On laisse une review quand on passe ;)
Chapitre 13 :
Deux semaines. Ah, ça passe vite deux semaines. Sauf quand on totalise une panne d'eau chaude, un contrôle de physique, des cours de maths, une vague de froid, et des amis comme les miens. En effet, nous étions mi novembre, et il faisait pire que froid. Et l'internat avait trouvé le moyen de tomber en panne d'eau chaude pendant quelques jours, ce qui nous avait valu de très désagréables douches froides, pour ne pas dire glaciales. J'avais cru devenir chanteuse d'opéra par la faute des cris que je poussais sous l'eau, avant de me transformer en glaçon. En bref, j'étais bien entendu tombée malade. Et s'en suivit une extinction de voix qui m'empêcha de répondre à mes profs durant plusieurs jours. Ce qui fit même sourire mon prof de maths. Maudit soit il.
Ce matin, mon infernal réveil sonna une fois encore. Non pas que cela soit étonnant pour un réveil, mais c'était surtout que je n'avais aucune envie de quitter mon lit. En effet, les vacances de Noël approchaient, et je me changeais en véritable marmotte.
- Allez, debout l'ours !me cria Tifa en tirant sur ma couette.
Mécaniquement, je cherchai à m'y agripper. Peine perdue. Tout en maugréant, je finis par me lever. Un coup d'oeil à la fenêtre me démotiva encore plus que je ne l'étais déjà. Il faisait gris. Et le vent secouait les arbres comme de simple brindilles. Il devait faire bien froid encore aujourd'hui.
- C'est mercredi ma grande, et on commence par histoire, reprit Tifa en me poussant vers la salle de bain. Alors tu te couvres, et tu vas en cours avec le sourire !
- Oui maman, grognais en attrapant ma brosse à dent.
Et en plus, notre heure d'histoire allait être mangé par le projet de la matinée. Notre professeur de méca, Mr Cid, avait refusé de nous dire de quoi il s'agissait. Et je n'aimais pas vraiment ce genre de surprise. A tous les coups ce serait un projet pénible à faire en groupe.
Bougonnant, j'enfilai mon équipement de survie en territoire polaire, et sortis de la chambre pour rejoindre les autres.
Reno se plaignait que je râlais. Mais pour une fois, il y avait de quoi. Nous attendions dehors, devant le hall, à regarder comme des idiots les voitures se garer. Et pourquoi ? Parce que nous étions juste sortis pour prendre un peu la fraîcheur, devant l'air implorant d'Elena qui n'aimait pas le renfermé, et de Tifa parce qu'elle devait voir quelqu'un. Ce quelqu'un, qui avait eu l'idée la plus géniale du monde en lui donnant rendez vous dehors avec un froid pareil, n'était autre que Cecil. Cecil, le beau Cecil, pour qui certaines personnes se seraient damnées. Dont Jyhl, chose qui me faisait doucement rire. Mais au moins, elles, elles fantasmaient sur quelqu'un d'accessible. Cette seule pensée m'arracha un soupir.
- Bon, j'y vais, on se retrouve dans dix minutes pour aller en cours !nous lança Tifa en voyant se dessiner au loin la silhouette de son cavalier.
Alors quand Tifa disait dix minutes, nous avions le choix entre se faire un ciné, ou simplement hiberner. La jeune brune disait quelques minutes alors qu'elle visait large.
En plus, elle allait voir son cher et tendre. Ou futur cher et tendre qui n'en sera peut être pas un, cherchait-elle à nous faire croire. Elle aurait pu nous faire croire à une attaque de cures dents à bicyclettes que cela aurait eu autant d'effet.
- Bon, et on fait quoi nous maintenant ?demanda Cloud. On attend qu'ils aient fini de roucouler ?
- Exactement, lâcha Reno en frottant les gants d'Elena, plus se réchauffer les mains que réchauffer les siennes.
- On a une putain de perspective d'avenir là les gars, soupirais-je.
Un « ouais » général me répondit. Traduction ? On attend. Et je n'aimais pas attendre. Je n'aimais pas ne rien faire. Sauf la nuit. Petite hyperactive de service, je ne pouvais m'empêcher de shooter dans les cailloux tellement je m'ennuyais, alors que cela ne faisait que quelques secondes que Tifa était partie. Et en plus il faisait froid. La température devait tomber bien bas la nuit, vu que le matin, elle était encore dans les négatifs. Pourtant, il ne tombait pas encore un seul flocon de neige. La neige. C'était bien la seule chose que j'aimais l'hiver. Et comme là il n'y en avait pas, je ne trouvais rien d'agréable à ce froid précoce. J'en tremblais de la tête aux pieds. Et Tifa avait osé nous abandonné comme cela pour se blottir dans les bras de quelqu'un. Oh pitié qu'elle soit rapide.
Un bruit de moteur me fit tourner la tête. Une très classique voiture grise s'arrêta à quelques mètres de nous, débordant un peu de sa place de stationnement. Je n'avais jamais vu ce véhicule auparavant. Et comme notre école n'était pas un grand lieu touristique, le paysage à ce niveau là ne changeait jamais beaucoup. Curieuse, je plissai les yeux. Vitre teintée. Flûte. J'attendis tout de même ainsi durant quelques minutes, alors que mes amis discutaient tranquillement de choses et d'autres. Une jeune femme finit par sortir de la voiture, emmitouflée dans un très joli blouson, ses couettes rousses et bouclées ballottées par les bourrasques. Comme sa voiture, je ne la connaissais pas.
Alors que je dévisageais la nouvelle venue, une seconde personne se leva du siège passager. Mon cœur fit un bond démesuré dans ma poitrine. Je crus qu'il partait en vrille. Je vis l'homme aux longs cheveux noirs se rapprocher de la rousse d'un pas assuré, sans que je ne réagisse. J'étais figée dans cette expression d'étonnement. Mais que diable faisait-il dans la voiture de cette fille ? Et qui était cette fameuse fille ? Et pourquoi une fille ? Je serrai les poings. A ma droite, Reno sentit la tension dans mon corps, et posa une main sur mon épaule pour la faire baisser. Je ne savais même pas ce qu'il se passait dans mon petit cœur pour que je réagisse ainsi. Calme. Je devais restée calme. Ce n'était pas parce que Mr Valentine sortait de la voiture d'une fille qu'il fallait que je me mette dans des états pareils. Mais restée calme devint une chose complètement impossible lorsque je vis avec horreur mon prof de maths claquer une bise sur la joue de la rouquine en la tenant affectueusement sur les épaules. Je me sentis rougir. Une atroce bouffée de chaleur monta en moi, me faisant suffoquer. Si Reno n'avait pas été là, j'aurais chargé sur la rousse et il n'en resterait plus un cheveu.
- Yuffie, reste tranquille, me glissa Cloud d'un air qui se voulait détendu.
Mais son regard inquiet le trahissait. Les sourcils arqués, je regardais toujours dans la même direction sans rien faire. J'étais étonnée, enragée, déçue, chagrinée, épouvantée. Tout. Juste, encore, et toujours à cause de la même personne. Personne qui en faisant ce qu'il venait de faire, m'entaillait profondément le cœur.
Reno pressa sa main contre mon épaule, et m'enlaça gentiment. Je lui en étais reconnaissante, mais toutes les attentions du monde ne seraient pas suffisantes pour me détourner de la voiture. Je voyais mon prof, l'homme que j'acceptais enfin comme la personne que j'aimais, s'avancer vers le hall, serein. Et cette fille, que je ne pouvais déjà plus voir, repartir comme elle était venue, en coup de vent. Jamais je n'aurais cru vivre assez longtemps pour avoir aussi mal. On aurait pu remuer un pieu au fond de mes entrailles que ça n'aurait pas été pire. Au contraire, je préférais me voir morte et torturer mille fois que de voir une telle chose.
- Et bien, quelles têtes ! J'ai manqué quelque chose ?
La voix claire de Tifa nous fit tous tourner le regard dans sa direction. Elle était rayonnante, elle. Alors que nous, pas du tout, visiblement. Cloud avait l'air inquiet, Reno me tenait par les épaules dans une expression implacable, Elena se recoiffait nerveusement, et moi, j'étais mi médusée, mi démolie.
- Euh, oui, plutôt, marmonna Reno en me traînant vers la porte du hall.
Je le remerciai silencieusement. Il allait m'épargner l'interrogatoire ignoble et sans humanité de Tifa, le petit ange. Et je n'en avais vraiment pas besoin. Cloud ou Elena saurait lui expliquer avec bien plus de lucidité que moi. Parce que je n'étais même pas exactement sûre ce que j'avais vu. Ou peut être que je ne voulais pas m'en rendre compte. Je m'étais retrouvée de râleuse agaçante au possible à petite chose perdue. Mon dieu, moi, la peste de profession, la boule d'énergie, j'en étais réduite à cela. Et à cause de mon petit cœur, ou plus exactement, de l'homme qui le faisait battre.
Claquant nerveusement mes doigts contre le bois de mon bureau, je regardais le tableau sans vraiment prêter attention au cours d'histoire qui s'y déroulait. Il était orchestré par Mr Seymour, un homme tout juste impressionnant, dont les cheveux défiants toutes gravités restaient la chose la plus inexpliquée au monde et notre plus grande source de questions. Il était marrant, Mr Seymour. Complètement jeté, il lui arrivait de sauter sur les tables pour mimer telles ou telles actions décisives de notre histoire, rendant ainsi son cours plus vivant. Un homme qui, en tant normal, m'aurait comme toujours fait bien rire. Mais là, j'avais tout sauf envie de rire.
A côté de moi, Cloud triturait nerveusement son stylo, cherchant très certainement un moyen de passer le temps autre qu'en me parlant. Il n'avait comme moi pas la tête à suivre. Ce qu'il s'était passé avait affecté toute notre famille en m'affectant moi. Tifa était maintenant au courant, et elle s'abstenait de me lancer le moindre regard. Elle savait restée discrète quand j'avais mal. Comme Reno, elle savait la discussion inutile, à moins de tenir à tout prix à terminer la journée avec un shuriken dans les dents. Bien qu'actuellement, je le réserve à une toute autre personne maintenant surnommée poil de carotte.
Alors que je ruminais, la porte s'ouvrit soudainement. Sans même qu'ils aient frappé, trois deux de nos profs entrèrent dans la pièce, ce qui eut le mérite de me faire tourner la tête. Je reconnus vite Mr Cid à sa cigarette pendant sur ses lèvres, et Mr Valentine au bond fulgurant que fit mon cœur. J'allais le recracher si ça continuait.
- Oh, et bien mes petits amis, on va s'arrêter là !s'exclama Mr Seymour en posant sa règle, peu surpris de voir débarquer ses collègues. La suite au prochain épisode !
Sur ce, il effectua une révérence digne des plus beaux films de cape et d'épées, et partit rejoindre les deux autres profs. Sans plus attendre, Mr Cid se plaça devant le bureau et nous dévisagea un à un. Je n'eus même pas la force de soutenir son regard, bien trop occupée à retenir le mien d'aller valser sur une certaine personne. Et pourtant, il m'avait fait mal. Mais je ne pouvais que vouloir le voir. C'était bien stupide.
- Bon, alors les moustiques !nous lança notre prof de méca au bout de plusieurs minutes. Aujourd'hui, on va parler de fonction d'usage, à savoir, d'exposer que vous allez devoir réaliser sur des besoins précis, qui nous suivent depuis la nuit des temps. Comme se chauffer, ou laver du linge. Donc par groupe de quatre, vous nous présenterez l'historique de ce besoin là, et comment y subvient ! J'ai été clair ? Oui ou non, c'est pareil, venez chercher une feuille, et au boulot, sous l'oeil attentif de vos chers profs que nous sommes !
Ah ben pour aller vite, il allait vite. En quelques phrases, il venait de nous révéler le boulot à faire. Il avait ce don, tout balancer d'un trait à ses élèves avant de les balancer eux aussi. Nous étions à la merci de ce boulot. Boulot qui serrait noté, et avec un gros coefficient qui plus est. Boulot qui allait être relativement important pour nos moyennes de mécanique. Merci, Mr Cid.
Traînant des pieds jusqu'au bureau, je saisis une fameuse feuille, et la ramenai jusqu'à ma table tout aussi lentement. Reno, Cloud, Elena et moi choisîmes de travailler ensembles, laissant Tifa avec Stella, Djidan, et Yuna. Chose dont je me contrefichais actuellement. La seule chose qui m'importait était la proximité gênante de mon prof de maths, à quelques pas de moi.
- Bon, on doit étudier le besoin « laver le linge », ou comment on décape nos vêtements depuis la nuit des temps, soupira Reno en tenant la feuille à bout de doigts.
- Et bien quand faut y aller, marmonnais-je en laissant tomber ma tête entre mes bras.
Je n'étais pas motivée. Mais alors pas du tout. Ce que je ressentais empêchait toute concentration de ma part. Et je revoyais toujours cette scène en boucle dans ma tête, comme si je ne me torturais pas déjà assez. Mais qu'est ce que je m'étais imaginée moi ? Cette rouquine était trop belle, elle avait l'air trop gentille. Trop tout quoi. Alors que moi, je n'étais qu'une gamine ridicule. Son élève. Une furie complètement irréaliste. Cette seule pensée m'arracha un sourire triste. Cette fille ne pouvait pas être son amie. Personne ne voudrait être seulement l'amie de Mr Valentine.
Depuis une heure je méditais la dessus, alors que les autres travaillaient, me fichant la paix. Ce n'est qu'en les voyant énoncer une hypothèse un peu farfelue que je me sentis contrainte d'intervenir. J'allais être notée moi aussi.
- Mais non, c'est mécanique ça !m'exclamais-je en me traînant devant la feuille de brouillon et de recherches. Il faut le prouver quand c'est mé-ca-nique !
Elena me regarda avec un sourire timide. Silencieuse depuis le début de l'heure il valait peut être mieux pour mon morale que je sorte un peu la tête de mes bras. Morale un peu bas. Je continuais donc à diriger les opérations. Mon petit rôle de chef de projet me convenais, me maintenant dans le travail plutôt que sur mes éventuels plans pour faire disparaître poil de carotte de la surface du monde.
Mais alors que je me tuais à expliquer à Reno que non, ce n'est pas parce que on le voit que c'est vrai, une silhouette un peu trop familière s'approcha de notre table, où c'était, il fallait le dire, l'anarchie.
- Et bien, tu fais chef ma chère Yuffie, me lança l'homme aux yeux carmins d'un air détendu. Et...
- Je n'ai rien à vous dire, le coupais-je, presque glaciale.
J'avais répondu cela d'instinct. Chose que je regrettais d'une certaine manière. Non pas qu'envoyer bouler la source de mes problèmes m'en pose, mais répondre de la sorte à un prof me parut un brin inapproprié. Mais c'était sorti tout seul. J'étais apparemment plus vexée que je ne le pensais. D'ailleurs, il me fixa un instant, l'air plutôt étonné. Il avait l'habitude d'une Yuffie souriante, et pas en colère.
- Tu t'es disputée avec ton petit ami ?me demanda-t-il, de nouveau impassible, en me désignant Reno du doigt.
- Mon petit... ?m'étranglais-je, en regardant tour à tour un Reno absorbé dans ses recherches, et mon prof.
Mes amis n'avaient pas entendu cela, visiblement. Ils s'étaient tous un peu éloignés pour continuer leur recherches, me laissant seule avec Mr Valentine. Et ses idées complètement fausses.
- Mais enfin, repris-je, je ne sors pas avec Reno ! C'est mon meilleur ami ! Certes c'est une des personnes que j'aime le plus au monde, mais jamais, jamais il n'a été question de cela entre nous !
- Je m'excuse !s'exclama mon prof devant mon énergie retrouvée. Vous êtes très proche, alors...
Il ne finit pas sa phrase. Ou peut être que je n'avais pas entendu la fin. Je m'étais juste perdu dans son regard de sang. J'avais cru y lire un sentiment de soulagement. Chose qui me troubla au plus haut point. Il était plus que serein, malgré mon accès de colère. Comme si quelque chose le rendait heureux. Mon cœur loupa un battement. Cet homme allait vraiment me rendre folle, ou me faire mourir d'une attaque cardiaque. Trop de violence derrière mes côtes.
- Alors que se passe-t-il ?s'enquit-il finalement.
- Rien, grognais-je en détournant le regard, sentant le rouge me couvrir le visage.
- Et ben, soupira-t-il, un demi sourire aux lèvres. Un phénomène comme toi, ça devrait être fourni avec une notice !
- Je vous retourne le compliment, grognais-je en souriant de toutes mes dents.
Nous nous dévisageâmes ensuite dans un silence absolu. Son regard amusé me fit monter le rouge aux joues, encore plus. Je ne pus qu'exploser de rire au bout de quelques minutes devant son air impassible, dû à notre très agréable joute verbale. L'envoyer sur les roses m'avait fait un bien fou. Pendant que je riais à ne plus pouvoir m'arrêter, je vis un sourire fendre son visage, alors qu'il se retenait visiblement de rire lui aussi. Certes la froideur lui allait bien, mais ce visage presque chaleureux le rendait diablement beau. Je me maudis dans ma crise de rire. Je n'arrivais pas à lui en vouloir. Pourtant, je m'étais sentie détruite durant plus d'une heure. Presque trahis par le baiser qu'il avait offert à poil de carotte. Alors qu'il n'avait aucun compte à me rendre. La rancœur et le désespoir énorme que j'éprouvais semblaient s'amoindrir autant qu'ils s'accentuaient. Pourquoi ? Parce que j'aimais savoir que je pouvais lui donner le sourire. Chose tellement rare chez lui. Et mon cœur était d'autant plus serré quand je réalisais que je n'étais sans doute pas la seule à fondre pour ses charmes.
