Hey hey heeey !
Pour commencer, je tiens à tous vous remercier du fond de mon kokoro parce que THOOL a passé la barre des 3k vues et c'est juste énorme pour moi ! Alors merci, merci infiniment !
Merci également pour vos reviews ! J'en ai reçu beaucoup sur le précédent chapitre et ça m'a vraiment fait plaisir ! Vous êtes tous les meilleurs et j'espère que la fic continuera à vous plaire jusqu'au bout ! :D
Ce chapitre est assez court parce qu'il est transitoire. J'espère qu'il vous plaira quand même ! (désolé du retard!)
Bonne lecture !
CHAPITRE 15 — "All that still matters is love ever after"
Un désagréable tiraillement dans le creux du ventre tira Oikawa du sommeil avec le petit matin. En ouvrant les yeux, dessinant une grimace par la même occasion, il avait eu le loisir de constater que le salon était baigné de la lumière terne des premières lueurs du soleil. Il s'assit sur le canapé qui avait été déplié, mais les draps n'avaient pas été sortis. Il était en caleçon, ses vêtements jetés en boule au pied du divan.
Il faisait déjà chaud malgré l'heure matinale.
Quelle heure est-ce qu'il était d'ailleurs ? Il chercha son téléphone des yeux, mais ne le trouva pas. Il avait dû tomber quelque part pendant la nuit.
Sans doute quand il avait trébuché maladroitement jusqu'au canapé, perdu dans la fougue d'un baiser, avec Iwaizumi.
Iwaizumi.
Il se rappela ce qui était arrivé la nuit même. Comment Kuroo lui avait dit d'appeler Hajime, comment il était venu jusqu'à chez lui sans même réfléchir, comment il s'était jeté sur lui pour l'embrasser, comment ils avaient fini l'un sur l'autre dans le salon, à se toucher comme deux amants qui se seraient perdus depuis dix ans et qui se retrouvaient enfin pour une unique nuit passionnée.
Cela avait été intense. Un peu brutal. Un peu irréel aussi. Ils n'avaient rien dit, n'avaient fait que s'embrasser et gémir. Il n'y avait pas eu de 'je t'aime', pas de 'tu m'as manqué' ni de 'ne me quitte plus'. Il n'y avait rien eu de tout ça et c'était légitime.
Oikawa savait déjà que ce qu'ils avaient fait cette nuit-là n'était pas une forme de réconciliation, une façon de se dire que maintenant ils resteraient ensemble. Cela n'avait rien été de tout ça. Est-ce qu'Hajime l'avait vécu comme ça ? Ou avait-il lui aussi considéré ça comme un moment d'égarement ? C'était triste à dire, mais c'était comme ça.
Un simple moment d'égarement.
Oikawa remonta les jambes contre son torse et il laissa son front rentrer en contact avec ses genoux en poussant un lourd soupir à fendre l'âme. Il se mordit la lèvre inférieure.
Il regrettait.
Il n'aurait pas dû faire ça. Pourquoi est-ce qu'il avait fallu qu'il cède bêtement à cette pulsion qui l'avait assailli ? Il n'avait plus quinze ans bordel, il pouvait se maîtriser !
Mais pas là. Là, il s'était retenu trop longtemps, en avait trop souffert. Il avait eu besoin de tout laisser sortir, d'embrasser encore les lèvres d'Hajime, de s'endormir encore contre lui en priant pour que tout soit rentré dans l'ordre au matin.
Une douce utopie que ce souhait.
Il avait été comme un ancien alcoolique un brin instable qui retombe dans les bouteilles en se disant que juste une fois, ça ne peut pas faire de mal. Il avait cédé juste une fois.
Enfin, avait-il seulement déjà été sevré ?
Il fallait dire les choses comme elles étaient : il avait merdé. Et bien comme il faut en plus. Il ne pouvait pas laisser les choses comme ça. Il balaya la salle du regard. Il n'y avait personne, et il se demanda si Iwaizumi était déjà reparti dans le secret de l'aube, sans un mot d'au revoir.
Il voulut se lever pour chercher son téléphone, voir si peut-être il avait reçu un message. Un mot, quelque chose d'Iwaizumi par rapport à ce qu'il s'était passé.
Et c'est à ce moment qu'il entendit la porte de la salle de bain s'ouvrir, et il eut tout juste le temps de relever la tête quand Hajime entra dans son champ de vision.
Il s'arrêta dans l'entrée du salon, et leurs regards s'accrochèrent. Il était habillé, seules ses chaussures traînaient dans l'entrée. Ils ne dirent rien avec des mots, rien avec leurs yeux non plus. Et c'était la première fois qu'aucun échange ne s'effectuait à travers leurs regards, comme si un lien puissant avait été rompu.
Ils se regardaient et leurs yeux brillaient, mais c'était comme s'ils étaient de deux mondes différents.
Est-ce que tu penses à la même chose que moi ? demanda mentalement Oikawa, sans que les mots ne franchissent ses lèvres. Sa voix restait au fond de sa gorge, tenant compagnie à son coeur qu'il avait presque au bord des lèvres tant il se sentait mal. Il avait faim (il n'avait rien mangé la veille au soir) et la soudaine lourdeur de l'atmosphère lui donnait une nausée déplaisante, lui laissant un goût âpre dans la bouche.
Il était malgré tout évident qu'Iwaizumi partageait son malaise, et ne savait pas plus que lui comment entamer la conversation. Cependant, Oikawa songea à toutes les fois où ils n'avaient pas su quoi se dire, et où Hajime avait toujours été le premier à trouver les mots, même si c'était difficile. Alors pour toutes ces fois, il se dit qu'il devait faire un effort. Après tout, c'était lui qui avait amorcé leur baiser, et la nuit qu'ils avaient passée. C'était sa faute, alors c'était à lui de dire ce qu'ils n'avaient pas envie d'entendre.
"Hm," commença-t-il, et il sentit que sa voix était hésitante et enraillée. "Salut..."
"Salut," répondit froidement Iwa. Il ne bougeait pas, restait droit sur ses jambes à bloquer la sortie du salon. Même s'il n'avait pas l'intention de s'enfuir, Tooru avait le désagréable sentiment d'être acculé et ça avait tendance à le rendre un peu claustrophobe.
Il sentit ses mains commencer à devenir moites, et sa bouche commencer à s'assécher. Après une seconde d'hésitation, il se leva et récupéra son t-shirt pour se rhabiller. Il n'avait pas sincèrement envie d'avoir une conversation importante en était à moitié nu. Ce n'était pas réellement ce qu'il y avait de plus convenable.
Pendant qu'il remettait ses vêtements, il pouvait sentir un regard lourd lui brûler la peau et cela lui tira un frisson désagréable. Une fois plus présentable, il se tourna vers Iwaizumi en se plantant au milieu du salon, bien face à lui, laissant quelque chose comme deux mètres les séparer. Ils devaient avoir l'air fins fixés comme ça l'un en face de l'autre, comme deux cowboys au bord de disputer un de ces défis que l'on voyait dans les westerns.
Oikawa se mit à imaginer Iwaizumi affublé d'un chapeau de cowboys et d'un veston en peau de bête agrémenté d'une étoile de shérif. Il se dit que ça lui allait plutôt bien, et quand il se rendit compte qu'il divaguait, il cligna des yeux pour se redresser les idées. Comme si c'était le moment d'imaginer Hajime en cosplay de cowboy !
"Oikawa," reprit alors la voix grave d'Hajime. "Par rapport à cette nuit..."
Oikawa avala sa salive avec difficulté, parce que son coeur poussait contre sa trachée pour sortir. Il se sentait vraiment nauséeux. Le genre de nausée que connaissent souvent bien les personnes qui souffrent de crises de panique. La sensation que l'on va rendre son petit déjeuner dans la seconde sans que rien ne sorte. Les sueurs froides, la poitrine qui se comprime et qui devient douloureuse. Il avait envie de se laisser tomber et de rester mollement affalé sur le sol le temps de se sentir mieux, ou pour toujours.
Iwaizumi semblait vouloir dire quelque chose sans exactement réussir à trouver les mots justes. Au bout d'un moment, il eut l'air de se raviser et de changer d'approche pour quelque chose de plus direct. Son regard se durcit un peu.
"... Qu'est-ce qu'on est, Oikawa ?", demanda-t-il avec un sérieux presque morbide.
Le coeur d'Oikawa s'arrêta de battre.
"Quoi ?" fit-il parce que rien d'autre ne voulait sortir. Sa voix était bloquée.
Iwaizumi se passa une main dans les cheveux comme dans un réflexe nerveux, et il laissa sa main s'attarder sur sa nuque, tout en balayant son regard sur le sol pour ne pas avoir à relever les yeux. Il avait l'air embarrassé et tracassé. Déçu.
Triste.
"Cette nuit... j'veux dire... pourquoi t'as fait ça ?"
Tooru resta muet parce qu'il n'avait pas de réponse correcte à donner et qu'il ne le savait que trop bien. Il ne savait pas pourquoi il avait fait ça. C'était un peu facile de tout mettre sur le compte d'une pulsion. Au fond, la vérité, c'est qu'il ne savait plus ce qu'il faisait depuis tout ce temps. Il n'en avait plus la moindre idée.
Tout ce qu'il savait, c'est qu'il faisait des erreurs. Beaucoup trop d'erreurs.
"Je comprends pas c'que tu veux," continua Iwaizumi, amer. "Tu me balances à la gueule que tu m'aimes plus, et puis tu me fais venir pour me sauter dessus. Je sais plus ce que j'suis censé faire !"
"Ouais..." souffla Oikawa pour toute réponse.
"Te contente pas d'acquiescer !" rugit Iwaizumi avec une colère presque palpable. "Explique-moi c'qui se passe dans ta tête !"
"J'en sais rien !" rétorqua Tooru d'une voix forte, dans une tentative de se défendre.
"J'suis pas ta marionnette. Tu peux pas me prendre et me jeter quand ça t'arrange."
Ils se regardèrent, aussi blessé l'un que l'autre, pour des raisons presque similaires. Le passeur n'arrivait pas à croire qu'Hajime avait pu dire quelque chose comme ça. Il ne l'avait jamais utilisé, ne l'avait jamais vu comme quelque chose dont il pouvait disposer à son aise. Il n'y avait rien de tout ça.
"C'est pas ça," reprit-il.
"C'est quoi alors ?"
Tu me manquais et j'avais envie de te voir. Je regrette ce que je t'ai dit hier, je veux qu'on redevienne comme avant.
"Je sais pas. Je regrette."
"Ouais, j'me disais aussi. Évidemment. Tu regrettes."
Oikawa pinça les lèvres. Iwaizumi laissa son épaule rencontrer l'huis-clos de la porte en soupirant. Il avait l'air fatigué et c'était plutôt légitime.
Oikawa s'en voulait de devoir dire qu'il regrettait ce qui était arrivé. Mais autant qu'il désirait Iwaizumi, sa conscience lui rappelait qu'ils ne seraient sans doute plus jamais heureux ensemble. Trop de choses étaient arrivées, trop de choses avaient changées. Et il avait fait cette promesse.
En réalité, au delà de ce serment stupide, il y avait la réalisation douloureuse qu'un monde les séparaient désormais. Il suffisait de voir comme leurs yeux ne se rencontraient plus de la même façon, comme la communication était rompue entre eux alors qu'à une époque, ils pouvaient parler de tout sans gêne et sans retenue.
"Dis moi la vérité, tu le pensais quand tu as dis que tu ne m'aimais plus ?" demanda Iwaizumi.
Oh, alors ils y étaient. Le moment fatidique où il fallait mettre ses sentiments sur la table sans mentir. Tooru sentait que s'il répondait mal, il ne pourrait plus rien faire pour se rattraper. Mais peu importe sa réponse, qu'est-ce que ça changerait ? S'il répondait par l'affirmative, alors ce serait sans doute leur fin. S'il niait au contraire, et bien qu'est-ce qu'il adviendrait ? Est-ce que cela changerait quelque chose ? Est-ce qu'ils pourraient être de nouveau ensemble ?
Est-ce que c'était seulement possible après toutes les choses qui avaient balayées leurs espoirs de bonheur ?
L'estomac tout retourné et le coeur toujours au bord des lèvres, Oikawa répondit ce qui lui semblait être juste.
"Je n'ai pas le droit."
"Arrête de te foutre de ma gueule !" s'emporta Iwaizumi. Sans prévenir, il s'approcha soudain, leva son poing et l'envoya rencontrer la joue de Tooru avec une force non contrôlée.
Le passeur tomba sous la force du coup, et il se cogna le coude contre la table basse avant de toucher le sol. Il avait instinctivement porté une main à son visage et grimaçait de douleur. Il leva le regard pour découvrir qu'Hajime tremblait de tout son corps et qu'il avait des larmes plein les yeux.
" Arrête de dire que t'as pas le droit ! Comme si tu étais du genre à obéir bêtement. T'es plus intelligent que ça."
Il fit un autre pas en avant pour se retrouver bien en face d'Oikawa, le surplombant de toute son intimidante hauteur.
"Je comprends pas ce qui te retient. Mes parents ne seront plus jamais une barrière entre nous deux, tu entends ? Alors pourquoi est-ce que tu refuses de — de..."
Il s'interrompit lui-même parce qu'il s'empêtrait dans sa colère et n'arrivait plus à parler sans que sa langue ne fourche. Il eut l'air frustré de ne pas réussir à exprimer ce qu'il ressentait, et il jura en serrant la mâchoire.
Le silence s'installa encore, et frappa Oikawa de plein fouet. C'était fou comme ils étaient si souvent silencieux maintenant. Comme ces silences étaient bien différents des agréables moments de calme et de quiétude qu'ils partageaient avant.
"J'ai l'impression de plus te connaître," cracha Iwaizumi après un moment, avec une déception poignante.
Oikawa n'avait pas envie que cela se passe comme ça, au fond de lui. Mais il savait qu'il l'avait bien cherché. C'était lui qui lui avait balancé au visage qu'il ne l'aimait plus. Lui qui l'avait fait tant souffrir pendant trop longtemps. Il avait été égoïste, et injuste. Il n'avait pensé qu'à lui et quand il avait essayé de changer ça, quand il avait voulu penser à Iwa en premier, il s'était retrouvé à promettre de ne plus jamais l'approcher.
Bravo Tooru, bien joué.
Il ne faisait que récolter ce qu'il avait semé.
Il se doutait qu'il devait être un peu méconnaissable. Pas comme d'habitude. Pas souriant, pas l'air enjoué, même si cela ne devait être qu'une façade. Comment est-ce qu'il pourrait juste ne serait-ce que feindre l'allégresse dans un moment pareil ? Alors même qu'Hajime le regardait avec ces yeux-là.
Avec cet air profondément déçu, avec cette colère.
Alors même qu'il avait perdu la flamme tendre qui avait un jour brûlé dans ses yeux quand ils se regardaient.
"Je t'aime Tooru," dit-il fermement. "Mais peut-être que j'ai été un peu trop idéaliste en pensant qu'on pourrait recommencer."
Oikawa cligna énergétiquement des yeux parce que des larmes commençaient à venir les piquer et qu'il voulait les dissimuler. Il pinça vainement les lèvres dans l'espoir de cacher le fait qu'elles tremblaient, et la douleur sur son visage.
Il ne pouvait pas laisser la conversation se terminer là-dessus. Il ne pouvait pas se contenter d'écouter sans broncher, sans rien dire. Il devait s'excuser. C'était le moment. Il fallait qu'il se relève, qu'il l'attrape par le bras, qu'il lui demande de rester, qu'il lui demande pardon, qu'il lui dise qu'il l'aimait et qu'il ne voulait plus être séparé de lui.
"Je suis désolé," continua Hajime. La seconde suivante, il avait quitté l'appartement.
Ne t'excuse pas, pensa Tooru. Pourquoi est-ce que tu ne me déteste pas tout simplement ? Ce serait tellement plus simple que tu me détestes...
"Allô ?"
"Salut nee-san..."
"Hey Tooru ! Alors, comment va la vie à Tokyo ? Tu t'y es fait ou bien ça te fait toujours bizarre de vivre seul ?"
Tomoe avait aidé son frère à déménager lorsqu'il était parti à Tokyo, et elle était restée plusieurs jours avec lui après ça pour qu'il n'ait pas à se familiariser avec la capitale tout seul. Elle lui avait été d'un grand soutien après sa décision de ne plus revoir Iwaizumi, elle l'avait aidé à penser à autre chose. Elle l'avait emmené dans des magasins d'ameublement et lui avait fait choisir tout un tas de petites bricoles pour rendre son appartement d'étudiant plus chaleureux. Avec sa bonne humeur et son énergie, elle lui avait occupé l'esprit.
Elle prenait souvent de ses nouvelles et lui posait les mêmes questions à chaque fois. "Tu n'as pas trop peur tout seul ? Est-ce que tu manges correctement ? Tu ne te couches pas trop tard j'espère ? Ne travaille pas trop dur ou tu ne tiendras jamais" ce genre de choses. Le genre de choses que lui aurait aussi dites Iwaizumi si les choses avaient été différentes.
"Ça va. Kuroo passe souvent, alors je ne suis pas tout seul."
"Oh oui, ce garçon qui joue dans ton équipe ! Il faudra vraiment que tu me le présentes quand je viendrai te rendre visite avec Takeru pendant les vacances !"
"Hm, ouais."
"Alors, est-ce qu'il y a une raison particulière à ton appel ou est-ce que tu avais juste envie de parler à ta grande soeur chérie ?"
"J'ai vu Iwaizumi," annonça-t-il à brûle-pourpoint.
Il y eut un instant de silence si profond qu'Oikawa se demanda même si sa soeur n'avait pas raccroché le téléphone. Il vérifia pour découvrir que l'appel était toujours en cours. Il s'apprêtait à l'interpeller quand elle parla de nouveau.
"C'est bien la première fois que je t'entends l'appeler par son nom complet," dit-elle. Elle avait soudain perdu tout son enjouement. "Quand est-ce que tu l'a vu ?"
"On a joué un match d'entraînement contre son équipe. Et puis... il est venu chez moi."
"Ça s'est mal passé ?"
"Je l'ai embrassé."
"Oowh, Tooru... pourquoi t'as fait ça ?"
"Je sais que j'ai merdé, pas la peine de me le rappeler," cracha froidement le volleyeur.
Il était assis sur le canapé qu'il avait refait en vitesse. Cela faisait deux heures qu'il était levé et qu'Hajime était reparti. Il était resté longtemps assis à contempler ses choix déplorables avant de se décider à appeler sa soeur. Il avait un peu hésité à appeler Kuroo au début, mais il s'était dit qu'à cet instant, il préférait parler à quelqu'un qui serait parfaitement honnête avec lui (comme Kuroo l'aurait été, remarque.) mais qui en plus le connaîtrait suffisamment, et connaîtrait suffisamment son histoire, aussi dingue soit-elle.
"Désolé," répondit sa soeur. Il haussa les épaules, même s'il savait qu'elle ne pouvait pas le voir.
"Il est reparti en disant qu'il avait été eu tord de penser qu'on pourrait recommencer," expliqua vaguement Tooru.
"Qu'est-ce que tu lui as dit pour qu'il en vienne à te sortir ça ?"
"Je lui ai dit que je ne l'aimais plus."
Tomoe dut probablement tirer une grimace bien prononcée.
"Mais pourquoi t'as fait ça, crétin !"
"Je sais pas, j'ai paniqué ! Il me demandait des explications, je — je pouvais pas lui en donner..."
"Pourquoi ?"
Tooru soupira lourdement en laissant sa tête reposer contre le dossier rembourré du canapé. Il en avait marre.
"Parce que j'en n'ai pas," soupira-t-il. "Je crois. J'ai dit que je devais respecter la promesse que j'ai faite à ses parents, mais... je crois que la vérité, c'est que je me cache seulement derrière cette excuse."
"Et pourquoi est-ce que tu fais ça ?"
"Quelle importance ?" grinça Tooru, soudain piqué d'agacement. "On ne pourra jamais redevenir comme avant maintenant de toute façon !"
"Eh, commence par te calmer, ok ?" le reprit sa soeur avec la même touche de contrariété dans la voix. Elle n'aimait pas particulièrement lorsque son frère passait ses nerfs sur elle, et elle n'hésitait pas à le lui faire savoir. "Je n'y suis pour rien moi, alors change de ton."
"Ouais," marmonna le passeur en roulant des yeux. Il ramena ses jambes contre son torse et calla son menton sur ses genoux. "Je suis frustré, désolé."
Tomoe soupira.
"Tu devrais pas dire des choses comme ça. Bien sûr que les choses ne seront plus jamais comme avant. Vous avez trop souffert pour ça. Mais ça ne veut pas dire que vous ne pouvez pas recommencer."
"C'est précisément ce que ça veut dire. Iwa-cha— Iwaizumi me l'a dit clairement !"
"C'est de ta faute s'il pense ça Tooru, tu lui as dit que tu ne l'aimais plus !"
"Mais je l'aime encore !"
Un autre silence. Pas spécialement lourd, mais tendu. Long aussi, ou qui le semblait, tout du moins. Tomoe reprit calmement, d'une voix douce et conciliante. Un peu triste aussi ; pleine d'empathie.
"C'est à lui que tu dois dire ça."
"... J'peux pas."
"Pou—"
"J'peux pas parce que si on se remettait ensemble, on— j'ai peur qu'on..."
Il émit un son d'agacement, quelque part entre le soupir désespéré et le grognement de frustration.
"C'est normal que ça te fasse peur, Tooru. Seulement, maintenant, c'est à toi de voir. Est-ce que tu veux laisser la peur te voler ton grand amour, ou est-ce que tu es prêt à te battre pour lui comme tu l'avais promis ?"
"Je..."
"Prends le temps d'y réfléchir. Ce n'est pas une décision que tu dois prendre à la légère. Ce que vous avez vécu, je ne le souhaite à personne. Je peux imaginer comme ça a dû vous blesser et comme ça vous a sûrement laissé des marques. Ce n'est pas la seule fois où vous rencontrerez des murs et où l'on voudra vous briser parce que vous vous aimez. Alors s'il te plaît, prends le temps de réfléchir sérieusement à ce que tu veux maintenant, et à ce que tu es prêt à affronter."
"...ok."
Il hocha la tête, pour lui-même parce que sa soeur ne pouvait pas le voir. Il avait la trachée un peu nouée et la bouche un peu sèche. Le sang battait fort à ses tempes et les sueurs froides étaient revenues, avec la sensation d'avoir l'estomac qui se tord et le coeur dans la gorge.
"Je dois retourner travailler. Est-ce que ça va aller ?"
"Ouais. Merci Tomoe."
"C'es rien. Hésite pas à m'appeler si tu as encore besoin de parler."
Hm. Il l'appellerait. Sûrement. Peut-être. Ou bien non. S'il suivait son conseil, il allait avoir à passer un certain temps à réfléchir. Il réalisa que Kuroo lui avait envoyé plusieurs messages lui demandant des rapports de la situation.
"Je dois réfléchir", répondit-il simplement, sans donner de plus large explication.
Il y passa un long moment. Plusieurs heures, sûrement, allongé sur le canapé à fixer le plafond et contempler sa vie jusqu'à présent. Depuis que tout avait commencé, il n'avait jamais vraiment pris le temps d'y penser calmement. Il y avait plusieurs fois pensé, mais il y avait toujours eu des points qu'il ne voulait pas soulever parce qu'il avait peur de les reconnaître.
Mais aujourd'hui, il avait foiré, et ce n'était la faute de personne d'autre que la sienne si les derniers vestiges des liens qu'il avait un jour eus avec Iwaizumi menaçaient de se briser. Alors il n'était plus question d'occulter quoi que ce soit ou de se cacher derrière la première excuse venue. Il devait faire le point sérieusement, et prendre une décision.
Est-ce qu'il était prêt à se battre encore pour eux ?
Il n'aurait jamais cru pouvoir un jour se poser sérieusement la question.
Le prochain chapitre sera le dernier (normalement, j'en suis sûre à... 90%).
Merci d'avoir suivi l'histoire jusqu'ici, j'espère que vous ne vous en êtes pas lassés!
Bref, j'espère que le chap vous a plu? même s'il est court? Ça m'a fait plaisir de réintroduire un peu Tomoe !
A bientôt !
