Hey hey heeey !

Bon, j'ai (je crois) deux jours de retard pour ce chapitre? Désolé, cette dernière semaine j'ai eu un peu de mal à écrire !

J'espère que ça vous plaira en tout cas ! Je crois que inconsciemment j'ai pas envie que cette fic se termine alors je fais tout durer haha ! x)

Bref, bonne lecture !


Koala sauvage : Merci beaucoup pour ta review ! :D ça me fait plaisir de savoir que la fic te plaît ! Désolé de t'avoir fait pleurer, j'offre ma tournée de mouchoirs ! x) J'espère que la suite te plaira aussi, et nous verrons bien si Iwa et Oikawa connaîtront un happy end ou non~


CHAPITRE 14 — "You gotta know for you I'll fight"

"Tu veux quelque chose à boire ?"

Un secouement de tête négatif en guise de réponse.

"T'as faim ?"

Nouvelle négation.

Kuroo soupira en passant une main dans ses cheveux en pagaille. Il commençait à être sérieusement à court d'idées.

On était en fin de soirée, et il était chez Oikawa. Il avait un appartement pas très loin de leur université. Enfin, un studio serait plus correct. Une salle de bain et une cuisine minuscules, des toilettes et un petit salon qui faisait aussi office de chambre. Ce n'était pas vraiment exceptionnel de voir un étudiant vivre dans moins de 20m² après tout, et puis c'était largement suffisant pour quelqu'un qui vivait seul et n'avait jamais beaucoup d'invités.

Les matchs amicaux de l'après-midi s'étaient terminés sur les coups de dix-sept heures. Oikawa avait été excusé et avait pu rentrer chez lui plus tôt, et Kuroo l'avait rejoint dès que le reste des joueurs avaient été libérés.

Il n'aimait pas trop la perceptive de le laisser seul.

Pas qu'il avait peur qu'il fasse une bêtise ou quelque chose comme ça, mais il connaissait le passeur comme quelqu'un d'enjoué qui appréciait la compagnie d'une personne dont il était proche.

Alors il n'allait pas le laisser seul dans un mauvais comment comme celui-là.

Seulement, depuis qu'il l'avait rejoint, Tooru n'avait pas desserré la mâchoire. Il semblait obstiné à ne pas prononcer un mot.

Et jouer aux devinettes n'avait jamais été le fort de Tetsurou.

Enfin, il avait l'habitude avec Kenma qui était quelqu'un de calme et silencieux qui ne gaspillait pas sa salive, mais Kenma et un Oikawa déprimé n'avaient pas les mêmes réactions.

Alors là, il était un peu perdu.

"Tu veux toujours pas en parler ?" tenta-t-il une nouvelle fois. Cela devait bien être la cinquième fois qu'il lui posait la question depuis qu'il était arrivé.

Oikawa secoua la tête.

Il était allongé sur le canapé, sur le ventre, les bras passés sous le coussin dans lequel il avait le visage à moité enfoui. Il fixait résolument le mur en face de lui, sans bouger.

Il n'avait pas l'air de réfléchir ou quoi que ce soit. Il avait juste l'air de ruminer. Il avait l'air vraiment triste.

C'était terriblement frustrant pour son ami. Ok, il comprenait que cela ne le regardait définitivement pas, mais il était quand même curieux et avait envie de savoir ce qu'il s'était passé dans le vestiaire pour mettre le souriant Oikawa dans cet état.

Ce qu'il s'était passé dans le vestiaire, et ce qu'il s'était passé avant aussi. Ce qui avait fait naître cet air triste constant qu'il cachait derrière une fausse bonne humeur.

"Bon, ça suffit," finit par déclarer l'ancien joueur de Nekoma. Il se leva de la chaise du bureau et s'approcha du canapé. Tooru eut à peine le temps de vaguement relever la tête pour voir ce qu'il faisait, qu'il avait attrapé ses jambes pour les virer et s'asseoir là où elles étaient étendues auparavant.

Oikawa glapit de surprise, et sa nouvelle position étant plutôt inconfortable, il se retrouva à s'asseoir aussi.

Kuroo l'attrapa par les épaules et lia leurs deux regards.

"Tu peux pas continuer comme ça !" déclara-t-il fermement. "Regarde-toi, à ce rythme là tu vas finir par fusionner avec le canapé ! Faut que tu te ressaisisse. Je sais toujours pas ce qu'il s'est passé tout à l'heure, ni avant, mais peut-être que c'est pas si grave que ça, et-"

"C'est grave."

Oh ? Il avait enfin réussit à lui extirper des mots. C'était un bon début. Seulement, il n'avait peut-être pas choisit le meilleur moyen, au vu du regard noir que lui lançait le passeur.

"C'est grave," dit-t-il encore. "J'ai merdé."

"Qu'est-ce que t'as fais ?" insista Kuroo. Peut-être qu'il allait enfin réussir à lui tirer des aveux.

Il baissa la tête, coula un regard sur le parquet, puis le long du mur, nerveusement, avant de revenir sur le visage de son équipier qui le fixait toujours avec sérieux.

"Je..."

Il souffla. Cette fois, il semblait en plein conflit intérieur. Parler ou ne pas parler, telle était la question. Une part de lui avait envie de vider son sac, en avait désespérément besoin. Cette part de lui était perdue, se sentait horrible, et avait besoin qu'on lui dise que tout irait bien. Mais une autre part de lui lui hurlait qu'il l'avait bien cherché, que c'était sa faute et qu'il ne méritait pas qu'on le soutienne. Qu'il devait faire face à ses erreurs tout seul.

"Oikawa," commença Kuroo d'un ton calme et rassurant. "On se connaît peut-être pas depuis hyper longtemps, mais faudrait être aveugle pour pas voir que t'as besoin de parler à quelqu'un. Alors accouche."

Ils se défièrent du regard. C'était un peu tout le temps comme ça entre eux. Des défis, beaucoup de taquineries. Mais aussi du sérieux lorsque la situation le nécessitait.

Tooru pinça les lèvres.

"Iwa-ch— Iwaizumi, le numéro 23... on se connaît depuis avant même d'entrer à l'école primaire. On a toujours joué au volley ensemble. Et puis..."

Il marqua une pause. Une longue pause. Kuroo ne le pressa pas. Il arrivait enfin à lui délier la langue, alors il ne voulait pas qu'il se sente agressé et change finalement d'avis. Il attendit le temps qu'il fallut. Cela dura peut-être une demi-minute. Les yeux de Tooru étaient légèrement vitreux et ils semblait fixer un point invisible. C'était un peu comme si la scène qui se déroulait devant ses yeux était différente de ce qu'il devrait voir.

"... on... on sortait ensemble," finit-il par lâcher.

Il y eut un nouveau silence. Kuroo ne disait rien, pas parce qu'il était si surpris qu'il avait la bouche-bée, mais tout simplement parce qu'il n'avait rien à dire. En vérité, ça ne l'étonnait même pas vraiment ; il avait saisit les regards que tous les deux échangeaient déjà à l'époque du lycée, lorsqu'ils avaient eu l'occasion de s'affronter, et puis aujourd'hui.

A l'époque, c'était des regards passionnés ; aujourd'hui, c'était les regards d'amoureux qu'on a séparé pendant trop longtemps.

"Tu peux me trouver répugnant toi aussi, ça m'est égal. Au point où j'en suis..." s'exclama Oikawa en fronçant les sourcils.

Il avait dû prendre son silence pour l'instant d'assimilation choquée d'une personne qui n'approuve pas certaines relations amoureuses.

En même temps, ses mots, l'intonation de sa voix, l'utilisation du "toi aussi"... Kuroo comprit qu'il avait dû y avoir un problème d'homophobie quelque part dans l'histoire, et ça le peina un peu. Il savait que ce n'était pas simple ; il savait qu'une partie du monde n'acceptait pas encore les relations non-hétéro, et il savait que c'était particulièrement vrai au Japon.

"Je te trouve pas répugnant," assura-t-il de la façon la plus sérieuse et sincère possible. Et c'était la vérité. Lui, il était amoureux de Kenma après tout, même si on essayait de le caser avec toutes les filles mignonnes de la fac, alors il comprenait.

Oikawa ne tourna même pas les yeux pour le regarder, s'assurer qu'il était vraiment sincère. Il se contenta de soupirer. Mais au fond, il le croyait. Il avait envie de le croire, que Kuroo reste son allier, parce qu'ici, à Tokyo, il était le seul qu'il avait.

"Il y a quelques mois, on a eu certains problèmes..." continua-t-il doucement.

Et il lui raconta toute l'histoire, du début à la fin. Il n'entra pas dans les détails, il n'avait pas envie de se remémorer toutes les choses qui les avaient blessés. Il parla de comment la mère d'Iwa les avaient surpris en train de s'embrasser, comment elle avait voulu qu'ils rompent et comment ils avaient refusé ; comment Hajime avait arrêté de venir au lycée puis avait déménagé mais avait fugué pour revenir. Il parla de leur tentative de fuir et de l'accident de voiture, puis il raconta comment il avait finalement accepté de renoncer à leur amour pour assurer le bien et la sécurité d'Iwaizumi.

Il termina son récit presque à bout de souffle et avec un voile de larmes dans les yeux. C'était la première fois qu'il racontait tout ça comme ça. Même Mattsun et Makki n'avaient pas fini par être mis au courant de cette façon.

Il se sentait soulagé de pouvoir partager son fardeau avec quelqu'un.

"Tout à l'heure, il m'a demandé pourquoi j'avais fais ça, pourquoi je l'avais abandonné... J'ai répondu que je ne l'aimais plus..."

"Mais tu l'aime encore."

"Bien sûr que je l'aime encore !" s'exclama Tooru comme si c'était évident. "Sauf que j'ai pas le droit de l'aimer..."

"Pourquoi ?"

Le passeur lança un regard fatigué à son ami.

"T'as écouté c'que je viens de raconter ?"

Kuroo soupira en se laissant aller contre le dossier du canapé, les bras croisés sur la poitrine.

"J'ai écouté. Mais je comprends pas."

Il le regarda du coin des yeux.

"J'veux dire, tu l'aime et il t'aime. Il a fait tout ça pour pouvoir rester avec toi. Vous êtes loin de ses parents alors qu'est-ce que ça fait que tu ne respecte pas une promesse idiote que tu leur a faite ? Ils n'en sauront rien."

"Je ne veux pas rompre une promesse," marmonna Oikawa en rentrant la tête dans les épaules.

"Pourtant, tu as rompu celle faite à Iwaizumi."

Il tressaillit et pinça les lèvres. Kuroo avait la fâcheuse habitude de toujours toucher juste là où ça faisait mal.

Il avait raison. Il avait promit à Hajime qu'ils resteraient ensemble, qu'ils ne céderaient pas, qu'ils ne se sépareraient pas, quoi qu'il arrive. Mais après avoir mit sa vie en danger, il avait renié cette promesse au profit d'une autre qui les avaient blessés tous les deux plus que tout.

"Mais c'était pour lui..." souffla-t-il doucement.

"T'es sûr ? Ou bien c'est juste ce dont t'essaye de te persuader parce que tu veux pas assumer que t'as prit la mauvaise décision ?"

"Oh, la ferme !" s'emporta soudain Tooru sans préavis. Il lança un regard noir et courroucé à Tetsurou, prit d'une violente et soudaine colère. "De quel droit tu te permets de critiquer mes décisions ? T'étais pas là, tu sais rien d'Iwa-chan ni de ses parents, ni de cette... cette histoire de dingues ! Alors arrête de te prendre pour ma bonne conscience et ferme la !"

Kuroo cligna des yeux. Il n'avait pas l'air plus affecté que sa par la remontrance de son équipier, ou il n'en montrait rien tout du moins. Si ça pouvait lui faire du bien de s'énerver, et bien qu'il crie.

De toute façon, il était persuadé que s'il s'était emporté cette fois, c'est parce qu'il savait qu'il avait vu juste mais qu'il refusait de l'admettre. Il en aurait mit sa main à couper.

Il soupira et se leva du canapé.

"Ok. Je vais y aller alors."

Il fit mine de sortir de la pièce, mais s'arrêta près de la porte et se tourna vers Oikawa.

"A moins que tu aies encore des choses à me dire ?"

Tooru le regardait, les sourcils froncés et les poings serrés. Il avait encore l'air en colère. Ils se regardèrent une poignée de secondes, et comme rien ne venait, Tetsurou haussa les épaules et sortit de la pièce.

"On se voit lundi à l'entraînement alors," lança-t-il depuis le couloir.

Il ne reçut aucune réponse. Il soupira encore, et il sortit de l'appartement.

Quand il entendit la porte se refermer doucement, et le silence envahir le studio dès la présence rassurante de Kuroo disparue, Oikawa laissa échapper un gémissement de fatigue en se laissant retomber allongé sur le canapé. Il enfouit son nez dans l'oreiller et ferma les yeux.

Il était fatigué, éreinté, aussi bien physiquement que mentalement. Mais surtout mentalement en fait. Il avait eu beaucoup d'émotions aujourd'hui. Retomber sur Iwaizumi, ça avait été quelque chose. Dire qu'il pensait ne jamais le revoir...

Finalement, peut-être que ça l'avait un peu rassuré. Il pensait ne jamais le revoir, mais ce n'est pas pour autant que c'était ce qu'il voulait. Alors le rencontrer de nouveau, ça lui avait enlevé un poids de la poitrine.

Ça en avait aussi rajouté un autre à la place.

Ça lui avait rappelé comme il l'aimait. Au fil du temps, pendant six mois, il avait presque oublié ce qu'était vraiment aimer. Voir la personne qu'on aime, entendre sa voix et en être si proche qu'on peut la toucher, entendre son coeur battre et sentir son odeur. Il avait fini par s'engourdir dans sa tristesse et avait oublié que l'amour n'était pas que souffrance.

En le voyant, il avait été terrifié, mais aussi fou de joie.

Pendant six mois, il avait oublié comme le coeur battait vite lorsqu'on posait les yeux sur la personne qui représentait tout notre univers.

Maintenant, il lui semblait se souvenir...

La sensation des mains légèrement rugueuses sur sa peau, le velour des lèvres humides sur sa bouche, la paresse d'un souffle endormi contre son cou, au milieu d'une étreinte ensommeillée, la lumière d'un sourire sincèrement heureux.

Il se souvenait comme il avait été comblé avec Hajime. Comme il avait mille fois prié les étoiles pour qu'on ne leur enlève jamais ce bonheur, comment les astres n'avaient pas écouté ses demandes et les avaient brisés.

Ce n'était pas la faute des Cieux, c'était la sienne. Il avait mit fin à leur histoire de son propre chef, et puis quand il avait eu une chance de réparer cette erreur, il avait paniqué et s'était enfoncé d'avantage.

Il se sentait si idiot.

Le visage blessé d'Iwaizumi apparut derrière ses paupières closes. Ce regard plein de tristesse qu'il lui avait adressé quand il lui avait dit ne plus l'aimer... Est-ce qu'il l'avait cru ? Est-ce qu'en ce moment même, il avait accepté que leur histoire était terminée, et passait à autre chose ? Est-ce qu'il en avait finalement eu assez d'être blessé ?

« c'est juste ce dont t'essaye de te persuader parce que tu veux pas assumer que t'as prit la mauvaise décision ? »

Ouais, il y avait sans doute un peu de ça. Il n'était plus sûr d'avoir fait le bon choix en voulant renoncer à Iwaizumi, mais il ne pensait ça que par pur égoïsme. Parce qu'au fond, il n'aurait jamais pensé avoir à faire une chose si douloureuse, et que la simple pensée qu'Hajime puisse refaire sa vie avec quelqu'un d'autre, au fond, lui donnait envie de mourir.

L'imaginer main dans la main avec quelqu'un d'autre, embrassant quelqu'un d'autre, murmurant des « je t'aime » à quelqu'un d'autre... il avait l'estomac qui se retournait à ces simples pensées.

Comme s'il pouvait accepter une chose pareille !

Mais... comme si il était en position de s'y opposer...

Il fallait qu'il assume ses actes et ses paroles maintenant. Il avait dit à Iwaizumi qu'il ne l'aimait plus. C'était comme ça, c'était trop tard maintenant. Il allait devoir vivre avec, maintenant.

Il sursauta lorsqu'il entendit son téléphone vibrer sur le verre de la table basse.

Il hésita à regarder, trop fatigué et trop tracassé, et puis finalement, il tendit le bras pour lire le message qu'il venait de recevoir.

C'était Kuroo.

Le message contenait un numéro de téléphone, et deux mots simples.

« Appelle-le. »

Il se redressa d'un coup et rapprocha son téléphone de son visage comme pour vérifier que ses yeux ne lui jouaient pas des tours et qu'il avait bien lu.

Il ne connaissait pas le numéro qui était indiqué. Mais il se doutait que ça devait être celui d'Hajime. Kuroo le lui aurait demandé tout à l'heure ?

Oikawa se demanda s'il devait rire ou s'énerver.

Il se contenta d'un demi-sourire. Vraiment trop avenant ce type.

Il lui offrait une chance. La chance de se rattraper. Mais il ne savait pas s'il devait vraiment la saisir. Est-ce qu'il en avait le droit ? Est-ce que c'était juste, après ce qu'il avait dit ? Est-ce qu'Iwa s'attendait à ce qu'il appelle, ou espérait-il qu'il ne le fasse pas ?

Son téléphone vibra une seconde fois. Il regarda. C'était encore Kuroo.

« Arrête d'hésiter et fait-le. »

Il avait installé une caméra dans son salon pour le surveiller ou quoi !?

Il ne pu réprimer un léger rire.

Ok.

Il cliqua sur le numéro et plusieurs rubriques s'affichèrent. Il garda le doigt en l'air au dessus de l'écran pendant une seconde, au dessus de l'icon 'appeler'.

S'il le faisait, qu'est-ce qu'il dirait ? Est-ce qu'il devait s'excuser ? Est-ce qu'il devait lui demander qu'ils se rencontrent ? Est-ce qu'il devait commencer par un "ça va ?" qui serait plutôt mal venu vu la situation ? Est-ce qu'il devait être parfaitement honnête au risque de sembler égoïste ou ridicule ?

« Fais-le. », vint le troisième message auquel Oikawa répondit par un très raffiné « ta gueule. »

Il souffla un grand coup, et il pressa la touche. L'écran d'appel en cours s'afficha.

Fébrilement, il porta l'appareil à son oreille.

Une tonalité. Puis une seconde.

Chaque bip était comme une décharge d'électricité qui traversait le corps du passeur. L'attente était insupportable, mais d'un autre coté, il avait tellement peur qu'Hajime décroche.

Une troisième tonalité.

Et là.

"Allô ?"

Tooru se figea. Sa gorge s'assécha d'un coup et il ne parvint même pas à déglutir.

Le ton d'Hajime était neutre, sans émotions. Oikawa se demanda s'il savait que s'était lui qui l'appelait. S'il l'avait deviné. Il avait changé de numéro de téléphone, et à moins que Makki ou Mattsun n'ai transmit le nouveau, Iwa ne pouvait pas le connaître.

"Allô ?" appela encore la voix, sur un ton plus curieux cette fois.

Il fallait qu'il dise quelque chose. Qu'il parle, qu'il dise ce qu'il avait à dire. Qu'il demande pardon, qu'il lui dise qu'il avait mentit, qu'il lui dise qu'il l'aimait encore, qu'il était encore fou de lui, qu'il voulait le voir et l'embrasser, qu'il voulait le prendre dans ses bras et ne jamais le quitter.

"Y'a quelqu'un ?"

Il devait dire quelque chose.

"Oikawa ?"

... hein ?

C'était son nom qu'il venait de prononcer, pas vrai ? Il n'avait pas rêvé, n'est-ce pas ? Alors il savait que c'était lui qui l'appelait. Mais alors pourquoi n'était-il pas en colère ? Pourquoi parlait-il avec tant de calme et de retenue ? Pourquoi aucune haine ne s'échappait de ses mots ? Il devait lui en vouloir... Il devait lui en vouloir.

" ... Iwa...' souffla-t-il doucement. Sa voix était rauque, éraillée, à peine audible.

"Quoi ?" Il ne l'avait pas bien entendu.

" ... S'il te plaît... j'ai besoin de te voir..."

"Oikawa, est-ce que ça va ?"

Il secoua la tête. Il savait qu'il ne pouvait pas le voir, mais il secoua la tête quand même.

" S'il te plaît, viens..."

"Ton adresse."

Il la lui donna.

"Je serai là dans une demi-heure."

Il raccrocha.

Oikawa laissa son téléphone glisser de sa main et tomber sur le tapis.

Qu'est-ce qui venait de se passer exactement ? Ça avait été rapide. Est-ce qu'il venait vraiment de demander à Iwaizumi de venir ?

Est-ce qu'il allait vraiment débarquer chez lui dans la demi-heure ?

Il avait été incapable de lui dire ce qu'il avait à lui dire au téléphone. Il n'était pas vraiment sûr d'arriver à lui dire en face non plus cela dit. Quand il avait entendu sa voix, quand il l'avait entendu prononcer son nom, il avait été submergé par ce flot d'émotion ingérable qui l'avait empêché de s'exprimer comme il l'aurait voulu.

L'envie de le voir avait été trop forte. L'envie de céder à l'interdit. Il était humain après tout. Il était aussi faible que n'importe qui d'autre.

« je l'ai fais, » écrivit-il à Kuroo. « Il va venir chez moi. »

« ne te défile pas quand il arrivera. », répondit sobrement son ami.

Il avala sa salive, ferma les yeux et souffla. Il avait un nœud dans le ventre, un autre au fond de la gorge.

Il ne fallait pas qu'il se défile. Non, il fallait qu'il soit enfin honnête. Il ne savait juste pas lui-même le fond de sa pensée.

Une demi-heure d'attente sembla deux heures. Le temps était tellement long lorsqu'on attendait, lorsqu'on angoissait, lorsqu'on appréhendait une situation à laquelle on ne savait pas si l'on pourrait faire face.

Une demi-heure et neuf minutes après l'appel, des coups furent frappés à la porte.

Oikawa se tendit comme la corde d'un arc. Le moment était là. C'était maintenant qu'il ne devait pas se dégonfler.

Il se rappela de la conversation dans le vestiaire plus tôt dans l'après-midi. Cela ne s'était pas vraiment passé comme cela aurait dû se passer. Rien ne se passe jamais comme on l'avait prévu apparemment.

Il fallait qu'il reste calme cette fois-ci. Il ne fallait pas qu'il commette encore une erreur stupide, que ses mots dépassent sa pensée.

Il allait l'asseoir sur le canapé et lui parler à coeur ouvert, posément, comme un adulte réfléchi et responsable qui fait des choses raisonnées et pondérées.

Il se leva et marcha jusqu'à la porte au ralenti. Il posa la main sur la poignée. Finalement, il avait plutôt envie d'aller se terrer au fond de son lit et de faire le mort.

Allez Tooru, du nerf !

Il ouvrit la porte.

Iwaizumi était là. Il portait un jean brut, t-shirt bordeaux et un bombers noir. Il avait l'air un peu essoufflé. Leurs regards s'accrochèrent, ils se fixèrent en silence. Ni l'un ni l'autre ne savait par quoi commencer. C'était un peu bizarre après tout.

Oikawa déglutit. A deux pas de lui, Hajime était magnifique. Est-ce qu'il n'avait pas un peu grandit ? De quelques millimètres peut-être ? Ou bien était-ce juste parce que ses cheveux coiffés en piques étaient un peu plus longs ? Ses yeux étaient toujours aussi profonds, semblant renfermer mille mystères. Son torse musclé se soulevait et s'abaissait rapidement au rythme de sa respiration encore doucement haletante.

Combien de kilomètres avait-il parcouru pour venir jusqu'ici ? Avait-il couru tout du long ou prit le métro ? Si ça se trouve, il habitait carrément à l'autre bout de Tokyo.

Il avait couru jusqu'à lui après tout ce qu'il lui avait fait. Après qu'il l'ait laissé tomber, il avait quand même accouru au milieu de la nuit quand il avait demandé à le voir. Et il était là, devant sa porte, encore tout essoufflé et avec ce petit air inquiet dans le regard.

Tout ça pour lui.

Rien que pour lui.

"Oika—"

Sans lui laisser l'occasion de parler, Tooru prit son visage entre ses mains et il se jeta sur ses lèvres en se collant contre son corps si brusquement qu'ils seraient presque tombés à la renverse. Il l'embrassa avec rage, et il se mit à pleurer. Il ne pouvait plus se retenir quand toute son âme vibrait d'une envie folle de céder à ses sentiments, quand tout ce qu'il désirait c'était le réconfort des bras de l'amour de sa vie.

Il sentit les mains d'Iwaizumi venir se perdre dans son dos et le serrer contre lui. Ils s'abattirent contre le mur du couloir et d'une façon ou d'une autre, la porte d'entrée fut claquée. Au fond, ce n'était qu'un détail. Dans le flot d'émotions qui les dévoraient tous les deux, ça n'importait pas.

Depuis combien de temps est-ce qu'ils ne s'étaient pas embrassés ? Depuis combien de temps retenaient-ils tout ce qu'ils ressentaient au fond d'eux ? Ils avaient l'impression que cela faisait des siècles.

C'était comme laisser exploser une colère retenue depuis trop longtemps. C'était brusque, décousu. Leurs dents s'entrechoquaient, leurs mains rencontraient chaque morceau de peau disponible dans des mouvements saccadés, leurs souffles se mêlaient dans la perdition la plus totale.

Iwaizumi sentait la sueur après sa course, mêlé à un léger parfum sucré de fleur d'oranger. Une barbe timide avait commencé à rendre la peau de sa mâchoire un peu moins douce au toucher, mais ce n'était pas désagréable. Tooru laissa ses mains glisser dans ses cheveux, et il songea qu'il adorait toujours autant leur toucher un peu sec. Quand ils étaient encore au lycée, il grondait souvent Hajime en lui disant qu'il devrait utiliser de l'après-shampoing, mais au fond il aimait bien la texture de ses cheveux.

C'était comme le redécouvrir. Chaque sensation au bout de ses doigts, chaque odeur, chaque son (celui de son souffle, celui de ses vêtements qui se froissent avec certains de ses mouvements), chaque caresse qu'il recevait, et la douceur des lèvres fiévreusement collées aux siennes.

Ça rendait Oikawa euphorique.

Il ne se souciait plus de rien. Ni de la promesse qu'il avait faite aux parents d'Hajime, ni de celles qu'il lui avaient faites à lui et qu'il avait brisées, ni de la culpabilité, ni des remords. Il ne se préoccupait plus de rien, plus rien n'avait d'importance.

Il sentit la main d'Hajime venir sécher ses joues et il se serra plus fort contre lui, enroulant ses bras autour de son cou, forçant contre ses lèvres pour l'embrasser plus fort encore.

Ils finirent quand même par manquer d'air. Ils rompirent leur baiser et échangèrent un regard. Leurs yeux étaient brillants, pleins d'envies, pleins d'amour.

Il y avait des choses dont il devaient parler.

Mais pas maintenant.

Tooru prit la main d'Hajime, et sans le quitter des yeux, il l'entraîna jusqu'au canapé.

Tant pis.

Tant pis si c'était une mauvaise idée de faire ça. Tant pis s'il le regrettait lorsqu'il arriverait de nouveau à penser avec son cerveau et pas avec une mélasse de sentiments furieux. Tant pis si c'était bizarre quand ils retrouveraient leurs esprits. Tout ça, ça n'avait plus d'importance.

Pour l'instant, ils ne voulaient pas se comporter comme des adultes responsables.

Pour l'instant, ils seraient des héros tragiques qui cèdent à leurs pulsions.

Tant pis si c'était pour le pire. Tant pis si ça ne leur apportait rien de bon.

Juste, tant pis. Ils y penseraient le moment venu.

Ils s'embrassèrent encore.

Ils songèrent qu'ils auraient aimé que la nuit brumeuse et passionnée ne cède jamais sa place au jour clair et lucide.


Voilà !

Finalement, le baiser que tout le monde voulait voir dans le précédent chapitre ! 8D C'est Oikawa qui l'a initié du coup ! Va-t-il le regretter ? Les ennuis sont-ils enfin finis ? Les réponses dans le prochain chapitre ! :D

Je vais avoir de la famille à la maison alors je sais pas si j'aurai beaucoup le temps d'écrire, mais je vais essayer de pas prendre trop de retard quand même !

Sur ce, j'espère que ça vous a plu et n'hésitez pas à laisser vos avis, c'est ce qui fait vivre les auteurs ! ^^

A bientôt !