était lourd, épais. C'était comme nager dans de la gelée. Il n'y avait rien. Ni douleur, ni frisson, ni même de respiration. C'était comme si ses poumons ne lui servaient plus à rien.

Cela semblait trop irréel pour être vrai.

Curieusement, il ne parvenait pas à ouvrir les yeux, et il ne pouvait pas bouger les jambes dans cette gelée trop épaisse et trop collante dans laquelle il était plongé. Mais tout aussi curieux que ce fut, il s'y sentait apaisé. C'était comme si rien ne pouvait le blesser ici, et qu'il pouvait s'y reposer en paix.

Il se sentait très lourd et très fatigué.

Il ne se demandait pas où il était, ni pourquoi il y était. Il ne trouvait même pas singulière l'idée d'être coincé dans un bol de gelée. Il n'arrivait à se rappeler de rien. Tout ce qu'il savait c'était qu'il était bien ici, et qu'il avait envie d'y rester pour toujours.

Il sentait qu'il n'était pas totalement en vie, mais cela ne l'affolait pas. Au contraire, il trouvait un certain soulagement dans cette pensée. Il savait aussi qu'il n'était pas totalement mort. Serait-il entre les deux ? Aux portes de l'autre vie, mais un pied toujours dans la précédente.

Il y avait aussi cette lumière qui pressait contre ses paupières closes et lui faisait froncer les sourcils. Il la devinait vive, directe et aveuglante. Chaude et attirante, mais empreinte d'un danger qu'il ne pouvait nommer. Elle semblait vouloir le tirer vers elle. Il pouvait sentir qu'elle pourrait lui rendre ses souvenirs englués s'il s'en approchait, et qu'il ouvrait les yeux. Mais il n'en avait pas envie. Quelque chose au fond de lui, quelque chose qu'on pourrait identifier comme un instinct de protection, lui disait de rester en sécurité, très loin d'elle.

Pour l'instant, il arrivait à se tenir éloigné.


Tooru ouvrit les yeux, brusquement. Ses pupilles fatiguées étaient aveugles dans l'obscurité. Sa poitrine se soulevait et s'abaissait rapidement et il sentait que son t-shirt était légèrement humide de sueur. Il serra les poings, enfermant sa couverture entre ses doigts tremblants.

Encore un cauchemar.

Il avait du mal à se souvenir de quand datait sa dernière vraie nuit de sommeil.

Il haïssait ce cauchemar. Il ne pouvait pas supporter de revoir l'accident encore et encore en songe. A chaque fois qu'il s'éveillait, il avait l'impression que sa poitrine allait exploser.

Cela faisait deux jours. 48 heures et un peu plus depuis que leur fugue en amoureux avait conduit Iwaizumi à être hospitalisé. Aux dernière nouvelles, il ne s'était toujours pas réveillé. Tooru ne savait pas vraiment comment est-ce qu'il allait ; il n'avait pas eu le droit de le voir depuis qu'il avait été admit à l'hôpital.

Après l'accident, tout c'était passé très vite. Il avait été si confus et bouleversé qu'il ne se souvenait pas de tous les détails. Il savait qu'Hajime avait été emmené à l'hôpital pendant que lui avait été reconduit chez Tomoe par le policier qui l'avait attrapé. Là-bas, il avait été accueilli par ses parents et sa soeur. Les parents d'Iwaizumi étaient déjà partis pour l'hôpital.

Il se souvenait vaguement d'avoir été dans les bras de sa soeur un long, très long moment. Il se souvenait qu'on l'avait martelé de questions, que l'agent de police avait essayé de l'interroger sans rien tirer de lui.

Il avait à peine écouté les voix qui l'entouraient. Gravés dans son esprit retentissait encore les crissements de pneus et le bruit sec et sourd de l'impact. L'image d'Hajime dans une flaque de sang s'était tatouée à l'encre indélébile dans ses rétines.

Comment est-ce que ça avait pu arriver ? Comment est-ce qu'il avait pu laisser faire ça ? Il s'était promit de le protéger, de faire en sorte qu'il aille bien. Il s'était juré de faire même l'impossible pour le rendre heureux malgré ce qu'ils avaient à traverser. Il s'était dit que même si c'était difficile, que même s'ils galéraient en réussissant à fuir (un mal pour un bien comme on dit), il ferait tout pour qu'il ne manque de rien.

Et voilà où ils en étaient.

Ils étaient séparés de nouveau, et cette fois, ils allaient avoir du mal à s'en sortir. Ils avaient échoué à fuir, et leurs fantasmes de vies idéales s'étaient teintés de noir, recouverts de brouillard. Tout semblait plus flou que jamais.

Et leur avenir semblait bien incertain.

Il soupira longuement, levant une main pour frotter son oeil gauche, attrapant son portable de l'autre main pour vérifier l'heure. Deux heures moins le quart du matin. Il était resté chez Tomoe ; elle avait insisté pour le garder chez elle malgré la réticense de leurs parents. Au fond, c'était mieux. Il s'était toujours sentit bien ici.

Il reposa son téléphone et remua un peu pour s'étendre sur le dos. Ses yeux avaient commencé à s'habituer à la pénombre, et il distinguait le lustre accroché au plafond. Il dormait dans le bureau. Le second futon qu'avait occupé Hajime avait été rangé.

"Quest-ce que je dois faire ?" La question résonna pour la énième fois au fin fond de sa tête et comme à chaque fois, une douleur sourde lui étreignit la poitrine. Il ne savait pas ce qu'il devait faire. Qu'est-ce qu'il pouvait faire de toute façon ? Mais il savait ce qu'il voulait faire. Il voulait aller à l'hôpital, pouvoir tenir la main d'Iwaizumi, être à ses cotés quand il se réveillerait, être le premier visage qu'il verrait en ouvrant les yeux, pouvoir s'assurer qu'il allait bien.

Il n'avait pas le droit. Les parents d'Hajime l'avaient interdit. Ils avaient dit que s'ils venaient à croiser Tooru près de la chambre de leurs fils, l'adolescent aurait davantage de problèmes. Alors ses parents l'avaient suplié de se tenir éloigné de l'hopital.

Il roula sur le coté et replia les jambes, ferma les yeux. Que faire ? Il pourrait se rebéler contre les ordres. Il pourrait s'introduir discrètement dans la chambre lorsque les adultes ne seraient pas là. Ne serait-ce qu'une minute, le temps de le voir, de le toucher juste une fois et de repartir sans être remarqué. Ce serait malhonnête, mais au point où il en était, est-ce que cela avait encore une quelconque forme d'importance ?

Oui, il pourrait faire ça. Dès aujourd'hui. Il passerait la journée entière caché dans un couloir inseptisé de l'hôpital pour guetter le bon moment. Là, il entrerait, et il le verrait. Il serait allongé, les yeux fermés, dormant. Il serait relié à des machines donc les bips réguliers résonneraient dans sa tête comme un bourdonnement aliénant. Il prendrait sa main, l'embrasserait sur le front, lui dirait qu'il l'aime. Et il repartirait.

Comme un voleur.

Était-ce vraiment une bonne idée ? 'Le risque en vaut-il la peine ?' lui demandait sa conscience, mais il y avait plusieurs jours qu'il avait renoncé à suivre la voix de la raison. S'il se faisait prendre, ses parents auraient des ennuis à cause de lui. Il ne voulait pas leur causer de tort.

Il se rendit compte qu'il avait soif, alors il se leva et tatona jusqu'à la porte, le pas lent. Il avait du mal à manger et bien qu'il ne ressentait pas la faim, il sentait que ses jambes avaient du mal à le porter.

En sortant dans le couloir, il remarqua immédiatement que de la lumière s'échappait de sous la porte fermée de la cuisine. Il plissa les yeux. Qui d'autre était réveillé à cette heure-là ? Il avait une petite idée, mais...

Il ouvrit doucement la porte et tomba sur une silhouette de dos, assise sur un tabouret du bar. De longues mèches châtain remontées en chignon négligé, un pull à grosses mailles roses.

"Nee-san ?"

Tomoe tourna la tête et regarda son frère avec des yeux ronds pleins de surprises. Elle ne l'avait pas entendu entrer, sûrement perdue dans ses pensées.

"Ah, Tooru ?" Elle essaya un sourire qui sonnait faux. "Qu'est-ce que tu fais levé à cette heure ?"

"J'avais soif," répondit-il sobrement. Il s'approcha et constata qu'elle avait un mug fumant devant elle.

"Il y a du thé si tu veux."

Il récupéra une tasse dans un placard et se servit. Il s'appuya contre le comptoir, faisant face à sa soeur qui lui souriait toujours de son air faussement tranquille.

"Et toi, qu'est-ce que tu fais debout à cette heure ?" demanda Tooru après avoir soufflé sur sa boisson.

"Je-" la jeune femme bloqua, ferma la bouche, se pinça la lèvre inférieure, et baissa la tête en rougissant. "Bah, rien de spécial..."

Son frère haussa un sourcil, "Me prend pas pour un idiot, Tomoe." Son ton était dur et sérieux.

Cela la fit relever la tête et ils se fixèrent sans rien dire pendant une paire de secondes. Chacun pouvait voir que l'autre était tourmenté à sa façon. Tomoe avait l'air d'avoir pleuré. Elle avait les yeux un peu gonflés. Son mascara qu'elle avait mal démaquillé (ou bien fait baver en séchant des larmes) lui faisait une marque noire sous les yeux, semblables à des cernes épaisses qui lui donnaient un air fatigué.

"C'est rien d'important, t'inquiète pas," finit-elle par lâcher en souriant encore. C'était quelque chose qui avait tendance à insupporter son frère. Il se comportait exactement de la même façon lorsque quelque chose n'allait pas ; il mentait et souriait, mais lorsque c'était sa soeur ou une autre personne qui lui était chère, ça lui courait sérieusement sur les nerfs.

"Tomoe-"

"C'est juste-" l'interrompit-elle en soufflant un rire amer. Elle se tut une seconde avant de continuer, "-Je me suis un peu accrochée avec Shougo tout à l'heure..."

Encore, pensa immédiatement Tooru, et il se sentit coupable. Être impliqués dans ses problèmes semblait mettre leur couple à rude épreuve. Shougo reprochait à Tomoe de trop s'impliquer et Tomoe reprochait à Shougo d'être trop insensible. Il ne l'était pas vraiment, seulement plus détaché sur la situation, et y accordant une approche plus impartiale alors que sa femme se donnait des ulcères à vouloir protéger son frère et son petit ami.

Le fait qu'elle insiste pour que Tooru reste chez eux n'avait rien arrangé. L'adolescent l'avait sentit. Il sentait la légère électricité sans arrêt présente dans l'appartement. C'était sa faute si sa soeur devait supporter les reproches de son mari, et se disputer avec lui à tout bout de champ.

"Désolé," marmonna-t-il.

"T'excuse pas," répliqua sa soeur en glissant une main dans ses longs cheveux. "C'est pas ta faute. Et puis c'est normal de s'accrocher un peu de temps en temps quand on est marié depuis presque 10 ans"

"Hm, si tu le dis..."

Il ne chercha pas à argumenter davantage, mais sa culpabilité n'avait en rien diminuée. Ils restèrent silencieux quelques minutes, sirotant leur thé dans une atmosphère qui aurait presque pu être paisible et agréable. Mais ils avaient tous les deux trop de pensées noires pour apprécier.

Au bout d'un moment, Tomoe rompit le silence.

"Toi, ça va ?"

"J'sais pas trop," répondit-il sans réfléchir.

Il vit sa soeur faire la moue et froncer tristement les sourcils.

Tooru haussa les épaules, "Je suis un peu perdu... j'ai envie de voir Iwa-chan..."

"Pour être honnête," commença doucement l'aînée comme si elle s'y prenait avec des pincettes, "Je suis étonnée que tu ne sois pas encore allé le voir à l'hôpital..."

Sa remarque fit écarquiller les yeux à son frère, et lui arracha un sourire à elle. Il était sincèrement surpris qu'elle lui dise ça. Il savait qu'elle le soutenait, mais au point de l'encourager à désobéir et à risquer de causer des problèmes à leurs parents...

"T'es sérieuse ?"

Elle hocha la tête, "Je veux pas dire par là que tu devrais le faire," précisa-t-elle.

Ah.

"C'est juste que je pensais que tu irais. J'étais préparée à t'en empêcher."

La conversation prenait un tournant auquel il ne s'attendait pas. En fait, Tomoe l'aurait empêché. Il pensa à son plan de s'introduire dans la chambre d'hôpital et l'idée lui sembla soudain moins bonne que prévu.

Il baissa la tête et son coeur se serra. Il afficha une mine défaite en se pinçant l'intérieur de la joue.

"Tu avais l'intention d'y aller, pas vrai ?"

Il hocha la tête. Sa gorge était nouée et il savait qu'il n'aurait sans doute aucune crédibilité s'il parlait maintenant.

"Je le savais"

"Je-"

"Tooru, je te jure que ça me fait mal de te dire ça, mais- n'y va pas."

Il releva la tête. Il sentait que la conversation prenait vraiment un tournant auquel il ne s'attendait pas, et qu'il n'aimait pas du tout la direction dans laquelle elle allait. Il avait un mauvais presentiment. Un très, très mauvais presentiment, tapit au creux de son ventre, menaçant.

"Cette histoire est déjà allé trop loin"

"J'te d'mande pardon !?" s'emporta l'adolescent. Sa soeur lui fit signe de baisser d'un ton et il fit mine de se calmer une seconde, bien que son regard restait noir. "Qu'est-ce que t'insinue ?"

"J'insinue rien du tout, je dis juste que tout ça est parti trop loin. Tu ne te rends pas compte comme c'est grave. Les parents d'Hajime-kun peuvent porter plainte, t'attaquer en justice, et ils pourraient gagner. Tu sais ce que ça impliquerait ? Tu aurais un casier judiciaire. Va trouver une fac et un boulot avec ça !"

"J'm'en contre-fiche de ça. Comment tu peux dire que c'est allé trop loin ? C'est toute la connerie des parents d'Iwa-chan qui est allée trop loin !"

"Calme-toi, Tooru."

"Je te déteste. T'es comme eux en fait." Le regard du garçon était glacé, dur et accusateur. Il regardait sa soeur comme on regarde un traître ou un criminel.

La dureté de ce regard et la brutalité des mots qui l'accompagnaient envoyèrent un frisson tout le long de la colonne vertébrale de l'aînée, et elle sentit une grande douleur et une grande tristesse s'emparer d'elle comme un ras-de-marée.

Elle était si choquée qu'elle ne trouva pas les mots pour se défendre. Alors à la place, elle lâcha la bombe.

"C'est en partie ta faute si Iwaizumi est à l'hôpital."

Ça le laissa coi.

"Tooru-" commença-t-elle, hésitante et paniquante. "-c'est pas c'que je voulais dire..."

Son frère était paralysé sur place. Ses doigts s'étaient crispés sur la surface de sa tasse et ses jointures blanchissaient à vue d'oeil. Il avait l'impression que son coeur avait arrêté de battre, et qu'il avait arrêté de respirer. Jamais dans sa vie il n'avait ressentit de si vive douleur qu'à cet instant. Sa poitrine brûlait, il avait l'impression qu'on enfonçait un couteau dans son ventre et qu'on remuait ss entrailles avec. Sa tête était douloureuse, le sang battait furieusement à ses tempes. Il avait l'impression qu'il allait mourir.

La réalité le frappait plus durement que jamais.

C'était sa faute.

Il le savait déjà, il le savait. Il savait qu'il était coupable. Mais se l'entendre dire, par sa soeur qui plus est, c'était comme si on venait de le frapper au visage avec un parpaing. Il se rendait compte avec une clarté iréelle qu'il était celui qui avait faillit tuer l'amour de sa vie.


Il ne savait toujours pas où il était, la gelée était toujours collante et pâteuse et l'empêchait de bouger. Il ne se souvenait toujours de rien, c'était bizarre. Il se sentait toujours bien aussi, en paix. Mais quelque chose n'allait pas, il le ressentait et ça le gênait. C'était comme si quelque chose dans cet endroit, ou peu importe comment on l'appelait, était éphémère et trouble. C'était comme s'il n'était pas censé rester là.

Faire abstraction de la lumière derrière ses paupières était de plus en plus difficile. Il avait l'impression qu'avec chaque minute qui passait (s'il pouvait encore juger du temps qui passe) elle se faisait plus fort et plus attirante. Elle était comme une irrationnelle pulsion à laquelle on ne pouvait résister. On pouvait l'affronter pendant un temps, mais l'on finissait toujours par y céder.

En même temps, il était si curieux de cette lumière. Qu'était-elle ? Pourquoi lui semblait-elle de plus en plus douce et séduisante ? Pourquoi avait-il cette envie absurde d'y plonger malgré le danger qu'il y devinait ? Pourquoi avait-il l'impression que quelque chose l'attendait derrière cette lumière ?

Un vague souvenir lui revint alors faiblement, celui d'une personne qui, sans doute lorsqu'il était plus jeune, lui avait parlé d'une lumière au bout d'un tunnel...


"Tooru, tu vas où ?"

L'adolescent releva la tête, finissant de nouer son lacet à l'aveugle, pour tomber sur le visage curieux de son neveux. Takeru s'était accroupit près de lui et le regardait avec attention. Il avait un petit paquet de cartes Pokémon dans la main.

"Je vais faire un tour," répondit Tooru en lui adressant un sourire.

Le petit garçon sourit à son tour, "Je peux venir ? On peut aller jouer au volley !"

Cela fit rire son oncle qui se releva et lui passa une main dans les cheveux.

"Peut-être un peu plus tard. Pour l'instant, je voudrais être seul."

Takeru sembla déçu, mais il n'insista pas. Pourtant, c'était le genre d'enfant têtu, mais sa mère lui avait bien expliqué que son oncle traversait une période très difficile et qu'il valait mieux le laisser tranquille s'il voulait être seul. Lui, du haut de sa petite dizaine d'années, il n'était pas sûr de tout comprendre, mais il avait saisit l'essentiel. Tooru et Iwaizumi avaient voulu s'enfuir pour être ensemble, et maintenant Hajime était à l'hôpital.

"Est-ce que tu vas voir Iwaizumi-niisan ?" demanda-t-il en rentrant légèrement la tête dans les épaules, comme s'il n'était pas sûr d'avoir bien fait de poser la question.

Tooru pinça les lèvres.

"Nan," dit-il simplement. Il ouvrit la porte d'entrée, "Dit à Tomoe que je serai rentré pour le dîner"

Il sortit et claqua doucement la porte derrière lui. Il souffla un grand coup avant de quitter l'immeuble, pour se donner du courage. C'était la fin d'après-midi, aux alentours de dix-huit heures, et il se rendait bel et bien à l'hôpital. Pendant le trajet en bus, il pensa longuement à ce qu'il pourrait dire à Hajime lorsqu'il arriverait. Quels sont les mots qu'il voudrait entendre ? Est-ce qu'il serait seulement réveillé lorsqu'il entrerait dans sa chambre ?

Pour cela, encore faudrait-il qu'il puisse y entrer.

Il était sûr qu'il avait choisit la bonne heure pour y aller.

En descendant du bus, il lui restait cinq minutes de marche. Chaque pas était douloureux à faire, et plus il s'approchait, plus il avait envie de faire demi-tour. Mais une force continuait à le pousser en avant. Ce que sa soeur lui avait dit au milieu de la nuit n'avait jamais quitté son esprit. C'est en partie ta faute si Hajime-kun est à l'hôpital. Il le savait. Oh, comme il le savait. C'était pour ça qu'il y allait maintenant. C'était la seule, l'unique raison.

Un hôtesse d'accueil lui donna le numéro de chambre d'Iwaizumi. Cela le surprit un peu, au fond il avait cru qu'on refuserait de lui indiquer. C'est d'un pas lourd qu'il s'y rendit. Les hôpitaux le rendaient nerveux. Il avait l'impression, quand il y était, d'être dans un autre monde. Les odeurs de médicaments et de désinfectant étaient si fortes qu'elles donnaient le tournis et le rendaient malade.

Ou était-ce l'angoisse qui lui donnait la nausée ?

Il trouva assez vite la chambre ; tout était bien indiqué. Il trouva la porte fermée, et il resta immobile devant pendant qui sait combien de temps. Il ne pouvait que fixer le panneau blanc, imaginant ce qu'il trouverait de l'autre coté. Son coeur était serré, il avait envie de s'enfuir, son estomac était noué, il avait mal à la tête et envie de vomir.

Derrière cette porte, il y avait la personne la plus importante dans tout l'univers. Peut-être qu'il le trouverait endormi, peut-être qu'il le trouverait en train de regarder la télévision, peut-être qu'il le trouverait aux portes de la mort, peut-être qu'il le trouverait en train de se remettre de ses blessures. Il ne savait pas, personne ne lui avait rien dit.

Il était terrifié.

Peut-être qu'il lui en voudrait.

Non. Il lui en voudrait forcément.

Mais...

Il posa une main tremblante sur la poignée et il la tourna doucement pour ouvrir la porte. Immédiatement alertés par le bruit, deux regards se figèrent sur lui, et il lui fallut faire un effort furieux pour ne pas baisser les yeux.

Les parents d'Hajime étaient dans la pièce, et ils se levèrent de leurs sièges en voyant Tooru.

"Qu'est-ce que tu fais là ?" aboya la femme. "On t'avait interdit de venir !"

L'adolescent prit une seconde pour ordonner ses idées avant de parler d'une voix lente et maîtrisée, pour se retenir de monter dans des aigus ridicules à cause du nœud dans sa gorge.

"Je pensais vous trouver là à cette heure-ci," expliqua-t-il, et il ajouta très sérieusement, "S'il vous plaît, écoutez ce que j'ai à dire."

Les deux adultes échangèrent un regard, semblèrent s'entretenir silencieusement pendant une seconde, avant d'accepter. Ils sortirent de la chambre et s'arrêtèrent dans un recoin calme du couloir, là où il y avait peu de passage.

Le silence commençait à s'étendre lorsque le père d'Hajime pressa Oikawa à parler. Le capitaine hésitait, remettant toute sa décision en question. Est-ce qu'il voulait vraiment faire ça ? Non. Est-ce qu'il le devait ? Peu importe comment il retournait la question, la réponse était oui. Il devait le faire. Peu importe si ça le détruisait, si ça le brisait et qu'on ne pouvait jamais recoller les morceaux, c'était ce qu'il devait faire.

Il soupira, et son souffle était tremblant.

Ne pleurs pas, ne pleurs pas, se répétait-il encore et encore.

Il se pencha en avant, s'inclina au plus bas que sa souplesse le lui permettait en restant droit sur ses jambes. Il avait fermé les yeux et les gardaient obstinément et fermement clos.

"Je vous demande pardon," dit-il, et la sincérité était limpide dans sa voix enrouée. "Tout est de ma faute. Si seulement j'avais respecté votre volonté de nous empêcher de nous voir, Iwa-chan ne n'aurait pas eu cet accident. Tout est de ma faute, je vous demande pardon"

Il ravala un sanglot et retint un tressaillement d'épaules. C'était beaucoup plus difficile qu'il ne l'avait imaginé. Chaque mot roulait sur sa langue comme une braise ardente. Ça faisait mal, effroyablement mal.

Les parents d'Hajime restaient silencieux, attendant qu'il ait fini. Tooru sentait leurs regards froids le transpercer.

"Je vous en prie," continua-t-il difficilement. "Laissez-moi le voir juste une dernière fois. Je vous donne ma parole de ne plus jamais essayer d'entrer en contact avec lui ensuite. Mais je vous demande juste de me laisser lui dire au revoir."

C'était sans doute la chose la plus difficile qu'il ait jamais eu à dire. Il avait l'impression qu'il allait mourir.

Il y eut un moment de silence. Tooru se redressa et il rouvrit les yeux, mais il préféra garder les yeux sur le carrelage. Il ne voulait pas affronter les regards accusateurs. Sa culpabilité allait déjà le poursuivre pour toujours, il ne voulait pas être accablé de plus.

"Tu fais serment de ne plus jamais chercher à le revoir ?" demanda soudain la femme.

"Je jure," répondit-il d'une voix pleine de sanglots.

"... On te laisse cinq minutes," indiqua l'homme.

"Merci"

Il ne perdit pas une seconde pour retourner à la chambre. Il se sentait fébrile et ses jambes cotonneuses avaient du mal à le porter. Il entra, ferma la porte derrière lui, et après avoir prit une grande inspiration, il se tourna vers le lit.

La chambre était petite et sombre. La nuit avait presque fini de tomber, et seule une lampe à pied fournissait une lumière jaune diffuse. Il y avait une porte qui donnait sans doute sur une petite salle de bain, une fenêtre cachée par des rideaux, une petite commode, deux sièges, et le fameux lit médicalisé.

Hajime était étendu, les yeux fermés. Il avait l'air paisible. Plusieurs perfusions sortaient de ses bras, mais il avait l'air d'aller plutôt bien. En s'approchant précautionneusement, Tooru constata que son visage avait quelques égratignures qui devraient vite guérir en ne laissant pas de cicatrice -du moins il l'espérait.

Doucement, presque gêné de le faire, il s'assit au bord du siège tout près de la tête du lit. Il était tellement heureux de le revoir, mais il avait envie de fondre en larmes, parce qu'il savait que c'était la dernière fois.

Waouh, la dernière fois. Ça le frappait soudain. C'était la dernière fois qu'il le voyait en vrai. La dernière fois qu'il pourrait le toucher, entendre son souffle. C'était la dernière fois, et il ne pouvait même pas entendre sa voix ou se perdre une dernière fois dans la profondeur de ses yeux.

C'était leurs adieux, et il était le seul à en être conscient.

Lorsqu'il se réveillerait et qu'il saurait, Iwaizumi lui en voudrait forcément. Il se mettrait sûrement en colère. Est-ce qu'il pleurerait ? Est-ce qu'il se sentirait tout aussi seul ? détruit ? Tout aussi désespéré ?

"Iwa-chan..." Il tendit le bras pour toucher sa main du bout des doigts, hésitant, avant de la serrer dans la sienne.

"Je suis désolé. Si seulement j'avais accepté de rompre avec toi dès le départ, on n'en serait pas là... tu serait resté avec moi, tu irais bien, et j'aurais pas à faire ça... Si je n'étais pas tombé amoureux de toi, rien de tout ça ne serait arrivé."

Les larmes se mirent à lui piquer les yeux. S'en était trop pour lui, il ne pouvait pas y arriver. Il regrettait des choses dans sa vie, mais tomber amoureux d'Hajime avait été la plus belle chose qui lui soit arrivé, et passer toutes ces années à ses cotés avait été comme un long rêve.

Un long rêve dont il devait maintenant s'éveiller.

"J'ai fais une promesse à tes parents. J'ai promis de ne plus jamais chercher à te revoir. Tu vas m'trouver égoïste, mais j't'assure que c'est pour ton bien."

Il pinça les lèvres, renifla, serra plus fort la main dans la sienne. Il déglutit, il avait de plus en plus de mal à parler sans que sa voix ne tremble dangereusement.

"J'ai failli te tuer... C'est ma faute si tu as failli mourir. Je veux plus qu'il t'arrive quoi que ce soit de mal, alors-"

Il marqua une pause. Il devait le dire. Il devait en venir à la conclusion de tout ça. Même si ça le tuait.

"-alors on doit rompre"

Il lâcha soudainement sa main et se leva en sursaut. Il avait mal au coeur, il avait la nausée, il avait des larmes sur les joues -il ne s'était même pas rendu compte qu'il s'était mit à pleurer. Il suffoquait, il avait l'impression que ses poumons allaient exploser. Il ne pouvait pas rester ici. Il ne pouvait pas continuer à le regarder. Il se sentait coupable, il se sentait horrible, il se sentait criminel.

Il fit volte-face et ouvrit la porte d'un vaste mouvement de bras. Un dernier sentiment le retint, et il tourna la tête une dernière fois. Derrière le rideau de larmes qui brouillaient sa vue, il captura une dernière fois le visage d'Hajime. Sa peau tannée, ses cils courts, sa bouche fine, ses cheveux désordonnés, la ligne de son cou qui disparaissait sous la blouse d'hôpital. Il lui sembla l'entendre le traiter d'idiot.

"Au revoir Iwa-chan"

Finalement, c'était ça la chose la plus difficile qu'il ait eu à dire.


La lumière était maintenant tellement forte qu'il ne pouvait plus lutter contre elle. Elle était comme un aimant, elle l'attirait vers elle avec une force incroyable. Quelque chose continuait à lui dire qu'elle était dangereuse et que s'il se laissait avaler par elle, il perdrait l'ignorante tranquillité dans laquelle il était plongé maintenant.

En même temps, il se sentait de plus en plus troublé par l'absence de ses souvenirs. La lumière les lui rendraient peut-être. Mais était-il prêt à plonger dans cette dangereuse luminosité ? Il n'en était pas certain. Mais de toute façon, il ne lui résisterait plus très longtemps.

Un, deux... trois.

Il lâcha tout, même s'il ne se tenait à rien. Il se laissa engloutir dans l'intense halo lumineux. Il ne se passa rien au début. Il avait toujours l'impression d'être dans la gelée, il ne pouvait toujours pas bouger, ne ressentait toujours rien.

Et puis doucement, il lui sembla entendre un bruit. Comme un bourdonnement qui résonnait au fond de sa tête. Il écouta attentivement, et le bourdonnement se changea en voix. C'était étrange, il avait l'impression de connaître cette voix. Que disait-elle ?

Il fit encore plus attention, et va voix se changea en mots décousus.

égoïste... mourir... rompre...

Il sentit un picotement dans sa main droite, et quelque chose le gêner dans la poitrine. C'était... douloureux. Au début, c'était juste un léger tiraillement, mais plus il entendait les mots, plus cela devenait désagréable. Est-ce que c'était pour ça que la lumière lui avait semblé si dangereuse ?

Au revoir Iwa-chan...

Soudain, il se sentit tomber. Il n'arriva pas à crier, ni à battre des bras ou des jambes. Il tomba juste. La chute fut courte et il ne se sentit pas atterri. Il arrêta juste de tomber. Et là, il put enfin ouvrir les yeux.

Sa vue était trouble au début, mais doucement, il parvint à voir des choses. Un mur blanc, une chaise. Il y avait quelqu'un sur cette chaise, qui le regardait. Cette personne bougeait les lèvres, mais il n'arrivait pas à l'entendre. Il y avait comme un sifflement strident qui lui bouchait les oreilles. Il n'arrivait toujours pas à bouger autre chose que la tête.

Iwa-chan... C'était lui, Iwa-chan. Mais... qui est-ce qui l'appelait comme ça déjà ? Sa mémoire était encore confuse, mais il savait que c'était une personne à laquelle il tenait.

Aah, c'était quoi son nom, déjà ?

Une image lui apparut. Celle d'un garçon dans un rayon de lumière. Il avait des cheveux châtain coiffés bizarrement, il portait un maillot de volley bleu et blanc. Il avait un sourire rayonnant, le plus large, le plus brillant et le plus beau des sourires.

"Oikawa," souffla-t-il.

Le sifflement s'estompa doucement, et il parvint à entendre la voix de sa mère penchée près de lui, lui demander encore et encore comment est-ce qu'il se sentait. Un médecin était là aussi, occupé à prendre sa tension.

"Où est Oikawa ?" demanda-t-il faiblement.

"Il n'est plus là," répondit son père.

Il fronça les sourcils. "Quoi ?"

"Il est partit pour toujours," précisa sa mère.

Partit pour toujours...


Eh voilà !

Alors, vos avis ? C'était prévisible ? (les gros clichés sont facilement prévisibles, haha... ha) J'espère que ça vous a plu en tout cas ! La fin est proche !

Je devrais plus pouvoir écrire cette semaine alors j'espère sortir le chapitre 12 rapidement. Je commence aussi à travailler très, très sérieusement sur une nouvelle fic bokuaka que je devrais bientôt commencer à poster.

Bref, à bientôt !