Eclipse1995: Merci beaucoup ! C'est vrai que le ski en tongue ne pouvait être que pour eux :)
Orellia: Oui, ils sont tarés. Et oui, Reno et Elena, c'est l'élément le moins bancale. Et heureusement, sinon ça serait invivable !
Bon, et voilà le chapitre dans la tête de m'sieur Hojo. Et pour le suivant qui donc ? En sachant qu'il nous reste Ashe, Cloud, Elena, Djidane ( Vous aimez pas les blonds ou quoi xD ? ) ?
Ensuite, pour ce chapitre, je vous ai fait une playlist: Pour le paragraphe avec Vanille, je vous recommande It's Wonderful, de Paolo Conte, c'est la chanson qu'elle fredonne. Pour celui de Ashe: Last Story, le theme Lost Time. Et pour Vincent, Comptine d'un autre été, de Yann Thirsen.
Chapitre 67 :
- Il ne faut pas t'en vouloir.
Je la regardais. La tête entre les mains, des larmes dans le coin des yeux, je la regardais. Je la regardais elle, allongée dans son lit aux longs draps blancs, branchées à diverses machines, son corps si amaigri que j'aurais pu la croire capable de disparaître. Ses si longs cheveux avaient été coupés, ne cachant plus son visage marqué par les traitements et souffrances qu'elle subissait. Elle tentait de me fixer, incapable de garder pleinement les yeux ouverts, sa voix se brisant en un souffle rauque à chaque mot qu'elle essayait de prononcer. Elle n'était plus rien. Un tas d'os au milieu d'un hôpital. Un tas de rien entrain de mourir. Et je ne le supportais pas. Je ne pouvais pas la voir ainsi, à s'efforcer de sourire devant moi, alors que je me sentais de plus en plus abattu.
Le bip infernal des machines me vrillaient les tympans, alors que je massais doucement mon crâne endolorie. Ce rythme cardiaque si faible venait me hanter la nuit, souvent, alors que je regardais le plafond en songeant au jour où elle ne serait définitivement plus présente. Et je ne pouvais le concevoir.
- Je ne peux pas faire ça, chuchotai-je en relevant vers elle un visage meurtri et plus pâle encore que d'ordinaire.
Le sourire qu'elle s'échinait à conserver fut ruiner en un instant, ses lèvres sèches retrouvant leur forme initiale. Ses immenses yeux verts presque vitreux me torturaient, leur éclat noyé par les larmes qu'elle contenait. Elle tourna difficilement son visage vers moi, retenue par les fils qui lui passaient sous le nez, avant d'inspirer difficilement.
- Je t'en supplie, murmura-t-elle plus clairement.
Instinctivement, je secouai négativement la tête. Je ne pouvais pas faire cela. Ce que cette femme que j'aimais me suppliait de faire. J'en étais tout simplement incapable. Je me surpris à penser que cela était injuste. Que jamais elle n'aurait dû me demander ça à moi. Pourtant, je n'ignorais pas qu'elle n'avait plus que moi. Moi qu'elle allait laisser seul. Cela m'effrayait en plus de me faire mal. Plus jamais je ne la verrais sortir du lit en posant d'abord le pied droit, puis le gauche, pour ensuite étaler du miel sur une tartine de beurre. Plus jamais je ne pourrais la voir déambuler dans le laboratoire, des papiers sous le bras, et un sourire aux lèvres. Plus jamais je ne la verrais chercher partout notre monstre de fils, planquer au dernier étage de notre immeuble.
- Je ne peut vraiment pas, éclatai-je finalement, les épaules tremblantes.
Lui osant un regard, je vis ses yeux se fermer et ses lèvres trembler. Entre ouvrant la bouche, je n'eus même pas la force d'essuyer les larmes qui coulaient contre sa chemise à l'odeur trop clinique.
- Si tu m'aimes, ou m'a seulement aimer un jour, souffla-t-elle, la voix éteinte.
Cette remarque me fit l'effet d'une gifle. Je l'aimais. C'était indéniable. A chaque instant de ma vie, je l'avais aimé. Cela allait même au delà de ça. A un tel point que je ne concevais pas le reste de mon existence sans elle. Et jamais je ne pourrais cesser de l'aimer.
Lentement, je la vis lever la main vers les prises qui la reliaient à sa vie. Avant qu'elle ne retombe, trop faible pour les atteindre. Fermant un instant les yeux, je fus pris d'un froid mordant. Je ne voulais pas qu'elle meurt seule dans ce lit, à une heure avancée de la nuit. Alors sans vraiment m'en rendre compte, le cœur soulevé d'un chagrin écrasant, je pris délicatement sa main pour la lever. Baissant les yeux, j'agrippai avec elle la prise, puis tirai violemment dessus en lâchant une larme.
ooo
- Vanille, je te jure que si tu casses une assiette, je t'en fais manger les débris, ronchonnai-je depuis mon canapé.
Pourtant, je souriais presque derrière mes lunettes, mon regard suivant de près la petite rouquine branchée au 220 qui se trémoussait dans tout mon salon, sans parvenir à mettre une seule assiette sur la table tant elle était absorbée par la musique qu'elle m'avait elle même imposée. Chaque fois que je la voyais débarquer dans mon appartement, j'étais étonné de l'énergie qu'elle déployait. A croire qu'elle était infatigable, tant elle riait, souriait, dansait. Ce petit bout de femme de quinze ans. Armée de santiags et de cordes vocales sacrément puissantes, elle semblait avoir quelques liens de parenté avec les ouragans. Pourtant, il ne me semblait pas qu'elle ait toujours été comme ça. Je sentais quelque chose de plus profond, comme enfoui par sa propre volonté, derrière son tempérament explosif. Elle n'était pas ce genre d'idiote surexcitée que j'avais l'habitude de croiser dans l'enceinte de l'école, mais plus une enfant hypersensible qui a prit l'habitude de se le cacher. Elle était toujours la seule à sourire lorsque la situation était malheureuse, la seule à chercher à rire pendant que les autres s'apitoyaient. Et elle avait en revanche bien plus de raisons de pleurer que la plupart des gens qu'elle côtoyait.
- Oh it's wonderful, it's wonderful, it's wonderful, I dream of you ouh !chantonna la petite rouquine en posant enfin les deux assiettes qu'elle tenait.
Elle exécuta un pas des plus ridicule, et m'adressa un grand sourire radieux. Je ne pouvais nier que sa présence dans mon logement bien vide me faisait un bien fou. Mon fils n'y vivant presque jamais, elle apportait sa chaleur à tout ce qu'elle touchait.
- Tu ne sais même pas danser, marmonnai-je en me levant finalement.
Vanille s'arrêta un instant, et je lui saisis fermement les deux mains. Un instant, elle haussa les sourcils, avant de sourire à nouveau en me voyant la pousser en avant. La forçant à conserver un rythme décent, je la fis tourner au bout de quelques instants, la faisant éclater d'un rire puissant mais pourtant agréable. Bientôt, ce fut elle qui me poussa en avant pour me faire danser plus rapidement, m'entraînant dans son impressionnante bonne humeur. Je me risquai même à lâcher un rire en esquissant un bref sourire.
- OH I DREAM OF YOU !cria-t-elle entre deux rires, sa voix tonitruante se faisant plus forte que la musique elle même.
Je secouai la tête sans pour autant la lâcher, tentant tant bien que mal de suivre le rythme qu'elle m'imposait. Bien qu'elle cherche toujours à suivre les pas que j'avais essayé de lui montrer, il me sembla qu'elle se défoulait plus qu'autre chose. Qu'elle évacuait un nouveau trop plein, une nouvelle chose dont elle ne parlerait jamais. Vanille, c'était un peu ça. Du chagrin déguisé en bonheur communicatif. Et ce bonheur, elle me l'envoyait en pleine figure, riant de tout et de rien en dansant au milieu de mon salon. En me faisant danser au milieu de mon propre salon. Comme une fille avec son père.
ooo
- Je les hais, je les hais, je les hais, je les déteste tous, je...
Ashe s'était jetée dans mes bras, et hurlait d'une voix tremblante sans parvenir à se calmer un seul instant. Je la sentais pleurer contre mon épaule, ses larmes chaudes ruisselants contre ma chemise. Son corps était secoué de sanglots, alors que je m'échinais à la tenir contre moi, la sentant prête à s'effondrer, le cœur en vrac. Lui caressant doucement les cheveux, je sentis ses sanglots redoubler d'intensité, la rendant incapable d'articuler le moindre mot. Fronçant les sourcils, je resserrai alors mon étreinte autour de ses épaules, la broyant presque.
Je l'avais retrouvé trempée, accroupie sous la pluie devant le portail de l'école, le regard dans le vague. Elle grelottait encore de froid, bien que j'ai pris l'initiative de lui enfiler ma propre veste. Elle tremblait de tout. Je la sentais presque capable de s'écrouler au sol si je la lâchais, alors je prenais le risque de l'écraser plutôt que de la laisser tomber sur le trottoir.
- Que s'est il passé ?finis-je par demander d'une voix ferme, sans pour autant la lâcher.
Finalement, elle s'écarta d'elle même, maintenant juste mes mains contre ses épaules encore secouées de soubresauts. Elle s'essuya doucement les yeux, et inspira profondément. Son visage était détruit, tant pas la pluie que par les larmes. Elle était pâle, ses yeux gonflés et ses joues humides. Elle n'osait pas me regarder franchement, baissant plutôt le regard vers le sol, ses cheveux lui masquant la moitié du visage.
- Ils ont dit que c'était moi, chuchota-t-elle, presque inaudible.
Fronçant les sourcils, je ne compris pas réellement ce qu'elle voulait dire. Mais elle ne s'arrêta pas là, et releva soudainement les yeux, les lèvres crispées.
- Il ont dit que c'était ma faute, qu'ils n'étaient plus là par ma faute !cria-t-elle en éclatant de nouveau en sanglots.
Alors je compris, et je n'eus d'autre solution que de la serrer de nouveau contre moi. Ses parents. Elle parlait de ses parents. Jamais elle n'avait prononcé ce mot depuis que je l'avais rencontré. Jamais elle n'en parlait. Pourtant, j'avais bien vu qu'il s'agissait de sa plus grande blessure.
- Je ne sais pas comment ils ont su, mais...
Elle ne parvint pas à finir sa phrase, et pleura de nouveau. Un instant, je fermai les yeux, pris d'une colère immense envers ceux qui osaient la faire pleurer. Elle, Ashe. Elle, la fille qui ne demandait jamais rien à personne, qui savait se débrouiller seule. Qui se suffisait à elle même. Jamais je ne pourrais oublier, ni même pardonner. Alors doucement, je l'écartai de nouveau de moi, et la saisis durement par les épaules.
- Ashe, déclarai-je le plus calmement possible. Ces gens là disent des choses parce qu'ils ne comprennent pas. Toi, tu comprends. Mais eux n'ont pas vécu ce que tu as vécu, alors ils ne pourront jamais comprendre. Et ils te font du mal avec ça, parce que les gens ont peur de ce qu'ils ne connaissent pas. Toi, tu connais la peur, la haine, la solitude, la vrai douleur. Et eux, jamais ils ne pourraient supporter cela. Toi, tu l'as fait.
Ashe renifla doucement en face de moi, et cessa petit à petit de pleurer, ses mains tremblant de moins en moins. Finalement, elle releva vers moi un visage encore rouge, mais plus absent, et posa une main sur ma joue. Un instant, j'eus l'impression d'avoir en face de moi une petite fille ayant grandit trop vite. J'eus l'impression d'une gamine pleurant tout ce qu'elle n'avait jamais osé pleurer à cause d'une bande de connards. Et cela me fit tellement de peine que j'en eus la gorge nouée.
- Et toi, tu comprends ?me demanda-t-elle d'une petite voix.
La pluie continuait de nous tomber dessus, pourtant, nous n'y prêtions pas grand intérêt.
- Je peux comprendre certaines choses, parce que j'ai vécu comme toi des moments douloureux, expliquai-je d'une voix calme. Mais je n'ai pas vécu la même chose que toi, alors je ne peux pas tout comprendre. Je peux simplement t'aider à passer au dessus.
La simple ombre de sourire qu'elle m'adressa en retour suffit à me faire oublier l'espace d'un instant ce pourquoi moi j'avais pleuré. Alors, je remontai mes lunettes sur l'arrête de mon nez, et passai une main dans son dos pour la pousser doucement vers le portail de l'école, qu'elle se mette enfin à l'abri. Cette petite fille de dix sept ans. Ma petite fille de dix sept ans.
ooo
Vincent me regardait comme s'il allait me fusiller. Son regard me trouait presque tant il était froid. Il aurait fait fuir n'importe qui. Pourtant, je restais face à lui, impassible entre les quatre mur de mon bureau d'infirmier. Lui faisait les cent pas, posant parfois une main contre son crâne. Et moi, je le regardais. Je le regardais m'insulter mentalement de tous les noms. Je le regardais me tuer dans ses plus beaux rêves. Je le regardais nourrir pour moi une haine qu'il croyait justifier. Il m'en avait toujours voulu. Toujours. Et je l'avais toujours su. Il m'en avait voulu parce qu'il devait en vouloir à quelqu'un. Et moi, au lieu de le haïr en retour, je le regardais avec l'espoir qu'il se tourne enfin vers moi pour me dire quelque chose.
- Tu aurais dû faire quelque chose, finit par plaquer Vincent d'une voix meurtrière.
- Vincent, je ne peux rien contre ces choses là, répliquai-je le plus calmement possible.
Soudain, il tourna vers moi son regard carmin, et sans que je ne m'y attende, me saisit par le col de ma blouse pour me plaquer contre le mur. Menaçant, il me surmontait d'une tête, son regard de braise planté dans le mien que je voulais impassible, alors qu'il me tenait avec une telle force qu'il m'était impossible de me dégager.
- Tu aurais dû faire quelque chose pour elle !rugit-il en me frappant le dos contre le mur, serrant plus encore mon col entre ses doigts.
Un instant, je fus sonné par le choc, et il me fallut secouer la tête pour reprendre contenance.
- Et que voulais tu que je face ?m'agaçai-je à mon tour. La retenir contre son gré ? Elle est partie, Vincent, partie !
Vincent me dévisagea comme si j'étais fou, les yeux écarquillé, me laissant me dégager de sa poigne. Il me sembla que je l'avais blessé en lui criant la vérité. Même s'il la savait déjà, je n'ignorais pas à quel point elle lui faisait mal. Elle lui fit même baisser la tête, comme assommée par un poids invisible. Lentement, je réajustai ma blouse en soupirant, plus sombre que je l'aurais pensé.
- Elle est partie, répéta doucement Vincent, les mains tremblantes. Elle est partie parce qu'on a rien fait pour elle.
Le jeune homme s'appuya contre le mur comme pris de vertiges, et ne m'osa plus un seul regard, alors que je sentais une certaine peine m'envahir. Oui, Ashe était partie. Oui, j'avais perdu une de mes filles. Et lui avait perdu une de ses sœurs. La plus chère qu'il ait jamais eu. Et par dessus tout, il voulait un coupable accessible sur lequel il pourrait se venger. Il ne voulait pas la laisser partir. Lui non plus ne supportait pas l'idée d'un monde sans elle. Et moi, je me voyais arracher un autre de mes trésors. Je revoyais tout ce qui me reliait à elle, que ce soit ses crises de larmes ou ses crises de rire, ses idioties avec Vanille ou sa maturité presque effrayante. Et je les revoyais, elle et Vincent, serrés l'un contre l'autre.
Et maintenant, je le voyais lui. Seul, adossé contre un mur, le visage perdu. Il me sembla que jamais plus je ne le verrai rire comme il l'avait rarement fait auprès d'elle. J'en eus la gorge nouée.
- Elle est partie parce qu'elle le devait, murmurai-je alors en m'avançant d'un pas vers Vincent.
Ce dernier releva les yeux vers moi, me stoppant dans mon élan. Les yeux de Vincent exprimaient toujours une certaine froideur. Mais jamais auparavant ils n'avaient exprimé tant de chagrin.
- Pourquoi t'as rien pu faire ?me demanda-t-il d'une voix blanche. Pourquoi t'as rien pu faire comme les autres jours ?
Je n'avais rien pu faire pour la simple raison qu'elle n'avait rien voulu que je face. Sinon, elle aurait pris la peine de venir me dire qu'elle partait. Mais elle était partie sans rien dire à personne. Elle avait simplement disparu de nos mondes, nous laissant le souvenir amer d'une jeune fille blonde, un sourire de femme sur les lèvres.
- Vincent, elle nous aimait, soupirai-je en me risquant à poser une main sur son épaule.
Il ne broncha pas, et je relâchai peu à peu la pression que mon corps m'imposait.
- Et je l'aimais, repris-je. Je l'aimais comme j'aime Vanille et comme je t'aime toi. Alors si j'avais pu faire quoi que ce soit, je l'aurais fait.
Vincent releva vers moi un visage dénué de haine. Alors, posant une main sur l'arrière de son crâne, je le laissais poser son front contre mon épaule. Un instant, je le sentis trembler. Sans doute avait il versé plusieurs larmes avant que de véritables sanglots ne lui serrent la gorge, toujours collé à mon épaule.
Après tout, on ne peut pas dire la perte. On ne peut que la ressentir.
ooo
Chaque fois que j'ouvre mon portefeuille, j'ai comme n'importe quel parent la joie de découvrir une photo de mes enfants. Mon fils, sans une ombre de sourire, à l'âge où il me laissait encore le photographié. Et puis, trois autres visages particulièrement heureux. Celui d'une rouquine riant à gorge déployée, perchée sur l'épaule d'un grand brun, esquissant un sourire rassurant, et tenant la main d'une blonde au regard chaleureux.
Aussi, je trouve que les sous vêtements bleus de Yuffie sont ceux qui lui vont le mieux.
