Chaton.

Je reviens tout juste de la demeure de Colvert. Celui-ci m'a annoncé son départ de nous quitter afin de s'installer ailleurs et au lieu d'être triste comme pour la première fois, je suis étonné de constater à quel point mon coeur se sent bien. Il faut dire que depuis l'installation de Gradub parmi nous, je peux permettre à mon vieil ami de nous quitter pour continuer d'avancer dans sa propre vie. Alors que je traverse le pont de la partie sud du village, je remarque ma sœur qui se tient devant le panneau d'affichage. Intrigué, je décide de la rejoindre pour savoir ce qui se passe.

Dès que je me tiens dans son dos, je risque un œil par-dessus l'une de ses épaules et je regarde ce qui a été rédigé pour l'ensemble des habitants. Bizarrement, une affiche avec un chaton dessiné dessus repose sur la planche de bois et j'y vois une annonce en bas, signée par ma sœur. Depuis quand est-elle la maîtresse d'un félin ?

« Mélanie ? »

Ma sœur se retourne et me fait un sourire dès qu'elle me remarque. Néanmoins, je connais très bien ses expressions de visage et ce qui s'affiche sur ses lèvres ne m'inspire rien de bon. Je dois en avoir le coeur net.

« C'est quoi cette annonce ? Demandai-je.

- J'aimerai qu'on m'aide à retrouver mon petit chat.

- Je comprends mais jusqu'à preuve du contraire, je n'ai jamais vu de chaton se promener dans ma maison.

- Je sais. »

J'avoue que je suis un peu perdu suite à cette confession. D'habitude, lorsque je rentre chez moi après une journée, je passe par toutes les pièces sauf sa chambre qui se trouve à l'étage. En aurait-elle profité pour héberger un troisième habitant sans me tenir au courant ? Bien sûr, elle est libre de mener une existence comme elle l'entend mais j'aurais aimé être un minimum dans ces confidences.

« En fait, je n'ai pas de chaton mais les habitants de ce village ne sont pas au courant.

- Je vois… Dans ce cas pourquoi poser une telle annonce ?

- Pour leur jouer un vilain tour. »

Ma sœur commence à rigoler et je suis sûre qu'elle est déjà en train d'imaginer nos voisins se montrer attentif concernant ce chat invisible. Je dois reconnaître aussi que Mélanie sait se montrer très douée lorsqu'il s'agit de mettre en place des blagues de très mauvais goût. Bien sûr, je ne dirais rien aux autres car elle peut compter sur mon soutien.

« Il est dommage que cette plaisanterie soit lancée lorsque l'un de nos amis décide de nous quitter.

- Tu veux parler de Colvert ? Me dit-elle.

- Oui.

- Ne t'inquiète pas. Il y aura suffisamment de pigeons qui vont tomber dans le piège et je sais par avance que je risque d'en dire à m'en décrocher la mâchoire. »

Et j'ai hâte de recevoir la visite de nos voisins à la maison. Ils s'excuseront et nous, nous rigoleront.