Baluchon.

Comme tous les lundis, je décide de faire un petit coucou aux deux gardiens des portes de la ville. Alors que je m'apprête à franchir le seuil du corridor taillé à même la roche, voilà que j'entends des pas dans mon dos. Voulant savoir quelle est la personne qui s'approche de moi, je me retourne et là, je remarque que c'est Colvert. Celui-ci tient un bâton dans l'une de ses mains et au bout de celui-ci, un baluchon. J'espère qu'il n'est pas en train de faire ce que je pense car je refuse qu'il nous quitte de cette façon, sans le moindre mot.

Aussitôt, je lui barre la route et à cet instant, le palmipède lève les yeux et me regarde.

« Bonjour Jaysher.

- Bonjour Colvert. Ne me dis pas que tu es en train de nous quitter ?

- Je n'ai pas le choix, on mange mieux ailleurs.

- Mais tu n'es pas sérieux ? Herbert et maintenant toi, mon meilleur ami ? Comment vais-je faire ?

- Je suis désolé mais je ne peux pas passer mon temps à m'occuper de toi. J'ai des rêves comme tout le monde et je me dois de les réaliser.

- Et tu ne peux pas le faire ici? »

Je ne veux pas qu'il déménage. Je commence à peine à me remettre du départ d'Herbert et si Colvert souhaite agir comme lui, je sais que la vie au sein du village ne sera plus jamais la même. D'habitude, je laisse partir les gens facilement mais je rencontre davantage de difficultés lorsqu'il s'agit d'individus présentant un profil de fin gourmet. Pourquoi ? Je n'en sais strictement rien mais je les trouve touchant. J'aime bien les sportifs aussi mais ces derniers restent loin derrière face à mes petits gourmands.

« Tu ne veux pas attendre quelques jours, le temps que je me fasse à l'idée de ne plus jamais te revoir ? »

Attention mon gars, si tu me réponds négativement, je me ferais un plaisir d'exagérer et si tu arrives à résister à mes larmes, là, je n'aurais pas d'autres choix que de te laisser partir.

« Tu penses que tu y arriveras ? Me demande-t-il.

- Je sais me montrer fort quand il le faut mais je dois y être préparé. Si tu pars de cette manière, sans le moindre mot, il est clair que j'aurais beaucoup de mal à me relever dans les jours à venir. S'il te plaît Colvert, tu es mon meilleur ami et je veux que tu restes. Au retour, je te ferais livrer tous les repas que tu désires.

- Vraiment ? »

L'oiseau me regarde avec des yeux qui donnent l'impression de pouvoir éclairer tout le village, surtout en pleine nuit. Pourquoi n'ai-je pas joué sur sa faiblesse dès le début ? J'aurais gagné un temps fou.

« Oui Colvert. Chaque lundi, tu passeras chez moi pour déposer une liste des plats que tu veux manger. Ensuite, je passe commande sur internet et tu seras livré dans les journées. Qu'est-ce que tu en penses ? »