Nous deux.
Marcel tente de nous quitter mais cela fait deux jours que je fais de mon mieux pour le retenir. Ce n'est pas lui que je veux partir car s'il le fait, il ne restera plus que deux garçons dans le village contre six du côté des filles. En terme de parité, on a déjà vu mieux non ? Du coup, j'ai fait des pieds et des mains ce matin pour qu'il reste parmi nous et je souhaite sincèrement que mes efforts n'auront pas été vain. Toutefois, si Marcel change d'avis et désire prolonger son séjour de plusieurs semaines, je me demande qui d'autre voudra partir ?
Depuis que je connais Gladys, je me dis qu'il serait temps à Mirza de nous faire ses adieux. De plus, la partie du village dans laquelle elle réside compte cinq maisons. Il serait que l'un de ses résidents nous quitte afin qu'une nouvelle demeure s'installe sur l'autre côté de la bourgade et ainsi, chaque morceau d'Haruville aura la chance d'avoir quatre toits dressés sur ses terres. Rêvant tranquillement de ce futur idyllique pour le gars que je suis, je ne remarque pas la présence de Rosine. Celle-ci vient à ma rencontre et lorsque nous nous apprêtons à franchir le point de croisement, l'ours asiatique attire mon attention.
« Bonjour Jaysher. »
Cela me suffit pour sortir de mes rêveries et au moment où je reviens à moi, je m'interroge sur les besoins de ce panda rose et blanc.
« Hier soir, j'étais en train de réfléchir à ma vie au sein de ce village et je dois avouer que cela fait un petit moment que je me suis installé. Voir certains d'entre nous partir est un véritable déchirement pour moi mais je sais que le monde continue de tourner. C'est pour cette raison que je voulais te remercier de ton amitié et j'ai quelque chose à te remettre.
- A me remettre ? »
Les yeux brillant par l'émotion, Rosine hoche positivement de la tête avant de glisser ses pattes dans sa besace. Quelques secondes plus tard, je tiens un cadre-photo dans mes mains et l'image qui se trouve protégée par son morceau de carreau translucide me fait sourire.
« Tu te souviens quand… Débute-t-elle.
- Nous avons pique-niquer sur l'une des plages et que les autres habitants ont cru que nous étions en couple. »
Suite à l'évocation de ce souvenir, je commence à rigoler. Rosine me rejoint très vite et quand je pense à la suite de cette histoire, l'expression de ma joie n'est pas prête de s'arrêter. Pourtant, je vais devoir retrouver mon sérieux très vite puisque le panda parvient à poursuivre.
« Si un jour, je quitte ce village à mon tour, sache que je ne pourrais jamais t'oublier Jaysher.
- Merci beaucoup Rosine et je suis désolé de n'avoir rien à t'offrir en échange.
- Si tu veux, tu pourrais me faire la visite de ta maison si vraiment tu veux me rendre l'ascenseur. Une balade chez toi rien que nous deux. »
