KagenoKoibito: Merci encore pour ta review :) !

Orellia: Un gros bisou à toi, même plusieurs tiens ! Et voilà le temps attendu coin des mondanités, j'espère que tu aimeras !

MagicOnyx: Merci beaucoup, cela me fait très plaisir :D

Eclipse1995: Hellow ! Eheh, tu ne crois pas si bien dire quand tu parles de Djidane et Vanille xD. Je vous réserve une jolie surprise ! Bon, je suis trop contente de t'avoir fait plaisir, et m'excuse d'avance pour ce que Sephy va subir quand les gamins feront leur entrée (parles lui en, met le en confiance !). Bisous !

Nous voici pour ce premier épisode du coin des mondanités, dans la tête de ... Vanille ! La si drôle Vanille. Dont le chapitre est en fait loin d'être drôle. Je vous rappelle qu'elle et Ashe n'ont pas un passé facile, alors je vous propose de découvrir une première partie de ce passé un peu voilé. Puissiez vous me donner votre avis, et me dire dans la tête de qui vous voulez le prochain chapitre ! Poutous !

Chapitre 65 : La sorcière des temps modernes

En fait, tout a toujours été très facile pour moi, jusqu'à mes douze ans, tout du moins. Jusqu'à ce que mon père meurt. Un beau matin si pluvieux qu'on ne voyait pas à trois pieds devant soit. Comme d'habitude, je courais sur le chemin de l'école. J'allais rentrer dans l'école dont je rêvais depuis si petite. J'en étais tellement émoustillée que je tenais encore moins en place que d'habitude. Bien sûr, j'étais triste de quitter la maison, où tout était si facile. Où maman bricolait comme une forcenée pour finir les derniers morceaux du salon, alors que papa rigolait en me jouant de la guitare quand je vidais des chocolats chauds, m'en étalant jusque dans les cheveux. C'est papa qui les nettoyait toujours après, avec l'éponge de la cuisine qui sentait si bon le liquide vaisselle au lilas. Après, je sentais mes cheveux sous les yeux amusés de mes parents, qui se serraient l'un contre l'autre. Après tout, j'étais leur unique enfant. Ils me répétaient sans cesse que j'étais leur ange. Alors quitter la maison me faisait un peu mal, mais je n'avais pas le choix. Il fallait bien que je grandisse.

Alors ce matin là, c'est papa qui m'a emmené. Il a refusé en riant que je traîne seule mon énorme valise. J'étais tellement heureuse que je ne faisais plus attention à rien. Je ne regardais plus autour de moi. Et quand un chauffard a refusé de freiner alors que je traversais la route en sautillant, c'est papa qui s'est jeté contre moi pour amortir le choc, m'enroulant de ses grands bras d'homme. Le conducteur de la voiture ne s'est même pas arrêté. Il nous a contourné, papa et moi, à une vitesse folle, avant de disparaître dans le rideau de pluie. Je suis restée là, toute seule, serrant papa contre moi, papa qui ne bougeait plus. Sous la pluie battante plaquant mes boucles rousses contre mon visage, autant que mes larmes.

Quand on m'a dit que papa ne se relèverait plus jamais, je m'en suis voulue. Toujours. Maman ne disait rien. Elle pleurait juste en me serrant contre elle, me répétant par moment qu'elle n'avait plus que moi, que je devais rester en vie, et profiter. J'ai loupé le train pour l'école, et j'ai attendu une semaine entière, assise sur le tabouret à guitare de papa, un flacon de liquide vaisselle au lilas entre les mains. Je le sentais dans mon ventre. Je sentais papa. Je le sentais qui tapait, qui me hurlait que je n'y étais pour rien. Mais moi, je savais que papa ne disait ça que pour me rassurer. J'en crevais presque de ne pas le voir. Je le sentais, je le rêvais, il me tenait chaud. Sauf que je ne le voyais pas. Et il me manquait. Les grands bras de papa me manquaient quand je pleurais.

Papa m'avait toujours dit de sourire, parce que personne ne dois être triste avant sa mort. Alors, le jour de l'enterrement, j'étais la seule à sourire. Du haut de mes douze petites années, je souriais, le visage bouffé de mes boucles rousses. J'avais mis mon gilet jaune, celui que papa préférait. Il adorait le jaune. Et je sentais le lilas. Sans jamais pleurer. Je me retenais de toutes mes petites forces, les poings serrés. Jusqu'à ce qu'un homme me traite de fille ingrate de sourire comme ça devant la tombe de papa. Et j'ai explosé. Alors que je m'étais promis de ne pas pleurer, et de n'écouter que papa. Je m'en suis encore plus voulue.

Je suis rentrée à l'école la semaine d'après. Même si maman aurait voulu que je reste, je me sentais mal en sa présence, de toujours sourire alors qu'elle pleurait. Elle pleurait pour la mort de papa dont j'étais responsable. Alors je ne pouvais pas rester. Je suis arrivée à l'école en souriant comme une forcenée, marchant à grands pas, en tâchant de penser à autre chose. A des choses plus joyeuses. Je suis rapidement devenue la rouquine folklorique de première année, si jeune qu'on aurait pu me marcher dessus si je n'en avais pas décidé autrement. Je répondais, j'en étais presque vulgaire. Même les garçons n'osaient plus rien faire. Les profs me traitaient de racaille, mais en fait, je m'en fichais. Papa aussi avait été une racaille. C'est lui qui m'a acheté mon premier blouson en cuir. Je le portais tout le temps, m'appliquant de plus en plus à déchirer mes pantalons.

Tout a continué comme ça, sans changer, jusqu'en troisième année. Tous les jours, je pensais à papa. Personne ne savait, mais moi, cela me bouffait. Parfois, souvent même, je pleurais quand j'étais toute seule, dans les douches. Mais ça, personne ne l'a jamais su. D'extérieur, j'étais la rebelle affublée d'une crinière rousse, qui n'a jamais froid aux yeux. Avec mes santiags, mon manteau de cuir et mes jeans défoncés, j'aurais presque pu faire peur. Mais à l'intérieur, je sentais papa. Je sentais que j'étais comme lui. Il me manquait juste une mobylette et un casque de motard. Mais je voulais papa derrière moi, pour me dire d'appuyer sur la pédale. Il me manquait cruellement.

Au début de la troisième année, je suis tombée sur quelqu'un. Un grand garçon aux cheveux noirs et aux yeux rouges. Le genre de garçon qu'on ne peut pas oublier. Je l'avais déjà vu lire, ou étudier sur un banc dans la cour. Pendant que moi, je criais ou courais un peu partout, pour me battre. Mais à l'intérieur, je cherchais à fuir la voix de papa. Ce garçon, il s'appelait Vincent. Je l'ai appris tout de suite. Il me l'a dit quand je lui ai dit qui j'étais en rigolant. Il m'a même aidé à me relever. Il était en dernière année, chose qui ne m'effrayait pas du tout. Moi, j'effrayais tout le monde, pas l'inverse.

Finalement, on est devenu amis rapidement. Lorsque je me suis rendue compte qu'il faisait des maths, je lui ai demandé de l'aide, et on s'est retrouvé comme ça toutes les semaines. Je l'aimais beaucoup, je devais l'admettre. Il m'apaisait, sans pour autant faire taire la voix de papa qui m'étouffait toujours. Mais il était tellement calme que je le voyais comme un opposé qui me devenait de plus en plus essentiel. Il avait 19 ans. Bien jeune pour être en dernière année. C'était la première chose qui nous rapprochait, lui et moi. La seconde, je ne l'ai apprise que plus tard. Lui aussi avait perdu son père.

Un mois plus tard, c'est une deuxième personne qui rejoignait notre bande de deux. Elle avait été transférée dans ma chambre la veille, et m'avait paru tellement gentille et franche que je l'avais tout de suite présenté à Vincent. Dès le premier regard, j'ai su que je l'aimais. C'était presque irrationnel, et ça me bouffait le ventre presque autant que papa. Cette fille s'appelait Ashe. Mature, belle, sensible, parfois brutale et cassante, mais jamais cruelle ou méchante. Toujours sapée d'une chemise et de talons, si féminine que je l'admirais. En fait, elle était rapidement devenue la fille la plus belle que je connaissais. Je ne pouvais que la regarder comme ça. Et puis, Vincent et elle se sont si bien entendus que nous sommes devenus inséparables. Toujours tous les trois. Des caractères et des looks très différents, des classes et des âges différents, mais un point commun tellement plus grand qu'il surpassait tout ça. Moi et Vincent avions perdu notre père. Et Ashe était orpheline.

Nous n'avions aucun mal à nous parler, même si nous ne parlions pas beaucoup. Le simple fait d'être ensemble nous suffisait à être apaisé de nos peines respectives. Et nous avions. Nous en avions plus que tout le monde ici. Nous n'étions pas comme les autres, mais jamais nous ne nous en plaignions. Car nous étions bien, ensemble, à trois. Ashe, Vincent, et moi. Et papa. Papa qui continuait de me ronger. Qui s'attaquait à mes os le soir, parfois. Je ne dormais plus très bien. Il me parlait. Il me parlait de maman. Maman dont je n'avais plus de nouvelles.

La seule personne qui parvint à faire taire papa, à le faire s'endormir, fut le quatrième et dernière membre de notre famille. L'infirmier de notre école. Je ne sais même pas pourquoi il nous a rejoint, mais aucun de nous ne s'en est plein. Il est rapidement devenu papa, à mes yeux. Très différent de lui, pourtant, mais quand il était avec moi, je ne le sentais plus. Papa ne bougeait plus. Il ne vivait plus à travers moi. Alors j'écoutais les histoires du nouveau papa, Hojo, avec tellement d'attention que j'eus réellement l'impression d'être enfin heureuse. Car je voyais Ashe et Vincent retrouver eux aussi leur repère. Ils l'adoptaient autant que moi. Cet homme nous repêchait, en quelque sorte. Et il faisait couler papa au fond de mon esprit, un fond duquel il ne pourrait plus sortir. Et j'aimais ça. Même quand Vincent et Hojo s'engueulaient, ce qui arrivait très souvent, bien que je ne sache pas pourquoi. Je les regardais sans m'en soucier. Après tout, un père et son fils, ça se fâche. J'étais la petite sœur qui les regardait se crier dessus, surtout Vincent, en sachant parfaitement que c'était leur façon à eux de se dire à quel point ils pouvaient s'aimer. Et je regardais Ashe intervenir, comme la grande sœur raisonnable qu'elle était. Elle parvenait toujours à les calmer, en posant une main sur l'épaule de Vincent. Je savais qu'elle l'aimait énormément. Trop peut être pour être sa sœur.

Un jour, au printemps, Ashe nous a ramené une bague. Elle était heureuse. Je me souviens que ce jour là, Hojo là serré dans ses bras comme sa fille. Parce que c'est ce qu'elle était, sa fille. Ashe s'était fiancée. Et nous étions tous heureux. Les autres pouvaient trouvé ça un peu jeune, mais pas nous. De toute façon, plus rien ne nous semblait étrange. Le plus important était notre bonheur. Quand Vincent a vu ça, il a été tellement heureux pour Ashe qu'il a presque pleuré en la serrant contre lui. Ashe avait toujours été un peu triste, avant ça. Elle retrouvait maintenant tous ses repères. Grâce à nous et cet homme qui avait toute ma reconnaissance.

Alors pourquoi a-t-il fallu qu'il meurt, comme papa ? Rien ne durait, je commençais à le croire. Je n'avais jamais vu Ashe pleurer autant. Elle était écroulée. J'ai voulu la serrer contre moi, mais elle m'a repoussé. Elle a aussi repoussé Vincent, qui a commencé à se refermer sur lui même à ce moment là. Personne n'a pu approcher Ashe après ça. Et puis, elle a arrêté de venir en cours. Avant de disparaître totalement. J'ai bien tenté de l'appeler, mais son numéro n'était plus attribué. Elle avait déménagé, et je n'avais aucun moyen de la recontacter. Je me suis alors sentie détruite. J'ai senti qu'on m'arrachait quelque chose. Et je n'ai pas cherché à la retenir. C'était son choix. Je devais le respecter. Même si ça faisait mal. Autant que la mort de papa.

Papa qui a commencé à resurgir à la fin de l'année. Quand Vincent m'ignorait. Il ne venait plus me voir, sur notre banc. Il refusait tout contact, et me passait devant sans m'accorder un regard dans les couloirs. Un jour, j'ai tendu une main vers lui pour le retenir. Il n'a même pas cherché à l'éviter, et est passé devant comme si de rien n'était. Alors j'ai pleuré. Encore et encore. Tellement que je n'avais plus de souffle. J'étais écroulée. Et je me suis sentie mourir quand lui aussi a disparu de ma vie. Lui aussi est parti. Il ne me restait plus rien, sauf Hojo. Hojo qui n'a plus vraiment rempli son rôle. Il avait perdu deux de ses enfants, et j'avais perdu tous mes piliers. Alors papa est revenu. Dans le fond de mon ventre, il a recommencé. Quand je voyais le banc sur lequel j'avais passé tant de temps avec ma famille. Famille morte, démembrée, finie, écrasée, éclatée. Papa le voyait bien. Dans mon corps, il se mouvait. Je croyais qu'une fille en cuir, ça ne pouvait plus pleurer. Mais si. Je pleurais toujours plus en les sentant tous rejoindre papa.

Un soir, je suis partie de l'école. J'ai volé une mobylette, et j'ai roulé sans m'arrêter. Mes larmes m'aveuglaient, et quand je me suis enfin arrêtée pour retourner à l'école, je les ai senti jusque dans mes entrailles. Vivre seul, vivre libre. J'avais mal au bide. J'aurais pu arraché tous mes cheveux, sur cette route, ce soir de fin d'année. Quand papa me hurlait de pas déconner. Je voulais qu'il reparte. Sa voix se confondait avec celles des autres. Je n'avais que du brouillard au fond de l'estomac. J'en ai rendu plusieurs fois mes entrailles. Jamais je n'ai voulu qu'une autre fille prenne le lit de Ashe. D'ailleurs, je ne l'ai jamais refait. Je l'ai laissé comme ça. La couette sans draps roulée sur le matelas blanc.

Malgré ce que papa me disait, je ne suis jamais rentrée à la maison. J'ai juste fini mes études sans jamais chercher à me faire une autre famille que les voix dans mon ventre. Sur mon banc, avec mes cahiers et mes santiags. Seule. J'avais toujours froid. Sans arrêt. Même quand j'ai quitté l'école, j'avais froid. Je savais que je n'étais pas complète. Jamais je n'ai cessé de penser à eux. A me demander où ils étaient, et même s'ils étaient encore en vie. D'une certaine manière, ils vivraient à jamais sous ma peau. Même si j'étais dévastée, je les savais là, au moins. J'avais une petite impression de les voir encore dans mes souvenirs. Le souvenir d'une Ashe souriante, regardant avec bienveillance Vincent et Hojo se chamailler, pendant que je riais à gorge déployée, un cutter à la main pour détruire un peu plus mon jean.

Un jour, j'ai visité un appartement. Je cherchais quand même à vivre un peu. Je n'avais pas trop le choix. Je ne voulais pas leur faire de peine, à tous. Je devais bien vivre. Alors, j'ai trouvé du boulot, et puis, j'ai trouvé un logement. Cela n'a pas été facile, mais j'ai trouvé le meilleur. Je l'ai su dès que j'ai reconnu la tête de mon futur voisin. Un grand brun aux yeux couleur de sang, un visage pâle et pourtant si beau. J'ai cru hurlé en le voyant. Papa a disparu dès cet instant. Avant de revenir quand il m'ait passé devant sans rien dire. Pas parce qu'il ne m'avait pas reconnu. Juste parce qu'il ne m'avait pas inclus à sa nouvelle vie, et que c'était à moi de me débrouiller pour en faire partie. Au début, je lui en ai voulu, et papa m'encourageais toujours à lui en vouloir. Mais, avec le temps, j'ai compris. J'ai compris que la disparition de Ashe lui avait donné envie d'oublier. Un peu comme moi et la mort de papa, il devait la sentir en lui. Il avait mal, et je le voyais. Alors j'ai fait comme il voulait. C'est comme ça que je suis à nouveau sa meilleur amie. Sa petite sœur. Plus que sa voisine.

Souvent, je nous entendais rigoler comme avant. Ne manquait que la voix de Ashe. La si belle Ashe dont la silhouette et les cheveux blonds me manquaient. Quand j'ai rencontré la fille dont Vincent tombait de plus en plus amoureux, j'ai eu l'impression de retrouver un semblant de sœur. Ce qui a un peu plus fait taire papa. Elle m'a rappelé ce que j'étais, ce que Ashe cherchait toujours à tempérer.

Et puis un jour, papa s'est tu définitivement. Le jour où j'ai retrouvé Ashe et Hojo. Le jour où nous avons pu tous se serrer les uns contre les autres. Je les avais tellement inventé à mes côtés que j'en ai pleuré. Ashe. Ashe, la femme que j'ai le plus aimé au monde. Je n'y croyais pas. Je n'y croyais plus. Je l'avais tellement sentie au côté de papa que je n'avais cessé de lui caresser le visage pour la croire réelle. Elle et son si beau visage, ses cheveux blonds, son sourire. Ce sourire toujours un peu triste, ses traits purs, sa silhouette fine, ses chemises, ses lèvres. Tout. J'avais tout, ce jour là. J'avais retrouvé ce qu'avais formé papa à lui tout seul. Ma famille. Et papa a cessé réellement de parler. Je ne l'ai plus jamais entendu, il ne m'a plus jamais tenu chaud. Alors j'ai fini par comprendre ce que j'avais été. Ce que j'étais. Lorsque je sentais papa, je n'étais pas dingue. J'étais simplement seule.