Crise.

Ce matin, je marche dans le village avec le cœur lourd. Hier soir, en allumant la télévision, j'ai pu apercevoir le drame qui se jouait dans un pays voisin et forcément, mes pensées sont pour ces gens bien évidemment. Néanmoins, la vie se poursuit pour chacun d'entre nous et c'est pour cette raison que je me tiens à l'extérieur. Alors que le sac que je tiens en bandoulière commence à peser un sacré poids à cause de ce que je ramasse, voilà que je me souviens d'un petit détail. Effectivement, cela fait au moins deux jours que je n'ai pas vu Bebel dans le village et je me demande bien pour quelle raison.

Intrigué, j'emprunte le pont qui relie les deux parties du village et dès que je me tiens devant la porte d'entrée de sa maison, je m'arrête et frappe contre l'issue. Ne recevant aucune réponse, je me permets de me montrer impoli et quelques secondes plus tard, je me trouve à l'intérieur de la résidence en bois. De suite, je remarque les cartons qui traînent ici et là tandis que leur propriétaire s'affaire, un peu plus loin.

« Bonjour Bebel. »

L'hippopotame lève son regard dans ma direction et ne décoche aucun mot lorsqu'il m'aperçoit. Au contraire, il retourne à ses occupations comme si de rien n'était et je comprends parfaitement cette réaction de sa part. Après tout, nous ne sommes pas les meilleurs amis du monde mais je ne tiens pas à ce qu'il quitte le village en étant en mauvais terme avec certains d'entre nous.

« Je présume que tu fais tes bagages ? Commençais-je.

- Oui.

- Dans ce cas, je te souhaite bonne chance pour ta vie future et j'espère que tout se passera bien pour toi.

- Pourquoi être venu me voir pour me dire toutes ces choses ?

- Parce que même si notre relation n'est pas au beau fixe, je tenais tout de même à me montrer amical avec toi. Après, si tu trouves ce comportement plutôt déplacé de ma part, je ne te dirais rien si tu désires me voir partir. »

A ce moment, le locataire des lieux se redresse et en profite pour s'étirer un peu. Après tout, faire ses cartons est une activité plutôt fatigante et lorsque je me lance dans un tel projet, je profite des minutes de pause pour souffler un bon coup. Ensuite, l'animal s'avance vers moi et me présente l'une de ses pattes antérieures.

« J'ai été ravi d'avoir fait ta connaissance Jaysher. Tu as été l'un des voisins les plus embêtants que j'ai pu avoir et sincèrement, j'ai apprécié. »

Content de voir qu'il le prend sur le ton de la plaisanterie. Afin de sceller notre mea culpa réciproque, j'enferme sa patte dans mes deux mains et nous voilà en train d'échanger notre première poignée amicale.

« Surtout, je compte sur toi pour me donner des nouvelles au sujet de ce village.

- Pas de souci et j'espère que je recevrais souvent de tes lettres également. »