Complicité.

Ce midi, j'ai décidé de m'offrir un repas à l'air libre. Je ne suis pas le seul installé sur la nappe à carreaux blancs et rouges puisque ma sœur se tient face à moi. Le temps est plutôt clément depuis quelques heures et c'est pour cette raison que nous avons décidé de nous nourrir dehors. D'ailleurs, c'est une habitude que nous avions pris avant que je quitte la demeure familiale pour venir m'installer ici. Je suis content de voir que nous avons conservé ces moments et pouvoir déjeuner en sa compagnie joue beaucoup sur mon humour.

Cette dernière est désormais au beau fixe et j'espère qu'il en sera autant pour le restant de la journée. Alors que ma sœur mange un sandwich, j'ouvre un petit paquet de chips et je n'hésite pas à taper dedans. Pendant ce temps, le bruit de la chute d'eau qui est à l'origine de la rivière qui parcourt le village nous berce les oreilles et si j'avais l'intention de me faire une sieste digestive, je ne vois pas pourquoi je changerai d'endroit.

« Vivement le printemps pour qu'on puisse en faire d'autre, me dit Mélanie.

- Grave mais on pourrait inviter un voisin ou une voisine pour la prochaine fois. Bien sûr, je parle de ceux qui sont agréables. Je me vois mal demander à Bebel de venir avec nous, surtout avec son sale caractère.

- Parce qu'il t'énerve toi aussi ?

- Comment ne pas l'être ? Il est chiant mais à un point. »

Ma sœur sourit avant de mordre une nouvelle fois dans son sandwich. Pour ma part, je suis content de constater que notre complicité est toujours intacte. Certes, on ne se croise pas aussi souvent qu'on le voudrait lorsque nous nous promenons dans le village mais nous veillons à mener notre vie privée comme nous l'entendons. D'ailleurs, je serais curieux de savoir de qui ma sœur se sent la plus proche concernant le voisinage.

« Dis-moi Mel.

- Oui ?

- Y a un habitant que tu apprécies plus que les autres ?

- Très bonne question. »

Ma sœur s'arrête quelques secondes et se met à réfléchir. En attendant, je continue de me nourrir lorsque la réponse se fait connaître.

« J'aime beaucoup Damia. »

Je ne suis pas très étonné de cette réponse. Ma sœur a toujours aimé les gens gentils mais énergiques. Normale, elle appartient à ce genre alors que moi, je serais plutôt du genre sociable mais solitaire.

« Et toi ? Me demande-t-elle.

- Mon coeur balance entre trois personnes. Teddy, Colvert et Herbert.

- Ce qui est bien avec les deux derniers, c'est qu'on pourra toujours les bouffer si jamais le vide sévit dans notre frigo.

- Tu es sérieuse quand tu dis ça ?

- Ouais. »

Et je lis dans son regard qu'elle est vraiment sincère. Soudain, alors que je ne m'y attendais pas du tout, elle se met à rire et forcément, je l'imite. Son humour est spéciale mais je sais l'apprécier.