hey hey heeey !
voilà le nouveau chapitre que j'ai eu pas mal de difficulté à écrire, j'espère que ça s'en ressent pas trop !
Bonne lecture !
CHAPITRE 13 — "I see you writing down the ending of our story, but stop and leave this part unsaid for now."
Oikawa n'en revenait pas. Alors Iwaizumi était venu étudier à Tokyo lui aussi. Il avait choisit Todai, sûrement en pensant l'y trouver. Cet idiot, pourquoi fallait-il qu'il lui fasse ça ? Il arrivait presque à ne plus avoir envie de vomir, dégoûté de lui-même, quand il repensait à sa lâcheté, et voilà qu'il se remontrait devant lui, pour lui rappeler qu'il l'avait blessé, puis qu'il l'avait abandonné. C'était carrément trop injuste.
"Oikawa," commença Kuroo à coté de lui, "leur numéro 23, il jouait pas avec toi à Aoba Johsai ?"
C'était mauvais. Il n'allait pas y arriver. Il n'arriverait pas à jouer contre Iwaizumi. Il ne pouvait pas. Rien que le regardait lui ramenait en mémoire tous les souvenirs de ce qu'ils avaient traversé. Toute l'horreur de leur histoire à la fin, l'horreur de leur amour.
Il se sentait soudain nauséeux et il avait l'impression qu'on frappait contre sa tête. Son cœur battait fort. Il était tiraillé entre le bonheur de revoir ce visage qu'il pensait ne jamais à nouveau caresser des yeux, et la terreur, les remords et l'interdit.
Il avait promit de ne plus jamais le revoir. Il l'avait juré. C'était mieux comme ça.
"Oikawa ?"
Au moment où Kuroo l'interpellait, Iwaizumi tournait le regard vers lui, et ses yeux s'écarquillaient de surprise.
"Je dois sortir un instant," lâcha Tooru avant de retourner dans les vestiaires en courant. Il claqua la porte derrière lui et s'appuya dessus pour que personne n'entre.
C'était pas possible, ça ne pouvait pas être vrai. Trop de sentiments revenaient soudain affluer en lui, il ne pouvait pas tout encaisser. Il avait l'impression d'être en pleine crise d'hormones, comme un pré-ado. Il avait passé cette période, bordel !
Il avait les jambes cotonneuses, les mains tremblantes et la bouche sèche. Il avait la tête qui tournait. Il avait envie de fermer les yeux et de disparaître. Peut-être que s'il passait par la fenêtre, il pourrait s'éclipser. Ou alors il pourrait rester là, et demander à Kuroo de prévenir le coach qu'il ne se sentait pas bien.
Peu importe, il ne voulait juste pas avoir à affronter son passé maintenant. Un passé dont il aurait tant aimé faire son présent aussi.
"Oikawa ?" La voix de Tetsurou résonna à travers la porte close. "On va commencer à jouer, le coach te veut sur le terrain."
"Dis-lui que je me sens pas bien," répondit-il en se laissant glisser par terre. Il enfouit son visage dans ses bras.
"Écoute, je sais pas ce qu'il s'est passé avec ton ancien équipier, mais tu sais que tu peux pas laisser des histoires de sentiments affecter ton jeu."
"Laisse-moi tranquille."
"Si tu refuse de jouer aujourd'hui, le coach te fera pas jouer au prochain tournois, et tu sais ce que ça veut dire ? Que d'éventuels sponsors ne pourront pas te voir te démarquer et lancer ta carrière."
"J't'ai dis d'me laisser tranquille !" répéta le châtain, un peu plus fort, avec colère.
"Et moi je te réponds que t'as pas à me donner d'ordres !"
D'un coup, la porte s'ouvrit violemment et Oikawa se retrouva éjecté un mètre plus loin. Il couina de douleur en se cognant contre le carrelage, et il leva des yeux furieux sur le garçon qui se tenait debout devant lui, les mains sur les hanches.
"Non mais t'es malade !?"
"Et toi tu es ridicule."
"J'aurais pu me faire mal !"
"Heureusement c'est pas le cas. Alors maintenant, sur le terrain !"
"T'es pas ma mère !"
"Heureusement que je le suis pas, j'aurais pas le courage de te supporter à la maison aussi !"
"Tu m'énerve !"
"Toi aussi tu m'énerve !"
Ils se turent tous les deux, se fusillant du regard pendant une poignée de secondes. Et puis Tooru baissa la tête et ramena ses jambes contre son torse, assit au milieu de la pièce.
"J'ai peur."
Il s'attendait totalement à recevoir une moquerie en retour.
"Et bien affronte ta peur."
Il tressaillit légèrement. Facile à dire. Beaucoup plus qu'à faire. Est-ce qu'il savait au moins à quel point c'était terrifiant de se retrouver face à ses responsabilités, face à ses regrets, face à ses tourments ? Est-ce qu'il se rendait compte qu'il lui demandait l'impossible là ?
Il avait gardé le regard baissé, mais il devina que Kuroo venait s'asseoir à coté de lui.
"Quand tu t'es enfuis, le numéro 23..." commença-t-il doucement. "Il a eu l'air de vraiment pas apprécier. Il a voulu te suivre, mais son coach l'a retenu."
Bizarrement, l'idée donna à Tooru l'envie de sourire, et une bouffée de nostalgie s'engouffra dans ses poumons. Le souvenir d'une époque où Iwa pouvait s'énerver sur lui lorsqu'il faisait des choses stupides comme fuir ses problèmes plutôt que les affronter la tête haute. Une époque tellement plus simple où les problèmes qu'ils avaient à affronter étaient ceux d'adolescents, et pas ceux qui les avaient plongés dans un enfer de problèmes qui les dépassaient.
"Il sera sur le terrain ?"
"Je crois," répondit Kuroo. "Raison de plus pour sortir de là."
"Est-ce que tu te moques de moi ?" grimaça Oikawa, "Parce que si c'est le cas, c'est pas drôle."
L'autre pouffa. "Je me moque pas de toi, même si je pourrais."
Il marqua une pause d'une poignée de seconde pendant laquelle la petite pièce resta silencieuse. C'était bizarre de se dire que juste à coté, dans le gymnase, à quelques mètres à peine, Iwaizumi était là. Tooru se surprit à se demander comment est-ce qu'il se sentait. Est-ce qu'il était en colère ? Était-il déçu et triste plus qu'énervé ?
Et de fil en aiguille, il en vint à se demander s'il s'entendait bien avec sa nouvelle équipe. Particulièrement avec leur passeur. Est-ce qu'ils étaient amis ? Est-ce qu'ils avaient tissé une relation de binôme particulièrement efficace ? Est-ce qu'en les voyant jouer, les gens se disaient qu'ils étaient faits pour faire équipe ?
Cette pensée là, elle lui tordit l'estomac et lui donna l'impression d'avoir été trahi. Le passeur d'Iwa, ça avait toujours été lui. Ils avaient toujours été un bon duo, et c'était toujours à Hajime qu'Oikawa donnait une passe dans un moment critique ; parce qu'il avait confiance en lui, et qu'il savait qu'il frapperait sa balle quoi qu'il arrive.
Se dire qu'Iwaizumi pouvait former un duo avec quelqu'un d'autre le rendait malade. Ça le rendait triste. Il avait envie de sortir de là, de l'attraper par le bras et de le tirer loin de son équipe. De l'avoir pour lui tout seul.
Un privilège auquel il avait renoncé.
"Je peux pas jouer contre lui," insista Tooru, honteusement.
"Poule mouillée."
"Q-quoi !?" s'offusqua le passeur en relevant soudainement les yeux pour fusiller son camarade du regard.
Kuroo affichait un air satisfait qu'Oikawa détestait le voir afficher. Ça lui donnait envie de le frapper au visage pour effacer ce petit sourire suffisant qui avait tout d'insupportable. L'ancien capitaine de Nekoma se releva et se plaça face à Tooru, mains sur les hanches, pour le regarder de toute sa hauteur.
"Je te croyais pas si trouillard. Je vais peut-être revoir mon opinion de toi."
"Tu sais où tu peux te la mettre ton opinion de moi ?"
"En fait, "continuait Kuroo sans s'occuper de lui, "Tu es vachement orgueilleux pour quelqu'un de si froussard. T'es comme un petit chien derrière un portail : tu aboie plus que tu ne mords."
"Va t'faire foutre."
Les paroles volontairement provocatrices de son équipier commençaient à sérieusement faire couler le feu de la colère dans ses veines, et il était à deux doigts de se lever et de lui en coller une. Il savait que Kuroo pouvait être un peu lourd, mais il apparaissait toujours, au final, comme un mec bien qui avait juste sa manière à lui d'aider ses amis à coups de boutades et de provocation. Et puis il regrettait quand il dépassait la limite sans le vouloir.
Alors qu'il allait lui répondre d'une réplique bien salée, Oikawa se retrouva coupé.
"Allez, montre-moi que t'en a dans le ventre."
Kuroo venait de lui tendre la main et lui offrait un sourire. Légèrement moqueur, un peu encourageant, mais surtout plein de bonnes intentions. Il voulait vraiment l'aider, et semblait persuadé qu'aller sur le terrain affronter Iwaizumi était la meilleure chose à faire.
Eh bien soit, il allait le faire.
Le cœur fébrile, il leva une main tremblante pour saisir celle qui lui était tendue, et alors qu'il se remettait sur ses pieds, la porte du vestiaire s'ouvrit dans un raffut monstrueux. C'était comme si on venait de faire sortir le panneau de ses gonds.
"OIKAWA !" hurla le coach depuis le huis-clos. "Sur le terrain et que ça saute !"
"Oui coach !"
Comme si la colère de l'homme lui avait remit les pieds sur terre et fait oublier ses crainte, il trottina hors de la petite pièce pour pénétrer dans le gymnase et se placer de leur coté du terrain.
Il évitait soigneusement de croiser le regard d'Hajime qu'il sentait brûler sur lui. Même s'il avait finit par sortir de sa cachette, il n'était pas prêt à affronter son regard. Il serait sûrement blessé, froid, coléreux, trahi. Il n'était pas prêt à voir ça.
Un coup de sifflet annonça le début du premier set. C'était l'équipe d'Oikawa qui avait le service. Un de ses sempais de deuxième année s'en chargeait. Les premières balles s'échangèrent normalement. L'équipe contre laquelle ils jouaient était plutôt bonne, et les premiers points étaient pris au coude à coude.
Quand arriva le troisième service de l'équipe rivale, Oikawa serra la mâchoire. C'était au tour d'Iwaizumi, et il n'avait plus vraiment d'autre choix que le regarder. Il fallait bien qu'il sache où allait partir la balle. Mais Hajime ne le regarda pas. Pas un coup d'œil. Ça lui fit bizarre. C'était comme s'il l'ignorait.
Il servit dans un coin mais la balle fut réceptionnée et renvoyée. Point pour l'équipe de Keiō. Les balles désenchaînèrent ainsi pendant tout un set remporté par Todai. Le second set avança normalement aussi.
Au bout d'un moment finit par arriver la balle de match. 24-22 pour Todai qui avait la possession. Tout se passa très vite. Le passeur fit monter la balle, appelant un nom.
"Iwaizumi !"
L'ailier sauta, et avec toute la puissance qui le caractérisait sur le terrain, il envoya un véritable boulet de canon rencontrer le sol.
Oikawa resta abasourdit une seconde. A une époque, c'était lui qui appelait ce nom, c'était lui qui lui envoyait des balles. A une époque, c'était ensemble qu'ils marquaient les points décisifs.
Le match s'acheva là sur un coup de sifflet final. Victoire pour l'équipe de Todai. Les joueurs de l'équipe vainqueur échangèrent des tapes dans le dos et des sourires satisfaits. Il y avait un peu de déception dans les rangs de Keiō, mais heureusement ce n'était qu'un match d'entraînement. C'était fait pour faire des erreurs et en tirer des leçons, pour s'améliorer avant la pression d'un match officiel.
De son coté du terrain, Oikawa regardait en reprenant son souffle, Iwaizumi sourire. C'était ce même sourire que ceux qu'ils échangeaient lorsqu'ils gagnaient ensemble au lycée. C'était un sourire sincère, lumineux et rare. Le sourire de la fierté d'un accomplissement personnel et collectif. Le sourire pour les personnes en lesquelles il avait confiance en jeu et dans la vie.
C'était un des sourires qui lui manquaient le plus.
"Oikawa, tu viens ?" l'appela Kuroo en montrant du doigt le coté du terrain où leur coach les attendaient pour quelques commentaires à chaud sur leur match.
"Ouais," répondit le passeur sans vraiment y penser, et il détacha à contrecœur les yeux de ce sourire pour suivre son équipier. Ils récupérèrent des serviettes et de l'eau et rejoignirent les autres joueurs de leur équipe.
"C'était un bon match," déclara leur coach. "Mais Oikawa, tu es trop distrait. Tu dois te concentrer davantage sur le jeu."
"Désolé." Il savait qu'il avait bien piètrement joué, trop distrait par la présence d'Hajime. C'était trop bête, il n'avait pas réussit à parfaitement se concentrer.
"Bandou, tes réceptions sont trop fragiles, tu vas me travailler ça dès demain. Quand à toi Kishima..."
Il continua de débriefer ses joueurs un par un sur les lacunes ou les progrès qu'il avait notés en les regardant jouer. Il leur donna ensuite l'autorisation de s'asseoir pour observer le match qui allait commencer. Les joueurs de Sodai contre d'autres joueurs de Todai. Après tout, le club de l'université de Tokyo comptait assez de membres pour former plusieurs équipes. Cette fois, Iwaizumi ne jouait pas.
Kuroo et Oikawa s'assirent avec d'autres première année pour regarder. Observer d'autres joueurs en action était aussi important pour leur amélioration personnelle qu'une séance d'entraînement. Et le match était plutôt intéressant. Les joueurs étaient bons, les balles restaient longtemps en l'air avant qu'un point ne soit marqué.
"Oikawa."
Il leva les yeux et tous ses muscles se tendirent lorsqu'il croisa le regard d'Iwa qui se tenait debout près d'eux, la mine grave. Il le fixa sans rien dire, incapable ni de parler, ni même de baisser les yeux. Et pourtant, il en avait envie, de détourner le regard pour ne pas avoir à l'affronter.
"Est-ce qu'on peut parler ? En privé," continua Hajime sans rien perdre de son impassibilité. A ce moment précis, il était impossible de savoir à quoi il pensait, ni ce qu'il ressentait. S'il était en colère ou parfaitement calme, s'il était nerveux ou totalement serein.
"Je—"
Il fallait qu'il trouve une excuse. N'importe quoi ferait l'affaire. Juste quelque chose à dire pour ne pas avoir à se retrouver seul avec lui. Il n'avait pas le droit, et puis il ne pouvait pas. Qu'est-ce qu'il allait bien pouvoir lui dire ? Il ne s'était pas préparé. Il espérait ne jamais le revoir. Enfin, il ne l'espérait pas vraiment, mais ça aurait été beaucoup plus simple pour lui, pour oublier et tirer un trait sur leur histoire qui lui était pourtant si chère. Il se sentait assez coupable, assez horrible sans avoir à donner des justifications à la personne qu'il avait trahie.
Mais pourquoi cet idiot ne pouvait pas simplement comprendre qu'il avait fait ça pour lui ? Pour son bien, et pour rien d'autre. C'était parce qu'il voulait qu'il soit heureux qu'il lui avait fait ses adieux. Alors pourquoi est-ce qu'il ne prenait pas la chance qu'il lui avait donnée de passer à autre chose ?
"Le coach nous a demandé de regarder le match..." dit-il doucement. Il se sentait trop bête de sortir une excuse aussi bidon.
"Ce sera pas long," insista calmement Iwaizumi, et Oikawa se demanda s'il n'était pas encore plus effrayant lorsqu'il gardait ce calme à toute épreuve dans un moment pareil que quand il s'énervait.
"Vas-y Oikawa," lança alors Kuroo. "Je te couvre auprès du coach."
Tooru lui lança un regard enragé qui signifiait qu'il le tuerait dès qu'il en aurait l'occasion. Le sale traître ! Il savait pourtant qu'il ne voulait pas avoir à faire face à ça ! Il ne pouvait pas l'aider plutôt que le jeter dans la gueule du loup ? Ah ça, il lui ferait payer.
Le passeur analysa la situation à toute vitesse. Il semblait qu'il n'avait plus vraiment le choix maintenant...
"Ok..." Il se leva et sentit que ses jambes tremblaient dangereusement. Il aurait de la chance si elle ne lâchaient pas sous son poids au premier pas qu'il ferait. Il lança un dernier regard de détresse à Kuroo qui lui sourit. Pas un sourire moqueur ou malicieux, mais un sourire vrai, encourageant, qui signifiait qu'il le soutenait à 100%.
Pourquoi fallait-il que ce gars soit aussi gentil et adorable quand il pouvait aussi être l'être le plus agaçant qui soit ?!
Prenant une inspiration, Oikawa entraîna Iwaizumi dans le vestiaire. Ils y seraient seuls et tranquilles pour... régler leurs comptes. Le passeur priait pour que son coach le voit s'éloigner et le rappelle, mais rien, personne ne le retint.
Ils ferma la porte derrière eux. Ici, les concerts de voix venant du gymnase étaient étouffés, et c'était comme s'ils étaient dans une autre dimension, à coté de celle de leurs équipes. C'était comme s'il n'y avait vraiment plus qu'eux deux. Eux et le silence lourd et étouffant.
Tooru se sentait malade. Il avait l'estomac noué et le cœur qui battait fort, très fort entre ses poumons. Il avait l'impression d'être de nouveau un petit garçon que sa mère confrontait à une terrible bêtise qu'il aurait faite. C'était vraiment désagréable.
Iwaizumi ne parla d'abord pas. Il s'appuya contre un mur, les bras croisés sur le torse, et il ferma les yeux, comme s'il pensait, ou qu'il se concentrait. Oikawa le regardait avec appréhension. Il n'osait rien dire.
"Beau match," finit par lâcher l'ailier sans le regarder.
"Eh ?" Le compliment prit Oikawa de court. Il ne s'attendait pas vraiment à ça pour être honnête, et il ne savait pas s'il devait le remercier ? Ou bien ne rien dire ? C'était un peu bizarre.
"Ton équipe est plutôt bonne," continua Hajime. Cette fois, il rouvrit les yeux et posa son regard sur son ami d'enfance.
Cette fois encore, ce dernier ne répondit rien. Il ne comprenait pas ce qui était en train de se passer. Il ne comprenait pas pourquoi est-ce qu'il lui disait tout ça. Est-ce que c'était un piège ? Ou bien une façon de commencer la conversation avant d'en arriver aux sujets fâcheux ? Si c'était le cas, c'était inutile. Autant en venir aux faits tout de suite, qu'ils en finissent. La situation était déjà suffisamment désagréable.
"Vous avez un bon jeu, je trouve que—"
"S'il te plaît, arrête." le coupa Tooru en fronçant tristement les sourcils. "Je ne sais pas à quoi tu joue, mais je ne pense pas que tu aies voulu me voir en privé uniquement pour féliciter mon équipe sur son jeu. Surtout qu'on a perdu."
Le regard d'Hajime s'assombrit un instant et un tic nerveux agita sa lèvre inférieure. Il sembla soudain très contrarié. Finalement, il tombait le masque et quittait son impassibilité feinte. Encore une fois, ils restèrent silencieux pendant ce qui sembla être plusieurs heures.
C'était tellement bizarre. Ils ne s'étaient pas revus depuis au moins 6 mois, ne s'étaient pas parlé non plus. C'était comme ces moments gênant lorsqu'on croisait au détour d'une rue quelqu'un qu'on avait connu au collège et avec qui on avait perdu contact depuis des années.
Penser à ça donna un vertige à Oikawa. Il se rendit compte qu'il avait l'impression d'avoir à moitié un parfait étranger devant lui. Pendant les six mois qui s'étaient écoulés, il avait dû se passer bien des choses. Des choses dont il ne savait rien. Il avait dû rencontrer de nouveaux amis, vivre de nouvelles expériences. Il ne savait pas s'il avait fait de belles rencontres à la fac, ni même quel cursus il suivait. Il ne savait pas comment allaient les choses avec ses parents, ni s'il s'était bien remit de l'accident.
Il ne savait plus rien de lui. Et c'était terrifiant.
"Pourquoi t'as fais ça ?"
La question le ramena sur terre, et il croisa la froideur blessée du regard braqué droit sur lui. Il frissonna. Ils y étaient.
"Je l'ai fais pour—"
"Si tu oses dire que tu l'as fait pour mon bien-," le coupa Iwaizumi. "-Je jure que je te frappe."
Oikawa eut envie de sourire ; un sourire amer. Il n'avait pas tant changé apparemment. Il était toujours aussi violent. Il lui avait déjà dit bien des fois que cela finirait par le perdre.
"Je suis désolé, mais j'ai fais ce que je pensais être le mieux pour toi."
"Te fiche pas de moi, Oikawa !" gronda Hajime. Ses poings serrés et ses épaules tremblaient de colère. "Ce qui était le mieux pour moi ? Tu sais bien que c'était pas ça le mieux pour moi ! Te perdre, c'était pas le mieux pour moi !"
Pourquoi fallait-il qu'il lui fasse ça ? Pourquoi devait-il lui dire ces choses-là ?
"Mais tes parents—"
"On s'en fiche de mes parents !" s'écria Hajime avec rage, et il frappa du poing contre le mur, faisant sursauter son interlocuteur. "Tu avais dis qu'on resterait ensemble quoi qu'il arrive, pas vrai ? Alors pourquoi est-ce que tu m'as laissé ?"
"J'ai pas eu le choix !"
"Comment ça t'as pas eu le choix ?"
"Tu as failli mourir par ma faute !"
Un silence. Tooru avait parlé dans un cri désespéré, et il en était resté tout étourdi. Il l'avait dit à voix haute, ce qui le hantait depuis tout ce temps. Il tremblait de tout son corps et avait la gorge nouée. Il avait baissé les yeux. La culpabilité était devenue trop forte pour qu'il soutienne son regard plus longtemps. Il ne pouvait alors pas voir la tristesse dans les yeux de son ancien petit ami. C'était un regard plein de peine et de pitié. Mais pas une pitié mal placée. C'était une pitié douce. Le genre de pitié qui voulait dire 'tu es stupide de penser ça, s'il te plaît ne te blâme pas'.
"Tu sais que ce n'était pas ta faute."
"Bien sûr que si. C'est moi qui ai été trop téméraire. Je croyais qu'on pourrait fuir et échapper aux interdits, mais la vérité c'est qu'on n'est pas dans un film."
"Arrête de raconter des conneries. C'est moi qui ai voulu traverser sans faire attention. Si j'ai été renversé, c'est ma faute."
Il quitta sa position contre le mur pour s'approcher d'Oikawa qui était resté près de la porte. Instinctivement, ce dernier fit un pas en arrière, et ce réflexe de s'éloigner de lui fit stopper son avancée à Iwaizumi. Il le dévisagea.
"Tu sais," reprit-il avec beaucoup moins de colère dans la voix, et une certaine douceur dans le regard. "Je t'aurais suivit jusqu'au bout du monde. Je connaissais les risques en décidant de m'enfuir avec toi. Alors accepte de reconnaître que je suis au moins autant à blâmer que toi."
Ça semblait honnête. Tooru pensa qu'après tout, lui aussi aurait été prêt à le suivre aveuglément n'importe où. Du moment qu'ils auraient été ensemble, il aurait été heureux même dans le pire endroit de la Terre. Du moment qu'il l'aurait eu à ses cotés, tout lui aurait convenu.
"Est-ce que tu te rends seulement compte de ce que ça m'a fait lorsque je me suis réveillé et qu'on m'a dit que tu avais décidé de ne plus jamais me revoir ?"
Le coeur d'Oikawa se serra. Il ne pouvait qu'imaginer. S'il avait été à sa place, il aurait été dévasté. Alors il imaginait ce qu'il avait dû ressentir...
"Et toutes les fois où j'ai essayé de te joindre mais où tu n'as pas répondu ? Tu as même refusé de dire à Matsukawa et Hanamaki dans quelle université tu allais parce que tu ne voulais pas que je te retrouve !"
"Tu comprends pas !?" s'écria le passeur, "J'ai pas eu le choix ! J'ai fais une promesse à tes parents ! Après tout ce qui s'est passé, rompre avec toi, c'était ce qu'il y avait de mieux à faire."
Il lâcha un hoquet de surprise quand il sentit soudain un main puissante saisir le col de son maillot pour le plaquer violemment contre la porte du vestiaire. Iwaizumi le maintenant avec force pour l'empêcher de bouger. Son regard était noir de rage, son visage était froissé de colère, et son bras qui le maintenait tremblait.
"Est-ce que tu t'entends parler crétin d'Oikawa !?"
"Lâche-moi !"
"Non." Et il le serra encore plu fort contre la porte pour qu'il arrête d'essayer de s'échapper de sa prise. "Je sais que tu penses pas ce que tu dis, alors pourquoi est-ce que tu insiste ?"
"Je ne t'aime plus, Iwaizumi !"
Tout s'arrêta soudain. Les mots étaient sortis d'un coup et avaient eu le mérite de stopper les tentatives de se libérer d'Oikawa. Ils avaient aussi stoppés le désire d'Hajime de le maintenir immobile. Très doucement, comme au ralenti, comme dans un rêve, il lâcha le vêtement et laissa ses bras retomber contre son corps. C'était comme s'il avait lâché prise sur tout ce qu'il essayait désespérément de reconstruire. Son visage n'affichait plus la colère. Il n'affichait pas non plus le choc, pas complètement. C'était un mélange de déception, de tristesse et de douleur.
Oikawa avait baissé les yeux et se mordait la lèvre inférieur tellement fort qu'il en saignerait presque.
"... Je vois."
Iwa fit un pas en arrière, et Tooru se déplaça sur le coté pour laisser le passage libre. Ils ne dirent plus un mot. C'était presque irréel lorsque l'ailier ouvrit la porte et quitta le vestiaire. C'était comme vivre un cauchemar quand les larmes affluèrent dans ses yeux alors qu'il retournait auprès de son équipe.
Il fallait avouer que la pilule avait plutôt du mal à passer. Il se disait qu ça ne pouvait pas être vrai. Non, en fait, il était pratiquement certain qu'il n'avait dit ça que pour qu'il le lâche. Mais pourtant, une voix mauvaise au fond de lui lui disait que c'était peut-être vrai au fond.
Après tout, ils avaient été séparés pendant six longs mois. Bien des choses avaient pu arriver durant ce laps de temps. Oikawa avait très bien pu rencontrer quelqu'un d'autre, quelqu'un de mieux pour lui. Quelqu'un qui l'aurait soulagé de sa peine et de son sentiment de culpabilité. Quelqu'un qui aurait été là pour lui quand lui, il n'avait pas pu l'être.
Non, non c'était impossible. Et pourtant il avait ce poids sur le coeur qui ne voulait pas partir. Le sentiment de se briser de l'intérieur.
Depuis qu'ils étaient partis s'enfermer dans le vestiaire pour parler, Kuroo n'avait eu de cesse de lancer des petits coups d'œils discrets à la porte au fond du gymnase. Pour être honnête, il s'inquiétait un peu.
Depuis qu'ils s'étaient retrouvés à jouer dans la même équipe cette année, Oikawa avait toujours été très secret sur ses relations passées, même pendant la soirée d'intégration où plusieurs sempais avaient essayé de lui faire cracher le morceau sur ses ex. Il avait aussi toujours eu cette petite étincelle de tristesse paresseuse au fond du regard, comme si quelque chose lui broyait le coeur depuis tellement longtemps qu'il avait apprit à vivre avec.
Cela avait toujours attisé la curiosité de l'ancien capitaine des chats, mais il n'avait jamais posé la question parce qu'il considérait que cela ne le regardait pas. Mais aujourd'hui, il avait bien comprit que cela avait à voir avec ce garçon qui était dans son équipe au lycée.
Quand il avait vu Iwaizumi ressortir seul du vestiaire avec cette tête de dix pieds de longs, il avait immédiatement comprit que quelque chose s'était mal passé. Il s'était levé et avait rejoint la pièce adjacente.
Il avait trouvé son ami recroquevillé par terre, la tête dans les genoux et les bras entourant ses jambes. Il était silencieux. Pas un sanglot ne venait perturber le silence.
"Eh," souffla doucement Kuroo, et il s'accroupit devant lui. "Est-ce que ça va ?"
"Est-ce que ça a l'air d'aller ?" répondit une voix étouffée, sans que Tooru ne daigne relever la tête.
"Qu'est-ce qui s'est passé ?"
"J'ai pas envie d'en parler."
"T'es sûr ? Parce que t'as vraiment pas l'air bien..."
Oikawa finit par se redresser pour laisser voir ses yeux rougis et humides, et ses joues pleines de larmes.
"Non, je vais pas bien !" confirma-t-il avec agacement. "Mais... mais j'ai quand même pas envie d'en parler."
Kuroo l'étudia du regard avec tristesse. Il n'aimait pas trop l'idée de le laisser pleurer comme ça tout seul sans au moins essayer de faire quelque chose pour lui. Visiblement, les choses ne s'étaient vraiment pas bien passées, et il avait l'air au bord du gouffre.
Il ne pouvait définitivement pas le laisser comme ça.
"Je vais dire au coach que tu ne te sens pas bien, ok ?" proposa-t-il doucement.
"Tss, c'est maintenant que tu acceptes mon idée de départ !"
Tetsurou s'autorisa un sourire amusé, "Qu'est-ce que tu veux, je suis un peu long à la détente parfois"
"C'est ça, ouais..."
"Allez viens, on va te sortir de là !"
Il se releva, et il lui tendit la main. Encore une fois. Tout cela risquait de lui coûtait cher en 'tu me dois bien ça' plus tard lorsque son ami aurait besoin d'un service de sa part. Mais bon, pour l'instant, il était simplement heureux d'avoir quelqu'un qui voulait encore lui tendre la main alors qu'il ne faisait que merder.
Alors qu'il venait de commettre sa plus grosse erreur : mentir sur ses sentiments, purement et simplement. Et perdre Iwaizumi pour toujours une seconde fois.
Kuroo et Oikawa, best buddies haha! j'les adore. Ce chapitre était plus angst que prévu sur la fin lol
Eh voilà ! Alors, à la base la fic devait finir dans le prochain chapitre mais disons que pendant que j'écrivais ce chap, les personnages ont dit yolo, ils m'ont fait un doigt d'honneur et ils en ont décidé autrement !
Du coup, comme le scénario a encore dévié de l'initial, bah on devrait en avoir encore pour bien deux-trois chapitres. Enfin j'sais pas en fait. Depuis deux chapitres, j'écris à l'aveugle donc je sais pas trop ce que réserve l'avenir.
En tout cas, j'espère que ça vous a plu quand même ! N'hésitez pas à donner votre avis :3
A bientôt !
