Venir la fin.
C'est à l'ombre d'un pin que je rédige les dernières lignes de mon journal intime. Je suis arrivé à sa dernière page et je dois avouer que la nostalgie n'a cessé de gagner mon coeur au fur et à mesure où j'allonge mes derniers mots. Lorsque je regarde la date de ma première confession, je me dis que ce travail commence à dater et qu'il était temps pour moi d'y mettre un point final. C'est ce que je vais faire dans les minutes à suivre. Toutefois, je dois prendre le temps d'annoncer qu'une nouvelle habitante est arrivée parmi nous, en remplacement de cette brave Mirza.
Il s'agit de Blanche, une louve dont le pelage résume parfaitement son prénom. Alors que Marcel est occupé à capturer un cercope qui se reposait sur le tronc d'un arbre environnant, une constatation me traverse l'esprit : En fait, je me suis fait beaucoup d'ami au sein de ce village alors que si j'étais resté vivre chez ma mère, je n'ose imaginer l'existence que j'aurais pu mener. De plus, ma maternelle n'aurait pas hésité à m'étouffer de son amour et c'est l'une des causes qui m'a poussé à quitter le cocon familial. Pour ma part, j'ignore qu'elle fut la raison qui a poussé ma sœur à déserter cet endroit que nous connaissons depuis notre plus tendre enfance et je me garde de lui demander. Cependant, si elle désire m'en parler, elle sait très bien où me trouver.
En ce qui concerne l'idée de déménager, cette dernière est toujours dans un coin de ma tête mais je vais éviter de le faire en cette saison. Je crains énormément la chaleur et je n'ose imaginer dans quel état je serais si jamais j'avais lancé ce projet à exécution. Je vais attendre que les jours soient plus frais pour tenter de bouleverser mon quotidien. La seule crainte que j'ai est de m'installer dans un village où les habitants seraient tous les plus désagréables que les autres. Le risque zéro n'existe pas et si ce cas de figure devait se présenter, je pense que cela pourrait jouer sur mon caractère.
Alors que je continue de remplir les dernières lignes de mon cahier, Marcel vient vers moi tandis que son filet à papillon est vide de toute capture.
« C'est le cahier dans lequel tu écrivais la vie du village ?
- Oui et comme tu peux le voir, il touche à sa fin.
- J'imagine que tu dois ressentir une petite pointe de tristesse non ?
- A qui le dis-tu ? »
Et rien que d'y songer, voilà que des larmes commencent à humidifier mes yeux. Alors que ma vue se trouble, la souris poursuit :
« Que vas-tu souhaiter à Haruville pour terminer ton cahier en beauté ?
- Que d'autres gens viennent s'installer parmi nous et fassent de nos vies, un émerveillement perpétuel.
- Quoi ? Me demande Marcel en me regardant étrangement. Je n'ai rien compris à ce que tu viens de me dire.
- Laisse ! C'est la fin qui me fait délirer. »
