Jalonner.
Cela fait un petit moment que Colvert est parti et à la date d'aujourd'hui, personne est venue le remplacer. Se pourrait-il que plus aucun individu ne souhaite s'installer dans notre village ? Si je l'avais su, jamais j'aurais laissé Colvert faire sa vie dans une autre ville et tout se passerait bien ici. Toutefois, si je lui avais interdit de partir, je n'aurais pas mérité l'appellation « ami » mais plutôt une autre : l'égoïste. Après tout, je commence à mon tour à nourrir le projet de partir d'ici mais pour le moment, je tiens absolument à profiter des merveilleux jours qui sont sur le point d'arriver.
D'ailleurs, j'ai pu voir une affiche sur le panneau près de la mairie m'annonçant que les arbres seront en fleurs dès le premier avril. J'ai déjà eu la chance d'assister à un tel spectacle à de nombreuses reprises mais une fois de plus ne pourrait pas me faire de mal, fort heureusement. L'un des plaisir simples que j'apprécie ici, c'est le défilement des saisons. Si j'avais un peu plus d'argent, je me ferais bâtir un petit village dans le secteur et je sais par avance que j'aurais beaucoup de plaisir à le protéger tout en le faisant vivre. C'est ce que le maire arrive à faire à Haruville et cet animal a tout mon respect.
Alors que j'arrive à la hauteur du musée, je vois Thibou sortir du bâtiment en courant. Lorsqu'il me remarque, le rapace nocturne s'arrête dès que nous nous tenons face à l'autre, reprenant son souffle par la même occasion.
« Bonjour Thibou, y aurait-il un souci au musée ? Demandai-je.
- Non. Je voulais juste te voir pour te remercier.
- Ha bon ? A quel sujet ?
- Pour tout ce que tu fais pour nous. »
Mais je ne fais rien de si extraordinaire pour mériter qu'on vienne me rencontrer d'une telle façon. De toute manière, ce n'est pas aujourd'hui que je compte disparaître et je dois lui dire.
« Tu sais Thibou, je ne vais pas partir d'Haruville si cela t'inquiète.
- Et pourtant, tu as toutes les raisons de le faire. Toutefois, je veux que tu restes ici car ce village est à toi dans sa grande partie. C'est toi qui arrache les fleurs fanées et les mauvaises herbes, C'est toi qui déterre les fossiles pour éviter que les gens se fassent du mal avec les crevasses, c'est toi aussi qui a pu permettre au musée de vivre en venant régulièrement compléter les collections. Si un jour, notre maire décide de confier les rênes de ce village, estimant qu'il est trop vieux pour poursuivre cette tâche, tu pourras compter sur mon soutien.
- C'est très gentil ce que tu viens de dire mais je ne pense pas avoir les épaules solides pour un tel rôle.
- Alors que nous sommes plusieurs à être convaincu du contraire.
- Vraiment ?
- Mine de rien, les conversations au musée sont beaucoup plus nombreuses que tu pourrais le croire. »
