Pirouette.

Après avoir laissé Rosine avec sa maison de poupées, je juge sympathique de reprendre la route afin de poursuivre ma promenade de la journée. Alors que je m'apprête à franchir le deuxième pont du village, celui qui se trouve pas très loin de la porte gardée par les deux gros chiens, mes yeux se posent sur un individu qui se passe le temps en réalisant quelques pirouettes. Là, je ressens le besoin d'affûter ma vue pour savoir qui est cette personne et lorsque je réalise qu'il s'agit de Marcel, la petite souris violette, c'est limite si je ressens un soulagement. Après tout, nous ne sommes jamais à l'abri de voir un inconnu pénétrer notre village pour accomplir n'importe quel acte et cela s'est déjà produit il y a de cela quelques années. La dernière fois, c'était une mère de famille qui était à la recherche de sa fille.

Une fois que je me tiens aux limites de la pelouse sur laquelle le rongeur s'exerce, je me montre curieux.

« Bonjour Marcel.

- Bonjour Jaysher. Belle journée pour s'entraîner n'est-ce pas ?

- Oui et c'est ce que tu fais si j'ai bien compris.

- Exactement. Gérard m'a fait la remarque que j'avais prit du ventre ces derniers jours alors que je fais très attention à ma ligne. Le soir où il m'a fait part de cette impression, je suis monté sur la balance et effectivement, j'ai pris de beaucoup.

- Combien ? Si je ne suis pas trop indiscret.

- Deux grammes. »

Quoi ? Il estime que deux grammes c'est beaucoup trop pour lui ? Il se fout de ma poire ou il est sérieux ? En tout cas, lorsque je vois la souris réaliser une roue, je me dis que ce sujet doit avoir son importance à ses yeux. Toutefois…

« Tu ne t'es jamais demandé si c'était une tentative de te déstabilisation de la part de Gérard ?

- Pourquoi a-t-il fait ça ?

- Parce que vous êtes en concurrence, voilà pourquoi ? En utilisant cette méthode, tu es hors circuit, surtout si vous avez un projet en commun au sujet du sport. »

Soudain, la souris se relève et se montre brutalement très expressive.

« Mince, le petit enfoiré. »

Suite à cette expression, je fixe mon voisin car j'ignore si j'ai fait mouche. Pour expliquer son comportement, le rongeur cesse de se mouvoir et me parle sans démontrer le moindre souci dans sa respiration.

« Nous avons compétition de sport aujourd'hui en dehors du village et je viens tout juste de m'en souvenir. Je crois que je peux dire adieu à mes chances de la remporter car elle va débuter dans une petite heure. »

Après cette confession, mon voisin baisse son visage et aussitôt, j'aperçois des larmes qui commencent à perler aux coins de ses yeux. Le voir ainsi me fait de la peine et je suis bien décidé à lui donner un petit coup de mains.

« Suis-moi Marcel ! J'ignore pourquoi mais je sens que Gérard va regretter de t'avoir joué ce bien vilain tour. »