Eclipse1995: Tes devinettes n'ont rien donné, mais ça aurait pu être ça ! Bon, la voilà cette chanson :)
Orellia: Ahah ! Désolée de nuire à ta concentration x) Moi aussi je compatis à votre douleur, petits êtres (parce que moi j'ai dépassé le mètre 70 xD). Et le petit mot de la fin...Vive les vieilles secrétaires !
Bon bon, voilà la fameuse chanson de Yuffie: ..."Un homme heureux", de William Sheller. Alors, elle appartient à ce monsieur, hein, pas à moi x). Mais bon, je la trouvais trop belle. Ensuite, je sais, c'est un homme qui chante, et Yuffie est une femme, je sais. Mais bon, on peut dire qu'il parle d'homme avec un grand H, de la beauté de la nature, et ...Bref, on s'en fout. Voilà.
Chapitre 54 :
Jamais je ne m'étais sentie aussi troublée qu'en cet instant, quelques jours plus tôt. Jamais. Les mains de Vincent serrant les miennes, son souffle brûlant contre ma joue si rouge qu'elle devait en être devenue noire. Son odeur, sa peau, ses cheveux contre la mienne. J'en étais encore frémissante. De la pointe des orteils jusqu'à la racine de mes cheveux. J'en avais été presque frustrée qu'il me laisse en plan en retirant si rapidement ses mains des miennes. Sans rien ajouter d'autre que cette phrase si provocante. Rien, absolument rien. Et il m'avait planté là, rougissante, dans sa propre salle. J'avais deviné son demi sourire alors qu'il passait la porte, encore sous le choc pour sincèrement le regarder. Jamais je ne m'étais sentie comme cela. Aussi tremblante. Aussi figée. Il m'avait tout simplement cloué sur place. Nous n'avions jamais auparavant été aussi proche. Même lorsqu'il me serrait contre lui, dans le lit de son petit appartement. Cela avait toujours été différent. Et pour des raisons différentes. Là, je n'avais pas réellement compris le but de cette manœuvre d'approche pour le moins particulière. Si ce n'est me laisser chavirer plus encore.
Secouant la tête, je reportai mon attention sur mes mains, agitées de tremblements nerveux. Derrière la grande salle de notre lycée, derrière notre scène improvisée, je ne cessai de me tordre les doigts en tentant de dompter une bonne fois pour toute mes cheveux rebelles. Soyons franc, je n'ai jamais eu d'épis. Enfin, jusqu'à ce jour, bien entendu. Le jour, le soir où je suis censée chanter devant un assez large public. Et c'est ce soir là que mes cheveux ont choisi pour privilégier l'anarchie totale.
Saisissant une brosse à cheveux, plus déterminée que jamais, j'en envoyai de grands coups réguliers contre ma tignasse. Qui finit peu à peu par se mettre en place. A savoir, redevenir normale. Parce que je ne pouvais de toute façon pas faire grand chose d'extraordinaire avec mes cheveux courts. Baissant les yeux, je tentai de lisser calmement les plis irréguliers de ma robe noire. Robe bien trop élégante pour moi, prêtée une fois de plus par mon adorable Tifa. Qui ne m'avait pas privé de sa sympathique formule deux en un. A savoir, robe talons.
J'en tremblais plus fort encore. J'avais pour la première fois peur de tomber de mes échasses. De cette si belle paire d'escarpins que j'insultai de ma légendaire maladresse. Et surtout, j'avais comme peur de mon public. Je ne savais pas vraiment pourquoi, mais me montrer ainsi et chanter devant tout ce monde me faisait peur. Pourtant, je n'étais pas la dernière à faire l'andouille au milieu d'une rue, à terroriser les joggeurs et raconter tout et n'importe quoi à qui veut bien l'entendre. Mais là, c'est différent.
- Yuffie ?
Je sursautai légèrement avant de me tourner vers la voix en question. Elena venait de me rejoindre dans ma planque, un sourire doux plaqué au visage.
- Tu te sens comment ?me demanda-t-elle en se laissant tomber à mes côtés.
- A merveille, marmonnai-je en esquissant un petit rictus ironique.
Et comme pour confirmer mes dire, je triturai instinctivement la bretelle de ma robe. Visiblement soucieuse, Elena passa un bras autour de mes épaules. La remerciant silencieusement, je posai des yeux calmes sur elle. Elena était quelqu'un d'assez formidable. Elle n'hésitait jamais à se détacher du reste du groupe pour venir parler à quiconque en aurait besoin. Autant douce que droite, elle restait naturelle et se laissait bien assez souvent aller à rire pour qu'on ne la croît pas froide. J'avais appris à beaucoup l'aimer, contrairement aux autres conquêtes de Reno.
- Allez, faut pas te stresser, tu vas être merveilleuse, finit-elle par me dire.
Elle me claqua un violent baisé sur la joue, avant de se relever en souriant. Levant les yeux pour la suivre du regard, je la vis s'éclipser pour sans aucun doute rejoindre le public. Mon public. Génial.
Reposant ma tête entre mes mains, je me mordillai la lèvre inférieur. L'attente en devenait presque désagréable. Certes, je n'avais pas une envie folle de monter sur scène, mais attendre comme ça sans rien faire était plus que pénible pour moi. Surtout pour moi. Alors je passais le temps en enroulant de manière répétitive une mèche de cheveux autour de mes doigts. Jusqu'à ce qu'une nouvelle personne face irruption dans la pièce. Et me face de nouveau sursauter.
Tournant la tête, je relâchai mes épaules soudain crispées en voyant Djidane me sourire joyeusement.
- Alors, prête ?me demanda-t-il en s'approchant.
Je crus l'étrangler lorsqu'il passa sans s'en soucier une main amusée dans ma tignasse. La désordonnant légèrement, pour mon plus grand malheur.
- Prête ou non, de toute façon, on y va !s'exclama-t-il alors que je grognai furieusement en me recoiffant.
Lâchant un couinement angoissé, je baissai les yeux, résignée. Il fallait que j'y aille. Que j'aille affronter mon destin. Fermant le poing en m'imaginant héroïne d'un film mélodramatique, je fronçai les sourcils. J'allais le faire. Pour l'humanité et son salut. Enfin, presque.
Djidane souleva le rideau de notre « loge », avant de s'effacer pour me laisser passer, pantelante sur mes talons beaucoup trop haut. Autant dire que lui devait se sentir petit. Il m'arrivait à la poitrine, désormais. Et moi, je devais arriver au niveau du menton de Vincent. L'image de Vincent à côté de Djidane manque presque de me faire rire. Elle me fit grandement sourire, en tout cas. Pauvre tout petit blond.
ooo
En montant sur la scène, je crus sincèrement me faire désintégrer par l'éclairage. Je ne savais pas qui était derrière, mais il bossait bien. Une vrai ambiance de concert. Aussi, sur cette scène montée à la va vite, je me sentais haute. Bizarrement haute, comparé à d'habitude. D'ordinaire, je voyais tout le monde de bien plus bas. Et tout le monde me voyait de haut, petite comme j'étais. Mais là, j'avais une vue imprenable sur cette immense salle et tous les gens qui s'y trouvaient. Je repérai donc assez vite les quatrièmes années, tout sourire, et visiblement très heureux de leur fête de fin de projet. Avant d'apercevoir mon groupe, tout prêt de la scène. Si prêt que cela me fit joyeusement sourire. En me voyant, Tifa ne put retenir un signe de main amical et encouragent, qu'elle m'adressa depuis le bas. Cecil à sa droite, et Cloud à sa gauche sourirent de concert, sans vraiment faire attention à l'expression moqueuse qui naissait peu à peu sur mon visage quand à leur place si prévisible. Elena me sourit doucement, les bras de Reno enroulé autour de la taille. Celui ci, ravi laissa échapper un sifflement bruyant pour ma personne, qui me fit secouer la tête, désespérée.
Je crus me détendre en les voyant, mais les autres visages de la salle me revinrent en pleine tête quelques secondes plus tard. Ils étaient beaucoup. Et pas que des élèves. Adressant un coup d'oeil à Djidane, installé à ma droite, je fus rassurée de le voir parfaitement à l'aise. Ce petit diable semblait avoir l'habitude de ce genre de situation. Moi aussi, en vérité. Mais la présence de tant de personne me faisait étrange. Surtout celle de mes professeurs. Au fond, Mr Cid ne s'était toujours pas débarrassé de son bout de cigarette, et tournait régulièrement les yeux ver Mlle Rydia,dont la jolie robe mettait en valeur les formes. Cette dernière souriait, pas gênée pour un sou. A côté d'eux, un seul visage m'était familier. Celui de notre infirmier. Ce qui me laissa surprise. Mais que diable faisait il ici ? Je n'avais pourtant rien dit de ma présence sur scène à qui que ce soit. Cela me troubla d'avantage lorsqu'il me gratifia d'un clin d'oeil à faire peur. Cet homme semblait tout savoir de ce qu'il se passait dans cette école, qu'on le souhaite ou non. Il en était les yeux et les oreilles.
Mlle Ashe était elle aussi présente. Mais contrairement à ce que l'on aurait pu croire, elle ne boudait pas ma présence sous les projecteurs. Au contraire, elle avait l'air plus que ravie. Chose qui s'expliquait peut être grâce à la présence d'un grand brun à sa droite. Malgré son regard carmin redirigé vers une toute autre personne. Vers la scène. Vers moi. Moi qu'il ne s'attendait pas à trouver ici, au vu du regard inquisiteur qu'il me lança. Auquel je répondis par un sourire des plus innocent. Après tout, personne ne m'avait interdit de lui réserver une ou une dizaine de surprise au cour de cette année. Bien qu'il me face rougir devant toute cette foule de sa simple présence.
Me raclant silencieusement la gorge, je saisis le micro placé devant moi pour l'approcher de mes lèvres.
- Salut, lançai-je, assez sûre de moi. Déjà, je tiens à préciser que si je suis ici, c'est parce qu'on me l'a demander. Crier plus fort que les autres et me faire remarquer, c'est vraiment pas mon truc.
Le silence soudain fait dans la salle se fendit en plusieurs rires plus ou moins fort. Mon ironie avait été perçue par au moins la moitié de la salle.
- En fait, si je suis ici avant tout, c'est pour les quatrièmes années, repris-je en souriant comme un mannequin pour pub de dentifrice. D'ailleurs, vous voyiez où j'en suis à cause de votre fichu projet ? Et puis d'ailleurs, c'est pas normal que ce soit les troisièmes années qui se chargent de tout ça, bandes de feignasses. Enfin bon, tout ceci est un autre débat.
Cette fois encore, la salle se remplit de rires et de multiples exclamations, dont la plupart venaient des quatrièmes années. Laissant passer l'agitation passagère, je ne pus retenir un rire. Sans rire, j'étais entrain de louper ma vocation. J'aurais pu faire maître de cérémonie sans la moindre problème.
- Alors, je sais que cette chanson pourra vous paraître un peu triste pour fêter la fin de ce projet plus emmerdant que tout autre chose cette année, finis-je par lâcher une fois le calme revenu. Mais, d'une certaine manière, ce n'est pas sa tristesse que je vais vous demander de retenir, mais plus sa beauté. Parce qu'on ne pouvait pas jouer du hard métal avec seulement un pianiste et une chanteuse, et que, honnêtement, je n'avais pas le cœur à me ruiner les cordes vocales.
Ce qui était vrai. Tous ici savaient que j'étais la pour chanter. Mais ils étaient bel et bien ignorants de notre choix. Heureusement pour ma voix qu'ils ne m'avaient pas imposé un rock endiablé. En vérité, cette chanson me convenait parfaitement. Tant par son rythme doux que par ses paroles. Elles me correspondaient. A moi et à quelqu'un d'autre vers qui je ne pus empêcher mon regard de dériver. Vers ses si beaux yeux carmins.
- Pour tout vous avouer, cette chanson parle d'amour, dis-je, plus doucement. Et pourquoi ? Parce que c'est une chose qui nous concerne tous. On y a déjà tous été confronté dans notre vie. Et je m'adresse à tout le monde. Que ce soit aujourd'hui, ou il y a trois ans. Qu'on soit vieux ou jeune. Élève ou professeur. Des amours de passage sans grande importance ou l'amour de notre vie. Cette personne que l'on a peut être pas su garder mais vers qui l'on reviendra. Ou alors un simple inconnu au détour d'une rue qui vous fait tourner le regard. De déceptions en sourires chaleureux, on refait le monde trois fois par semaine assis sur un escalier. Je sais bien qu'on ne peut pas vivre que d'amour et d'eau fraîche. Mais ce serait un peu innocent de ma part de dire que l'on peut vivre sans. Certes, à nos âges, cela prend une tout autre valeur. Car on dit que c'est le temps des flirts à la va vite, des gifles envoyées et des cœurs arrachés. Mais finalement, ce sont des mots dans lesquels chacun peut se reconnaître. Écoutez bien, j'en suis sûre.
J'en étais parfaitement sûre pour au moins deux personnes dans cette salle. Même pour plus. Pour mon groupe entier. Pour Ashe. Sans doute Mr Cid et Mlle Rydia, aussi. Après tout, qui ne s'était pas pris de gifle à cause de ce genre de chose ?
Saisissant le regard de Vincent, je le vis froncer les sourcils. C'était peut être déplacé pour les autres dans cette salle, mais cette chanson s'adressait avant tout à nous. De toute façon, nous étions égoïstes depuis le début, alors autant l'être jusqu'au bout.
Inspirant profondément, je lançai un regard entendu à Djidane. Ce dernier, soudain bien sérieux, laissa ses doigts glisser contre le clavier. Et les premières notes qu'il en tira laissa ma peau hérissée de frissons.
Pourquoi les gens qui s'aiment sont ils toujours un peu les mêmes
Ils ont quand ils s'en viennent, le même regard d'un seul désir pour deux
Ce sont des gens heureux
Ma voix me parut presque rauque. Respirant faiblement, je serrai plus fort encore mes mains autour du micro avant de reprendre plus doucement.
Pourquoi les gens qui s'aiment sont ils toujours un peu les mêmes
Quand ils ont leurs problèmes, ben y'a rien à dire, y'a rien à faire pour eux
Ce sont des gens qui s'aiment
Et moi je te connais à peine, mais ce serait une veine qu'on s'en aille un peu
Comme eux
On pourrait se faire sans que ça gêne, de la place pour deux
Mais si ça ne vaut pas la peine ! Que j'y revienne !
Il faut me le dire au fond des yeux
Quel que soit le temps que ça prenne
Quel que soit l'enjeu
Je veux être un homme heureux
Plantant mon regard dans les yeux de braise de Vincent, je crus le voir sourire, tendit que dans la salle, les autres fermaient peu à peu les yeux sous ma voix que l'on disait belle.
Pourquoi les gens qui s'aiment sont ils toujours un peu rebelles
Ils ont un monde à eux, que rien n'oblige à ressembler à ceux
Qu'on nous donne en modèle
Pourquoi les gens qui s'aiment sont ils toujours un peu cruels
Quand ils vous parlent d'eux, y'a quelque chose qui vous éloigne un peu
Ce sont des choses humaines
Rougissante de son regard trop appuyé sur mon corps, je tirai d'avantage encore sur mes cordes vocales déjà brûlantes.
Et moi je te connais à peine, mais ce serait une veine qu'on s'en aille un peu
Comme eux
On pourrait se faire sans que ça gêne de la place pour deux
Mais si ça ne vaut pas la peine ! Que j'y revienne !
Il faut me le dire au fond des yeux
Quel que soit le temps que ça prenne
Quel que soit l'enjeu
Je veux être un homme heureux
Les notes de Djidane se firent plus belles encore.
Je veux être un homme heureux.
Et alors qu'elles se faisaient plus douce, je crus en lâcher une larme.
Je veux être un homme heureux.
Les derniers mots vibrèrent jusque dans le fond de ma poitrine. Tremblante, j'osai alors un regard vers mon public. Tous semblaient émus. Presque autant que moi. Mais moi, je ne regardais plus ce public là. Je ne les regardais plus, eux qui commençaient à m'applaudir à s'en briser les mains. Je le regardais lui. Lui qui paraissait autant troubler que moi par les mots que je lui avais hurler. Car à lui, je ne les avais pas chanter. Je les avais crié. Presque avec colère et rage. Juste pour que lui les entende.
Et lui, si calme, commença à applaudir seulement plusieurs minutes après les autres.
