Chapitre 4 :
- Et merde …
En retard. J'étais en retard. Et le deuxième jour de cours en plus. Et tout ça à cause de ce fichu rendez vous complètement inutile à l'intendance. Je me ruais dans les couloirs, manquant de trébucher à chaque virages. Il était déjà huit heure et demi. J'allais me faire tuer. Et le pire ce n'était pas ça. A la limite, on pouvait me découper en morceau, m'imposer une semaine avec Jyhl, trois jours à sortir avec Seifer, m'arracher la tête, ou me noyer dans du jus d'orange, ça n'avait rien de grave comparé à ce dont je venais de me souvenir. Aujourd'hui, le premier cour que nous avions, à savoir celui auquel j'allais arriver une demi heure en retard, était un cour de maths. Le monde était décidément pire que cruel avec moi.
Je me stoppai, essoufflée, devant ce qui devait être ma salle. Les mains sur les genoux, je retrouvais peu à peu un rythme cardiaque normal. J'en avais besoin. Il était plutôt déconseillé que je crache mes poumons en plein cour si on m'adressait la parole. Déjà qu'une fois de plus, j'allais avoir un peu de mal à m'accrocher au programme. Je soupirai, et posai finalement une main sur la poignée, en tapant plusieurs fois contre la porte. Je redoutais un peu l'accueil auquel j'allais avoir droit. Je me doutais qu'il ne serait pas des plus chaleureux. Gagné. Une voix glaciale me fit signe d'entrée, ce qui me transforma en boule de givre l'espace d'un instant. Je finis par réagir, consciente que de frapper pour ne pas entrer était complètement stupide. Poussant la porte, j'entrai le plus discrètement possible, bien que ce ne soit pas mon fort. Me faisant toute petite, j'eus la faible illusion qu'il n'allait pas me voir et continuer son cour comme si de rien n'était. Il avait l'air tellement passionnant, cela aurait été dommage de le couper pour moi.
- Vous vous êtes perdue dans les couloirs ?
Grillée. Je me figeais sur place, un pied en l'air, le visage complètement crispé. Je risquai un regard sur mon professeur. Ses grands yeux carmins me regardaient avec froideur. Sa peau était plus pâle que la mort. A croire que cet homme était incapable d'émettre la moindre chaleur. Il était affreusement jeune. Un léger coup de vent dû à la porte entre ouverte fit voler ses longs cheveux noirs. Il était aussi affreusement beau. Je n'aurais jamais dû avoir de pensées comme ça vis à vis de lui, mais c'était en quelque sorte plus fort que moi. Et cette instant de faiblesse me valut les regards interrogateurs de toute ma classe face à mon silence pourtant très rare.
- Euh, je ...je, j'avais un rendez vous à l'intendance, bredouillais-je en reprenant contenance.
Mr Valentine me jaugea un instant, impassible. Ce type était un véritable congélateur. Enfin, j'aurais tout donner pour avoir un congélateur comme ça. Sur le coût, je me fis violence pour ne pas me gifler. Je n'avais pas le droit de penser comme ça.
D'un air presque méprisant, l'homme en face de moi me fit signe de regagner ma place, chose pour laquelle je ne me fis pas prier. J'appliquai donc à la lettre le plan f comme fuite, et me glissai jusqu'à mon bureau, ou Reno m'y attendait, un sourire aux lèvres. Je savais déjà à quoi il pensait. Mais comme chaque année, je n'allais en aucun cas lui donner raison.
- T'es en progrès, se moqua le jeune homme alors que je m'installais. T'as réussi à attirer son attention dès la première seconde où il t'as vu !
- Et toi tu vas attirer celle de mon poing, maugréais-je. Tu vois, tout le monde y gagne.
Je perçus le rire de mon ami, ce qui me donna une envie énorme de lui incruster le front dans le bois de sa table. Si il y avait bien quelque chose dont j'avais horreur, c'était que l'on me taquine à ce sujet là. Il y avait quelque chose d'étrange entre moi et ce prof, d'après eux. Et je devais bien l'admettre. Mais c'était plus une attirance à sens unique, j'avais l'impression. Cette simple idée me fis soupirer. Je n'avais même pas la force de me maudire. Inexplicablement, dès que je le revoyais, c'était pareil. J'avais rencontré ce prof ma première année dans cette école. Et sans que je ne sache pourquoi, ce jour là, ce premier jour de cours pour la petite gamine de quatorze que j'étais, mon cœur avait fait un bon démesuré dans ma poitrine. Cette impression de montagne russe, elle me reprenait toujours depuis, dès que je croisais son regard carmin. Et comme le destin semblait plus que cruel avec moi, il avait bien sûr fallut que je l'ai trois années de suite. Je passais deux mois de vacance éloignée de l'école et de tout ce qui pourrait m'y faire penser, à me persuader que mes amis avaient tort, et à rencontrer un tas de garçons pour leur prouver que j'avais raison. Mais curieusement, chacune de ces rencontres s'avéraient fades, et aucunes relations de s'en suivaient. Reno me disait trop amoureuse pour laisser sa chance à quelqu'un d'autre. Mais si c'était vraiment le cas, alors j'avais un esprit plus que compliqué.
Le menton calé entre les mains, j'étais perdue dans mes pensées, ne prêtant absolument pas attention à la présentation du programme, comme je l'avais prédis. Et les rares fois où je daignais enfin regarder le tableau, mes yeux zoomaient involontairement sur le dos de la personne qui écrivait dessus. Très beau dos soit dit en passant.
Un énorme bruit contre ma table me fit sursauter, si bien que j'en lâchais ma tête, qui vint s'écraser lourdement sur le bois. Relevant les yeux, je cherchai l'auteur de cette apocalypse soudaine, aussi douloureuse que dégradante. Je m'apprêtais à lui crier quelque chose au visage, mais les mots restèrent bloqués dans ma gorge. La main sur mon bureau, le regard dur, Mr Valentine venait de cogner ma table visiblement pour me réveiller.
- Qu'est ce que je disais ?me demanda-t-il sévèrement.
- Euh, et bien pour le coût, j'ai plutôt l'impression que c'est votre main qui me parlait par l'intermédiaire de ma table, répondis-je, un sourire élargi sur ma rangée de dents blanches.
- Que je n'ai plus une seule remarque à vous faire, Mlle Kisaragi, soupira mon prof en s'éloignant.
Cet homme avait des yeux partout. Je n'étais pas au premier rang, et pourtant, il avait trouvé le moyen de détecter que mon cerveau n'était pas vraiment connecté à ses maths. Heureusement qu'il ne savait pas plus en détail ce à quoi je pensais. Imaginer une seule seconde qu'il découvre que je méditais sur la musculature de ce dos qu'il offrait à ma vue à chaque cour me fit frissonner.
- Il a retenu ton nom, constata Reno en mordillant son stylo.
- Tu la fermes Reno, grognais-je en attrapant une feuille.
- Bien sûr Mlle Kisaragi, plaisanta-t-il en se tournant vers le tableau.
Il le faisait exprès. Reno était quelqu'un d'incroyablement puéril sur le plan des relations amoureuses. Autant l'amitié était quelque chose de sacré à ses yeux, mais il n'arrivait visiblement pas à se faire une idée d'autre chose. Et moi, je ne pouvais pas m'empêcher de rougir. Moi qui étais pourtant la première à gratifier les autres de remarques déplacées sans la moindre gêne. Je ne voyais apparemment pas les choses du même œil quand il s'agissait de Mr Valentine. Ce prof allait, je pense, me rendre folle. Je le regardais regagner son bureau, et entamer son premier chapitre sur les fonctions dérivées. Un bien grand mot pour bien peu de choses à mon sens. Mais bon, c'était lui le prof, après tout.
- Fermes la bouche au moins, me chuchota le rouquin à côté de moi.
D'instinct, je claquai mes deux mâchoires entre elles. Je ne pouvais pas rester plus de quelques secondes concentrées. Après, je décrochais. Pour me « distraire » un peu, je décidais d'inspecter la classe. Devant nous, il y avait Tifa et Elena. Aux tables à côtés, il y avait Tidus, et un deuxième garçon blond que je ne connaissais pas. Puis, il y avait Lenne et Jyhl, la punaise faisant mine de s'intéresser au cour. Après, il y avait Yuna, Djidane, Vaan et Penelo. Aerith et Cissnei aussi. Nous nous connaissions presque tous, en réalité. Les classes n'étaient que très peu changées durant toutes nos années ici. Seuls les nouveaux m'étaient inconnus. Et encore, nous avions sympathisé avec Elena. Pour avoir bonne conscience, je pris quand même quelques notes. Si jamais le prof remarquait ma feuille vierge, il se ferait un plaisir de me faire passer par la fenêtre. Chose potentiellement très dangereuse. Heureusement que les cours de combat de l'après midi ne commençaient que dans une semaine. Cela me laissait le temps de me remettre de cette matinée riche en émotion.
- Dis Reno, on a combien d'heure de maths dans la semaine ?chuchotais-je à mon voisin, sans relever les yeux de ma feuille.
- Et bien il y a ces deux là, une demain matin après le français, une le jeudi, et une le vendredi, réfléchit mon ami. Pourquoi tu as peur du loup ?
Sa voix était moqueuse.
- Je ne vois pas du tout de quoi tu veux parler, rétorquais-je.
- Mouai, marmonna-t-il, moyennement convaincu.
- Reno, tu vois ma main ?lâchais-je.
- Oui, elle est magnifique, et alors ?s'étonna le rouquin.
- Et bien tu vas la voir de plus près toute à l'heure, le menaçais-je en serrant mon poing.
- Roh c'est bon, calme toi, soupira-t-il en m'ébouriffant les cheveux.
- Je suis calme.
- Ah oui c'est vrai t'es parfaitement détendue !rigola-t-il.
Bon, je ne pouvais pas vraiment lui donner tord. J'avais déjà été plus calme, bien que le calme ne soit pas mon fort. Finalement, je passais les deux heures de cour à parler avec mon voisin, à griffonner sur ma feuille, et à me donner des gifles mentales pour mes yeux qui s'égaraient toujours sur la mauvaise personne. Lorsque la sonnerie nous annonça enfin notre libération, nous nous dirigeâmes tous vers le bâtiment des langues, pour y retrouver notre très chère professeur de français, Mlle Ashe. Sur le chemin, nous croisâmes cette punaise de Jyhl, qui avait visiblement choisit de prendre un autre chemin, pour finalement revenir sur ses pas. Sans aucunes paroles je lui souris de toutes mes dents, chose à laquelle elle répondit d'un léger soupir hautain. Cela eut le mérite de m'amuser plus qu'autre chose. Elle ne nous aimait pas, mais au fond, si elle n'était pas là, la vie dans cette école ne serait sans doute pas la même. Elle apportait mine de rien quelque chose.
- Dites, commença Elena, alors que nous marchions en silence. L'infirmier voudrait me voir comme je suis nouvelle. Quelqu'un m'accompagne ?
- Argh, pas moi Eli, manquais-je de crier. Ce type est un vrai fou, plutôt mourir que de me retrouver dans la même pièce que lui.
Elena prit un air inquiet. Ce que je lui disais ne devait certainement pas la rassurer. Mais aller voir l'infirmier était une des choses qui figurait sur ma liste noire. On avait même inventé une légende à son sujet, comme quoi tous les élèves qui lui rendaient visite étaient remplacés par des clones, car les originaux devenaient ses sujets d'expérimentation. Notre infirmier était, avant d'arriver dans notre école, un scientifique plutôt réputé pour ses méthodes peu recommandables.
- Bon allez, si tu veux, je viens avec toi, lui proposa gentiment Tifa, visiblement soucieuse de la laisser seule avec ce monstre.
La jeune blonde la remercia d'un sourire. En plus, l'infirmier ne nous affectionnait pas vraiment, surtout à cause de sa fameuse histoire de lunettes.
- Bon courage avec ce barjo d'Hojo, les encouragea Reno alors que les deux filles s'éloignaient.
J'étouffai un rire. Il fallait avouer que Tifa avait du cran, pour le coup. Nous nous rangeâmes donc tous les deux à côté de la salle de français, où patientaient déjà les autres élèves. Djidane faisait le mariole, comme à son habitude, en jonglant avec différentes trousses, vivement encouragé par Tidus, et insulté par Grenat, qui tentait de récupérer son bien avec lequel il jouait. Je soupirais en voyant cela. Bien qu'ils se chamaillent sans cesse, au fond, ces deux là s'aimaient bien. Sans prévenir, j'attrapai la trousse de la petite brune en plain vole, et frappai un coup la tête de Djidane avec. Sous les rires des autres élèves, je rendis sa trousse à Grenat, et m'installai près de la porte. Djidane râlait un peu, privé de son jouet. Finalement, Mlle Ashe nous ouvrit la porte quelques minutes plus tard, en nous gratifiant moi et Reno d'un sourire enjoué. Il était bon de retrouver cette prof. M'asseyant à côté du rouquin, je sortis immédiatement de quoi écrire. Notre prof de français était quelqu'un que je ne voulais pas décevoir. Je n'étais pas excellente dans cette matière, mais elle m'encourageait toujours. Je voulais lui montrer qu'elle avait raison. Son cour et les cours de combat étaient ceux que j'appréciais le plus. Les cours de maths, je ne les incluais dans aucunes catégories. Mlle Ashe commença son cour en nous saluant, et commença immédiatement sa première séquence.
- Au fait, m'appela Reno alors que j'écrivais.
- Mmh, grognais-je pour seule réponse.
- Tu la trouve comment Elena ?me demanda-t-il.
Je fus un peu surprise de sa question. Je tournai la tête vers lui, et remarquais son air soucieux.
- Eli ? Je la trouve vraiment gentille, lui répondis-je. Pour l'instant, je l'aime bien.
- Tu me rassures, sourit mon ami. En fait, j'avais un peu peur de votre réaction. Je ne vous ai jamais habitué à de véritables relations. Et là, c'est un peu ça.
Un sourit fendit mon visage.
- Tu l'aimes vraiment n'est ce pas ?demandais-je, même si je me doutais bien de la réponse.
- Et bien, oui, je crois, m'avoua-t-il.
Ses joues devinrent presque aussi rouges que ses cheveux, ce qui manqua de me faire rire. Il était adorable dans ces moments là. Un regard moitié sévère moitié amusé de notre prof nous rappela à l'ordre, et nous restâmes sérieux tout le reste de l'heure.
